Sur des dessins de Pierre Lancelin (10 vignettes en noir et blanc, aux traits mou­ve­men­tés et brouil­lés), le poète, né en 1968, auteur de six autres livres de poésie, décline en brèves pul­sa­tions une soli­tude majeure.

L’avenir, bouché, « une année morte », « cette soif d’étoiles », oui, bien mélan­col­ique, sont quelques frag­ments d’une vision où le poète « presse/ Le ciel de rester » avec lui.

Les « jours révo­lus », une nos­tal­gie cuisante parsè­ment ces poèmes courts :

 

« Je me suis sor­ti des décombres
À l’état de poème
Il fai­sait jour sur la page (p.32) »

 

Plus loin, « Vivre n’est plus de mon ressort »  ou « Je m’effondre épuisé ».

Une dés­espérance noire aliène les rela­tions, les lieux (« J’ai longtemps cru qu’ailleurs/ Était un nom de lieu/ Avant d’avoir/ à ne plus t’appeler »), l’être (« J’ai dû quit­ter la fête/ Le cœur y était trop »)

On suiv­ra avec beau­coup d’intérêt ce jeune poète qui corsète son écri­t­ure pour lui faire sig­ni­fi­er le plus âpre, le plus nu, avec un sens aigu des for­mules, des images, de la concision :

 

« Par­tir
Pour ne plus sen­tir les distances
À l’intérieur de soi (p.36) »

 

Le vœu intense de l’auteur – rejoin­dre l’oiseau dans son libre chant – s’abîme con­tre des con­stants cinglants (« Au fond du jour/ Je pars extraire/ le min­erai d’être ») : un apo­logue désespéré.

 

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de let­tres romanes.
Mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Ecrivains belges.
Cri­tique dans plusieurs revues et blogs (Jour­nal des poètes, Fran­coph­o­nie vivante, Bleu d’en­cre, poez­ibao, Les Belles Phras­es, revue Tex­ture…)

Prix Emma-Mar­tin 2011.

Auteur d’une trentaine de livres et pla­que­ttes de poésie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’om­bres, Le fraudeur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…