> Créolités et création poétique

Créolités et création poétique

Par | 2018-07-11T12:23:10+00:00 5 juillet 2018|Catégories : Elbeaux Carlynx, Focus, Frédéric Célestin, Kenny Ozier La Fontaine, Navia Magloire|

A l’origine de ce numé­ro, le désir de don­ner à lire et à entendre des voix poé­tiques dif­fé­rentes, à tra­vers le  fran­çais tel qu’il est, bien vivant, dans le monde, et à tra­vers les créoles, ces langues locales, liées his­to­ri­que­ment au fran­çais mais dont le sta­tut est par­ti­cu­lier – langues jumelles et char­nelles, langues vibrantes des racines et de la famille, consti­tuées contre et en liai­son avec la langue domi­nante – dont l’usage lit­té­raire est encore lar­ge­ment mécon­nu.

Pascale Monnin.

Créoles, et fran­çais langue com­mune – comme la koi­né antique, mul­tiple, nour­ri de ses voyages, de ses ren­contres avec d’autres cultures, d’autres réa­li­tés géo­gra­phiques et his­to­riques – don­nant nais­sance  à des idiomes neufs, des créoles aux racines mul­tiples (aux Antilles, à la Réunion, en Polynésie), long­temps déva­lo­ri­sés car langues des domi­nés, colo­ni­sés, mais si vivantes qu’elles ont trans­mis  et fait gran­dir des lit­té­ra­tures paral­lèles, dans les­quelles le fran­çais per­dure, mais non pas comme un joug impo­sé par des maîtres, puisqu’il joue, se gémine, de ces langues vives, por­tées dans la chair des peuples qui désor­mais les reven­diquent pour créer aus­si avec elles, car créer, c’est aus­si vivre : vivre plus haut, vivre en pre­nant appui sur ses ancêtres pour aller plus loin, ailleurs – ensemble !

Les poètes invi­tés pour ce numé­ro, appar­tiennent à cette double culture, fran­çaise, et créole… Certains ont aus­si accep­té de répondre à un ques­tion­naire ouvert sur leur rap­port de créa­teur avec cette double langue et double culture 1 :

nous avons rete­nu les réponses de Kenny Ozier-Lafontaine pour la Martinique, Navia Magloire et Elbeaux-Carlinx pour Haïti, et Frédéric Célestin pour La Réunion :

 

© Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule) et Vincent Lefèbvre

 

Kenny Ozier-Lafontaine – Martinique :

je n’écris pas comme De Gaule, ou comme Perse,

je cause et je gueule comme un chien ! “

Léo Ferré

Ce qui m’intéresse prin­ci­pa­le­ment dans le tra­vail de tra­duc­tion de mes textes, du fran­çais vers le créole, que je réa­lise avec ma soeur, c’est le va-et-vient, la ten­sion qui doit naître de cette confron­ta­tion entre les deux langues. J’ai tou­jours cher­ché dans mon tra­vail à lut­ter contre l’exotisme, le “dou­douïsme”, et contre toutes les manières publi­ci­taires de réfé­rer au ter­ri­toire des Antilles. Toutes les mani­fes­ta­tions lan­ga­gières héri­tées de mon enfance sont d’abord vécues chez moi comme un pro­blème, ayant le sou­ci de ne pas vou­loir ancrer mon écri­ture, m’étant tou­jours repré­sen­té la poé­sie comme un moyen de navi­ga­tion vers l’inconnu, et un moyen de res­ti­tu­tion de ces voyages dans l’ailleurs. L’écriture serait donc aus­si bien la cara­velle, que le canoë du Taïnos, ou plu­tôt la pagaie, le sex­tan, et enfin la carte où ins­crire les noms, les coor­don­nées de ce nou­veau monde qui se des­sine devant moi. 

L’écriture pour moi, doit être ce car­net de rêve, grâce auquel la res­ti­tu­tion du rêve, et le rêve lui-même, ne seraient plus consom­més en des ins­tants sépa­rés. Malgré la dis­tan­cia­tion prise au cours du temps, la richesse de ce lan­gage, due entre-autres aux “domi­na­tions” suc­ces­sives dont l’île devait souf­frir, m’a tou­jours rap­pe­lé à mes fon­da­men­taux.

Pour le recueil Nègre (à paraître aux édi­tions du Dernier Cri), je me suis atta­ché à dimi­nuer, exter­mi­ner, toutes les réfé­rences pos­sibles à mon pays natal, afin que le texte que j’allais sou­mettre à ma soeur pour la tra­duc­tion ne souffre d’aucune nuance, aucune réfé­rence au lieu de notre nais­sance. Je sou­hai­tais que le foyer d’émission et celui de récep­tion, puissent être les plus étran­gers pos­sible, les plus éloi­gnés, comme les deux extré­mi­tés d’un élas­tique ban­dé, prêt à céder, ou à se contrac­ter, se réduire, se rejoindre. Car ce qui m’attire, m’enchante, avant tout avec le créole, c’est sa vio­lence. Ce n’est pas qu’on y entende vrai­ment les coups de fouets cla­quer, mais il y a encore aujourd’hui dans le créole quelque chose d’une souf­france, comme un cri, une sorte de puis­sance qui se redres­se­rait comme une mon­tée de sève,  une vio­lence “argo­tique” qui ne ren­contre désor­mais plus aucun obs­tacle, et qui peut “gicler” comme bon lui semble, une manière de “cau­ser” qui me fas­cine, pour les mêmes rai­sons, chez des auteurs comme Burroughs, Céline, Genet, ou encore dans l’argot nègre ou red neck que l’on peut ren­con­trer chez Faulkner … une puis­sance donc vers laquelle mon écri­ture en fran­çais me porte natu­rel­le­ment et qui n’a peine à retour­ner pui­ser chez moi les mots qui lui font défauts. Les mots donc, la syn­taxe, y sont sou­vent âpres, secs comme des coups bâtons, en témoigne les noms des divi­ni­tés de la nuit, de l’ombre, tels que les Soukounyans, les Dorlis. Comme dans la poé­sie de Césaire, la langue créole se déploie le plus sou­vent comme une cou­lée de lave vio­lente échap­pée de la Pelée. Le créole jusqu’à récem­ment était encore une langue orale, une langue inter­dite en cer­tains lieux, une langue qui pour mes yeux d’enfants pos­sé­dait déjà quelque chose du blas­phème, de l’injure, ou du cri, elle était aus­si la langue des contes de mon enfance, les pre­miers temps, les pre­miers contacts avec les ter­ri­toires des sor­ciers, des Kimbwasè (Quimboiseurs)

© Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule) et Vincent Lefèbvre.

 

 

Navia Magloire, Haïti :

Pour ma part écrire en créole est une édu­ca­tion, un appren­tis­sage, comme on se réap­pro­prie ses racines. J’ai appris à pen­ser l’écriture en fran­çais, ce qui revient à conce­voir mes textes en fran­çais. En revanche pour le reste je pense en créole. Les deux langues ont tou­jours coha­bi­té et coexis­té ; dans un pre­mier temps l’instruction se fai­sait en fran­çais et le créole était la langue par­lée,  à pré­sent, les deux sont à éga­li­té même si la majo­ri­té choi­sit le créole qui est une langue vis­cé­rale par rap­port au fran­çais qui est la langue ame­née.  La langue de l’instruction a été le fran­çais donc pour ma part il est natu­rel de créer mes textes dans cette langue. Sans oublier que ce fut la langue impo­sée, celle du colon langue de la colo­ni­sa­tion qui est deve­nue plus tard une arme pour une cer­taine élite.

Etant don­né que je ne conçois pas mes textes en créole, je l’utilise moins. En revanche il m’arrive d’ajouter des mots ou de faire réfé­rence à des images créoles dans quelques textes. Mon lan­gage n’est pas insu­laire, ce qui dif­fère de mon iden­ti­té. Je ne tra­duis pas mes textes, le sujet ou le thème peut être de culture créole mais la langue dans laquelle elle est pen­sée est le fran­çais. Si je devrais écrire en créole je le ferai direc­te­ment.

Navia Magloire, Blessures de l’âme, CreateSpace Independent Publishing Platform, 104 pages.

 Je ne pense pas que le créole en tant que langue soit pour quelque chose dans ma per­son­na­li­té poé­tique. On ne peut ni réduire ni enfer­mer la per­son­na­li­té humaine dans une langue, que cette per­sonne soit ou non un poète. Je lis autant les poètes japo­nais, coréens, que les poètes fran­çais, espa­gnols, afri­cains ou haitïens. en revanche ma langue vis­cé­rale est le créole. Mes peines, mes dou­leurs, mes émo­tions je les res­sens et les per­çois en créole.

J’écris à par­tir de mes vis­cères et c’est ce que je trans­forme en lan­gage poé­tique. Je me consi­dère comme uni­ver­selle, une poé­tesse du monde.  La poé­sie est omni­pré­sente, chaque ren­contre, chaque nature, chaque voyage, chaque expres­sion humaine est poé­sie. Je ne peux déta­cher la poé­sie du quo­ti­dien. Le quo­ti­dien peut être une expres­sion triste de cette der­nière mais c’est tout de même là. 

© Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule) et Vincent Lefèbvre

 

Elbeaux Carlinx – Haïti  :

Je suis un poète haï­tien, j’écris dans les deux langues, le créole qui est ma langue mater­nelle et le fran­çais qui est ma langue de for­ma­tion, mais ça varie pour moi selon les émo­tions que je veux par­ta­ger.  Si le créole est une langue aus­si roman­tique que le fran­çais, il n’est pas pour moi seule­ment un moyen de com­mu­ni­quer mais sur­tout un moyen de dire que je suis homme, de me révol­ter puisque cette langue a pris nais­sance dans des cir­cons­tances his­to­riques bien déter­mi­nées, c’est le ciment qui a ren­du pos­sible la révo­lu­tion des noirs à Saint-Domingue qui va accou­cher la nation haï­tienne, pre­mière nation nègre.

J’écris dans les deux langues et je parle comme j’écris, ma poé­sie n’est pas seule­ment sur les pages blanches mais dans mes actions et mes paroles, elle est deve­nue un mode de vie. J’utilise le fran­çais sur­tout pour m’ouvrir au monde puisque le créole n’a pas encore fait son che­min, mais aus­si parce que c’est une belle langue, polie, assez intel­li­gente.

 

J’espère vive­ment que ma langue mater­nelle puisse un jour char­mer le monde comme le fait la langue de Voltaire, sur­ement cela néces­site des années de pro­duc­tion assi­due, rai­son pour laquelle je pro­duis dans les deux langues avec presque la même pas­sion. Et par­fois je publie mes textes en fran­çais et en créole pour aider les gens à se fami­lia­ri­ser avec les deux.

En Haïti la lit­té­ra­ture est sur­tout fran­co­phone et on juge un bon écri­vain à sa façon de manier la langue fran­çaise. Par contre, si j’écris beau­coup plus en fran­çais je dois avouer que le créole me fait voir les choses avec plus de pré­ci­sion puisque selon moi il y a des choses de notre entou­rage immé­diat ou de notre culture qui ne peuvent être décrites dans une autre langue sans perdre du coup leur force, leur cou­leur, leur cruau­té. Quel mot fran­çais va rem­pla­cer l’interjection “Ayida Wedo” en gar­dant la même force ? Tout comme, je pense, il y a des mots fran­çais qu’on ne peut dire qu’en fran­çais pour ne pas tra­hir le sens ini­tial.

Je dis sou­vent que si les langues se tra­duisent il a tou­te­fois des mots qui sont jaloux, trop fiers de leur musi­ca­li­té pour se lais­ser tra­ves­tir. Raison pour laquelle je ne tra­duis pas mes pen­sées si un sujet me vient en créole il sera écrit en créole, s’il me vient en fran­çais il sera écrit en fran­çais sauf dans des cas spé­ciaux et pour des rai­sons péda­go­giques je peux tou­jours écrire un texte, le même, dans les deux langues.

 

© Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule) et Vincent Lefèbvre

 

Frédéric Célestin – La Réunion :

Je n’écris presque exclu­si­ve­ment qu’en créole réunion­nais, bien que je m’oriente pro­gres­si­ve­ment vers d’autres langues. Ecrire en créole est pour moi un acte mili­tant et enga­gé : une toute petite goutte dans un océan de bon­heur que je tente tant bien que mal d’apporter à la Réunion, en m’inscrivant dans l’Histoire lit­té­raire de celle-ci.

Si je parle mieux fran­çais que créole, bien que je sois dans une logique bilingue, j’écris mieux en créole. Surtout, la lit­té­ra­ture réunion­naise m’offre un espace acces­sible, place qui est beau­coup plus res­treinte quant à la lit­té­ra­ture fran­çaise. Je vise donc un public local, sans plus d’ambition, même si je com­mence timi­de­ment à écrire en fran­çais, quelques vers ici et là. Dans une orien­ta­tion mili­tante je pense qu’il est essen­tiel pour nous réunion­nais d’écrire en créole, même si, bien enten­du je reste très ouvert à d’autres langues, notam­ment l’anglais et les langues cultuelles de notre île. Ecrire en créole est donc pour moi l’acte mili­tant d’apporter sa pierre à l’édifice.

La poé­sie est un domaine à part de ma pra­tique lan­ga­gière habi­tuelle – d’une cer­taine façon,  elle m’a sau­vé la vie.

 En effet, à la recherche d’une expres­sion artis­tique à un moment don­né de ma vie, je me suis tout d’abord lan­cé dans la musique (les per­cus­sions locales et afro-cubaines) que j’ai décou­vert avant l’écriture, même si écrire était, comme pour tout étu­diant ès Lettres, pour moi un rêve, rêve que l’île a contri­bué à réa­li­ser. Et j’ai trou­vé dans l’écriture ce que je cher­chais dans la musique. En effet, j’ai com­men­cé à écrire en 2000. J’ai alors deman­dé à un de mes men­tors si ce que j’écrivais était bien de la poé­sie. On m’a répon­du que non. Alors j’ai arrê­té d’écrire. Ce n’est que quelque dix ans plus tard qu’on m’a relan­cé dans l’écriture poé­tique. En effet, un peintre réunion­nais, ami d’enfance, m’a pro­po­sé un tra­vail poé­tique autour de sa pein­ture. J’écrivais en créole avec une amie qui elle écri­vait en fran­çais.

Halima Grimal, Charly Lesquelin, Frédéric Célestin, Triptik an liber­té, Editions K’A, 2016.

C’était en 2013 : mon pre­mier recueil de poé­sie voyait alors le jour : « Triptik an liber­té ». En 2009, j’avais com­men­cé un roman auto­bio­gra­phique, mais sans grande convic­tion. Même si la poé­sie reste une acti­vi­té lit­té­raire pour moi, je suis aus­si ouvert à d’autres hori­zons d’écriture : un roman, et un essai dont le but est d’argumenter autour du créole réunion­nais en tant que véri­table langue (chez l’éditeur actuel­le­ment). Donc oui, la poé­sie reste mon domaine de pré­di­lec­tion, sur­tout quand mes textes deviennent des chan­sons.

Le créole réunion­nais et le fran­çais sont mes langues co-mater­nelles. Le créole est au cœur de mon expres­sion poé­tique. Il m’apporte un espace d’expression unique dans ma vie. Le plai­sir immense d’écrire en créole est pour moi sal­va­teur.  Au début, mon acte d’écrire était pure­ment cathar­tique : j’écrivais pour me soi­gner, pour pan­ser les bles­sures d’une Histoire, réunion­naise, et d’une his­toire per­son­nelle dou­lou­reuses. Aujourd’hui, je ne m’inscris plus dans cette logique, l’acte d’écrire est pour moi tou­jours aus­si sal­va­teur, mais le plai­sir et la pas­sion y sont au centre. Si, au début de mon écri­ture poé­tique, je me suis décou­vert très enga­gé, notam­ment au niveau poli­tique, des thèmes comme la musique, l’amour pour la Femme, la véné­ra­tion de nos ancêtres, l’amour pour le Monde, l’amour pour mon pays ont pris place. 


Notes

  1. les ques­tions : Est-ce que vous écri­vez en créole, ou non ? Y a-t-il des sujets qui vous viennent d’abord en créole, et qui sont “tra­duits” en écri­vant direc­te­ment en Français ? …

    La poé­sie est-elle un domaine à part de votre pra­tique lan­ga­gière habi­tuelle ? com­ment s’organise pour vous le rap­port entre les deux langues et quelle part a le créole dans votre écri­ture et votre ima­gi­naire ? Comment défi­ni­riez vous le rôle du créole dans la consti­tu­tion de votre per­son­na­li­té poé­tique ?[]


mm

Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog : 
http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di,  Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille,  Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015

Poèmes per­son­nels

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence,  Jacques André  édi­teur, 2017
  •  Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017.
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

X