> L’épingle du jeu de Bruno Grégoire

L’épingle du jeu de Bruno Grégoire

Par |2018-01-26T15:55:44+00:00 9 septembre 2014|Catégories : Critiques|

En de brefs poèmes cise­lés en vers brefs eux aus­si, autour des thèmes pré­gnants de la brû­lure, du tour­ment, le poète sait tirer par­ti – et donc, for­cé­ment son épingle d’un jeu qui serait trop ordi­naire – des apho­rismes qui cinglent (« on n’apprend pas la solitude/​ on l’endure/ ou on l’œuvre »), des « bana­li­tés » appa­rentes qui cachent des mor­sures ou des manques, et sur­tout des inter­pel­la­tions à cet « ami »  auquel les textes sont adres­sés, comme des invites à mieux vivre ?

Une lec­ture pour­rait s’enhardir à trou­ver la réponse à ce « feu » qui brûle en chaque texte dans un extrait de la seconde par­tie du livre « Sans » : n’est-ce pas un apo­logue qui pro­pose, mine de rien, sous le cou­vert d’un per­son­nage presque ano­nyme, man­quant pour tout dire :

Sans

joue avec le feu

sue et pense la danse

des flammes

Les bords, les bouts, les limites ordonnent une poé­sie qui touche, sur­prend par ses fausses dou­ceurs, ses ros­se­ries envers soi, qui sait dire sans for­cer le poids de l’enfance amère, les murs au-delà des mots, le « jar­din » dont il aime la terre.

J’ai gran­di ailleurs trop long­temps

pour  désap­prendre l’alphabet du sable 

ou

la nuit

a conquis ses ter­ri­toires

Cette poé­sie, qui se tient « juste au bord », dans une élé­gance rare tis­sée de sobrié­té et de jus­tesse du verbe (par­fois jusqu’à la bles­sure), ques­tionne, happe la briè­ve­té du monde, ce « feu/​ qu’on a mis un temps fou/​ à faire vivre – /​ pour qu’il n’en finisse plus/​ de mou­rir ? ».

 

 

mm

Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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