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Quatre revues poétiques

Par | 2018-01-26T15:49:57+00:00 21 décembre 2016|Catégories : Revue des revues|

 

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L’Etrangère n°37 honore la mémoire d’un écri­vain belge tôt dis­pa­ru, François MUIR (1955-1997), né Jean-François de Bodt,  poète qui a beau­coup écrit pour, dit-il, « me défendre contre moi-même ». Dans ce sou­ci tes­ta­men­taire, il se rap­pelle la méta­phore artau­dienne « ath­lète du cœur » qu’il sou­haite, une fois mort, qu’on lui applique désor­mais (p.33)

« L’Infamie de la lumière » fait preuve d’une éco­no­mie sty­lis­tique, où le lyrisme s’exerce cor­se­té par une rigueur toute stoï­cienne :
« Festive elle s’échappe, l’air laisse le jonc
Lèvres courbes, chasse-la, l’ancienne course, gale de l’informe
Qu’elle monte, qu’elle des­cende, baise le tran­chant
L’or en bouche, laisse pieds et mains
Accroupi, don­né en cercle, erre et fouille le sol » (« Ombre lente, ombre-lien » (p.11)

Stéphane Lambert (auteur d’un bel essai sur Muir) évoque le mani­feste de son jeune auteur (« Pourquoi je suis écri­vain »).

La revue-livre, livrai­son 37, féconde de ces 156 pages, pro­pose encore des études de Jean-Patrice Courtois, qui tente d’appréhender le ter­roir-inté­rieur de Muir, comme la conscience qui se livre en pay­sage et tisse le « par­ler loin » et la pré­sence de l’autre qui comble vide et vani­té.

« Le poème se fait donc scène de l’Autre »

« Le plis­se­ment, /​ Les rives de la vacance, transition/​ de l’Autre, limites de l’effraction » (p.60)

 

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Les Hommes sans épaules n°39 rend mémoire à l’immense Alain BORNE, l’auteur de « Cicatrices de songes » (1939) et autre « Contre-feu » (1942).

De l’ami fidèle (il dit de lui-même : « En ami­tié, il a quelque chance. Il croit avoir su res­ter fidèle à quelques êtres qui lui sont res­tés fidèles. (…) Il les a choi­sis avec ce mélange de luci­di­té et de pas­sion qui le carac­té­rise – croit-il – et il se tien­dra à son choix quoi qu’il découvre en eux » (p.136), la revue pro­pose un large choix de poèmes intenses (« Chambres taillées dans le soleil » (p.143) :

« J’entendrai mille pas avant d’aller dor­mir
bénir mon seuil d’inconnu jamais le vôtre
jamais sur ma porte votre ombre ne vous paro­die­ra… » (p.145)

 

Christophe Dauphin éclaire le par­cours de Yusef Komuniyakaa, mar­qué par la guerre du Vietnam (« Dien Cai Dau », 1988). « C’était un lieu de flux émo­tion­nel et psy­cho­lo­gique où l’on essayait de don­ner un sens au monde et d’y trou­ver une place », dit le poète à William Baer dans « Kenyon Review », p.185.

Beaux poèmes de l’excellent Claude VIGEE (« Parler/​ pal­per : /​ connaître en cares­sant »), du non moins remar­quable  Lucien BECKER de l’Ecole de Rochefort (« Dans la plu­part des chambres, un homme/​ dont le sang veille comme l’eau sous la glace/​ n’est plus qu’une épave au milieu de sa vie/​ avec par­fois, mal enten­du, l’écho d’un rêve » (p.23)

 

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La haute revue N47, en est déjà à son numé­ro 27.

Le som­maire pro­pose dans la sec­tion « Pleins for­mats » (pp.5-25) quatre noms : Michel Bourçon, Sylvie Loizeau, Ariane Dreyfus et Pierre Soletti, avec les trois pages impo­sées. Chaque poète est briè­ve­ment pré­sen­té par Antoine Emaz et Christian Vogels, rédac­teurs de la belle revue.

La poé­sie dis­crète et ombriste de Bourçon ouvre en lui « une fenêtre » pour sai­sir « un sens à tout ce qui nous entoure » et « les mains ne ral­lient plus ce que nous sommes » et « les jours se répètent…à traî­ner jusqu’au soir où les mots vont paître en tête et les mains pro­té­ger la flamme d’un être aimé » : c’est très beau, très fin.

La sec­tion « Plurielles » (pp.31-76) : une antho­lo­gie de voix diverses où l’on poin­te­ra le tra­vail ori­gi­nal de la Roumaine Doina Ioanid (« Son cœur tire la mai­son der­rière lui »), celui de Mathias Lair ou encore la dia­tribe ter­rible contre « nos mères » de Eric Martinet, véri­table assaut ver­bal : « nos mères…trompées…battantes…cocottes…complexées…rougeaudes…chiantes… »

Présentation très élé­gante pour 108 hautes pages, très fécondes en belles décou­vertes !

 

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Verso 160, sur le thème de « Chemins d’eau, che­mins de mots », appa­rie des voix très variées pour dire en quelques poèmes cha­cune « le cou­rant », « l’eau et les mots même sub­stance » (François Charvet).

Ferruccio Brugnaro, dans une suite bilingue italien/​français, cerne « l’étoile/ ce soir/​ aus­si lim­pide et grande/​ que la lutte que les exploi­tés sont en train de sou­te­nir ».

Les « Poèmes flot­tés » de Michel Serraille («  La salive a net­toyé l’icône » ou « Avec la main je te fais signe/​ et le reste je te le dis avec de la nuit », p.31)

Riche numé­ro et nombre de décou­vertes dans les noms pro­po­sés (entre autres, Andrée Ospina et son « Barbe-Rouge » : « J’ai dévo­ré une femme, j’ai man­gé mon amour »

 

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Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…