> INUITS DANS LA JUNGLE n° 7

INUITS DANS LA JUNGLE n° 7

Par | 2018-05-27T07:23:40+00:00 15 octobre 2016|Catégories : Revue des revues|

 

 

            Faut-il le rap­pe­ler ? Inuits dans la jungle (comme son nom l’indique) est né en 2008 de la fusion entre deux revues pré­cé­dentes : Jungle (pério­dique créé par Le Castor Astral vers 1978) et Inuits (fon­dé par Jacques Darras, un peu avant). Les deux revues se sont asso­ciées par l’intermédiaire du poète luxem­bour­geois Jean Portante. Aussi le lec­teur ne s’étonnera pas de trou­ver Jacques Darras inter­ro­geant Jean Portante (qui lui répond à pro­pos des ten­dances de la poé­sie d’Amérique latine contem­po­raine) et André Velter (à pro­pos du 50ème anni­ver­saire de la col­lec­tion Poésie /​ Gallimard).

            Les 16 Chants du Despotat de Morée du Mexicain Hugo Gutiérrez Vega sont tra­duits par Martine De Clerq. Il fut ambas­sa­deur en Grèce de 1987 à 1994 et écri­vit cette suite en 1991 après avoir visi­té les ruines de Mistra, la capi­tale de cette prin­ci­pau­té, cette cité byzan­tine… jadis de chair et de rires. C’est l’occasion pour le poète d’une évo­ca­tion mélan­co­lique de la ville et de l’histoire domi­née par la dynas­tie des Paléologues. Mais c’est aus­si celle d’une média­tion phi­lo­so­phique sur la dis­pa­ri­tion des civi­li­sa­tions : “Je ferme les yeux et pense à mes dos­siers, /​ ces docu­ments qui furent mon his­toire /​ flottent désor­mais, déco­lo­rés, sur le fleuve de l’oubli”. Ne res­tent sur les ruines de la ville que les poèmes, c’est du moins ce qu’affirme la prose VIII… Et un poème, en vers, est dédié à Yannis Ritsos pour bien mon­trer la puis­sance de la poé­sie. Car les empires “sont plus péris­sables encore que les petites choses de tous les jours”… Ce que vient confir­mer le chat de la prose XV.

            Jean Portante pré­sente et tra­duit trois voix fémi­nines de la poé­sie d’Amérique latine : Carol Bracho, Yolanda Patín et Mayra Oyuela. Il répond éga­le­ment aux ques­tions de l’ancien rédac­teur d’Inuits… Il met en évi­dence la per­ma­nence de la poé­sie dans ce sous-conti­nent et son ins­crip­tion dans la lit­té­ra­ture mon­diale, une ins­crip­tion qui ne néglige pas les “grands mythes héri­tés de l’ère pré­co­lom­bienne” ni une “conscience sociale et poli­tique” à un degré moindre ; son ori­gi­na­li­té. Un  tableau enri­chis­sant qu’illustrent, à leur façon, les trois femmes pré­sen­tées… Mais il faut lire ce que dit Jean Portante pour décou­vrir le four­mille­ment poé­tique en Amérique latine car c’est l’individu qui domine…

            André Velter revient sur la col­lec­tion Poésie /​  Gallimard qu’il dirige depuis 1998 et son his­toire. Il en sou­ligne les fluc­tua­tions (éco­no­miques et lit­té­raires)  et met ain­si en lumière l’évolution de la col­lec­tion. La publi­ca­tion de douze poètes vivants pour les 50 ans de cette série relève d’une volon­té de chan­ge­ment et de rendre visible la diver­si­té qui ne remet pas en cause la voca­tion patri­mo­niale. En tout cas, cet entre­tien est cap­ti­vant.

            Un cahier de créa­tion vient com­plé­ter la livrai­son ; il est consa­cré à trois poètes :  Chantal Dupuy-Dunier, Thomas Vinau et Gabriel Zimmermann… J’y retrouve avec plai­sir et inté­rêt la pre­mière dont j’ai ren­du compte ces der­nières années de plu­sieurs recueils. J’ai lu avec émo­tion ses deux poèmes. Thomas Vinau exprime excel­lem­ment son indi­vi­dua­li­té dans des poèmes jus­ti­fiés par le milieu, mais ce n’est pas ce que je demande à la poé­sie. Gabriel Zimmermann capte ces moments de la vie entre chien et loup, il leur donne sens par la chute du poème, fût-ce sous forme de ques­tions…

            Il faut lire Inuits dans la jungle, non pour avoir une vision com­plète de la poé­sie fran­co­phone et mon­diale (ce qui est impos­sible) ; mais lire régu­liè­re­ment aus­si d’autres revues poé­tiques pour ne pas mou­rir tota­le­ment anal­pha­bète. C’est le prix à payer pour décou­vrir l’incroyable richesse de ce genre lit­té­raire.

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