> Jean-Watson Charles, Plus loin qu’ailleurs

Jean-Watson Charles, Plus loin qu’ailleurs

Par |2018-07-11T11:49:25+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Essais & Chroniques, Jean-Watson Charles|

C’est un émou­vant recueil que nous livre Jean-Watson Charles, long poème dédié à Magloire Saint-Aude et à la mère « ses yeux d’eau et d’océan », pré­fa­cé par Arnaud Delcorte sous le beau titre de « L’au-delà de la mer », dans laquelle est rap­pe­lé en exergue un des plus beaux poèmes de ce recueil inti­tu­lé Plus loin qu’ailleurs, et qui signe d’emblée la thé­ma­tique de l’exil et son motif prin­ci­pal « la mer » :

J’ai fini par com­prendre
Que ton cœur qui saigne
N’est que ce lam­beau de terre
Livré à la mer
Et depuis j’ai jeté mon regard
Comme en écho
La mer que tu ado­rais tant et qui fut la dérive
De nos peuples
De toutes nos souf­frances
Car ce grand soleil
Que tu portes en toi
Est la brèche de nos sou­ve­nirs
Et de nos erre­ments.

Jean-Watson Charles, Plus loin
qu’ailleurs, 
Editions Ruptures, 2013.

 

La mer comme une page balayée par le souffle des vents, ceux de l’exil inté­rieur dou­lou­reux et péné­trant, au rythme envoû­tant des vagues qui cernent l’île et la bercent.
Longue prière de l’exilé, à la mémoire des hommes, à l’île aimée, cette terre « lin­ceul », à l’aimée qui sou­tient sa parole et son cœur et l’entraîne dans sa ten­dresse, à la mère peut-être lais­sée sur l’autre rive, en quit­tant sa terre : « je ne rever­rai plus mon pays », ce pays qu’il tient dans ses mains, sous sa plume, et dans son cœur, jamais loin, sinon par l’éloignement phy­sique. Dans cette dis­tance entre elle et lui, il y a toute cette eau mou­vante qui se fond et se confond dans l’âme, don­nant au poème sa colo­ra­tion oni­rique et trou­blante, entre errance et soli­tude, la sienne et celle de tous les hommes quand

chaque île est un cri obsé­dant
dans la mémoire d’un peuple.

 A la mer qu’il emporte dans son corps comme sa mère l’a por­té et qui se confondent au fil des mots et de l’eau avec les larmes et le sel, « au cœur du monde j’ai effleu­ré toutes les portes de l’exil », les regrets de l’homme exi­lé sont mêlés de tris­tesse et de sou­ve­nirs éva­nes­cents et fra­giles :

…je marche dan­ge­reu­se­ment
A la cueillette des étoiles.
Nous
qui avons fait la route 
Que nous reste-t-il
La nuit marâtre
nos cœurs bles­sés
La mer qui rêve d’odeur
Que nous reste-t-il
Nous
Déchus. 

Est-ce la mer qu’il tutoie ? Et qu’il aime comme une femme ?

Ta voix ber­çant le loas de ma ville
Toutes les sources ont repris
le refrain des dam­nés
Et les champs épousent la courbe
De tes yeux sous marins.

ou comme une mère ?

Nous sommes des fils
que la terre a oubliés.

A la fureur des vagues, force toute puis­sante et mys­té­rieuse qui bal­lotte son cœur-coquillage dans sa poi­trine, le poète dit :

Je viens d’un pays
Où l’ici est ailleurs
Où chaque homme porte en soi
la mémoire d’une île.

Douceur et sen­si­bi­li­té pour ce texte dont Arnaud Delcorte sou­ligne le « lyrisme réa­liste », voire le roman­tisme, et pro­fon­deur signi­fiante dans le ques­tion­ne­ment exis­ten­tiel et humble, quand le poète invite à se lais­ser por­ter dans « ce grand désordre » et que, « dans une parole qui che­mine », chaque mot  nous berce avec dou­ceur, au rythme des res­sacs, s’échouant comme fétus de paille expul­sés sur les rivages du monde. « Je t’écrirai la mer les caraïbes/​Aux yeux de cha­cals »

 

 

 

 

 

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Marie-Josée Desvignes

Collabore à LEGS EDITION.

Publications

Poésie

  • REQUIEM, récit poé­tique, (112p)  Editions La Cardère, sep­tembre 2013 Cardère Editeur, extraits
  • Finaliste pour la Bourse d’écriture Gina Chenouard 2013 (SGDL) bourse créa­tion poé­sie

  • Lauréate du Prix TEC-CRIAC Nord Pas de Calais 2001(recueil éd Lieux d’être)

  • Finaliste du prix Val de Seine 2002, Editinter (3e place pour Onzains de l’enfance)

  • Soutien du CNL, jan­vier 2003, bourse d’encouragement pour l’écriture poé­tique

  • Poésie Première, Gros textes, Friches, Encres vaga­bondes, Filigranes, L’Echappée Belle, Fragments d’amour, ARPA (de 2003 à 2010), Lieux d’être, Décharge, Recours au poème, Terre à ciel, Paysages écrits… Journal de mes pay­sages 2, Lesmotsplusgrandsquenous, Traversées, Le capi­tal des mots, Ardemment Résidence auteur, Nunc, Imagine et poé­sia (revue inter­na­tio­nale), La pis­cine, Tiers Livre., Legs et Littérature (dont un spé­cial Marie Vieux-Chauvet), Revue Intanqu’ïllités (Ed Zulma), Ecrits du Nord

Essais, documents

  • La lit­té­ra­ture à la por­tée des enfants, enjeux des ate­liers d’écriture dès l’école pri­maire ,  Editions L’Harmattan, 2000, 3 réim­pres­sions Ed L’Harmattan, extraits

  • « Un si beau métier  »… article publié sous le pseu­do­nyme Marie DELHESTRE, Actes de Recherche en Sciences Sociales, SEUIL, déc 2008 site du CAIRN texte com­plet

Nouvelles

Roman

  • Jeu de dupes, roman, Editions ED.Kiro (Kirographaires), sous le pseu­do­nyme Marie DELHESTRE, nov. 2011

Ouvrages collectifs

  • Dans des mai­sons incon­nues, Tiers-Livre Editeur, déc 2016 Tiers livre

  • Dehors, recueil sans abri, Editions Janus, mai 2016 (107 auteurs, béné­fices au pro­fit de l’Association Action Froid) Ed. Janus

  • Imagine et Poesia, e-book, antho­lo­gie inter­na­tio­nale diri­gée par Hughette Bertrand (Canada) et Lidia Chiarelli (Italie) antho­lo­gie 2015 et 2016 Immagine e poe­sia

  • Somewhere, texte en col­la­bo­ra­tion, ouvrage de pho­to­gra­phies de Rith Banney, Ed La matière noire, édi­tions numé­riques et papier, déc 2013

  •  Malala, Médiathèque L’Alcazar, Marseille, 2013

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