> A Propos d’Aimé Césaire (3)

A Propos d’Aimé Césaire (3)

Par |2018-07-11T12:39:43+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Aimé Césaire, Critiques|

Deux extraits du recueil La Poésie

Et nous sommes debout main­te­nant…

Et nous sommes debout main­te­nant, mon pays et moi, les che­veux dans le vent, ma main petite main­te­nant dans son poing énorme et la force n’est pas en nous, mais au-des­sus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l’audience comme la péné­trance d’une guêpe apo­ca­lyp­tique. Et la voix pro­nonce que l’Europe nous a pen­dant des siècles gavés de men­songes et gon­flés de pes­ti­lences,
car il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie
que nous n’avons rien à faire au monde
qu’il suf­fit que nous nous met­tions au pas du monde mais
l’œuvre de l’homme vient seule­ment de com­men­cer
et il reste à l’homme à conqué­rir toute inter­dic­tion immo­bi­li­sée aux coins de sa fer­veur
et aucune race ne pos­sède le mono­pole de la beau­té, de l’intelligence, de la force
et il est place pour tous au ren­dez-vous de la conquête et nous savons main­te­nant que le soleil tourne autour de notre terre éclai­rant la par­celle qu’a fixée notre volon­té seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre com­man­de­ment sans limite.
Extrait du Cahier d’un retour au pays natal

Pascale Monnin.

Pasko.

C’est moi-même, Terreur,
 c’est moi-même

 

Les rêves échoués des­sé­chés font au ras de la gueule des
rivières
de for­mi­dables tas d’ossements muets
les espoirs trop rapides rampent scru­pu­leu­se­ment
en ser­pents appri­voi­sés
on ne part pas on ne part jamais
pour ma part en île je me suis arrê­té fidèle
debout comme le prêtre Jehan un peu de biais sur la mer
et sculp­té au niveau du museau des vagues et de la fiente
des oiseaux
choses choses c’est à vous que je donne
ma folle face de vio­lence déchi­rée dans les pro­fon­deurs
du tour­billon
ma face tendre d’anses fra­giles où tié­dissent les lymphes
c’est moi-même Terreur c’est moi-même
le frère de ce vol­can qui cer­tain sans mot dire
rumine un je ne sais quoi de sûr
et le pas­sage aus­si pour les oiseaux du vent
qui s’arrêtent sou­vent s’endormir une sai­son
c’est toi-même dou­ceur c’est toi-même
tra­ver­sé de l’épée éter­nelle
et tout le jour avan­çan
mar­qué du fer rouge de choses som­brées
et du soleil remé­mo­ré

 

Extrait du recueil inti­tu­lé Ferrements

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Pascale Trück

Pascale TRÜCK vit en Bourgogne, où elle est ensei­gnante. Elle a col­la­bo­ré à plu­sieurs revues et maga­zines lit­té­raires. Dans Recours au Poème, elle a pro­po­sé une chro­nique poé­tique du roman. Car la poé­sie s’y trouve par­fois. Les romans qu’elle a mis en avant ont su la cap­ter. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture théâ­trale. Sa pre­mière pièce, Si le vent tourne, a été édi­tée en 2015 (aux édi­tions La Fontaine). 

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