> Aksinia Mihaylova, Ciel à perdre

Aksinia Mihaylova, Ciel à perdre

Par | 2018-01-26T15:55:22+00:00 22 septembre 2014|Catégories : Critiques|

Ciel à perdre. Perdu. Etrange. Langue sur­réa­liste, abon­dance de méta­phores filées, mots pris au pied de la lettre. Perversion des sens com­muns. Il y a tout cela dans « Ciel à perdre » : on se déprend de l’amour et des choses, on se perd à l’intérieur d’un dic­tion­naire, dont on ne retrouve pas tou­jours les mots. L’univers est à l’aune d’une ima­gi­na­tion vive qui lie la nar­ra­trice à ce ciel dont toute sa vie dépend.
Ces longs poèmes où l’on consent à conver­ser de choses et d’autres, à conce­voir des per­son­ni­fi­ca­tions à tour de bras (la nuit avec un renard s’assoit), disent une immense nos­tal­gie du temps décou­su, qui s’effiloche, qui est une véri­table pas­soire du réel :c’est pour­quoi j’oublie même les mots les plus simples

Cette nuit encore nous res­tons
cloués à la table en bois
comme deux pierres arron­dies

et les hommes ont per­du le nord
car la rose et la soupe
ne vont pas tou­jours ensemble

La géo­gra­phie du monde est celle de la peau, des nerfs, de la vie : le sang se colore du monde et « cette vie n’est pas à ma mesure ».

Le banal et l’extraordinaire s’accouplent, les réflexions phi­lo­so­phiques se perdent au milieu des pommes cuites et « je te rends les mots/​ je garde ma joie ».

D’où vient que cette poé­sie porte pour­tant ses fruits et nous touche ? De son étran­ge­té ? De ses asso­cia­tions par­fois bur­lesques de mots pré­le­vés de l’ordinaire ?

En dépit d’une sur­charge de méta­phores, la langue poé­tique de Mihaylova pro­met : elle a en elle ce goût de l’amer et de la perte qui lui donne réel­le­ment des ailes.

« Les chiens de l’insomnie grattent toute la nuit à la porte d’entrée »

 

mm

Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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