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Heike Fiedler : Se promener entre les mots, comme on se promène dans une forêt sans connaître toutes les plantes

Par |2021-03-05T18:00:31+01:00 5 mars 2021|Catégories : Essais & Chroniques, Heike Fiedler|

Entretien pour la revue géor­gienne Akhali Saunje réa­li­sé par B. Chabradzé

Heike Fiedler est une auteure et artiste sonore et visuelle mul­ti­lingue dont le tra­vail explore, par le biais de l’improvisation élec­troa­cous­tique, la fron­tière ténue entre le lan­gage et le son. Née en Allemagne en 1963, elle vit et tra­vaille à Genève depuis 1987.

Son tra­vail se décline dans dif­fé­rents registres : per­for­mances, inter­ven­tions en milieu urbain, réa­li­sa­tions visuelles et sonores, ins­tal­la­tions. Elle a publié plu­sieurs recueils de poèmes (Langues de mehr, 2010 et Sie will mehr, 2013, édi­tions spo­ken script ; En atten­dant le poème, édi­tions des sables, Genève, pré­vu pour mai 2020), un récit auto­bio­gra­phique (Mondes d’enfa()ce, Zoé, 2015), des his­toires courtes, un flip-book. Cette année, sor­ti­ra son pre­mier roman (Dans l’intervalle des tur­bu­lences, Encre Fraîche, Genève, 2020). Elle est éga­le­ment tra­duc­trice et auteure de nom­breuses autres publi­ca­tions (revues, blogs, sites). Elle par­ti­cipe aux fes­ti­vals de poé­sie et de lit­té­ra­ture dans le monde entier, par­fois aux fes­ti­vals de musique et à des expo­si­tions col­lec­tives. Elle anime des ate­liers d’écriture dans le domaine de la poé­sie contem­po­raine, concep­tuelle et improvisée.

Chabradzé : Bonjour Heike Fiedler. Je suis heu­reux de pou­voir m’entretenir avec vous. J’ai eu le plai­sir de tra­duire vos poèmes en géor­gien pour le fes­ti­val lit­té­raire inter­na­tio­nal de Tbilissi qui, mal­heu­reu­se­ment, a été repor­té pour des rai­sons com­pré­hen­sibles. Traduire vos textes a été un grand plai­sir, d’autant plus que ce type de poé­sie est rela­ti­ve­ment nou­veau pour moi. J’ai tra­duit plu­sieurs auteurs-com­po­si­teurs, par­mi eux Léo Ferré, chez qui le son est un élé­ment essen­tiel, insé­pa­rable du texte, consi­dé­rant que « toute poé­sie des­ti­née à n’être que lue et enfer­mée dans sa typo­gra­phie n’est pas finie ». Mais vous allez bien plus loin. Vous ne vous conten­tez pas de sono­ri­sa­tion simple des textes, mais recher­chez des sons à l’intérieur des mots mêmes. Plus encore, vous super­po­sez le son, le texte et l’image et éten­dez ain­si le sens conven­tion­nel du « texte ». Vous allez au-delà des mots, de la signi­fi­ca­tion ver­bale du lan­gage. Vous faites voir ce qu’on entend et faites entendre ce qu’on voit. Vous retour­nez les mots comme un habit pour nous en mon­trer la dou­blure. Les lettres se déplacent dans vos mots comme si, las­sées par leur ordre habi­tuel, elles se révol­taient pour reprendre leur liber­té… Comment en êtes-vous arri­vée à l’emploi de telles méthodes ? Quand et pour­quoi avez-vous com­men­cé à faire de la poé­sie de cette sorte ?
Heike Fiedler : Sans trop me perdre dans des détails, je résu­me­rais le quand et pour­quoi de ma pra­tique ain­si : j’ai décou­vert la poé­sie visuelle, quand j’étais ado­les­cente, je vivais encore en Allemagne. Je ne me rap­pelle plus ni com­ment ni de qui, mais je me rap­pelle avoir écrit mon pre­mier acros­tiche à l’occasion du pre­mier Smogalarm à Düsseldorf, à l’âge de seize ans. Rétrospectivement, je consi­dère ce moment comme un fait déclen­cheur pour ma sen­si­bi­li­sa­tion à la maté­ria­li­té des mots.
Huit ans plus tard, j’ai décou­vert la poé­sie sonore lors d’un fes­ti­val à Genève, où je fai­sais mes études en lettres, avant de rejoindre le groupe de pro­gram­ma­tion de ces évé­ne­ments de poé­sie sonore en 1998 et durant une quin­zaine d’années. Ainsi, j’ai pu obser­ver et ren­con­trer beau­coup de poètes qui pra­ti­quaient la poé­sie sur scène. J’ai décou­vert l’importance de la voix, de la res­pi­ra­tion et du corps comme outil de trans­mis­sion du texte poé­tique. Ces uni­vers ren­traient en réso­nance avec le fait que je pra­tique la musique depuis mon enfance, d’avoir fait du théâtre. J’ai alors com­men­cé à faire des expé­ri­men­ta­tions poé­tiques, j’ai pris des cours de musique élec­troa­cous­tique, je me suis ini­tiée au mon­tage vidéo. Je me disais que si la voix trans­porte le texte poé­tique dans l’espace, cela devait être pos­sible avec la poé­sie visuelle également.
Je me suis appro­priée des outils per­met­tant de pro­je­ter son et image en temps réel en auto­di­dacte, ce qui n’est pas le cas pour la lit­té­ra­ture, que j’ai étu­diée. Entre poé­sie et mon inté­rêt pour la musique élec­troa­cous­tique, j’ai com­pose mes poèmes en réa­li­sant des mixages, des sub­sti­tu­tions, des super­po­si­tions, des fon­dus enchaî­nés ou cross-fades, pour le dire autre­ment. Je m’enregistrais, je com­men­çais à per­for­mer publi­que­ment, j’avais crée un trio de poé­sie sonore com­po­sé de Marina Salzmann, Alexa Montani et de moi-même.
Voilà en gros le quand et le com­ment de ma pra­tique, que j’aimerais expli­quer encore un peu. Je crée moi-même les élé­ments que j’utilise, que ce soit du texte, de l’image ou du son. Le texte poé­tique écrit habi­tuel­le­ment sur une page impri­mé, connaît son exten­sion en le spa­tia­li­sant durant la per­for­mance. C’est dans l’interaction ou l’interconnexion entre les médias que j’utilise, qu’une sorte de texte aug­men­té émerge dans la mise en réseau entre ces élé­ments et dans un pro­ces­sus qui rap­pelle la synes­thé­sie, c’est-à-dire la per­cep­tion simul­ta­née d’un évé­ne­ment par plu­sieurs sens. Je mélange et traite les élé­ments en temps réel, tout en impro­vi­sant, via un midi contrô­ler, sans vou­loir le contrô­ler vrai­ment. Ainsi, mal­gré les pré­pa­ra­tions labo­rieuses et pré­cises, il y a tou­jours de la place pour le hasard, pour l’inattendu qui s’installe dans l’interaction entre texte, image et son. En évo­quant le hasard, ma réponse se ter­mine avec un clin d’œil sur Stéphane Mallarmé, qui avait révo­lu­tion­né la poé­sie avec son texte Un coup de dés jamais n’abolira le hasard.

B.C. : Au risque de me répé­ter, je dirais que la poé­sie sonore est une nou­veau­té pour moi, même si j’en connais les anciens. En effet, cela me fait pen­ser à une tra­di­tion de poé­sie de per­for­mance éta­blie par des auteurs comme Henri Chopin, Franz Mon… et même Beckett ou Apollinaire, sans par­ler des auteurs appar­te­nant au mou­ve­ment Dada. En effet, en plus des décons­truc­tions (Nature morte), vous avez aus­si des répé­ti­tions (Hommage à Eurydice). En répé­tant un mot, vous mon­trez qu’il n’est plus le même. Et par­fois, à l’inverse, vous trou­vez le che­min entre deux mots qui n’avaient pas grand-chose de com­mun avant. Vous don­nez aux mots des sens inha­bi­tuels. Vous êtes-vous ins­pi­rée de ces auteurs ?
H.F. : Franz Mon, un des repré­sen­tants des plus impor­tants de la poé­sie concrète, visuelle et sonore en Allemagne, même s’il n’a jamais vou­lu être clas­sé dans un sché­ma poé­tique quel­conque, a été une décou­verte impor­tante pour moi. Je connais très bien son tra­vail à la fois théo­rique et pra­tique, puisqu’il a été le sujet de mon MA en lettres à l’Université de Genève. J’avais pu l’inviter au fes­ti­val de poé­sie sonore que nous y orga­ni­sions et je lui ai ren­du visite plu­sieurs fois à son domi­cile à Francfort. Il m’a ins­pi­rée, je me suis ins­pi­rée de lui, de ses réflexions sur la langue, les articulations.
Et en 2004, un peu par hasard, j’avais pris connais­sance d’un work­shop avec Henri Chopin à la Schule für Dichtung à Vienne, je les avais contac­tés, mon ins­crip­tion avait été rete­nue. Je savais que Chopin enre­gis­trait et mixait les bruits de sa voix avec un Revox, décou­pait et recol­lait des bandes, sur les­quelles il s’enregistrait, qu’il réa­li­sait des cut-up, pour ain­si dire. Durant cette semaine, nous avions pu l’expérimenter nous-mêmes en sa pré­sence, tes­ter d’autres tech­no­lo­gies encore, sous l’égide de l’animateur de l’atelier. Chopin lui-même était déjà assez âgé. C’était sans doute un moment très impor­tant dans mon par­cours, tout comme le fait d’avoir étu­dié le mou­ve­ment Dada ou la Beat Generation.
La pra­tique des répé­ti­tions que l’on trouve sou­vent dans mes textes est par contre le résul­tat d’une influence qui me vient de la musique concrète que j’adore écou­ter, tout comme j’ai dévo­ré les livres qui s’y réfèrent et qui thé­ma­tisent le son, les déviances ins­tru­men­tales, l’expérimentation, les décou­vertes de phé­no­mènes acous­tiques, ceci grâce aux déve­lop­pe­ments tech­no­lo­giques. Ces décou­vertes-là me fas­cinent encore, en pho­no­lo­gie aus­si, cela va de soi.
Mais la répé­ti­tion est aus­si l’expression d’un état médi­ta­tif, cha­ma­nique. Elle ren­voie au rituel, à la médi­ta­tion, et l’écriture est quelque chose de cet ordre-là, tout en ayant en vue la notion deleu­zienne du deve­nir : deve­nir-écri­ture, deve­nir-répé­ti­tion. Avec cette pers­pec­tive, la répé­ti­tion se sous­trait à ce qui est figé. Même ce que nous fai­sons tous les jours est tou­jours dif­fé­rent d’une fois à l’autre. C’est à cela que le texte « Hommage à Eurydice » réfère. Tout est mou­ve­ment. L’énumération des mots dans ce texte (les mêmes branches les mêmes res­pi­ra­tions les mêmes injus­tices…) n’est pas gui­dée par une suite logique comme dans les chaînes d’association, ils se suc­cèdent de manière plu­tôt arbi­traire. C’est peut-être moins leur sens qui est inha­bi­tuel, que leur enchaî­ne­ment, d’où la sur­prise de leur appa­ri­tion. C’est quelque chose que l’on me dit sou­vent par rap­port à mon écri­ture, qu’elle soit expé­ri­men­tale ou linéaire.
B.C. : Vous jouez avec les mots, mais aus­si avec les machines, ins­tru­ments élec­troa­cous­tiques aux­quels s’adaptent vos mots ou des bouts de ces mots. Vous faites sono­re­ment ce qu’on peut faire visuel­le­ment. Or, l’ingénierie et la mani­pu­la­tion du son numé­rique est un métier à part entière. Êtes-vous auto­di­dacte dans ce domaine ? Pratiquez-vous la musique ? Et, bien sûr, com­ment trans­por­tez-vous tous ces instruments ?
H.F. : Si les quelques cours en musique élec­troa­cous­tique men­tion­nés plus haut m’ont effec­ti­ve­ment aidé à maî­tri­ser l’outil ProTools pour faire des mon­tages sonores, je suis auto­di­dacte pour tout le reste, oui. L’action me pousse à faire des recherches pra­tiques et comme je me pro­duis sur scène, je cher­chais évi­dem­ment des outils ou ins­tru­ments plus adap­tés à la per­for­mance en temps direct. Ainsi, je me suis ache­té un Jamman pour réa­li­ser des boucles, un KaossPad pour faire des loops éga­le­ment et pour réa­li­ser des modu­la­tions sonores, puis Ableton Live, un outil qui me per­met de jouer à la fois les sons que je pré­pare à l’avance et que je traite en temps réel. Du côté visuel, je tra­vaille avec modul8, par­fois j’y rajoute mad­map­per, une appli­ca­tion qui per­met de map­per l’image dans l’espace avec plus de pré­ci­sion. Là aus­si, je suis presque auto­di­dacte. Ma spé­cia­li­té ou spé­ci­fi­ci­té est de mettre ces outils en lien entre eux et avec mes textes, soit en solo, soit en col­la­bo­ra­tion avec des musicien.ne.s avec lesquel.le.s il m’arrive de col­la­bo­rer, sur­tout avec la vio­lo­niste Marie Schwab, orien­tée élec­troa­cous­tique elle aussi.
Parfois, j’enregistre des bouts de mor­ceaux que je joue sur ma gui­tare ou ma flûte tra­ver­sière pour les uti­li­ser lors de mes per­for­mances pour les mixer avec mes textes et images durant la lec­ture. Il m’arrive plus rare­ment de les jouer sur scène, ce qui m’amène à votre ques­tion sur le trans­port. Je voyage avec mes micro­phones, mes ins­tru­ments élec­troa­cous­tiques, avec des câbles, des adap­ta­teurs d’alimentation, des adap­ta­teurs pour des sys­tèmes élec­triques dif­fé­rents d’un pays, d’un conti­nent à l’autre. Il faut pré­voir à l’avance. Être en contact avec des tech­ni­ciens sur place, pen­ser aux trans­for­ma­teurs de cou­rant néces­saires pour que le tout tient la route lors de l’action, ache­ter par­fois du maté­riel néces­saire sur place en com­pa­gnie des ingé­nieurs de son… c’est un uni­vers très com­plexe qui dépasse le fait de mettre un livre dans sa valise et sur­tout, c’est plus lourd. Je voyage avec une valise pleine, rien que pour le maté­riel. Si l’envie me prends d’utiliser une gui­tare, comme à Cotonou (Bénin) ou à Mexico City par exemple, pour accom­pa­gner un texte (il m’arrive sou­vent de créer en jouant la gui­tare à la mai­son), je demande sur place s’il est pos­sible d’en avoir une, simplement.
Je ne suis pas seule­ment auto­di­dacte, mais aus­si auto­nome en ce qui concerne la mise en place de la palette des ins­tru­ments que j’utilise : un Jamman, un KaossPad, un Looper RC-202, un mixer, dans lequel je branche mes ins­tru­ments, quatre micros, dont un DPS. Ça fait beau­coup, mais j’adore uti­li­ser tout cela.
Une fois le tout ins­tal­lé, je me branche sur le sys­tème son, il y a le sound-check, le check pour la pro­jec­tion des images et c’est prêt. Parfois il y a des pannes, comme à Port-au-Prince en Haïti, car le bran­che­ment pour mon mixer s’est écra­sé lors du trans­port et une de mes valises s’était cas­sée. Ainsi, j’ai pu décou­vrir le réflexe très admi­rable des gens sur place qui est de ne pas cou­rir pour ache­ter du neuf, mais de trou­ver des lieux de répa­ra­tion. La valise, par exemple a été recou­sue, je voyage encore avec.
Ceci dit en pas­sant, je peux me pro­duire sur une grande scène, tout comme dans un appar­te­ment ou dans une biblio­thèque, au cas il m’arrive de prendre un petit ampli, qui est suf­fi­sant pour un plus petit public. Et je lis sou­vent avec seule­ment un livre à la main, ce que j’apprécie beaucoup.
B.C. : Vous oscil­lez dans un même poème entre l’allemand et le fran­çais et l’espagnol et l’anglais… et désor­mais aus­si le géor­gien, comme dans « All eins » ! Comment pas­sez-vous d’un mot d’une langue à d’autres mots des autres langues ? Comment vous y retrou­vez-vous ? Est-ce le sens ou le son qui vous per­met ces pas­sages ? Pourriez-vous nous décrire le pro­ces­sus de cette créa­tion originale ?
H.F. : Au départ, il y le pas­sage de ma langue d’origine, l’allemand, à la langue fran­çaise suite au démé­na­ge­ment dans une autre région lin­guis­tique, en l’occurrence la Suisse romande. Ensuite, il y a les langues apprises par immer­sion ou via des études. Peu à peu, étant sen­sible aux sons des mots, j’ai trans­for­mé en sys­tème poé­tique ce que nous, les per­sonnes qui pra­ti­quons plu­sieurs langues, fai­sons mal­gré nous, quand nous par­lons : il nous arrive de mélan­ger les langues, de pla­cer mal­gré soi un mot dans une autre langue que celle de la conver­sa­tion qui est en train de se faire.
J’ai com­men­cé à écrire des poé­sies qui fonc­tionne selon ce prin­cipe. Parfois, je mélange les langues à l’instar de l’écriture auto­ma­tique, de manière intui­tive, d’autres textes sont plus construits. Dans ces cas, c’est clai­re­ment la maté­ria­li­té sonore qui me guide, qui mène d’un mot à l’autre, sans tou­te­fois me déta­cher com­plè­te­ment du sens, ce qui est de toute manière impos­sible. Une fois, j’ai été invi­tée à un col­loque uni­ver­si­taire sur le plu­ri­lin­guisme, dont un des volets fut inti­tu­lé « Erfahren oder erzeugt », que l’on pour­rait tra­duire avec Ressenti ou construit. C’est exac­te­ment ain­si que je pro­cède : entre ces deux manières de faire et entre le sens et le son.
Prenons le mot rue par exemple et ima­gi­nons une per­sonne qui ne parle que le fran­çais ou l’allemand. Voilà, une rue est une rue. En tant que ger­ma­no­phone, cela m’évoque le mot rüber, ne pas seule­ment à cause de la simi­li­tude sonore entre la pre­mière syl­labe de cet adverbe et le mot rue. Il y a aus­si une sorte de fami­lia­ri­té séman­tique, puisque rüber évoque l’autre côté, le fait de tra­ver­ser, comme tra­ver­ser une rue (ou une fron­tière). Ce n’est qu’un hasard évi­dem­ment, à l’instar de Saussure et l’arbitraire du signe, mais c’est à par­tir de cette décou­verte-là, que j’ai eu envie de cher­cher d’autres mots aux­quels je pou­vais appli­quer ce sys­tème. J’ai donc cher­ché des mots fran­çais ou alle­mands plus ou moins homo­nymes, tout en res­tant dans une pers­pec­tive clai­re­ment gui­dée par le sens. Il en résul­tait le poème Dissens dis­so­nanz, dans lequel j’évoque sono­re­ment le sujet du noma­disme ver­sus la séden­ta­ri­té, les pro­blèmes que ren­contrent les réfugié.e.s : nau­frage no frage keine frage etc.
Par rap­port au poème que vous citez All eins, il est inté­res­sant de men­tion­ner qu’Allein veut dire seul.e en alle­mand et en le disant, on entend a line, un mot anglais qui veut dire eine Linie auf Deutsch, all eins, tout ce vaut pour le dire en fran­çais. Fragments de langue, de langues dif­fé­rentes. Un jeu que l’on peut faire ad infi­ni­tum avec toutes les langues qui existent.
Je ne pense pas qu’il soit néces­saire de connaître chaque langue qui figure dans mes textes plu­ri­lingues pour les appré­cier. Au contraire : on peut se pro­me­ner entre les lignes, entre les mots, comme on se pro­mène dans une forêt sans connaître le nom de toutes les plantes qu’on voit.
B.C. : Malgré cette concen­tra­tion sur les effets, le sens est omni­pré­sent dans vos œuvres. Il s’en dégage une phi­lo­so­phie de par­tage et de liber­té. Chacune de vos per­for­mances devient poli­tique, voire même enga­gée, par sa réa­li­sa­tion. En mélan­geant les langues, vous vous ouvrez aux sons dif­fé­rents, à d’autres rythmes. C’est comme si vous visiez l’égalité, l’inclusivité et la coha­bi­ta­tion paci­fique. Ce mul­ti­lin­guisme très ouvert et cette ouver­ture de l’horizon très fluide, sont-ils les reflets de votre vision du monde sans bar­rière, sans murs, sans crainte de chan­ge­ment, du renou­vel­le­ment constant ? Quels sont vos thèmes de pré­di­lec­tion dans cet engagement ?
H.F. : Oui, c’est exac­te­ment ce que je vise, vous résu­mez par­fai­te­ment mes pré­oc­cu­pa­tions et mes inten­tions. Traverser les fron­tières en pas­sant d’une langue à l’autre, méta­phore pour le pas­sage, le mou­ve­ment, l’ouverture, la ren­contre de l’autre. À tra­vers la forme ou le style poé­tique, c’est un plai­doyer contre l’homophobie, la trans­pho­bie, le racisme, pour nom­mer quelques aspects qui sont inclus dans le terme de l’inclusivité que vous men­tion­nez. Quant à l’écriture inclu­sive, je la pra­tique depuis long­temps déjà, d’abord parce qu’en tant que per­sonne ger­ma­no­phone, cela va de soi d’utiliser les formes du fémi­nin quand il s’agit de par­ler de pro­fes­sions et parce que la langue évo­lue avec la socié­té, reflète ses réa­li­tés. Le rejet que l’écriture épi­cène et son usage orale a long­temps subi et subit encore, sur­tout en fran­co­pho­nie, tout en pas­sant par l’Alliance Française, m’a tou­jours éton­né ou disons : heurté.
Aussi, je consi­dère la poé­sie plu­ri­lingue comme une sorte de tra­duc­tion de notre vie contem­po­raine poly­glotte, polysémantique.
 B.C. : Vos com­bi­nai­sons lin­guis­tiques sont très construites, par­fois très mathé­ma­tiques. Votre plu­ri­lin­guisme y joue sans doute beau­coup. Vous frac­tion­nez, décons­trui­sez les langues. On y découvre les uni­tés qu’on n’avait pas for­cé­ment remar­quées avant, cachées dans l’ensemble des mots. En com­bi­nant dif­fé­rentes langues dans un même texte, vous consi­dé­rez la langue comme un maté­riau sonore. Cette démarche inter­roge le sta­tut de la langue à la manière de Gilles Deleuze. Tout ceci res­semble à un tra­vail de recherches. Est-ce en lien avec votre formation ?
H.F. : Deleuze est un phi­lo­sophe que j’aime vrai­ment beau­coup. Le pre­mier livre que j’ai lu était Dialogues, co-écrit avec Claire Parnet. C’est un ami qui me l’avait offert. Je suis sor­tie de cette lec­ture en écri­vant le poème A rose et une rose qui est une construc­tion très sonore et porte le sous-titre Hommage à Gertrude Stein et Gilles Deleuze. Il se réfère à la fois au vers connu rose is a rose de G. Stein et à l’idée que Deleuze émet au sujet du mot ET qui repré­sente, selon lui, « une sorte de ligne de fuite active ».
On ren­contre cette ligne de fuite dans le texte All eins, allein, a line, on retrouve Deleuze dans le poème Dissens dis­so­nanz, évo­qué plus haut : « Bien plus, cette science nomade ne cesse pas d’être ‹ bar­rée ›, inhi­bée ou inter­dite par les exi­gences et les condi­tions de la science de l’État. » Mille Plateaux, Gilles Deleuze, Félix Guattari).
Et vous avez rai­son, mes textes plu­ri­lingues ren­voient à sa per­cep­tion de la langue mater­nelle : « L’unité d’une langue est d’abord poli­tique. Il n’y a pas de langue-mère, mais prise de pou­voir par la langue domi­nante » Deleuze, Gilles, Guattari, Félix, Mille Plateaux, Paris, Les édi­tions de minuit, 1980, p. 128.
Si j’ai étu­dié Deleuze en auto­di­dacte, en le lisant et en écou­tant ses cours sur CD et plus tard sur inter­net, j’ai par contre étu­dié la phi­lo­so­phie ana­ly­tique du lan­gage. Elle fai­sait par­tie de mon par­cours de licence à l’Université de Genève. Ainsi, je me suis fami­lia­ri­sée avec les inter­ro­ga­tions et concepts phi­lo­so­phiques autour du sens des mots, de leurs signi­fi­ca­tions, en pas­sant par Frege, Davidson ou Dummet. J’aime les approches théo­riques, éta­blir des liens entre recherche et pra­tique, entre écri­ture et performance.
B.C. : Vous êtes éga­le­ment tra­duc­trice. Ces expé­riences de per­for­meuse vous aident-t-elles dans vos tra­duc­tions où, sou­vent, c’est le son, rythme ou calem­bour qu’il faut trans­mettre plu­tôt que le sens lit­té­ral des mots ?
H.F. : J’ai réa­li­sé quelques tra­duc­tions et je trouve que c’est une entre­prise pas­sion­nante, car il faut constam­ment se poser les ques­tions que vous évo­quez, selon l’auteur ou l’autrice à tra­duire. Parfois, il faut s’octroyer le droit de mélan­ger les stra­té­gies. Je pense que ma sen­si­bi­li­té pour les mots, pour les sons, ma pra­tique d’écrivaine et de poé­tesse sonore m’aident dans ce pro­ces­sus de tra­duc­tion. Par ailleurs, il y a des écri­vains qui font des poèmes à par­tir des tra­duc­tions homo­pho­niques qu’ils/elles réa­lisent, je pense à Ernst Jandl, à Oskar Pastior et Ulrike Draesner ou encore au mou­ve­ment Oulipo. La tra­duc­tion s’est ouverte aux jeux de langues, les traducteurs/​traductrices aujourd’hui s’en réclament, mais ça n’a pas tou­jours été ainsi.
Je suis curieuse de décou­vrir quelle stra­té­gie de tra­duc­tion vous avez choi­si pour trans­fé­rer mes poèmes en géor­gien, une langue que je ne connais pas, avec une écri­ture que je trouve tel­le­ment belle et que je me réjouis­sais pou­voir décou­vrir lors du fes­ti­val lit­té­raire inter­na­tio­nal de Tbilissi qui n’a pas pu avoir lieu. J’espère pou­voir la décou­vrir ultérieurement.
B.C. : À votre ques­tion sur la stra­té­gie de tra­duc­tion que j’ai choi­sie pour trans­fé­rer vos poèmes en géor­gien, vous avez répon­du vous-même. En effet, en rai­son de la richesse de vos textes, j’ai dû alter­ner, voire même mélan­ger, des stra­té­gies, non seule­ment d’un poème à l’autre, mais par­fois dans un même texte. Pour res­ter bien fidèle aux ori­gi­naux, rejouer les com­bi­nai­sons que vous y déployez avec vos décons­truc­tions, ou accen­tuer cer­tains sons, j’ai dû, par moments et sui­vant les contextes, vaciller entre les approches lin­guis­tiques, lit­té­raire ou encore sémio­tique. Les nom­breuses res­sources pho­né­tiques du géor­gien per­mettent ces varia­tions. Vous faites beau­coup de ren­contres cultuelles. Dans le cadre des Rencontres d’ici et d’ailleurs, en par­te­na­riat avec Laboratorio Arts Contemporains, vous avez ani­mé des ate­liers per­for­mance éga­le­ment avec des jeunes dans les pays dif­fé­rents du monde. Je sup­pose que per­for­mer avec le jeune public doit être dif­fé­rent que per­for­mer avec des adultes. Comment faites-vous pour les fami­lia­ri­ser avec votre tech­no­lo­gie ? Avez-vous des méthodes pré­cises pour vous adap­ter à leurs connais­sances ? Ce sont des mots ou des mou­ve­ments qui se mettent au pre­mier plan ?
H.F. : Je donne rare­ment des ate­liers de poé­sie où je demande aux participant.e.s. de se fami­lia­ri­ser avec la tech­no­lo­gie que j’utilise. C’est une pers­pec­tive d’avenir, peut-être. Je peux sen­si­bi­li­ser ou fami­lia­ri­ser les adultes à la thé­ma­tique et la pra­tique de la poé­sie sonore et de la per­for­mance en fai­sant des excur­sions dans l’histoire lit­té­raire, sans oublier, cela va de soi, le regard et la dis­tance cri­tique quant à la domi­nance des hommes blancs. Il est moins adé­quat de pro­cé­der ain­si avec les enfants. Mes ins­tru­ments sont par contre faciles à mani­pu­ler pour obte­nir un effet immé­diat en par­lant dans un micro par exemple, d’entendre sa voix dif­fé­rem­ment ou faire des loups et s’entendre en répé­ti­tion. Cela sus­cite la curio­si­té, per­met d’établir une rela­tion de manière rapide et spon­ta­née, c’est d’expliquer une facette de la poé­sie en fai­sant sim­ple­ment. Toutefois, et c’est impor­tant de le redire, mes ate­liers ne sont pas arti­cu­lés autour de la tech­no­lo­gie, mais autour de la poé­sie, du spo­ken word. Et au pre­mier plan ne se trouve ni le mot ni le mou­ve­ment, mais sim­ple­ment les mots qui sont en mou­ve­ment, à tra­vers la parole, à tra­vers les corps et les mots des participant.e.s dans l’espace. L’aspect du col­lec­tif, du par­tage, est omni­pré­sent : par­ta­ger les mots, dire ensemble, faire des impro­vi­sa­tions, créer des textes nou­veaux à par­tir des écri­tures indi­vi­duelles préa­la­ble­ment réa­li­sées, que ce soit au Sri Lanka, au Bénin, en Inde, en Colombie, en Suisse, sim­ple­ment là, où je donne des ate­liers de poésie.
B.C. : En par­lant des enfants, je pense à votre livre : Mondes d’enfa()ce, un récit poé­tique qui joue avec les mots dès son titre, paru chez MiniZoé en 2015. C’est un livre auto­bio­gra­phique dans lequel vous évo­quez à la troi­sième per­sonne votre enfance alle­mande et votre che­min vers l’écriture. On plonge dans l’Allemagne de l’Ouest après-guerre, mais aus­si dans la Suisse, romande. Pourriez-vous nous en dire davantage ?
H.F. : J’écris des nou­velles, un pre­mier roman sor­ti­ra très pro­chai­ne­ment, pour dire que j’écris aus­si de manière linéaire. Mes textes en prose ne sont pas basés sur les jeux de mots, ni le récit auto­bio­gra­phique que vous évo­quez, sauf le titre. C’était presque évident : dans ce livre, j’évoque mon enfance et l’enfance est consti­tuée de mondes dif­fé­rents, y com­pris la décou­verte du monde exté­rieur. Ce sont ces décou­vertes-là aux­quelles l’enfant fait face, qui figurent dans le livre. Le récit est écrit à la troi­sième per­sonne du sin­gu­lier, aucun nom propre n’est men­tion­né, parce que mal­gré nos expé­riences indi­vi­duelles et très intimes, il y a aus­si des choses que nous par­ta­geons, une sorte d’interchangeabilité entre les géné­ra­tions, même entre les cultures, j’ose dire. Puis il y a ce pas­sage : « Elle est allon­gée dans l’herbe par­mi des êtres qu’elle ne connaît pas. Une langue à droite, une autre à gauche. Ça entre d’un côté, ça ne sort pas de l’autre. Les mots res­tent à l’intérieur, bien enve­lop­pés. Elle les porte en elle. Elle saute, elle se lève, elle marche. Marcher et sau­ter, bien secouer, bien bras­ser. En sor­tir une langue métisse, la sienne… »
B.C. : Avec vos per­for­mances, qui brisent la linéa­ri­té sur laquelle notre lan­gage est basé, vous inter­ro­gez et cri­ti­quez, en quelque sorte, le pou­voir struc­tu­rel qui repré­sente prin­ci­pa­le­ment le pou­voir des hommes. Cet enga­ge­ment vous serait-il dic­té par la réa­li­té dans laquelle, pour occu­per la place qu’elles méritent, les femmes artistes doivent sou­vent, même de nos jours et même en Europe, s’adapter au modèle domi­nant mas­cu­lin ? Vous êtes-vous heur­tée à de telles bar­rières durant votre par­cours de femme écri­vain ? Que signi­fie pour vous être auteure, per­for­meuse ?
H.F. : Cet enga­ge­ment est une néces­si­té et dépasse la ques­tion liée à la place des femmes artistes. Il concerne l’ensemble des places que les femmes occupent et les injus­tices ou inéga­li­tés qu’elles y subissent et qui com­mencent très tôt, dans l’éducation notam­ment, que ce soit dans l’univers fami­lial ou dans les ins­ti­tu­tions. Les repré­sen­ta­tions sté­réo­ty­pées sont véhi­cu­lées à tra­vers les jouets et les livres pour enfants, même à tra­vers les ani­maux en appa­rence inno­cents, du genre papa et maman ours, qui elle est à la mai­son et s’occupe des enfants our­son. Tout cela va avoir un impact sur la construc­tion sociale du genre, sur les choix pro­fes­sion­nels à faire et les inéga­li­tés sala­riales qui en résultent en par­tie, la pan­dé­mie nous le rap­pelle tous les jours. Quant à l’art, les femmes y sont encore sous-représenté.e.s, dans les uni­ver­si­tés aus­si, bien qu’il y ait une légère amélioration.
Personnellement, j’ai été confron­té à des bar­rières liées au genre, mais sou­vent, elles ne sont pas tan­gibles ou concrè­te­ment sai­sis­sables. Et si vous le ver­ba­li­sez, c’est que vous hal­lu­ci­nez, puisqu’il n’y a pas de preuves et tout le monde pense géné­ra­le­ment d’en être affran­chi des com­por­te­ments sexués, ce qui n’est de loin pas le cas.  Très géné­ra­le­ment, je dirais tout sim­ple­ment ceci : si j’avais été un homme, les efforts per­son­nels à four­nir pour sur­vivre dans le monde artis­tique auraient pu être plus doux, moins com­bat­tants, sur­tout au début. C’est peut-être plus facile pour les jeunes femmes aujourd’hui, mais d’après les échos que j’ai, en don­nant des cours dans une école d’art par exemple et en tant que mère de deux filles adultes, beau­coup de choses ne sont pas encore acquises, l’inégalité persiste.
Toutefois, les jeunes femmes sont plus nom­breuses qu’autrefois à oser d’envisager des par­cours pro­fes­sion­nels d’artistes ou d’écrivaines, ce der­nier encou­ra­gé avec l’apparition des ins­ti­tuts lit­té­raires. Elles sont plus nom­breuses à être fami­lia­ri­sées avec les tech­no­lo­gies modernes et per­sonne ne met en doute leur capa­ci­té, c’est ce que j’espère en tout cas, alors que vingt ans en arrière, il fal­lait dire 5 cinq fois que vous êtes capable de bran­cher un câble, avant qu’on vous laisse le faire.
Individuellement, il fal­lait construire une sorte d’affirmation de soi et les femmes conti­nuent de le faire, col­lec­ti­ve­ment, à tra­vers les mani­fes­ta­tions, les grèves, le mili­tan­tisme fémi­niste. Il faut que nous res­tions vigi­lantes, les acqui­si­tions sont fra­giles. Les reven­di­ca­tions des femmes connaissent une sorte de regain, avec des enjeux dif­fé­rents, ce qui prouve que le com­bat à mener est encore et tou­jours néces­saire et important.
Pour reve­nir à mes débuts, il est vrai que je me suis ins­pi­rés d’auteurs majo­ri­tai­re­ment mas­cu­lins, je concède, car il y avait peu de femmes actives dans le domaine qui m’intéressait et je les ai décou­vert seule­ment ensuite. Je me suis tou­te­fois affran­chie de cette influence, en cher­chant ma propre voix d’écrivaine et d’artiste. J’étais déjà fami­lia­ri­sé avec la cri­tique lit­té­raire et l’écriture fémi­niste à tra­vers mes études en lettres. J’ai tou­te­fois entre­pris une for­ma­tion uni­ver­si­taire com­plé­men­taire en études du genre pour mieux com­prendre les méca­nismes qui engendrent les inéga­li­tés, com­ment celles-ci se mani­festent. En tant qu’auteure et per­for­meure, cela m’a ame­né iné­luc­ta­ble­ment à la lec­ture d’auteures comme Judith Butler, Eika Fischer-Lichte, Peggy Phelan ou Diana Taylor.
B.C. : Quel sont vos pro­jets d’avenir ? Vos lec­teurs et vos spec­ta­teurs pour­ront-ils bien­tôt se réjouir d’un nou­veau livre ou d’une nou­velle per­for­mance de Heike Fiedler ? Merci de m’avoir accor­dé cet entre­tien pour la revue géor­gienne Akhali Saunje  !
H.F. : J’ai deux livres qui sor­ti­ront avant la fin du prin­temps : un roman (Dans l’intervalle des tur­bu­lences, Encre Fraîche, Genève, 2020) qui est déjà impri­mé, relié, qui n’attend la fin du confi­ne­ment pour sor­tir et un livre de poé­sie (En atten­dant le poème, édi­tions des sables, Genève, 2020) qui est en train de par­cou­rir les der­niers ins­tants avant de se voir maté­ria­li­ser concrè­te­ment. Ce sont deux nou­velles expé­riences, puisqu’il s’agit de mon pre­mier roman et de mon pre­mier livre de poé­sie écrit uni­que­ment en fran­çais, loin de l’expérimentation, enfin presque ! Il y aura donc une série de lec­tures à venir, les pre­mières ont dû être annu­lées pour des rai­sons de COVID-19. J’ai crée une page inter­net qui sera à la fois une sorte d’archive et de fenêtre vers des actions à venir en lien avec le roman :
Parallèlement, je conti­nue­rais de réa­li­ser des lec­tures-per­for­mances comme j’ai l’habitude de le faire. Des nou­veaux textes sont en route, un a été publié récem­ment, le 21 mars, c’est ici. On m’a posé la ques­tion si j’allais faire une per­for­mance sur le confi­ne­ment, je l’envisage, mais je ne le sais pas vraiment.
Merci pour vos ques­tions. Cela m’a fait très plai­sir de les lire et d’y répondre.

 

Avril 2020, France, Suisse

Heike Fiedler et Marie Swab, 25.AAF, Audio Art Festival, Tu’ es (germ) : do it tu es (fr) : you are. – elec­troa­cous­tic and visual poe­try, elec­troa­cous­tic violin.

 

∗∗∗

ჰაიკე ფიდლერი

Heike Fiedler

ლექსები

Poèmes

ფრანგულიდან თარგმნა ბაჩანა ჩაბრაძემ

Traduction géor­gienne par Boris Bachana Chabradzé

 

Pour Afrin

encore une autre ville
sous les bombes
encore un autre enfant
face au char d’assaut
encore un autre femme
sous l’aviation militaire
encore un autre homme
face aux désastres

encore un poème
contre la guerre
encore un cri
contre l’injustice
encore nos mots
contre les guerres
encore sans fin

cette ques­tion
qui s’empare, qui produit
                                      à répétition
les armes de destruction

 

ქალაქ აფრინს

კიდევ ერთი ქალაქი
ბომბებქვეშ
კიდევ ერთი ბავშვი
ტანკის პირისპირ
კიდევ ერთი ქალი
სამხედრო ავიაციის ქვეშ
კიდევ ერთი კაცი
კატასტროფის წინაშე

კიდევ ერთი ლექსი
ომის წინააღმდეგ
კიდევ ერთი ყვირილი
უსამართლობის წინააღმდეგ
ისევ ჩვენი სიტყვები
ომის წინააღმდეგ
ისევ გაუთავებლად
ეს კითხვა
ვინ იგდებს ხელში, ვინ აწარმოებს
                                                  კვლავ და კვლავ
მასობრივი განადგურების იარაღს

 

 

∗∗∗

Le goût

a-t-il
vraiment
chan­gé de
puis ja
mais être
sûre
demain
tout se
ra encore
différent

 

გემო

ნუთუ
მართლა
შეიცვალა მას
შემდეგ იგი ვერას
დროს იტყვი
დარწმუნებით
ხვალ
კვლავ სხვანაირად
იქ
ნება
ყველაფერი

 

 

 

 

* * *

où com­mencent les choses qui nous dépassent qui nous dépassent qui nous 
Dépassentd qui nous pas­sent­dé qui nous assent­dép qui nous ssent­dé­pa 
qui nous sent­dé­pas qui nous ent­dé­pass qui nous ntdé­passe t qui nous dépassent comme

სად იწყება ის რაც ჩვენს ძალებს აღემატება რაც ჩვენს ძალებს ღემატებაა რაც ჩვენს 
ძალებს ემატებააღ რაც ჩვენს ძალებს მატებააღე რაც ჩვენს ძალებს ატებააღემ რაცჩვენს 
ძალებს ტებააღემა რაც ჩვენს ძალებს ებააღემატ რაც ჩვენს ძალებს ბააღემატე რაცჩვენს 
ძალებს ააღემატებ რაც ჩვენს ძალებს აღემატება როგორც

 

 

Graffiti

Molécules libres.

Saisons. Béton.

Graffiti.

Odeur d’urine.

Réveil, enfants,

Monsieur, Madame,

Monnaie, machines

à billets.

Retour, mai­son,

dehors, dedans,

Histoire de remplir

le vide.                        

Buvons, buvons.

L’amour est trop beau

pour ne pas s’arrêter

un ins­tant.

გრაფიტი

თავისუფალი მოლეკულები.
წელიწადის დროები. ბეტონი.
გრაფიტი.
შარდის სუნი.

მაღვიძარა, ბავშვები,
ბატონი, ქალბატონი,
ხურდა, ფულის მთვლელი
მანქანები.

დაბრუნება, სახლი,
გარეთ, შიგნით,
უბრალოდ
სიცარიელის შევსება.

შევსვათ, შევსვათ.
სიყვარული ზედმეტად მშვენიერია
იმისთვის, რომ არ შევჩერდეთ
წამით.

 

* * *

plon­ger dans le noir
der­rière mes paupières

la vision penchée
côté sud
like the wind

le regard ne se couvre pas
de mousse verte.

une idée traverse
l’atmosphère
la fenêtre est res­tée ouverte
sous la pluie

ჩაძირვა სიბნელეში
ქუთუთოებს მიღმა

ხედვა მიმართული
სამხრეთით
Like the wind

მზერა არ იფარება
მწვანე ხავსით.

აზრი კვეთს
ატმოსფეროს
ფანჯარა დარჩა ღია
წვიმაში

 

Ivre

je suis ivre de fatigue ivre de vivre ivre de comme ivre de faire ivre de moi ivre d’être ivre de toi ivre de 
mar­cher ivre de tou­jours ivre d’écrire ivre d’avoir ivre encore ivre de ne pas ivre de 
res­ter ivre d’aimer ivre de ne pas ivre des che­mins ivre des len­de­mains ivre de boire ivre de 
l’incendie ivre incer­ti­tudes ivre de nous ivre des mots ivre de l’ombre ivre de tout ivre d’aller
ivre d’avoir ivre de nul part ivre de me tenir ivre dans les airs ivre dans les inter­stices ivre de 
soli­tude ivre du calme ivre d’écrire ivre de savoir ivre de vou­loir ivre de main­te­nant ivre de 
l’instant ivre sim­ple­ment ivre de rêves ivres de livres ivre du blanc

 

მთვრალი

მთვრალი ვარ დაღლილობით ცხოვრებით მთვრალი როგორც მთვრალი კეთებით 
მთვრალი ჩემით მთვრალი ყოფნით მთვრალი შენით მთვრალი სიარულით მთვრალი  მარადი მთვრალი 
წერით მთვრალი ყოლით მთვრალი ისევ მთვრალი არათი მთვრალი დარჩენით მთვრალი სიყვარულით მთვრალი 
არათი მთვრალი გზებით მთვრალი ხვალინდელი დღეებით მთვრალი სმით მთვრალი ხანძრით მთვრალი 
გაურკვევლობებით მთვრალი ჩვენით მთვრალი სიტყვებით მთვრალი ჩრდილით 
მთვრალი ყველაფრით მთვრალი წასვლით მთვრალი ყოლით მთვრალი უადგილობით მთვრალი 
დგომით მთვრალი ჰაერში მთვრალი ბზარებში მთვრალი მარტოობით მთვრალი სიმშვიდით მთვრალი 
წერით მთვრალი ცოდნით მთვრალი ნდომით მთვრალი აწმყოთი მთვრალი წამით მთვრალი 
უბრალოდ მთვრალი ოცნებებით მთვრალი წიგნებით მთვრალი თეთრი 
ფურცლით მთვრალი

 

* * *

Traverser les parcs.
Convergence.

Nous par­mi les arbres,
les mon­tagnes en face.

Une idée de l’hiver,
les vaches
dans le pré devant.

J’accélère,
les mots
me retiennent.

Désolée
pour mon retard

პარკის გადაკვეთა.
თანხვედრა.

ჩვენ ხეებს შორის,
პირისპირ მთები.

ზამთრის იდეა,
ძროხები
წინ მდელოზე.

სიჩქარეს ვუმატებ,
სიტყვები
მაკავებენ.

ბოდიში
დაგვიანებისთვის.

 

Nature morte

Les mots sur la table, dehors

une nuit d’hiver,

une paire de gants, un cendrier

nature morte peu avant minuit

La machine à écrire 

le jour à venir,

quelques roses séchées

l’enfant dort.

Frontières et fils de barbelés

les camps de réfugié.e.s

la mer, les noyé.e.s.

Augmenter le volume radio,

ambiance urbaine, tandis 

que les corps, les humains, 

par­tout les pays 

uire e re ire en ruines 

ruire struire 

recons­truire 

les mots 

sont la route sur laquelle

nous avan­çons 

ნატურმორტი

სიტყვები მაგიდაზე, გარეთ
ზამთრის ღამე,
წყვილი ხელთათმანი, საფერფლე
ნატურმორტი შუაღამემდე ოდნავ ადრე

საბეჭდი მანქანა
მომავალი დღე,
რამდენიმე დამჭკნარი ვარდი
ბავშვს სძინავს.

საზღვრები და მავთულხლართები
ლტოლვილთა ბანაკები
ზღვა, დამხრჩვალები.

რადიოს ხმის აწევა,
ქალაქური გარემო, მაშინ

როცა სხეულები, ადამიანები,
ქვეყნები ყველგან
ელი და ხელახლა ლი ნანგრევებად
ბელი ნებელი
ასაშენებელი

სიტყვები
გზაა, რომელზეც
წინ მივიწევთ

 

* * *

l’asphalte
retient
la cha­leur des mots
sur lesquels
nous avançons

* * *

il y a un petit détail
qu’il ne faut pas oublier
c’est le risque
du métier

* * *

dehors le vent mange
le temps mange la vie
tient à une ficelle

* * *

ასფალტი
ინარჩუნებს
სიტყვების მხურვალებას
რომელზეც
წინ მივიწევთ

* * *

არის ერთი პატარა დეტალი
რომელიც არ უნდა დაგვავიწყდეს
ესააპროფესიული რისკი

* * *

გარეთ ქარმა შეჭამა
დრომ შეჭამა სიცოცხლე
რომელიც ბეწვზე ეკიდა

 

Amoureusement poème

durant des heures, ne me force pas, hors temps, vas-y.

ici, le pas­sage d’étoiles, leurs reflets dans les criques, la dou­ceur de forets.

où vas-tu, ain­si, lon­geant les murs en  béton ?

glisse pro­tec­tion, un clin d’œil dans le vide.

au bord des routes, les fleurs jaune-citron,

les cou­loirs pour hérissons.

ne pas plus tard qu’hier, cette grande tempête.

chante la chan­son, mon enfant !

léger comme un brin, comme ça serait,

quand même pas, c’est tout autrement.

c’est si près et ailleurs en même temps. les rêves

en déroute, la guerre, partout,

véri­table désordre, fous nous étions,

auro­ria.

au petit matin, l’espoir, mal­gré le chaos.

un jour après l’autre, le monde.

serait-il deve­nu trop étroit pour l’espoir ?

on conti­nue, en ama­zone, mal­gré l’huile sur la mer,

l’oiseau, plus la mer, les pois­sons, plus la mer.

au fond, les coquillages, vie maritime.

le feu se pro­page sur les eaux.

se répand à nouveau

les arbres détruits

les éco­sys­tèmes.

nos cris dans la plaine,

vomis­sure, coup sur coup.

il ne reste que les mots,

déchi­rure et usure,

mal­gré tout, au loin l’horizon.

nos regards enga­gés, ne pas,

conti­nuer de dire le bonheur

tombe du ciel tombe tou­jours  

des nues en pas­sant hurler

                                             je t’aime

შეყვარებულად ლექსი

საათების განმავლობაში, ნუ დამაძალებ, მათ მიღმა კი, რამდენიც გინდა.
აქ ვარსკვლავების მწკრივია, მათი ანარეკლი ყურეებში, ტყეების სინაზე.
სად მიდიხარ, ასე, ბეტონის კედლებს რომ მიუყვები ?
გასხლტომა დამზღვევის, თვალის ჩაკვრა სიცარიელეს.

გზების გასწვრივ, ლიმონისფერი-ყვითელი ყვავილები,
დერეფნები ზღარბებისთვის.
გუშინდელ დღემდე, ეს დიდი გრიგალი.

იმღერე სიმღერა, ჩემო ბავშვო !
ღეროსავით მსუბუქი, ასე იქნება,
არა, რა თქმა უნდა, ეს სულ სხვანაირადაა.

ეს ისე ახლოა და სხვაგანაა ერთდროულად, ოცნებები
გარბიან, ომი, ყველგან,
ნამდვილი არეულობა, ჩვენ ყველანი ვიყავით,
ავრორა.

სისხამ დილით, იმედი, ქაოსის მიუხედავად.
დღე დღეს მიჰყვება, მსოფლიო
ნუთუ ზედმეტად ვიწრო გახდა იმედისთვის ?

აგრძელებენ, ამაზონზე, ზღვაზე ნავთობის მიუხედავად,
ჩიტი, ზღვა აღარ, თევზები, ზღვა აღარ.
ფსკერზე, ნიჟარები, საზღვაო ცხოვრება.
ცეცხლი ედება წყლებს.

მიმოიბნევა ხელახლა
დამსხვრეული ხეები
ეკოსისტემები.

ჩვენი ყვირილი დაბლობში,
ნარწყევი, თითო-თითოდ.

დარჩა მხოლოდ სიტყვები,
ნახლეჩი და ნაცვეთი,
ყველაფრის მიუხედავად, შორს ჰორიზონტი.

ჩვენი გულმოდგინე მზერა, არა,
კვლავ ვიმეორებდეთ ბედნიერება
ციდან ცვივა ყოველთვის ცვივა
ღრუბლებიდან ღრიალის გავლით
                                                    მიყვარხარ

Carte blanche à Heike Fiedler, Anthologie de la poé­sie Suisse romande, UNIL, Université de Lausanne.

Présentation de l’auteur

Heike Fiedler

Heike Fiedler est une poète née en 1963 en Allemagne mais qui a fait de la Suisse son pays d’accueil. Sa poé­sie est donc mul­ti­lingue en alle­mand et/​​ou fran­çais, aux­quels s’ajoutent par­fois l’anglais ou même d’autres langues selon le pays où elle est invitée.

Son tra­vail touche dif­fé­rents registres : per­for­mances, inter­ven­tions en milieu urbain, réa­li­sa­tions visuelles et sonores, publi­ca­tion de flip-book et autres, écri­ture de poèmes et d’histoires courtes. Elle se pro­duit seule et/​​ou en constel­la­tion, sou­vent avec des musi­­cien-ne-s venant de la scène de l’improvisation et/​​ou de l’électroacoustique. Elle a réa­li­sé plu­sieurs publi­ca­tions (revues, blogs, sites), a par­ti­ci­pé à des expo­si­tions col­lec­tives et à de nom­breux fes­ti­vals dans plu­sieurs pays en Europe et ailleurs. Avec Vincent Barras et Alain Berset, elle a fon­dé l’association de poé­sie sonore Roaratorio.

titres de cet auteur aux édi­tions ZOE

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Boris Bachana Chabradzé

Boris Bachana Chabradzé (ბაჩანა ჩაბრაძე) est un auteur et tra­duc­teur fran­co-géor­gien. Il est né en 1976 à Tbilissi, mais vit en France depuis de nom­breuses années. Il a fait ses études dans les uni­ver­si­tés de Tbilissi et de Nantes, ville jume­lée avec la capi­tale géor­gienne. Il est l’auteur de deux recueils de poé­sie en géor­gien : « ნაცრისფერი სამყარო » (Le monde gris, Gulani 1992) et « მთვარის სიმთვრალე » (L’ivresse de la lune, Merani 1996) et le tra­duc­teur du fran­çais vers le géor­gien et vice ver­sa des œuvres de plus de soixante-dix auteurs (poé­sie, pièces de théâtre, essais, articles, bandes des­si­nés…), dont le recueil « ფრანგული შანსონი » (Chanson fran­çaise, Intelekti 2015) qui ras­semble ses tra­duc­tions des textes cultes de Georges Brassens, Léo Ferré, Jacques Brel, Serge Gainsbourg et Boris Vian. Boris Bachana Chabradzé est le lau­réat de plu­sieurs Prix lit­té­raires, dont le Prix de tra­duc­tion Kotetishvili 2011. Il publie régu­liè­re­ment ses tra­duc­tions d’œuvres fran­co­phones dans les revues lit­té­raires géor­giennes, notam­ment les poèmes et la pré­face du recueil La Terre nous est étroite (« ჩვენ დედამიწა გვევიწროება ») de Mahmoud Darwich (revue Akhali saunje, jan­vier 2016) ; Lettres de guerre (« ომის წერილები ») de Jacques Vaché (revue Akhali saunje, octobre 2016) ; La pré­face de Roland Barthes « Ce qu'il advient au signi­fiant » (« რა მოსდის აღმნიშვნელს ») pour le roman de Pierre Guyotat Éden, Éden, Éden (revue Akhali saunje, juillet 2020) ; Lettres sur la cruau­té (« წერილები სისასტიკეზე », revue Le Théâtre, août 2020 ) et En finir avec les chefs d'œuvre (« ბოლო მოვუღოთ შედევრებს », revue Le Théâtre, novembre 2020) d’Antonin Artaud ; Ubu roi (« იუბიუ მეფე ») d’Alfred Jarry (revue Arili, mars 2020) et Les Mamelles de Tirésias (« ტირესიასის ჯიქნები ») de Guillaume Apollinaire (dési­gnée une des meilleures tra­duc­tions de l’année par le jury du Prix Tumanishvili, Pièce tra­duite 2020). Du géor­gien vers le fran­çais, les der­niers titres tra­duits par Boris Bachana Chabradzé sont : Le cata­logue fran­çais de poètes géor­giens contem­po­rains (« თანამედროვე ქართველი პოეტების ფრანგული კატალოგი », Maison des écri­vains de Géorgie, juillet 2020) ; L’Anthologie fran­çaise de poètes géor­giennes : Je suis nom­breuses : Quinze poètes géor­giennes ("მე ბევრი ვარ : თხუთმეტი ქართველი პოეტი ქალი"), édi­tons l’Inventaire, Paris, mars 2021 ; Et le recueil de poé­sie Schizo-poèmes (« შიზო ლექსები ») de Paata Shamugia (double lau­réat du Prix Saba), dont la sor­tie est pré­vue à l’été 2021 aux édi­tons La Traductière à Paris. Outre la tra­duc­tion, Boris Bachana Chabradzé réa­lise des entre­tiens avec les auteurs qu’il tra­duit, dont Linda Maria Baros (Prix Apollinaire 2007), Pauline Picot et Heike Fiedler, dans le cadre du Festival International de Tbilissi, en par­te­na­riat avec la Maison des écri­vains de Géorgie.
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