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Népenthès

Par |2018-11-17T22:32:18+00:00 4 juillet 2012|Catégories : Revue des revues|

La revue Népenthès en est à sa 4ème livrai­son. C'est une publi­ca­tion de l'Association Carrefour des Chimères et son maître d'œuvre se nomme Bernard J.Lherbier.
Belle revue de plus de 300 pages, par­cou­rir son som­maire est déjà pro­met­teur : les poètes rythment la cadence au gré de ce que la revue nomme "Paraphe" ; leurs poèmes signant la tra­ver­sée de Népenthès. Des "Gemmes", tel Victor Segalen, Paul-Jean Toulet ou René Crevel, scin­tillent d'outre-tombe. Nous pou­vons faire "Escales", dans le n°3, avec Christian Girard évo­quant sa vision du fan­tôme de Richard Brautigan, le père de la contre-culture amé­ri­caine :

De petites arai­gnées
com­munes
des­sé­chées
les pattes rabou­gries
se balancent aux bouts de leurs fils
comme des boules de Noël
aux extré­mi­tés
de sa mous­tache
gon­flée de pous­sière

Nous y croi­sons des hom­mages, à Arthur Rimbaud, à Guillaume Apollinaire, des "Dandy loque­teux" tel Jehan Rictus, ou des "Sélénites" comme Denis Samson en son poème Extrait du Temps :

Assis sous un arbre
dans le filet des ombres
jetées sur nous ;
le vent feuillette
Pierre Reverdy

Juillet à Québec sur les Plaines
il fait beau, chaud,
l'été oublie
qu'il va finir
tôt ou tard.

On y croise aus­si le ciné­ma sous la plume de Jacques Sicard ; la pein­ture avec Marc Chagall ou Marcel Gromaire ; la chan­son avec Ode Desfonds, et plein d'autres sur­prises miri­fiques comme ce poème évo­ca­teur de Annie Van de Vyver :

 

L'odeur après l'amour

L'odeur après l'amour de deux corps en sueur
Inhaler tout ton être à m'en cou­per le souffle
Et du grain de ta peau en prendre la sen­teur
Jusqu'au pro­fond ver­tige où mon amour s'essouffle

A tant te res­pi­rer, à m'absorber de toi
Je suis comme un buvard, je suis comme une éponge
Tu es ma fleur d'amour, tu es mon odo­rat
Tant je confonds en toi tout mon être qui plonge

Comme l'abeille qui sait buti­ner la corolle
Je viens en t'inspirant éveiller tous mes sens
Puis prendre à plein pou­mons jusqu'à deve­nir folle
Je vais cueillir en toi l'effluve d'indécence.

 

Le  saviez-vous ? Népenthès est un mot grec Νεπένθος , com­po­sé de Νε- « non » et de πένθος « tris­tesse ». Homère en fit boire à Hélène afin qu'elle oublie son pays natal.
S'abonner et lire Népenthès aujourd'hui, c'est ain­si conju­rer un peu la nos­tal­gie ambiante qui attriste la part alié­née de  l'âme euro­péenne.

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