> Evelyne Deferr, Soudain sans retour

Evelyne Deferr, Soudain sans retour

Par | 2018-01-26T15:54:37+00:00 9 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

D’un azur « pourpre » à l’autre, le temps d’un livre, Evelyne Deferr concède au lec­teur son inti­mi­té de mère. Les titres des poèmes sont là comme autant de balises pré­cieuses pour construire un par­cours à l’enfant en elle, qui, un jour, est là, « incar­né ». Dans une réso­nance sereine, qui doit beau­coup au « Nouveau-né » de Georges de La Tour, la mère converse, signale « tes cris dans le cou­loir », évoque son fils entre « ces fleurs blanches » et « le che­min (qui) se fait aérien ».

Maternité heu­reuse donc, louée, entre­te­nue sub­ti­le­ment par les mots, dans une langue assez clas­sique et sur un ton lyrique bien­ve­nu :

 

Absorbée dans tes yeux vibrants de faim
Tu es le cri, je suis le lait
Arc et flèche ten­dus vers un seul but
Immobiles, sans sujet ni objet

 

Tout le livre honore la vie dans toutes ses mailles, qu’il soit « nuit orga­nique, chaude, silen­cieuse » ou « jour aveu­glant de juillet » ; le poète entend « des bribes de cris d’enfants/ De joyeux appels entre les rives » ; à peine si la mère per­çoit dans cette nasse de joie qui la comble quelques fan­tômes de mau­vais augure.

La beau­té rayon­nante du livre au thème uni­ver­sel tient beau­coup à cette voix qui ne hausse pas le ton, trop sou­mise à son bon­heur.

mm

Philippe Leuckx

Né à Havay en 1955. Etudes de lettres romanes.
Membre de l’Association des Ecrivains belges.
Critique dans plu­sieurs revues et blogs (Journal des poètes, Francophonie vivante, Bleu d’encre, poe­zi­bao, Les Belles Phrases, revue Texture…)

Prix Emma-Martin 2011.

Auteur d’une tren­taine de livres et pla­quettes de poé­sie : Une ombreuse soli­tude, Comme une épaule d’ombres, Le frau­deur de poèmes, Le fleuve et le cha­grin, Touché cœur, Une espèce de tour­ment ?, Rome rumeurs nomades, Selon le fleuve et la lumière, Un pié­ton à Barcelone, Rome à la place de ton nom, D’enfances…

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