> Gaspard Hons, Le bel automne

Gaspard Hons, Le bel automne

Par |2018-03-28T21:19:38+00:00 22 décembre 2014|Catégories : Critiques|

 

Depuis tou­jours : depuis Les rési­dences secon­daires (1981), que les Éditions Recours au poème ont l’excellente idée de repu­blier en for­mat numé­rique, cet automne, et dont j’extrais ce court évè­ne­ment tex­tuel : « Intact le poème coule au pays absent »… Et depuis bien avant cela : depuis Le bré­viaire de l’attente (1974) : « les enfants vieillissent de peur (…) /​ et les para­pluies se ferment à tout jamais », l’œuvre pro­fonde, pro­lixe et essen­tielle de Gaspard Hons témoigne d’une absence au monde, dont rendent compte les mul­tiples « façons » de ce poète. Il dédie un cycle à « Personne ». Il écrit quel­que­fois en forme lita­nique. Il a don­né dans l’hermétisme. D’un point de vue pure­ment for­mel, il sait tout faire. Et il ne cesse de le répé­ter : sa pré­sence au monde est une absence, et le monde lui-même n’existe que pour révé­ler la pure­té de la conscience, une pure­té qui consis­te­rait à dis­pa­raitre. Voilà Gaspard Hons.

On a donc pu le lire dans les formes par­fois incon­grues d’une poé­sie qui ne veut rien dire. Mais cela reste vrai : les poèmes de Gaspard ne veulent pas. Ils laissent entendre. On l’a lu dans la lita­nie, proche des prières, mais, chez lui, se faire proche inclut une expé­rience de la dis­tance et l’oraison ne fran­chi­ra pas la dis­tance. On a consi­dé­ré qu’il ne se vouait qu’à « Personne » – et jamais plus qu’alors, on a pu le cer­ner. On le croi­rait « simple », aujourd’hui, mais quelle sot­tise ! La poé­sie de Gaspard ne vit que de contra­dic­tions et la sim­pli­ci­té syn­taxique et lexi­cale des deux textes ras­sem­blés dans son der­nier recueil paru, témoignent moins d’une mai­trise que d’un dépouille­ment. Une « sim­pli­ci­té volon­taire » habite ce livre mer­veilleux.

Je ne dirai jamais assez com­bien cet homme vrai cherche le vrai en poé­sie. J’aurais honte de par­ler ici de « culture ». Car, s’il a lu des mil­liers de livres, s’il en a com­men­té des cen­taines, s’il a abon­dam­ment regar­dé les peintres, les sculp­teurs, et écou­té les musi­ciens, Gaspard Hons n’accumule pas les savoirs. Tout ce qu’il sait le conduit à s’épurer. Bien sûr, aimer Mozart n’est pas de trop. La culture de Gaspard ne lui sert jamais de paravent. Bien au contraire, elle le mène gen­ti­ment par­fois, mais rude­ment, le plus sou­vent, à consi­dé­rer qu’une pré­sence au monde demeure à jamais guet­tée par la patho­lo­gie. Certes, il y a du Freud, chez lui. Certes, le trou de la Shoah est sou­vent rap­pe­lé dans son œuvre. Mais Gaspard n’est ni malade ni mala­dif et encore moins mor­bide. Ce qu’il dénonce, c’est la patho­lo­gie cachée, et sou­vent meur­trière, de ceux qui s’assurent ou se ras­surent, de ceux qui se croient exempts de conscience parce qu’ils savent par­ler.

C’est presque tout. Pour moi, qui ai lon­gue­ment fré­quen­té  cette œuvre et cet être, pro­fon­dé­ment ancrés dans la recherche du poème, pour moi qui me situe, à cer­tains égards, si loin de ses convic­tions, Gaspard Hons, en ses poèmes, demeure un éclai­reur : « mal­gré les mains déchi­rées par le vent de là-haut, un mar­cheur, écar­tant les lèvres de sa plaie, allonge le pas avant la tom­bée du jour », écrit-il (p22).

Et com­ment peut-on mieux dire l’espérance, s’il s’agit de mar­cher, tant qu’il fait encore un peu jour, et mar­cher sans savoir ?

Gaspard Hons, Les Résidences secon­daires c'est ici.

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