> Legs et littérature n°8

Legs et littérature n°8

Par |2018-07-11T13:04:27+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Legs et littérature, Revue des revues|

Legs et lit­té­ra­ture n°8
Revue haï­tienne
Spécial Marie Vieux-Chauvet

 

Ce numé­ro 8 de Legs et Littérature  entiè­re­ment consa­cré à l’oeuvre de Marie Vieux-Chauvet, regroupe dans la pre­mière par­tie,  huit articles autour de ses prin­ci­paux romans, révé­la­teurs de son enga­ge­ment et quelques réflexions sur les per­son­nages fémi­nins impor­tants ; une par­tie est consa­crée à deux por­traits de l’écrivaine ; une autre pré­sente cha­cun de ses romans ; dans la par­tie « créa­tion » de la revue, cha­cun des auteurs pré­sen­tés rend hom­mage à l’écrivaine, et enfin des repères biblio­gra­phiques sont don­nés en toute fin.

 

Est-ce un hasard si un jour, Legs et Littérature m’a deman­dé une pre­mière contri­bu­tion à leur toute jeune revue (née en 2013) ? Mon atta­che­ment pour la lit­té­ra­ture des Caraïbes était déjà ancien, et celui pour Haïti m’était venu à ma décou­verte de l’oeuvre de Frankétienne pour laquelle je me suis vite pas­sion­née. Grâce à un ami haï­tien, j’ai pu lire ensuite René Depestre, Lyonel Trouillot, Dany Laferrière, Marie-Célie Agnant, puis Stephen Alexis, Yanik Lahens, et der­niè­re­ment Mackenzy Orcel et James Noël.

Frappée par la luxu­riance de cette langue colo­rée et si vivante, qui savait appor­ter des images fortes et réin­ven­ter une langue, c’est sans aucun doute Marie Vieux-Chauvet qui me l’a ren­due encore plus proche.

Legs et lit­té­ra­ture n°8, Revue haï­tienne, Spécial Marie Vieux-Chauvet. 

Et j’ai donc pro­po­sé ma lec­ture du chef-d’oeuvre, Amour Colère et Folie, son oeuvre la plus lue et la plus contes­tée aus­si, pour ma deuxième contri­bu­tion à Legs et Littérature. Parce qu’elle por­tait une dimen­sion fémi­nine de révolte et d’engagement, sen­sible à la condi­tion humaine des plus pauvres et aux drames sociaux,  non, ce n’était pas un hasard ; toute ma réflexion et mon inté­rêt pour la lit­té­ra­ture tourne depuis tou­jours autour de cette thé­ma­tique entre Parole et Silence et ce, dès mes pre­miers tra­vaux à l’Université, notam­ment sur Camus et ensuite dans mes propres écrits.

Comme le rap­pelle Carolyn Shread, dans son édi­to­rial à ce numé­ro spé­cial consa­cré à Marie Vieux-Chauvet, ma réflexion lors de ma contri­bu­tion à ce numé­ro (dans mon article Engagement et résis­tance dans Amour Colère Folie) s’est en effet concen­trée autour de la parole de  Marie Vieux-Chauvet, celle qu’elle a osé prendre par l’écriture de fic­tion pour dénon­cer la vio­lence de la dic­ta­ture de son pays. J’ai vou­lu sou­li­gner  le cou­rage et l’audace dont relève son écri­ture tour­billon­nante, un cou­rage et une audace qui pour­tant lui ont valu  bien des ennuis et que­relles fami­liales et sociales.

Cette parole qu’il fal­lait oser prendre, pour dénon­cer, a son corol­laire, le silence et Carolyn Schread le sou­ligne dans son édi­to­rial. Un silence dans lequel la plu­part plon­geait pour se cacher et d’autres pour mieux réflé­chir. Un silence qui est fait d’abord de la ter­reur por­tée par la tyran­nie de la dic­ta­ture mais un silence néces­saire par­fois  pour demeu­rer serein au milieu des tem­pêtes. C’est de ce silence à soi (comme on a une chambre à soi…) pour contrer la vio­lence et la peur, auquel Carolyn Schread fait réfé­rence à pro­pos de Marie Vieux-Chauvet,  non que la peur ne l’ait jamais atteinte bien sûr mais le besoin de dire était bien plus fort.

– Le pre­mier article s’appuie sur la Correspondance entre­te­nue entre Marie Vieux-Chauvet et Simone de Beauvoir. Son auteur, Kaïama L. Glover voit en l’écrivaine  une théo­ri­cienne sociale, orien­tée vers « une cri­tique fémi­niste des sphères pri­vées et intimes » que la publi­ca­tion de Amour Colère et Folie, grâce à Simone de Beauvoir fera entrer Marie Vieux-Chauvet chez Gallimard en France. C’est en effet une femme cou­ra­geuse qui devait faire face à la domi­na­tion mas­cu­line (son mari y com­pris) et celle d’un pays aux prises d’un dic­ta­teur et « en tant que bour­geoise, mulâ­tresse, femme et écri­vain, Marie Vieux-Chauvet se situait dans l’oeil du cyclone socio­po­li­tique qu’était l’Haïti de Duvalier, écrit Kaïama L. Glover.

 

Son livre devait se vendre et être lu, c’est ce qu’elle sou­hai­tait plus que tout au monde même s’il était cause du mal­heur qui l’entourait et l’a conduite à l’exil. Elle dut se rési­gner à écou­ter son mari et récu­pé­rer le stock, le détruire après que plu­sieurs membres de sa famille ait été assas­si­nés.
L’oeuvre de Marie Vieux-Chauvet est une cri­tique radi­cale de la socié­té haï­tienne et cette cri­tique socia­leest  au fon­de­ment de l’ensemble de son oeuvre roma­nesque

« Claire, entre confor­misme et révolte », article de Ulysse Mentor, pro­pose une lec­ture de la tri­lo­gie Amour Colère et Folie,orien­tée vers un des per­son­nages prin­ci­paux « silen­cieux » et com­plexe, celui de Claire, héroïne du pre­mier récit Amour.Ce per­son­nage mutique dont la révolte conte­nue explo­se­ra dans l’acte meur­trier en toute fin, est une femme dont la colère est éga­le­ment la résul­tante de pas­sions inté­rieures puis­santes,  révolte contre l’autorité paren­tale, amour inces­tueux et inavoué qu’elle éprouve pour son beau-frère, dési­rs puis­sants d’exister  et qui voient triom­pher dans le dénoue­ment la dimen­sion poli­tique du récit.

L’article  inti­tu­lé « Les Rapaces : un choc salu­taire pour les consciences » de Marc Exavier pro­pose une réflexion sur le roman Les Rapaces paru en 1986, ouvrage post­hume qui revient sur les mons­truo­si­tés du régime Duvalier. On y voit tou­jours ce com­bat de Marie Vieux-Chauvet pour dénon­cer l’injustice et la misère sociale dans un désir pro­fond de réveiller les consciences.
Les Rapaces dénoncent ces chefs qui ont tous les droits et laissent mou­rir de faim les enfants. Roman satu­ré d’horreurs mais dans une écri­ture tou­jours juste.

– Dans l’article de Max Dominique, il est ques­tion de trois héroïnes  Lotus (dansFilles d’Haïti), Rose (dans Colère) Claire (dans Amour) mais aus­si de Marie-Ange (dans Fond des nègres) et Minette (dansLa Danse sur le vol­can).
Il y  est rap­pe­lé en par­ti­cu­lier com­bien l’écriture roma­nesque de Marie Vieux-Chauvet a pu scan­da­li­ser  et « dis­sipe l’aura d’espérance et d’utopie que sou­le­vait par exemple le lyrisme de Roumain ou l’imaginaire fol­le­ment opti­miste et baroque d’Alexis ». C’est que c’est une écri­ture qui oppose une volon­té de résis­tance et de lutte dans l’espace pri­vé et social des per­son­nages.

– Yves Mozart Réméus s’intéresse dans son article La danse sur le vol­can : entre his­toire, fic­tion et fémi­nismeà la manière  par­ti­cu­lière dont Marie Vieux-Chauvet  a choi­si de réécrire le récit de vie d’une actrice haï­tienne (Minette) et la dimen­sion idéo­lo­gique de ce choix de l’auteur dans le contexte de l’histoire d’Haïti, au XVIIIe siècle à St Domingue sous la domi­na­tion colo­nia­liste, Minette incar­nant alors un per­son­nage « à la fron­tière de la scène et de la résis­tance ».

la comé­dienne fic­tive, à la dif­fé­rence du per­son­nage his­to­rique, est consciente qu’elle peut se ser­vir de l’art comme d’une arme », ain­si si la véri­table Minette pou­vait refu­ser de jouer des pièces locales en créole et pré­fé­rait le Français, de « bon ton » (selon le récit his­to­rique qu’en a don­né Fouchard), la Minette de Marie Vieux-Chauvet « fonde sa posi­tion sur son res­pect de la digni­té des Noirs. 

La dis­tance que prend l’auteur dans son roman vis-à-vis des récits his­to­riques se tra­duit par une image plus posi­tive de la femme et des métis.

Elle per­met aus­si de don­ner à ce per­son­nage réel, un nou­veau des­tin, celui d’une femme bien plus libre encore qu’elle ne l’était, d’une liber­té qui aurait atteint à l’universalité, à quelque chose de plus grand qu’elle.

-Jean James Estepha dans son article inti­tu­lé La mai­son : lieu de refuge et de com­bat dans l’oeuvre de Marie Vieux-Chauvet s’intéresse aux lieux et pro­pose une grille de lec­ture de ce lieu qu’est la mai­son,  point de départ dansAmour, Folie  etLes Rapaces, de toute révolte, à la fois  lieu de refuge pour se cacher et se libé­rer et  lieu de com­bat et de résis­tance. « Comment une mai­son peut être non seule­ment le lieu où l’on construit une œuvre mais aus­si le lieu où l’on peut détruire une autre ».

–  « Violence, refou­le­ment et désir dans Amour et Colère »titre l’article de Dieulermesson Petit Frère, lequel ana­lyse la psy­cho­lo­gie des per­son­nages fémi­nins pris en étau entre une édu­ca­tion rigide et féroce et des dési­rs de liber­té légi­times en regard de leur his­toire sociale. La vio­lence tant sexuelle que phy­sique sourd de ces pages lumi­neuses, conte­nue et étran­glée qu’elle est  par la force de ces dési­rs de liber­té et de ven­geance. Elle naît  de l’humiliation et de la frus­tra­tion (amou­reuse par ex pour Claire dans l’amour qu’elle a son beau-frère, dans Amour). Ainsi comme le fait remar­quer l’auteur de l’article, la vio­lence n’existe pas seule­ment dans le camp des bour­reaux et elle accom­pagne la révolte. Dieulermesson Petit Frère sou­ligne ici la vio­lence qui tra­verse l’écriture de Marie Vieux-Chauvet pour expri­mer la défaillance de la jus­tice et ces sen­ti­ments de ven­geance qui sourdent d’un pas­sé loin­tain.

Les deux por­traits sont rap­por­tés par Dieulermesson Petit Frère dans « Chronique d’une révol­tée », « auteur qui dérange et par­fait sym­bole de l’écriture du roman moderne haï­tien » et une ren­contre entre Marie Alice Théard et Jean Daniel Heurtelou, neveu de Marie Vieux-Chauvet.

Dans la par­tie créa­tion :
-Le récit tendre de Serghe  Kéclard : un amou­reux des livres  nous raconte son rêve de ren­contre avec l’auteur et sa pas­sion amou­reuse pour l’oeuvre et la per­sonne de Marie Vieux-Chauvet,

 

-Un poème de Iména Jeudi (auteur publié aux Editions Temps des cerises) : « Vivre est en moi frô­le­ment de ver­tige cohorte de sou­pirs qui font signe d’avancer dans l’acte net des ombres arrê­tées en fla­grance de lits d’orgasmes en délits d’infinies défaites » (extrait deFaillir propre),
-un billet à Marie Vieux-Chauvet signé Marie Alice Théard, une lettre à Marie, signée Mirline Pierre.

L’année 2016 a mis à l’honneur Marie Vieux-Chauvet, pour le cen­te­naire de sa nais­sance, lors de la vingt-deuxième édi­tion du fes­ti­val « Livres en folie », l’événement cultu­rel le plus impor­tant en Haïti,  après de longues années de silence  après sa mort.

 

mm

Marie-Josée Desvignes

Collabore à LEGS EDITION.

Publications

Poésie

  • REQUIEM, récit poé­tique, (112p)  Editions La Cardère, sep­tembre 2013 Cardère Editeur, extraits
  • Finaliste pour la Bourse d’écriture Gina Chenouard 2013 (SGDL) bourse créa­tion poé­sie

  • Lauréate du Prix TEC-CRIAC Nord Pas de Calais 2001(recueil éd Lieux d’être)

  • Finaliste du prix Val de Seine 2002, Editinter (3e place pour Onzains de l’enfance)

  • Soutien du CNL, jan­vier 2003, bourse d’encouragement pour l’écriture poé­tique

  • Poésie Première, Gros textes, Friches, Encres vaga­bondes, Filigranes, L’Echappée Belle, Fragments d’amour, ARPA (de 2003 à 2010), Lieux d’être, Décharge, Recours au poème, Terre à ciel, Paysages écrits… Journal de mes pay­sages 2, Lesmotsplusgrandsquenous, Traversées, Le capi­tal des mots, Ardemment Résidence auteur, Nunc, Imagine et poé­sia (revue inter­na­tio­nale), La pis­cine, Tiers Livre., Legs et Littérature (dont un spé­cial Marie Vieux-Chauvet), Revue Intanqu’ïllités (Ed Zulma), Ecrits du Nord

Essais, documents

  • La lit­té­ra­ture à la por­tée des enfants, enjeux des ate­liers d’écriture dès l’école pri­maire ,  Editions L’Harmattan, 2000, 3 réim­pres­sions Ed L’Harmattan, extraits

  • « Un si beau métier  »… article publié sous le pseu­do­nyme Marie DELHESTRE, Actes de Recherche en Sciences Sociales, SEUIL, déc 2008 site du CAIRN texte com­plet

Nouvelles

Roman

  • Jeu de dupes, roman, Editions ED.Kiro (Kirographaires), sous le pseu­do­nyme Marie DELHESTRE, nov. 2011

Ouvrages collectifs

  • Dans des mai­sons incon­nues, Tiers-Livre Editeur, déc 2016 Tiers livre

  • Dehors, recueil sans abri, Editions Janus, mai 2016 (107 auteurs, béné­fices au pro­fit de l’Association Action Froid) Ed. Janus

  • Imagine et Poesia, e-book, antho­lo­gie inter­na­tio­nale diri­gée par Hughette Bertrand (Canada) et Lidia Chiarelli (Italie) antho­lo­gie 2015 et 2016 Immagine e poe­sia

  • Somewhere, texte en col­la­bo­ra­tion, ouvrage de pho­to­gra­phies de Rith Banney, Ed La matière noire, édi­tions numé­riques et papier, déc 2013

  •  Malala, Médiathèque L’Alcazar, Marseille, 2013

Articles en revues

Son site inter­net

X