Sandra Lillo, Poèmes

Par |2021-05-06T07:16:33+02:00 6 mai 2021|Catégories : Poèmes, Sandra Lillo|

Le bar est fermé

alors les gens boivent un café
dehors

devant la boucherie

Je ne m’ar­rête pas

je ne con­nais personne

mais je regarde

Ça fait comme des petits hori­zons
qui s’ouvrent

comme si le ciel d’été tour­nait sept
fois sa langue dans nos bouches

De l’autre côté de la rue

on ne voit plus les mères de famille
et les gens qui revi­en­nent du travail

On dirait que le matin a disparu

 

Il est seize heures trente

je pen­sais qu’il était plus tard

Il pleut depuis ce matin

la pluie pénètre dans l’âme et
les jardins

Je m’en­nuie

On dirait que je ne suis jamais
sor­tie de la chambre

à côté de celle de mes parents

Je me suis sans doute endormie

sinon j’au­rais une mai­son avec un toit
rouge

entre les arbres d’hiv­er et les soleils
couchants

et en la voy­ant de loin les gens diraient

C’est une boîte d’allumettes

 

 

Dimanche

Un cor­beau marche sur l’herbe

On dirait qu’il pense

C’est peut-être un savant ou un
philosophe réincarné

Je me demande ce que se dis­ent
les fleurs

quand elles ne font pas la sieste

Le ciel est de la couleur de la fonte

Les chem­inées crachent des
bouil­lons de fumée

Je regarde

comme quand je jouais à la
marchande

le petit bout du monde

un cen­timètre peut-être

 

J’é­coute John­ny Cash

il par­le de rêves brisés que rien ne
peut réparer

Moi je couds encore

même si le tis­sus se déchire et ne
tient plus

Je par­le avec ma lib­erté mais des fois
je me fâche

et j’ai envie de cass­er quelque chose

parce que ici c’est pas très grand

surtout l’hiv­er avec tout ce silence

Alors hier comme le ciel était bleu sec

j’ai éten­du ma chemise sur la corde à linge

et main­tenant mon tiroir sent la nuit

 

 

Je relis tou­jours les mêmes poèmes

Je mets des petits bil­lets
entre les pages

et puis je les enlève pour ne rien
rater

La lumière depuis est descen­due
et le livre est posé sur la table

J’e­spère qu’un peu de moi y est
resté

mon souf­fle ou quand j’ai levé
les yeux pour te regarder

Quand je suis rev­enue les mots
faisaient

comme des blous­es rem­plies
de vent

et comme tu con­tin­u­ais de me
regarder

je me suis cachée

 

 

 

 

Présentation de l’auteur

Sandra Lillo

San­dra Lil­lo est née à Nantes en 1973. A une époque com­pliquée de sa vie la poésie a été une décou­verte, puis une curiosité jusqu’à devenir cette fenêtre ouverte, éclairée au bout du cha­grin dont par­le dans son poème Paul Eluard.

 Elle a pub­lié deux recueils aux Edi­tions La Cen­tau­rée dont un Le silence coule sous les branch­es avec le pho­tographe Cédric Merland.

 Deux autres recueils sont à paraître dans l’année.

Sandra Lillo

Autres lec­tures

Sandra Lillo, Les Bancs des parcs sont vides en mars

Extra­or­di­naire ! Vrai­ment… J’ai fait là une ren­con­tre avec une écri­t­ure superbe, sim­ple et pro­fonde, authen­tique et douée d’empathie pour la vraie vie mal­gré les dif­fi­cultés de cha­cun pour la vivre, et usant […]

[print-me]

Sommaires

Aller en haut