> Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne de 1986 à nos jours

Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne de 1986 à nos jours

Par |2018-07-11T13:03:03+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Essais & Chroniques|

Ce livre ouvre ample­ment une porte sur une lit­té­ra­ture mécon­nue en France et dans toute la fran­co­pho­nie euro­péenne, en géné­ral.

Mais peut-on par­ler de lit­té­ra­ture quand il s’agit seule­ment de poé­sie ?

Quand Dany Laferrière, déjà doté d’un pres­ti­gieux Prix Médicis, mais pas encore Académicien fran­çais, pré­si­da la Biennale de la poé­sie à Liège, en 2012, il se pré­ten­dit hono­réd’être reçu par des poètes. Ce n’était pas langue de bois, car, pré­ci­sa Dany : « Dans mon pays, ce qui compte avant tout, c’est la poé­sie… et je ne suis que roman­cier. J’espère que votre invi­ta­tion m’apportera un peu de pres­tige en Haïti. » Sous l’évident humour, per­çait aus­si une véri­té cultu­relle, car la poé­sie semble reine en Haïti, comme elle pour­rait rede­ve­nir reine, un peu par­tout, si, du moins, cha­cun y met­tait les moyens.

Et encore, l’auteur de L’énigme du retourn’évoquait-il pas la poé­sie créole, à laquelle se consacre la pré­sente antho­lo­gie. La langue créole, qui ser­vit, au quo­ti­dien, à la résis­tance aux Duvalier, et qui conti­nue son par­cours d’impertinence et d’humour, sous des régimes guère plus fameux, est, ici, hono­rée. Le créole semble, en effet, de plus en plus res­pec­té, répan­du, écrit, lu et chan­té… et cette lampe semble bru­ler pour la démo­cra­tie.

 

Anthologie bilingue de la poé­sie créole haï­tienne de 1986 à nos jours, Actes Sud, Les ate­liers du jeu­di soir, Arles, 2015, 188 pages., 22 €.

 

`On aime que les antho­lo­gies soient bilingues. Non seule­ment parce que l’œil peut mesu­rer, de la page de gauche (où siège le poème ori­gi­nel), à la page de droite (où s’esquisse la tra­duc­tion), le voyage lin­guis­tique, tou­jours incer­tain, qu’ont dû effec­tuer les tra­duc­teurs, mais aus­si parce que, ici, en l’occurrence, la langue créole pro­cède d’une ora­li­té jubi­la­toire, que tout usa­ger du fran­çaispeut, au moins, per­ce­voir : Ant lapli ak soleyi (entre la pluie et le soleil) /​ Ant domi ak je klè (entre le som­meil et la veille) (…) /​ Kilès mwen pi pito ? (ce que je pré­fère ? ) /​ Mon chè  m pa vlè ni yonne ni lot (mon cher, je ne veux ni l’un ni l’autre /​)… (Extrait d’un poème de Kettly Mars).

Je n’ai rien du spé­cia­liste de la langue créole et je connais mal la lit­té­ra­ture haï­tienne. Je parle, donc, en ama­teur, en décou­vreur. Je res­semble au lec­teur que ce livre cherche. Il m’est donc impos­sible de dis­cu­ter le choix des poètes pré­sen­tés. Mais, son pro­ces­sus de construc­tion a tout pour me ras­su­rer, puisque ce sont quatre lec­teurs et tra­duc­teurs qui ont uni leurs forces : de quoi dimi­nuer, tout de même, les par­tis-pris et les copi­nages.

Ensuite, on lira ici des extraits de trente-neuf poètes, pas moins. À l’évidence, cela ouvre un champ large même si (à l’évidence aus­si), on ne peut gou­ter qu’une bou­chée de chaque poète.

À la fin, le lec­teur gour­mand et bous­cu­lé sor­ti­ra de cette antho­lo­gie, avec un appé­tit de décou­vertes. Cette plé­tho­rique entre­prise, loin de l’avoir satu­ré, le condui­ra à aller plus avant. Car la poé­sie créole d’Haïti est à la fois ter­rienne et envo­lée, mili­tante et naïve, tou­jours sur­pre­nante. Un fameux livre, donc, qui en appelle d’autres, à venir.

 

Lucien Noullez

Lucien Noullez est né voi­ci cin­quante-six ans. Il lit et écrit depuis cin­quante ans. S’intéresse à la Bible depuis qua­rante ans, enseigne depuis trente-six ans, écoute de la musique depuis tou­jours. Il publie depuis trente ans : des articles, des livres de poèmes, un jour­nal et même un roman. Il a faim depuis avant cela. Il ne sera fati­gué que demain soir. Il espère, en mars 2014, que cela dure­ra long­temps encore. Mais si ça devait s’arrêter, il croit sim­ple­ment que la joie qui l’habite, mal­gré tout, n’aura pas vrai­ment eu tort de l’appeler à la res­cousse.

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