> FRANKETIENNE, La marquise sort à cinq heures

FRANKETIENNE, La marquise sort à cinq heures

Par |2018-07-11T12:30:05+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Essais & Chroniques, Marie-Josée Desvignes, Marilyn Hacker|

Lire Frankétienne requiert une éner­gie cer­taine et le désir d’entrer dans une langue bouillon­nante, fan­tasque, inven­tive, tur­bu­lente où les mots se heurtent, s’entrechoquent, se bous­culent, où les adjec­tifs s’inventent, se déploient dans une gamme de cou­leur tou­jours plus variée et nou­velle.

Faisant fi de ces excès que l’on reproche le plus sou­vent quant à l’emploi des adjec­tifs comme à tous for­ma­lismes, lui pré­fé­rant la spon­ta­néi­té et l’élan créa­teur, Frankétienne, le pyro­mane lexi­cal de la lit­té­ra­ture haï­tienne, tout comme sa mar­quise, est libre : « Je me pro­clame tota­le­ment libre. Je sens. Je sais. Je suis. Et je clame ma musique en toute liber­té. Je suis fou­tre­ment libre. », les reven­dique, en use et en abuse, déployant une langue tou­jours renou­ve­lée, la fai­sant voler en éclats.

Le sur­réa­lisme plu­tôt que le réa­lisme, pour­rait-on dire, ou Breton contre Flaubert, et c’est bien mieux encore. Mais voyons.

Le titre « La mar­quise sort à cinq heures » ren­voie bien sûr à Valéry qu’il cite dès la seconde page, ou à ce titre de roman de Mauriac mais ren­voie sur­tout à cette « poé­sie pure »  qui exclue toute vir­tuo­si­té de nar­ra­tion.
Qui est cette mar­quise ? D’où sort-elle ? Et pour aller où ? Pourquoi à cinq heures ?
Phrase ano­dine ? Pas si sûr.  Non seule­ment parce qu’elle ren­voie bien à ces célèbres phrases char­gées d’énigme (inci­pits célèbres ou imper­ti­nentes intrigues) mais parce que tout comme Valéry qui refu­sait d’écrire un roman qui s’appellerait : la mar­quise sor­tit à cinq heures – on remar­que­ra au pas­sage que Frankétienne lui a pré­fé­ré le pré­sent au pas­sé simple, ce pré­sent réac­tua­li­sant la nou­veau­té dans la langue, la reven­di­ca­tion d’une liber­té poé­tique, l’invention lan­ga­gière contre l’invention nar­ra­tive, ou bien, on le ver­ra plus loin, un pré­sent qui intime un impé­ra­tif.

FRANKETIENNE, La mar­quise sort à cinq heures, Editions Vents d’Ailleurs, sept 2017.

 

 

Phrase typi­que­ment bal­za­cienne cepen­dant, selon Valéry tou­jours qui jugeait le roman de Balzac tota­le­ment dépas­sé et cher­chait à inven­ter autre chose, selon Breton dans son Manifeste du Surréalismequi disait de Valéry : «  II se pro­po­sait der­niè­re­ment de réunir en antho­lo­gie un aus­si grand nombre pos­sible de débuts de roman de l’insanité des­quels il atten­dait beau­coup ». Exprimant son mépris du roman qu’il se refu­sait d’écrire, Valéry lui aurait pré­fé­ré l’écriture de la poé­sie dans de petits car­nets entre quatre et six heures du matin.
Mais peut-être était-ce le soir, à l’heure où se clôt la jour­née que cette mar­quise vou­lut bien sor­tir à cinq heures ?
Quelle facé­tie encore chez Frankétienne que de don­ner pour titre à ce der­nier opus poé­tique un titre aus­si concis, mes­sage impec­cable et pré­cis, phrase dépour­vue d’adjectifs, qui va droit au but, de celle dont se récla­mait jus­te­ment un Flaubert ou même un Stendhal, nette, brève, simple, alors que cette même phrase qui aga­çait Breton est anti­no­mique de l’exubérance d’un Frankétienne plus proche à coup sûr des sur­réa­listes que des for­ma­listes. Mais ce serait oublié que, si Frankétienne appar­tient à un cou­rant, c’est d’abord au cou­rant spi­ra­liste.

Le spi­ra­lisme, pro­ces­sus créa­tif né dans les années soixante, ini­tié par Frankétienne lui-même, est une esthé­tique qui s’inspire direc­te­ment de la théo­rie scien­ti­fique du chaos, de la com­bi­nai­son de struc­tures en per­pé­tuel mou­ve­ment, « une dyna­mique de l’imprévisible, de l’inattendu, de l’opacité, de l’incertitude et du hasard obs­cu­ré­ment laby­rin­thique et mys­té­rieux, le  fic­tif, l’historique, le poé­tique, le théâ­tral, le mys­tique, l’aléatoire et le fan­tas­ma­go­rique, le tout imbri­qué, enche­vê­tré, entre­la­cé dans une tex­ture chao­tique babé­lienne infi­nie » (Frankétienne), une forme de vie née de l’énergie, dans son chaos.

Phrase fac­tuelle, dépour­vue d’intention sinon celle de faire pas­ser un mes­sage, et quel mes­sage ! Qui est donc la mar­quise de Frankétienne ?

Il n’y a pas écrit « Roman » sous le titre, pour­tant Frankétienne nous conte bien quelque chose, exac­te­ment ce que dit le titre, la mar­quise, une femme donc, sort à cinq heures, et c’est de cette sor­tie mati­nale, on le parie­rait, que va nous racon­ter, car il y a bien une his­toire, l’histoire de toute femme qui s’émancipe du joug des hommes.

Dans ce pays dévas­té, la mar­quise sort à cinq heures, déso­rien­tée, tré­bu­chante. On se sou­vien­dra ici que ce texte a été écrit après le der­nier cata­clysme qu’a connu l’île de l’auteur, Haïti, une île sou­mise à bien des sacri­fices et des dou­leurs. Comment peut-on encore écrire de la poé­sie après un tel évé­ne­ment… ? Pourrait-on se deman­der quand on est poète. Et de se rap­pe­ler  à nous tant de ques­tion­ne­ments simi­laires autour de la néces­si­té d’un tel art en ce monde violent.

« L’écriture hors blas­phème entre les doigts du vieux poète soli­taire déchi­ra le masque des langues de médi­sance et dénoua l’ankylose des che­mins sclé­ro­sés », « entre visions macabres, déchéances, extra­va­gantes détresses et mirages hal­lu­ci­nés de cou­leurs, de cris d’oiseaux ima­gi­naires, entre lumières et ombres, l’exaltation maî­tresse du lan­gage du poète seul maître à bord de ce navire d’encre qui tangue sans cesse « ce jour-là le génial poète phi­lo­sophe Paul Valéry témoigne que la mar­quise sor­tit à cinq heures der­rière l’anonymat du mal ».

Rien que la volup­té mys­té­rieuse aux bat­te­ments de l’énigme autour du nom­bril de la mar­quise.

Ne pas cher­cher à don­ner sens sous la cendre et la lave du vol­ca­nique Frankétienne, poé­sie s’exprime au plus près tou­jours de l’excès sen­suel de la langue.

« Et la mar­quise était sor­tie à cinq heures ». Cette mar­quise que l’angoisse pos­sède, pleine de dési­rs, de fan­tasmes et de pas­sions rava­geuses, « embar­quée dans une aven­ture enlu­gu­brée de ténèbres » qui ne sait elle-même si elle est  et ce qu’elle est, « guer­rière », « fas­ci­née par le feu musi­cal des com­bats impos­sibles », tou­jours prompte aux départs sans retour, aux détours incon­nus, « vir­tuose des amours dif­fi­ciles », « femme mau­dite ». Ne sait qui, quoi, où, com­ment ?  De par­tout et tou­jours, de nulle part et d’ailleurs, dévas­tée, ombra­geuse, pleine de plaies, gan­gré­née, « en soli­tude nouée, tou­jours à vif, pour­tant », « lèvres épui­sées de voyelles assoif­fées ». Et la mar­quise pour­suit ses rêves de voyage, son voyage de rêve aux confins des mys­tères, dans « le rugis­se­ment du scal­pel » jusqu’à la porte enfin qui s’ouvre sur « des mor­sures d’éclairs en fou­droyance alli­té­ra­tive de ten­dresse dou­lou­reuse dans les vis­cères de la mar­quise apeu­rée. » (p.16)

Ils ont vou­lu me tailler, me détailler. Ils ont vou­lu me cou­per, me décou­per. Ils ont vou­lu me cisailler, me mor­ce­ler. Ils ont vou­lu me cogner, me bous­cu­ler. J’ai tenu tête à la meute des fauves embrin­de­zin­gués de fureur. Ils ont vou­lu me mar­ty­ri­ser, me décli­to­ri­ser. Ils ont vou­lu me débou­lon­ner, me décou­ron­ner. Ils ont vou­lu m’écharpiller, me déchal­bo­rer. Ils ont vou­lu m’écarteler, me débrous­sailler, me debou­bou­ner, me dépe­cer, me pul­vé­ri­ser, me déboi­ser, me rati­boi­ser. J’ai tenu tête à la horde des chiens enra­gés. Ils ont vou­lu m’écrabouiller, m’enculer, me déve­lou­ter, me déca­bos­ser, me déca­po­ter, me déva­gi­ner… J’ai tenu tête aux haras­se­ments vio­lents et aux assaut des pré­da­teurs. J’ai hur­lé. J’ai résis­té jusqu’au bout. Et puis je suis sor­tie hors du châ­teau mau­dit… Il était cinq heures de l’après-midi ce jour-là, lorsque j’ai fran­chi le petit pont de bois, pour me fau­fi­ler ensuite à tra­vers les étroites et sombres ruelles du vil­lage.( p17)

Pascale Monnin.

La femme ici, (ou la poé­sie?), mal­me­née et sous le joug des hommes qui veulent la sou­mettre, la maî­tri­ser, la châ­tier, en dépe­cer le sens, et les sens, la mar­quise elle, dit : « Je suis la maî­tresse. Je suis la prê­tresse. Je suis l’unique pro­tec­trice de mon corps. Je suis la gar­dienne de ma demeure spi­ri­tuelle. L’empire du rire divin s’étend vers la clar­té mys­tique du plein silence dont les échos gran­dissent sous la déri­sion close. La ser­rure étran­glée aux jap­pe­ments de la clé. » (p.28) Quelle magni­fique iro­nie dans cette der­nière phrase !
D’un lan­gage satu­ré d’horreurs, de troubles, d’humeurs, de sang, « lan­gage ratu­ré »,  il/​elle use, par­lant et dépar­lant jusqu’au délire ou la démence, dans « l’hémorragie des signes et des sym­boles cre­vés. L’écriture de Frankétienne se confond avec la pas­sion, le sexe, vagin, cli­to­ris, cuisses, « je jouis de mon vide centre liber­té recon­quise », « vir­gules et flèches véné­neuses des cyclones syn­glin­dêques » (p.25) et « des guêpes anar­chiques ».
Du voyage éro­tique et mys­tique de la voya­geuse soli­taire et libre dans ses rites et dans les rythmes de ses reins, libre de ses tripes, de ses méninges, de son sexe, et son corps tout entier, Frankétienne rend « toutes les magi­cri­tures », « bata­clans de vie et de sur­vie ».
« Je sais aus­si qu’un unique dé sépare la vie du vide ». Quelle phrase !

Invoquant Valéry, le poète met d’emblée le lec­teur en posi­tion d’adhérer ou pas à cette folie scrip­tu­raire, ce mou­ve­ment laby­rin­thique et en spi­rale pour dénon­cer et expri­mer une vio­lence tour­billon­nante conte­nue dans le sang du poète. Les échap­pées lyriques sont un hymne au fémi­nin dans toute sa splen­deur, entre envol et révolte. « l’être divin est fon­da­men­ta­le­ment d’essence femelle pri­mor­diale » (p.64)
Le poète est la mar­quise, le poète et la mar­quise parlent d’une même voix, elle dit son errance, son corps de souf­france, il exulte les mots, les extirpe de sa « peau de risques » :
« J’habite une peau de risques. Et je découvre le péril qui menace ma vie de femme trop libre en son dés­équi­libre sous des lam­beaux de feu »… « je che­vauche mon ver­tige », dit la mar­quise.  (p.60)

 

La mar­quise sait sa rede­vance à son désir d’écrire venu de la lec­ture. « Patiemment durant de longues années de soli­tude, j’ai tâton­né, en explo­rant le laby­rinthe envoû­tant des longues lec­tures noc­turnes ». Longtemps pri­son­nière d’un car­can, elle avait tout per­du, sa ten­dresse fémi­nine et mater­nelle, le châ­teau la rete­nait, l’aliénait, la dépos­sé­dait. Elle a « ces­sé d’être une humaine créa­ture… per­du le bon­heur et le goût d’être femme ». (p.58)

 J’ai vite sen­ti dans mes méninges, dans mon cœur et dans mes tripes que j’écrirais un jour, ne serait-ce que des frag­ments auto­bio­gra­phiques. (p.58)

Elle est sor­tie du châ­teau mau­dit, sor­tie d’un long cau­che­mar pour entrer dans « un rêve infi­ni ».

  Souvent je me suis tue pour cares­ser le silence. (p.60)

  Ma vio­lence inté­rieure en grat­telle d’écriture. (p.115)

Le je du poète et celui de la mar­quise se confondent. Le poète se fait femme libre, conteuse de sa liber­té, la mar­quise use des mots du poète laby­rin­thique cer­né d’énigmes et d’exubérantes échap­pées  dans la langue aux confins des signes, ceux visibles dis­til­lés sur la page, ceux invi­sibles dans l’espace de l’imaginaire de nos vies, tou­jours en par­tance, tou­jours insai­sis­sables.

  J’aimerais bien trou­ver mon île ima­gi­naire où je pour­rais vivre toute seule, loin des désa­gré­ments de la vie arti­fi­cielle. (p.74)

Et une pos­sible réponse à l’énigme de ce livre : « Echo de l’écriture ima­gi­naire qui me cha­touille. L’écriture en crise dans les pro­fon­deurs de mes entrailles. L’écriture en marche. L’écriture en rut. L’écriture en délire. Folie sau­vage où la main nue rat­trape la vitesse de la voix soû­lée d’ivresse. Le corps inha­bi­table bouge, insai­sis­sa­ble­ment cogné d’azur. » (p.69)
Le « corps ascen­soû­lé de ver­tige », Frankétienne écrit comme il rêve, comme il crée sans condi­tion, sans condi­tion­ne­ments, libre tou­jours. Faisant fi des modes, des dik­tats et des for­ma­lismes, il enseigne la liber­té.

Chaos de langue, tour­ments des mots au plus près de la souf­france fémi­nine, c’est de toute façon une femme qui parle par sa bouche, qui écrit sous sa plume et couche sa dou­leur de vivre et de dire.

  Tout l’enfer du désir explose en feu de sable au mitan du désert pri­vé d’oasis, l’érotique cas­tra­tion en rut au cœur d’un songe déglan­du­lé où j’imagine encore l’au-delà de     l’absence. (p 75)

Les mots de Frankétienne sont jaillis­se­ments, bulles qui éclatent, dia­mants dif­frac­tés, sources pures d’émotions non conte­nues, libres tou­jours et impré­vi­sibles, « éner­gie mys­té­rieuse intem­po­relle ».
Enfin, cette pro­fes­sion de foi de la mar­quise énon­cée en toute fin du livre, par la voix du poète, au nom d’une fémi­ni­tude en marche est un éloge écla­tant et un  sacre du fémi­nin :

Moi mar­quise sans peur et sans excuse, j’appréhende le hasard inau­dible aux spasmes de mon ventre. Je m’approprie les audaces guer­rières des ama­zones dans mes méninges sur­vol­tées et repues de fleurs impaires. Je suis deve­nue une com­bat­tante. Je suis une mili­tante en colère. Je suis une fémi­niste lucide et enra­gée en même temps. Je dénonce le vieux sys­tème de l’exclusivisme qui, depuis des mil­lé­naires, octroie tous les pri­vi­lèges à la toni­truance ani­male et orgueilleuse des mâles qui fon­da­men­ta­le­ment sont res­pon­sables du mau­vais fonc­tion­ne­ment de la pla­nète. La machine pla­né­taire est en panne avec un moteur décons­trom­bré par la vio­lence, l’injustice, la cor­rup­tion, la pré­da­tion aveugle et le non-par­tage. Et dire qu’il y a quelques femmes com­plices de ces hor­reurs insup­por­tables.  Moi mar­quise déchue mais enga­gée, j’ose mes osmoses et mes méta­mor­phoses dans un héroïque com­bat d’avant-garde. […] Je hausse mes cris sub­ver­sifs au feu de ma fémi­ni­tude en marche. (p 83)

Libérez une mar­quise, long­temps pri­son­nière d’un loin­tain pas­sé où le mâle tou­jours domine, lais­sez-la prendre parole afin qu’elle assou­visse son besoin de liber­té et de révolte.  Et

Le temps bouge et roule à l’ovale du chaos qui allait enva­hir un mys­té­rieux cime­tière marin en per­pé­tuelle mou­vance dans l’imaginaire du poète qui me fit sor­tir du châ­teau à cinq heures du matin ou à cinq heures de l’après-midi (p.127)

« Je suis fou­tre­ment libre » disait la mar­quise, ou le poète ou les deux bien sûr. Explosion jouis­sive du texte dans cette libé­ra­tion phy­sique de la mar­quise, femme acquise à la cause de la femme mar­ty­ri­sée. « seules les femmes, douées d’une haute conscience spi­ri­tuelle et exer­cées à résis­ter au assauts des mal­heurs incrus­tés dans leur corps de dou­leur, sont aptes à sau­ver l’humanité de la débâcle pro­vo­quée par la ges­tion aveugle des pré­da­teurs. Sinon, la déroute humaine est défi­ni­ti­ve­ment et irré­mé­dia­ble­ment consom­mée. »

Henri Matisse, Icare (Jazz).

Voeu ultime du poète, celui de l’homme après un long par­cours sur cette terre, « peut-être que la mar­quise est une ombre éphé­mère dans l’univers fabu­leux d’un vieux fou soli­taire » mais  sans aucun doute, un appel à l’insurrection que cette mar­quise sor­tant à cinq heures aux « cinq coups sonores dans l’horloge du poète ». (p.114)

J’ai décou­vert l’oeuvre de Frankétienne parLes Métamorphoses de l’oiseau schi­zo­phone, en huit mou­ve­ments, plus exac­te­ment par le pre­mier mou­ve­ment inti­tu­lé D’un pur silence inex­tin­guible, l’oeuvre d’un poète qui se per­met­tait toutes les trans­gres­sions, toutes les liber­tés les plus inouies dans ses incur­sions dans la langue fran­çaise, inven­tions lexi­cales, évic­tions de genres, ten­sions entre mots et images, jeux de mots, syn­taxe détour­née, ryth­mique impa­rable. Tout cela pro­dui­sant  un  écla­te­ment jubi­la­toire à la lec­ture, dans les synapses de mon cer­veau, je décou­vrais une liber­té et une vio­lence dans les­quelles je me recon­nais­sais toute entière. Chaos, oui mais chaos ordon­né, chaos comme on dit explo­sion en mil­liards de par­ti­cules qui se recom­posent pour créer une émo­tion, un sens, un dire jaillis­sant.
Le spi­ra­lisme donc. Langue inven­tive et fan­tasque qui osait faire jaillir l’émotion intacte, sans les dik­tats sco­laires, socié­taux, nor­ma­li­sants.
Il y a tant à dire sur la poé­sie, et sur l’usage de la langue pour tous ceux qui s’emploient à la « struc­tu­rer ».
Je crois bien que nous nous illu­sion­nons à recher­cher une pure­té en consa­crant une poi­gnée de poètes ou en récla­mant une exem­pla­ri­té en un seul.
Si la langue se tra­vaille pour cise­ler le poème, la varié­té et la qua­li­té des voix tiennent à la sin­gu­la­ri­té de cha­cun.

Frankétienne est un de ces auteurs qui débou­lonnent vos cer­ti­tudes et impulsent par son chant de puis­sance expres­sive, un désir dans la sur­vie et dans la révolte, par sa rage de liber­té. Son uni­vers est celui d’un artiste, fait de richesse et de sens, d’encre et de sang, de voyelles et d’émotions. D’aucuns n’entreront jamais dans cette liber­té, d’autres n’en res­sor­ti­ront jamais, je fais par­tie des seconds.
 Osez ! Pourrait être son cri de ral­lie­ment !

Frankétienne, ou Franketienne, en créole Franketyèn, de son vrai nom Frank Étienne,  écri­vain (en fran­çais et en créole haï­tien), peintre et comé­dien haï­tien, est un des géants qui marquent la créa­tion lit­té­raire et artis­tique de son époque. Il fonde en 1968 avec René Philoctète et Jean-Claude Finolé « la Spirale » qui prône l’art total en mélan­geant les genres roma­nesque, théâ­tral et poét­qiue,

Infatigable inven­teur des mondes, expert en dyna­mique syn­taxique et pyro­mane lexi­cal, Frankétienne a publié plus d’une tren­taine de titres, en fran­çais et en créole. Chacune de ses oeuvres est ancrée dans l’histoire contem­po­raine haï­tienne.

 

mm

Marie-Josée Desvignes

Collabore à LEGS EDITION.

Publications

Poésie

  • REQUIEM, récit poé­tique, (112p)  Editions La Cardère, sep­tembre 2013 Cardère Editeur, extraits
  • Finaliste pour la Bourse d’écriture Gina Chenouard 2013 (SGDL) bourse créa­tion poé­sie

  • Lauréate du Prix TEC-CRIAC Nord Pas de Calais 2001(recueil éd Lieux d’être)

  • Finaliste du prix Val de Seine 2002, Editinter (3e place pour Onzains de l’enfance)

  • Soutien du CNL, jan­vier 2003, bourse d’encouragement pour l’écriture poé­tique

  • Poésie Première, Gros textes, Friches, Encres vaga­bondes, Filigranes, L’Echappée Belle, Fragments d’amour, ARPA (de 2003 à 2010), Lieux d’être, Décharge, Recours au poème, Terre à ciel, Paysages écrits… Journal de mes pay­sages 2, Lesmotsplusgrandsquenous, Traversées, Le capi­tal des mots, Ardemment Résidence auteur, Nunc, Imagine et poé­sia (revue inter­na­tio­nale), La pis­cine, Tiers Livre., Legs et Littérature (dont un spé­cial Marie Vieux-Chauvet), Revue Intanqu’ïllités (Ed Zulma), Ecrits du Nord

Essais, documents

  • La lit­té­ra­ture à la por­tée des enfants, enjeux des ate­liers d’écriture dès l’école pri­maire ,  Editions L’Harmattan, 2000, 3 réim­pres­sions Ed L’Harmattan, extraits

  • « Un si beau métier  »… article publié sous le pseu­do­nyme Marie DELHESTRE, Actes de Recherche en Sciences Sociales, SEUIL, déc 2008 site du CAIRN texte com­plet

Nouvelles

Roman

  • Jeu de dupes, roman, Editions ED.Kiro (Kirographaires), sous le pseu­do­nyme Marie DELHESTRE, nov. 2011

Ouvrages collectifs

  • Dans des mai­sons incon­nues, Tiers-Livre Editeur, déc 2016 Tiers livre

  • Dehors, recueil sans abri, Editions Janus, mai 2016 (107 auteurs, béné­fices au pro­fit de l’Association Action Froid) Ed. Janus

  • Imagine et Poesia, e-book, antho­lo­gie inter­na­tio­nale diri­gée par Hughette Bertrand (Canada) et Lidia Chiarelli (Italie) antho­lo­gie 2015 et 2016 Immagine e poe­sia

  • Somewhere, texte en col­la­bo­ra­tion, ouvrage de pho­to­gra­phies de Rith Banney, Ed La matière noire, édi­tions numé­riques et papier, déc 2013

  •  Malala, Médiathèque L’Alcazar, Marseille, 2013

Articles en revues

Son site inter­net

X