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Bernard Grasset, Brise

Par |2020-11-26T06:35:42+01:00 26 novembre 2020|Catégories : Bernard Grasset, Blog, Critiques|

Dans le pre­mier livre des Rois, le pro­phète Elie ren­contre Celui que son cœur cher­chait dans le mur­mure d’une brise légère.

Brise : c’est le titre de ce recueil ; or, après cette brève ren­contre, Dieu dit à Elie : « repars par le che­min du désert ».

Ce che­min, c’est une quête qui tra­verse tout le recueil de Bernard Grasset, le poète met ses pas dans ceux d’Elie, il par­court un che­min d’exil et emmène le lec­teur à sa suite ; dès le pre­mier poème, il nous invite à : « Partir s’arracher/… mar­cher ». Toute vie est che­min et le plus sou­vent par­cou­ru dans le « feu de l’exil ».

Le poète comme le pro­phète habite la terre, guette le secret, la Présence et sait que dans le désert on trouve aus­si la manne. Il nous emporte en cette com­mu­nion de la terre et du ciel, en ce par­tage du pain et du vin. S’associent ici le pain du sou­ve­nir : la manne et « le vin de l’avenir » ; résonnent alors comme un écho des paroles chris­tiques : « ceci est mon corps, ceci est mon sang ».

La brise ne cesse de tra­ver­ser ce recueil, qu’elle soit « la brise du soir » ou regar­dée « dans les bruns feuillages », elle est tou­jours : « brise de l’enfance ».

Bernard Grasset Brise Jacques André édi­teur coll. Poésie XXI, 2020, 44 p. 13 €.

Cette brise venue à la ren­contre d’Elie avant l’injonction qui lui sera faite de repar­tir sur le che­min du désert, souffle encore aujourd’hui « au secret de l’homme » et ins­pire tou­jours les mots du poème. Le recueil s’achève sur ces vers :

 

La brise souffle encore
Au secret de l’homme,
Et les pages de la vie
S’exhalent en poème

 

En ce recueil, nous che­mi­nons sur des che­mins d’Orient, en des déserts habi­tés par des ber­gers et des rois qui découvrent un jour ensemble dans une auberge qu’est né le Signe de véri­té. De l’Ancien Testament au Nouveau Testament, le poète nous guide sur les traces du pro­phète Elie qui se désal­tère près du tor­rent de Kerith à l’est du Jourdain. Elie qui pré­fi­gure le Christ dont la pré­sence bien que tue est si forte ; dans l’avant-dernier poème on y retrouve le pain et le vin, le mont des Oliviers, la croix dres­sée, la pierre du tom­beau bien sûr et les aro­mates appor­tés à l’aube du troi­sième jour ; on est bien devant le tom­beau  à la ren­contre de ce souffle de l’Esprit qui fera cou­rir celle qui l’entend, pour aller por­ter la bonne nou­velle d’un « cœur brûlant » :

 

Le blé et la vigne
Ombres d’oliviers,
Les mots saignent
A l’heure de veiller.
La croix et la nuit,
Coupe de silence,
Sur le mont solitaire
Il n’est plus qu’un cri.
La pierre et le souffle,
Aromates de l’aube,
Courir, murmurer,
Ô cœur si brûlant.

 

La grande force de ce recueil, c’est de mener sur ces che­mins de spi­ri­tua­li­té tout homme, qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, qu’il connaisse ou pas les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament ; car le che­min d’Elie c’est aus­si le che­min de tout homme, les pay­sages bibliques sont en osmose avec ceux d’Occident ; le peu­plier et le chêne côtoient le syco­more et le figuier.

Le poète est comme le pro­phète, un témoin, il est donc appe­lé à témoi­gner de ce souffle et de cette lumière qu’il a ren­con­trés et il se doit comme le fait Bernard Grasset « d’écrire la lumière ».

                                                                                                     

Quelques poèmes extraits du recueil :

Partir, s’arracher,
Alliance d’étoiles,
Présence voilée.
Sable du désert,
Tente d’exil,
Marcher, se souvenir.
Chêne, éclat de midi,
Temps d’hospitalité,
Trois d’hospitalité,
Trois ombres s’approchent.
La déchi­rure, le puits,
Promesse de miel,
La vie devient chemin.

(p.11)

 

 

Les ailes et le temple,
Une flèche de lumière,
Les îles du silence,
Le poème s’embrase.
Un joug solitaire,
L’amandier et le cœur,
Oracle d’enfance,
Bâtir, semer.
La roue de l’exil,
Le livre de miel,
Sur les osse­ments gris
Viennent les grands vents.

(p. 21)

 

Barques et filets,
Lac scintillant,
Tu écoutes et devines.
Le monde de l’ombre,
La soif des signes,
Quitter le néant.
C’est l’heure pourpre,
Témoin et ami,
Ecrire la lumière.
Le vent souffle encore,
Proche et lointain.
Le vent du mystère.

(p.31)

 

 

 

Présentation de l’auteur

Bernard Grasset

Poète, pen­seur et tra­duc­teur, Bernard GRASSET, régu­liè­re­ment publié en revues depuis 1985, est l’auteur d’une ving­taine de recueils ins­pi­rés libre­ment de la Bible, des peintres et des musi­ciens ou de ses voyages. Expérimentateur d’une écri­ture poé­tique bilingue à tra­vers des recueils écrits en hébreu – fran­çais et en grec – fran­çais, il est éga­le­ment le pre­mier tra­duc­teur de la poé­tesse Rachel en fran­çais. Tout en pour­sui­vant la tra­duc­tion de l’œuvre de cette poé­tesse, il s’est tour­né plus récem­ment vers la tra­duc­tion de trois poètes grecs contem­po­rains de la lumière.

Associant la poé­sie à la pen­sée, il a publié plu­sieurs essais sur la Bible et sur Pascal dont il est deve­nu spé­cia­liste, ain­si que des articles phi­lo­so­phiques ou lit­té­raires en France et à l’étranger.

Écrire, pour Bernard Grasset, c’est comme remon­ter aux sources, à tra­vers les langues et les cultures fon­da­trices, pour déga­ger la voie d’une autre moder­ni­té, d’un nou­vel humanisme.

Dernières publi­ca­tions : Brise, J. André, 2020 ; Ainsi par­lait Blaise Pascal, Arfuyen, 2020.

 

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Ghislaine Lejard

Ghislaine Lejard a publié plu­sieurs recueils de poé­sie, der­nières paru­tions en 2015 : Si brève l’éclaircie (ed Henry), en 2016 : Un mille à pas lents (ed La Porte), 2018 a col­la­bo­ré avec 25 textes au livre de Bruno Rotival Silence et Partage (ed Mediaspaul, 2019 Lambeaux d’humanité en col­la­bo­ra­tion avec Pierre Rosin ( ed Zinzoline). . Ses poèmes sont pré­sents dans des antho­lo­gies, dans de nom­breuses revues et sur des sites. Elle col­la­bore régu­liè­re­ment pour des notes de lec­ture ou des articles à des revues papier et des revues numé­riques. Des plas­ti­ciens ont illus­tré de ses poèmes, des comé­diens les ont lus. Elle orga­nise des ren­contres poé­tiques. Elle a été élue membre de l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire, en 2011. Elle est membre de l’association des écri­vains bre­tons ( AEB). Elle est aus­si plas­ti­cienne, elle réa­lise des col­lages. Elle a par­ti­ci­pé à des expo­si­tions col­lec­tives en France et à l’étranger et a réa­li­sé des expo­si­tions per­son­nelles. Ses col­lages illus­trent des recueils de poé­sie. Elle col­la­bore avec des poètes à la réa­li­sa­tion de livres d’artiste http://​ghis​lai​ne​le​jard​.com/ https://​fr​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​G​h​i​s​l​a​i​n​e​_​L​e​j​ard Elle anime des ate­liers de col­lage. Elle pra­tique l’art pos­tal, a réa­li­sé à Nantes et en région nan­taise des expo­si­tions d’art pos­tal ; elle a ini­tié le concept de « riches enve­loppes », asso­ciant col­lage et poé­sie, de nom­breux poètes y ont déjà participé.
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