Omed Qarani (né en 1992 à Erbil) est un poète et nouvelliste kurde qui publie ses textes depuis 2013. Ses œuvres ont été publiées dans des revues kurdes et grecques, sans qu’il ait encore fait paraître de recueil.
Après avoir vécu pendant plusieurs années en Grèce (Ioannina, Thessalonique), sa poésie puise dans l’expérience de la migration et de la marginalisation sociale. Sa voix se déploie entre deux géographies — le Kurdistan et la Grèce — qui laissent toutes deux leur empreinte dans ses écrits. Dans ses poèmes, il dessine des travailleurs désespérés, des jeunes perdus dans les villes modernes, ainsi que la solitude qui naît au cœur des crises sociales et politiques.
Omed traduit la poésie kurde en grec et la poésie grecque en kurde. À travers une langue quotidienne et une attention portée aux détails de la vie des gens ordinaires, il donne à voir un monde où la justice fait défaut, où la liberté est restreinte et où les rêves se heurtent sans cesse à des routes fermées.
L’un des traits caractéristiques de sa poésie est le sens de la responsabilité envers ceux qui n’ont pas de voix. Enfants des quartiers populaires, travailleurs de nuit, personnes vivant sous surveillance policière — tous trouvent leur place dans ses poèmes.
Omed vit aujourd’hui à Erbil et continue d’écrire et de publier de la poésie et des nouvelles.
Quatre poèmes
Traduits du grec par Ieronymos Klirakis.
- Vieille chanson.
Il n’est pas nécessaire de te souvenir,
nous, nous savons,
que la mort n’est qu’une nuit montagneuse,
un morceau de pain froid
suspendu dans l’air.
Et le fait que tu ne reviendra jamais,
rend la vie toujours plus douce.
- Orphée dans un autre Hadès.
Je ne fais rien.
Je n’écris que des poèmes.
Ma seule pensée, ma seule occupation,
c’est de savoir quoi écrire dans le présent.
Il semble, ainsi, que mon unique désir
et but soient
le comment, le quand me détruire moi-même
et disparaître.
Je ne fais rien.
Je n’écris que des poèmes.
Mon unique sœur avait raison :
Le seul outil de mon autodestruction.
- Nuits juliennes.
Nuit d’un mois de Juillet,
des ouvriers dorment sous la lune,
des colombes se cachent derrière mes paupières,
mes rêves tombent du minaret du silence,
et je me dis :
nous ne sommes rien d’autre
qu’un jeu pour le lieu et le temps.
Une autre nuit de juillet,
toujours les ouvriers, sous le clair de lune,
endormis,
mes paupières si lourdes comme ce bâtiment
sur lequel nous nous sommes allongés,
je pense aux relations trompeuses,
aux paroles bon marché,
à la blessure de rire stupide,
et je me dis à moi-même
que la vie s’écoule dans la veine qui endure.
- Flash-back.
La raison pour laquelle, pendant quelques années,
la police m’a traqué sans relâche
et que durant des années, on m’a emprisonné,
ce n’était pas parce que j’étais un jeune révolutionnaire,
ni même un vieux terroriste,
mais simplement parce que j’étais ivre.
Je voulais faire sauter tous les bâtiments
puisque le minaret de Tsoli1 m’avait été ravi.
- Le Minaret Tsoli (également connu sous le nom de Minaret Mouzafarîya) est un monument historique de la ville d’Erbil. Son histoire remonte à environ 800 ans. Il mesure environ 36 mètres et se compose d’une base octogonale et d’un fût cylindrique
Biographie du traducteur : Ieronymos Klirakis est diplômé de l’Université Montpellier 3 en Langue et Culture de la Grèce Moderne, il vit en Grèce depuis 10 ans où il enseigne le Français notamment pour l’Institut Français. Il travaille actuellement sur différentes expériences poétiques et traductions d’auteurs contemporains.














