> Les éperons d’Eden d’Alain Breton

Les éperons d’Eden d’Alain Breton

Par | 2018-01-26T15:57:00+00:00 13 juin 2014|Catégories : Critiques|

 

Au « rituel des lisières », le fils poète d’un poète cède comme on concède la beau­té à la fleur qui penche et va fai­blir.

En dis­tiques justes, l’auteur s’avance vers le père qui le quitte et le « tom­beau » serre l’absence et les beau­tés de « tous les sou­ve­nirs », rameu­tés par une voix qui ne sen­ti­men­ta­lise jamais mais ramène à la sur­face de la parole des pans entiers de mémoire vive et le ser­vice d’hommage com­mence : « dans la nuit de l’encre » oui, car  « j’ai accu­mu­lé ton visage/​ Pour anno­ter tes poèmes/​ de salves de toi ».

La splen­deur des images recrée le défunt : « si tu rampes/​ dans le som­meil du buffle ». La fer­veur et l’amour filial décochent des vers de pure beau­té :

 

« Aujourd’hui, si tu parles
dans ma nuit de chaque jour
mon sou­rire dans tes yeux
dépose-t-il une larme et un éloge ? »

 

La mort se décline dans une laisse de poèmes brefs : « Pour toi, père/​ j’ai tenté/​ ce mince larcin/​ des saintes dactylographies/​ – ton sanc­tuaire  »

Faut-il vrai­ment aimer pour « oublier la mort » ? La poé­sie de Breton (1956/​ dix recueils depuis 1979) consigne l’éloge en vers vrais, recueillant « l’hospitalité » des livres du père, offrant le sien, défiant la mort, appe­lant à « renaître » « dans l’érection/ des bruits » du monde.

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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