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Angèle PAOLI, Marcher dans l’éphémère

Par |2022-11-21T16:29:33+01:00 18 novembre 2022|Catégories : Angèle Paoli, Critiques|

Dans le voisi­nage de Canari, la poète marche et écrit, dans une dou­ble ten­sion : retenir le subit, le bref, le caché, l’instantané, et pro­longer dans la mémoire des lieux aimés le sou­venir vif du con­joint dis­paru il y a peu.

Les poèmes, sur­gis de cette dou­ble instance d’écriture, dis­ent le bon­heur con­sen­ti à remet­tre les pieds là où le défunt a vu, vécu, marché.

De « l’angoisse de la mort », de celle qui est arrivée trop vite pour qu’on en perçoive la force et le cha­grin, le poème dit le juste con­traire : qu’il puisse, dans sa brièveté, offrir quelque apaise­ment à celle qui souffre.

Les poèmes d’un lyrisme con­tenu offrent des regards, de moments de partage, des décou­vertes issues de l’éphémère : « tu cherch­es des points/ d’eau/ dans la lumière » ou « c’est heureux que la terre encore/ per­siste   sévère ».

La prox­im­ité de la mer, des rumeurs, des papil­lons « musar­dant », des « échan­crures soudain/ moignons de branch­es », tout aide à ce que « passe la vie qui nous sépare ».

La descrip­tion de la nature éloigne un temps les blessures, le chagrin.

Jonas un temps, par son réc­it, éloigne la poète des longs vers intens­es de la fin, quand la mort venue soudain, est trau­ma puissant.

Angèle PAOLI, Marcher dans l’éphémère, Cahiers du Loup bleu, Les Lieux-Dits, 2022, 48p. Loup de Car­o­line François-Rubi­no. 7 euros.

L’instant d’avant
il était là les yeux mi-clos
les voilà clos
sur une nuit défini­tive (p.36)

La beauté de ces poèmes réside tout à la fois dans leur juste appréhen­sion de l’extérieur et dans l’intense écri­t­ure de l’intime pudique.

Angèle Paoli réus­sit à ren­dre uni­verselle cette poignée de poèmes per­son­nels, où lecteur et poème se ren­con­trent et « où le rejoindre ».

Présentation de l’auteur

Angèle Paoli

Angèle Paoli est née à Bas­tia. Elle a enseigné pen­dant de nom­breuses années la lit­téra­ture française et l’italien. Elle vit actuelle­ment dans un vil­lage du Cap Corse, d’où elle ani­me la revue numérique de poésie & de cri­tique Ter­res de femmes, créée en décem­bre 2004 avec l’éditeur Yves Thomas et le pho­tographe et archi­tecte Guidu Antoni­et­ti di Cinarca. 

Elle a pub­lié de nom­breux ouvrages, mais aus­si des poèmes et/ou des arti­cles dans les revues Pas, Faire-Part, Poez­ibao, Fran­copo­lis, Europe, Siè­cle 21, La Revue des Archers, NU(e), Semi­cer­chio, Thau­ma, Les Car­nets d’Eucharis, Dip­tYque nos 1, 2 et 3, Le Quai des Let­tres, Décharge, Mou­vances, PLS (Place de la Sor­bonne), Recours au poème, Diérèse, Terre à ciel, Paysages écrits, Sec­ousse, Sar­razine, Mange Monde, Bac­cha­nales, Le Pan poé­tique des Mus­es, Souf­fles, Ce Qui Reste, … 

Lau­réate du Prix européen de la cri­tique poé­tique fran­coph­o­ne Aris­tote 2013, attribué par le Céna­cle européen fran­coph­o­ne de Poésie, Art et Lit­téra­ture. Mem­bre du jury du Prix de poésie Léon-Gabriel Gros (revue Phœnix) pour l’an­née 2013. Invitée en tant que poète au 17e Fes­ti­val de poésie «Voix de la Méditer­ranée» de Lodève (juil­let 2014). Membre du comité de rédac­tion des revues Sar­razine et Les Car­nets d’Eucharis. Poète invitée de «Ritrat­ti di Poe­sia — Fon­dazione Roma» (févri­er 2016). 

Bib­li­ogra­phie : 

▪ Noir écrin, A Fior di Car­ta, Bar­ret­tali (Haute-Corse), 2007 
▪ 
Man­far­inu, l’âne de Noël, A Fior di Car­ta, Bar­ret­tali (Haute-Corse), 2007 
▪ 
A l’aplomb du mur blanc, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Véronique Agos­ti­ni, édi­tions Les Aresquiers, Fron­tig­nan, 2008
▪ 
Lal­la ou le chant des sables, réc­it-poème, édi­tions Ter­res de femmes, Canari (Haute-Corse), 2008. Pré­face de Cécile Oumhani 
▪ 
Corps y es-tu ?, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Véronique Agos­ti­ni, édi­tions Les Aresquiers, Fron­tig­nan, mai 2009 
▪ 
Le Lion des Abruzzes, réc­it-poème, édi­tions Cousu Main, Avi­gnon, décem­bre 2009. Pho­togra­phies de Guidu Antoni­et­ti di Cinarca 
▪ 
Car­nets de marche, édi­tions du Petit Pois, Béziers, juil­let 2010 
▪ 
Camaïeux, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Véronique Agos­ti­ni, édi­tions Les Aresquiers, Fron­tig­nan, sep­tem­bre 2010 
▪ 
Soli­tude des seuils, livre d’artiste, gravure de Marc Pessin sur un dessin de Patrick Navaï, édi­tions Le Verbe et L’Em­preinte [Marc Pessin], Saint-Lau­rent-du-Pont, octo­bre 2011 
▪ 
La Figue, livre d’artiste illus­tré et réal­isé par Dom et Jean Paul Ruiz, avril 2012. Pré­face de Denise Le Dantec 
▪ 
Soli­tude des seuils, Colon­na Édi­tion, 20167 Ala­ta, juin 2012. Lim­i­naire de Jean-Louis Giovannoni 
▪ 
De l’autre côté, édi­tions du Petit Pois, Béziers, novem­bre 2013 
▪ 
La Mon­tagne couron­née, édi­tions La Porte, Laon, mai 2014 
▪ 
Une fenêtre sur la mer/Anthologie de la poésie corse actuelle coor­don­née par Angèle Paoli (antholo­gie bilingue corse/français), Recours au poème édi­teurs, décem­bre 2014 
▪ 
Les Feuil­lets de la Mino­tau­re, Revue Ter­res de femmes | édi­tions de Cor­levour, col­lec­tion Poésie, avril 2015 
▪ 
l’autre côté, livre de verre et papi­er, réal­isé par Lô (Lau­rence Bour­geois) en 4 exem­plaires au pays de Pézenas, juin 2015 
▪ 
Tra­mon­ti, édi­tions Hen­ry, Col­lec­tion La main aux poètes, sep­tem­bre 2015 
▪ 
L’Isula, édi­tions Imprévues, Col­lec­tion Accordéons, édi­tion numérotée, novem­bre 2015
* Fig­ure de l’eau, Al Man­ar, juin 2017
* La Mai­son sans vit­re, La Passe du vent, mars 2018

Ouvrages en collaboration : 

▪ Philippe Jam­bert (pho­tos) et Angèle Paoli (textes), Aux portes de l’île, Edi­tions Galéa, juil­let 2011 
▪ Angèle Paoli et Paul-François Paoli, 
Les Romans de la Corse,édi­tions du Rocher, juin 2012 
▪ Antholo­gie 
Pas d’ici, pas d’ailleurs (antholo­gie fran­coph­o­ne de voix féminines contemporaines)(poèmes réu­nis par Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli et Aurélie Tour­ni­aire — en parte­nar­i­at avec la revue Ter­res de femmes), édi­tions Voix d’encre, juil­let 2012. 
▪ Philippe Jam­bert (pho­tos) et Angèle Paoli (textes), 
Fontaines de Corse, Edi­tions Galéa, juin 2014. 

Col­lec­tif : 

▪ Cal­en­dri­er de la poésie fran­coph­o­ne 2008, 2009, 2010, 2011, Alham­bra Pub­lish­ing, Bertem, Belgique 
▪ 
Por­trait de groupe en poésie, Le Scrip­to­ri­um, Mar­seille, BoD, févri­er 2010 
▪ 
Vis­ages de poésie, Por­traits crayons et poèmes dédi­cacés, Antholo­gie, tome 3 (dessins de Jacques Basse), édi­tions Rafael de Sur­tis, févri­er 2010 
▪ 
Côté femmes, d’un poème l’autre. Antholo­gie voyageuse. Poèmes réu­nis par Zineb Laouedj et Cécile Oumhani. Edi­tions Espace Libre, Alger-Paris, mars 2010 
▪ 
La poésie est gram­mairi­enne. Mélanges en l’honneur de Joëlle Gardes (respon­s­ables de pub­li­ca­tion : Claude Ber, Françoise Rul­li­er), Édi­tions de l’Amandier, juin 2012 
▪ « 20 pages de poèmes », in 
Jokari, Nu(e) 52, enfances, 2012 
▪ Antholo­gie 
Instants de ver­tige Québec/France, coor­don­née par Clau­dine Bertrand, Édi­tions Points de fuite, Mon­tréal, 2012 
▪ Antholo­gie poé­tique 
Lib­erté de créer, lib­erté de crier,coor­don­née par Françoise Coul­min pour le PEN Club français, Les Écrits du Nord, édi­tions Hen­ry, 2014 
▪ 
Voix de la Méditer­ranée — Antholo­gie poé­tique 2014, édi­tions La passe du vent 
▪ 
Il n’y a pas de meilleur ami qu’un livre, édi­tions Voix d’en­cre, sep­tem­bre 2015 
▪ (antholo­gie de voix poé­tiques français­es) Þór Ste­fáns­son 
Frum­drög að drau­mi. Ljóð fran­skra skáld­kven­na, Odd­ur, Reyk­javik, 2016 
▪ “Rouge-forge, l’Éros de la créa­tion” in Rocio Durán-Bar­­ba, 
Regards croisés, pein­tres équa­to­riens et poètes français | Miradas cruzadas, pin­tores ecu­a­to­ri­anos y poet­as france­ses,Édi­to­r­i­al All­pa­man­da, Fun­dación Cul­tur­al Rocio Durán-Bar­­ba, 2016 
▪ « Éloge de la langue » 
in Pablo Poblète et Clau­dine Bertrand, Éloge et défense de la langue française, 137 poètes plané­taires, 10 Let­tres ouvertes, 5 pein­tres, Édi­tions Unic­ité, 2016 

Tra­duc­tions : 

▪ Luigia Sor­renti­no, Olimpia/Olympia, Inter­lin­ea edi­zioni, Novara, 2013 | Recours au poème édi­tions, 2015 
▪ Luigia Sor­renti­no, 
Figu­ra d’acqua/Figure de l’eau, aquarelles de Car­o­line François-Rubi­no (à paraître en juin 2017 aux édi­tions Al Manar) 

Préfaces/postfaces : 

▪ Pré­face de : Stéphane Guiraud, Le Cap Corse, Ghi­ro édi­tion, févri­er 2015 
▪ Pré­face de : Mar­­tine-Gabrielle Konors­ki, 
Une lumière s’accorde, édi­tions Le Nou­v­el Athanor, Col­lec­tion Ivoire, 2016
▪ « Dans la ruche ouverte du poème, la parole tra­ver­sière », post­face de : Sylvie Fab­re G., 
La Mai­son sans vit­res, La Passe du vent éd. (à paraître au print­emps 2017) 

Pho­to © Ph. Lisa Dest

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de let­tres romanes.
Mem­bre de l’As­so­ci­a­tion des Ecrivains belges.
Cri­tique dans plusieurs revues et blogs (Jour­nal des poètes, Fran­coph­o­nie vivante, Bleu d’en­cre, poez­ibao, Les Belles Phras­es, revue Tex­ture…)

Prix Emma-Mar­tin 2011.

Auteur d’une trentaine de livres et pla­que­ttes de poésie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’om­bres, Le fraudeur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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