Sandra Lillo, Escale sur le bord de mes paupières

2018-01-05T17:31:42+01:00

(extraits)

Escale sur le bord de mes paupières;
Les rêves disparaissent,
Mangés par l’ob­scu­rité des années
Qui sont passées,
Qu’un autre sem­ble avoir tissé
Avec mes mains, ma voix, mon manteau,
Mes armes et ma lâcheté.

Regarder tomber des avers­es de pluie
A tra­vers le champs des souvenirs,
Enten­dre l’en­fant qui boit à toutes les saveurs
Qui s’en­dort sur une dernier rêve de vent,
La joue con­tre sa paume,
C’é­tait moi.
Je n’aime plus le vent
Qui bous­cule dans un grand fracas
Ma mémoire
Et mes jambes qui flageolent
Celles- là même qui ont dansé
Et ser­ré convulsivement
Les hanch­es des hommes
Et mon cœur qui s’affole
Qui a aimé dans toute sa pureté
Et ma bouche qui se ferme dans une dureté amère
Qui a embrassé rit et pleuré, sans regrets.

Le grand des­tin courait déjà,
Ivre de sa puis­sance der­rière sa proie,
Écras­ant tous les refuges de l’enfance.
Il a bon­dit dans un dernier élan, sûr de son dû,
De sa vic­time consentante,
Déci­dant la mort naturelle dans ses obscures raisons.
Seule, l’âme s’est élevée,
A révélé l’erreur;
Il n’ait d’autre joie
Que celle de vivre et vieillir
Jusqu’aux dernières portes
Dans un dernier salut.

 

 

 

 

 

Établir ses comptes
Sur une férule de papier,
Se décou­vrir vieux
Avec des rides, des plis,
Des amours maudits.
Embrass­er la terre
Pour le vin qu’elle a fournit;
Dans ses beaux jours,
Sa couleur acajou,
Dans sa douleur lancinante,
Les formes las­cives de sa robe.

Après la parole, après la nuit,
Remon­ter à la ligne,
La ligne plate de l’horizon;
La lumière joue, s’invente
S’a­vance comme on l’attend,
Tapis­sée d’ombre,
Agitée de som­no­lence et d’éveil.

 

 

 

 

 

Il fau­dra tou­jours rentrer;
véri­fi­er le courrier,
retrou­ver les meubles et leurs bibelots,
leur air fan­faron sur l’étagère,
leur doigt aigri, accusateur
sur la pel­licule molle de leur poussière.

Il fau­dra tou­jours rentrer;
taire les envies de s’échapper
pour aller au devant des blas- blas du monde,
laiss­er ses pas gliss­er sur l’asphalte,
(enruban­né de ses cos­tumes d’apparat),
qui rap­pelle les gris brefs de l’enfance
et ces belles soirées qui avaient l’é­clat blanc
de la lib­erté, (jouir de l’éphémère,
fier, éman­cipé d’une famille tou­jours plus meurtrie).

Il fau­dra tou­jours rentrer;
ren­con­tr­er quelqu’un que l’on croy­ait perdu
qui a cap­turé notre vis­age, notre figure,
quelqu’un qui nous attend pesant
sur la dernière marche de l’escalier,
qui attend la clef dans la serrure,
le geste lent pour ouvrir les volets,
qui se sou­vient de chaque porte, de chaque entrée,
de chaque palier rayé d’une unique identité
(les cris qu’elles ont caché,
la peine qu’elles ont dissimulé)
et les espoirs étouf­fés une fois le seuil dépassé.

Avant de ren­tr­er, j’aimais la solitude.

 

 

 

 

 

Tout quit­ter,
Con­tem­pler d’ailleurs
Ses anciens espoirs.

Pren­dre soin de la tristesse,
S’ assoupir sur les rives d’un autre territoire.

Dépos­er dans un encen­soir, avant le départ,
Les majus­cules d’un drame qui s’est joué
Entre les bornes, d’une vie illusoire.

Dire au revoir à ces voix fatiguées
Qui ne font que répéter
Les mois frag­iles qui se sont envolés
(Sur les berges marines du printemps,
On ne fai­sait qu’avoir vingt ans).

Le soir dépose son manteau
De plus en plus tôt
Et le réveil vient livré dans la douleur.

S’en aller,
Remor­quer à la force du corps
Le désen­chante­ment posé
Dans un cof­fre de bois noble.

 

 

 

 

 

L’hor­loge de midi fredonne
Les san­glots d’un violon
Qu’un homme laisse s’étirer,
Frôler les toits pen­tus du quartier
Quand vient l’heure, morose,
Ou dérac­iné, on quémande
Comme un petit enfant, un signe
(une par­tic­ule de poussière
volant sur les ailes du soleil,
le nom d’un amant retrouvé
sur un papi­er couturé).
Un geste qui éloign­erait pour un temps,
La soli­tude qui attend,
Tassée dans un recoin du grenier,
L’heure de descen­dre l’escalier,
Boit­il­lant ses regrets;
Qui vient, sans taffe­tas ni vernis
S’in­stalle à table,
Dans la cham­bre à coucher,
A l’heure, ou le repos est enfin permit.

 

Présentation de l’auteur

Sandra Lillo

San­dra Lil­lo est née à Nantes en 1973. A une époque com­pliquée de sa vie la poésie a été une décou­verte, puis une curiosité jusqu’à devenir cette fenêtre ouverte, éclairée au bout du cha­grin dont par­le dans son poème Paul Eluard.

 Elle a pub­lié deux recueils aux Edi­tions La Cen­tau­rée dont un Le silence coule sous les branch­es avec le pho­tographe Cédric Merland.

 Deux autres recueils sont à paraître dans l’année.

Sandra Lillo

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