Elle était l’une des voix majeures de la poé­sie haï­tienne contem­po­raine, avec son recueil Itinéraire zéro écrit après le trem­ble­ment de terre de 2012. Elle a été assas­si­née, leur fils a été assas­si­né, son mari a été assas­si­né. C’était le 15 juin, à Peguy-Ville, dans la com­mune de Pétion-Ville (Haïti).

©Muscadin Jean-Yves Omraam Jason.

Elle avait 25 ans au moment de la publi­ca­tion de son recueil  salué par la cri­tique lit­té­raire de l’époque et ses pairs. Elle était direc­trice d’école, et maman, aus­si. C’était une femme qui vivait selon elle, et qui offrait aux enfants qui lui étaient confiés le meilleur d’elle-même.

Le 15 juin, des indi­vi­dus armés ont péné­tré dans la demeure de la poé­tesse, et ont ouvert le feu, entraî­nant la mort subite de la famille. 

 

 

 

 

Je m’écorche de miroirs et de villes tra­ver­sées 
au rythme de ton souffle à toutes fron­tières alpines 
un coeur dif­fé­rent tes passes d’eau tes rivières et galets 
je me refais ce lit comme un rituel je retrace cet angle
d’où fran­chissent l’extravagance de mes envies 
demain encore, il n’en demeure que le temps des pays 
paral­lèles en iti­né­raire d’ailes tes pas sur le plan­cher 
d’occasion 
ce nous éta­lé dans le tumulte indé­cent 
ce bai­ser allon­gé écu­mant à chaque ville retrou­vée 
il n’en demeure que cet amour plein de portes et 
de coor­don­nées 
le poids de ton corps ma bous­sole faite chair 
Je me recro­que­ville comme un foe­tus qui a froid toute ma terre 
et mes seins pro­phé­tisent la migra­tion entre sève et fruit 
chaque pétale est une pau­pière sur le monde 
le poème se déverse et blas­phème février 
Dis-moi à grands coups d’espace le cris­se­ment de ton corps 
qui s’effeuille nudi­té des songes 
Aujourd’hui est un arbre de sable sur la nuque du matin. 

Farah-Martine Lhérisson, Itinéraire zéro