Deux extraits du recueil La Poésie

Et nous sommes debout maintenant…

Et nous sommes debout main­tenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite main­tenant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la péné­trance d’une guêpe apoc­a­lyp­tique. Et la voix prononce que l’Europe nous a pen­dant des siè­cles gavés de men­songes et gon­flés de pestilences,
car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie
que nous n’avons rien à faire au monde
qu’il suf­fit que nous nous met­tions au pas du monde mais
l’œuvre de l’homme vient seule­ment de commencer
et il reste à l’homme à con­quérir toute inter­dic­tion immo­bil­isée aux coins de sa ferveur
et aucune race ne pos­sède le mono­pole de la beauté, de l’intelligence, de la force
et il est place pour tous au ren­dez-vous de la con­quête et nous savons main­tenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la par­celle qu’a fixée notre volon­té seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre com­man­de­ment sans limite.
Extrait du Cahi­er d’un retour au pays natal

Pas­cale Monnin.

Pasko.

C’est moi-même, Terreur,
 c’est moi-même

 

Les rêves échoués desséchés font au ras de la gueule des
rivières
de for­mi­da­bles tas d’ossements muets
les espoirs trop rapi­des ram­p­ent scrupuleusement
en ser­pents apprivoisés
on ne part pas on ne part jamais
pour ma part en île je me suis arrêté fidèle
debout comme le prêtre Jehan un peu de biais sur la mer
et sculp­té au niveau du muse­au des vagues et de la fiente
des oiseaux
choses choses c’est à vous que je donne
ma folle face de vio­lence déchirée dans les profondeurs
du tourbillon
ma face ten­dre d’anses frag­iles où tiédis­sent les lymphes
c’est moi-même Ter­reur c’est moi-même
le frère de ce vol­can qui cer­tain sans mot dire
rumine un je ne sais quoi de sûr
et le pas­sage aus­si pour les oiseaux du vent
qui s’arrêtent sou­vent s’endormir une saison
c’est toi-même douceur c’est toi-même
tra­ver­sé de l’épée éternelle
et tout le jour avançan
mar­qué du fer rouge de choses sombrées
et du soleil remémoré

 

Extrait du recueil inti­t­ulé Fer­re­ments

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Pascale Trück

Pas­cale TRÜCK vit en Bour­gogne, où elle est enseignante. Elle a col­laboré à plusieurs revues et mag­a­zines lit­téraires. Dans Recours au Poème, elle a pro­posé une chronique poé­tique du roman. Car la poésie s’y trou­ve par­fois. Les romans qu’elle a mis en avant ont su la capter. Elle se con­sacre aujour­d’hui à l’écri­t­ure théâ­trale. Sa pre­mière pièce, Si le vent tourne, a été éditée en 2015 (aux édi­tions La Fontaine). 

http://www.theatre-contemporain.net/textes/Si-le-vent-tourne-Pascale-Truck/