Sergeï Din, la part invisible du jour

Par |2026-01-06T16:41:35+01:00 6 janvier 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Sergeï Din|

Sergeï Din représente une voix sin­gulière au sein de la lit­téra­ture rus­so­phone, se situ­ant délibéré­ment en marge des grands cen­tres cul­turels tra­di­tion­nels que sont Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Son ancrage dans l’Our­al et sa pub­li­ca­tion régulière dans la revue lit­téraire régionale “Bel’skie Pros­to­ry” (“Les Éten­dues de la Belaïa”) l’in­scrivent dans une dynamique de créa­tion en province, sou­vent car­ac­térisée par une obser­va­tion fine et une sen­si­bil­ité dis­tincte aux réal­ités locales. Cepen­dant, son tra­vail a su franchir les fron­tières géo­graphiques et lin­guis­tiques, comme en témoignent ses pub­li­ca­tions dans des revues pres­tigieuses en Alle­magne (“Za-Za”) et en France (“Russkoe Vymia”), ain­si que dans “Zvez­da Vos­to­ka” (“L’É­toile de l’Ori­ent”) en Ouzbékistan.

Mem­bre de l’U­nion des Écrivains de Mol­davie por­tant le nom de Pouchkine, Sergeï Din cul­tive un rap­port à la langue russe qui est à la fois clas­sique, par son affil­i­a­tion à une grande tra­di­tion lit­téraire, et résol­u­ment per­son­nelle, voire icon­o­claste. Son écri­t­ure, où se mêlent sou­vent le quo­ti­di­en et le méta­physique, offre une per­spec­tive décen­trée et pré­cieuse sur les thèmes uni­versels qui tra­versent la lit­téra­ture russe moderne.

  1. Éléphant

L’animal en moi est plus vieux que la pierre.
Son pas défonce les sen­tiers battus.
Com­para­i­son ? Aucune.

Moi, cuiv­re de la brèche.
Eux, mur­mure dans les feuillages.
Tout mon vers est un éboulement.
Les esthètes reculent.

Une seule sait.
Une seule porte sans plier
le faix de mon corps maladroit.

Le jour est con­quis, abattu.
Silence.
Et moi, je rentre,
je pose ma fatigue immense
dans le creux de son épaule.

  1. Les Mots

« Sang » — goût de sel sur la lèvre éraflée.
La nuit, une envie de hurler. De détonation.
« Douleur » — qui naît du souf­fle au petit jour.

Le plus facile : regarder en face
L’inévitable. « Mort ».
Puis « amour » — qui s’abat sur l’oreiller,
Ou bien la balle, ou bien la ligne.

  1. Trip­tyque

(la voix du poète)
Ma voix est un lierre.
Entends-tu comme elle vire ?!
Forêt de mots-sarments,
Jusqu’au firmament !
Je brûle d’une syllabe-épine,
Je veux calciner
Dans les gens un trou,
Et par ce trou,
Tel l’oiseau Sterkh,*
Que l’âme s’envole au ciel !

(la gorge du poète)
Ma gorge est un pavillon
Men­ace par son grondement !
Alliage de mots qui se vante,
Leur force est la vérité.

Gorge – porte-voix ! Et si
La chan­son qu’elle crie vient
De l’autre côté, sache,
Le cœur y est cousu par un nerf !

(l’arme du poète)
L’arme du poète, le mot,
La ligne, son chargeur !
Il vise le cœur au vol
Par la pupille acérée !

Il troue la peau épaisse,
Troue la dureté !
D’une syl­labe coulée en mot
Il brûle l’âme sous la peau !

Tou­jours « hors de soi », peut-être,
Ban­dit et psychopathe,
Par le trou noir du canon
Il pointe sur toi son vers !

Sterkh : une espèce de grue blanche de Sibérie, rare et majestueuse, sou­vent asso­ciée dans la poésie russe à l’âme, à la nos­tal­gie et à la transcendance.

  1. Analo­gie

Poèmes – mains sectionnées.
Leurs doigts, les vers, écartés
Dans l’élan retenu
D’un bat­te­ment qui va naître…
Comme dans la roche
L’empreinte de la pre­mière aile.

  1. Con­tre­point

Les autres : rossig­nols, paons.
Moi, la faille dans le temps,
Le ptéro­dactyle échoué sur ton seuil.

Je triche avec les ères. Je suis incongru.
J’oublie ma tribu. Je fais mon nid
Sur ta cor­niche de métal.

Je suis gris. Je ne chanterai pas.
Mais regarde : ces ailes,
Ces mains immenses –
Tu aimes leur envergure.

Présentation de l’auteur

Sergeï Din

Sergeï Din est un poète russe con­tem­po­rain, prin­ci­pale­ment con­nu pour sa présence active sur les plate­formes russ­es de poésie en ligne, où il pub­lie régulière­ment ses textes. Son nom appa­raît sous la forme Сергей Дин, qui sem­ble être un nom lit­téraire ou un pseu­do­nyme, pra­tique courante chez de nom­breux poètes russ­es actuels dif­fu­sant leurs œuvres hors des cir­cuits édi­to­ri­aux traditionnels.

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