> James Byrne, Une poèsie qui vous explose

James Byrne, Une poèsie qui vous explose

Par |2018-08-20T12:58:02+00:00 30 septembre 2016|Catégories : Essais & Chroniques, James Byrme|

tra­duit par Marilyne Bertoncini

One/​Another

One sighs hea­vi­ly down the tele­phone
Another pours the assassin’s quick­sand

One leaves the gar­ri­son lone­ly as a bul­let
Another fills white tubs with kero­sene

One is sur­veyed from the bor­der glass
Another guards against the dark­ness of trees

One clinks to the enemy’s thimble
Another fan­ta­sizes death in a fly­way

One slugs the sit­ter at his pia­no­forte 
Another takes shade under a fig tree

One dis­cerns bloo­di­ness from the siren
Another bran­dishes the manacles

One juggles dust bet­ween his hands
Another com­busts the base­camp

 

Postcards

All night the Commander,
With a high, baro­nial laugh,
Peels a scent of sweet man­da­rin
From the waist of a wai­tress.

*

They will heap mud over her eyes. 

*

The boy sol­diers ente­red the house
And roun­ded up the mar­ket gar­de­ner,
His two sons, his fie­ry old grand­fa­ther, 
And shot them where they crou­ched
In their sha­dows.

*

A mother counts peni­tence in her rosa­ry.
The baby in her sto­mach grows eyes.

*

At the tri­bu­nal, the army secre­ta­riat
Blamed Mother Nature her­self—
A great and sud­den simoom that cau­sed
The sor­ry fire. And nobo­dy can condemn
The amne­siac his­to­ry of the wind,
Or the amne­siac his­to­ry of fire.
They did not men­tion the bol­ted doors,
Or the gaso­line tanks strewn like tooth stumps.
The frost-bound face of a govern­ment judge 
Deemed the new­ly-wido­wed wit­nesses
Over-emo­tio­nal. Unreliable.

*

The vil­lage has been strip­ped to a wound. 
Two scor­pions scrap in a cru­cible of sand— 
The ques­tion mark of their tails sin­geing the air.

*

The boys have made a giant play­house 
From the rub­bled stan­chions of the razed com­pound.
Two kid Generals line up teams
For a game of Guns vs. Swords.
And then the swa­sh­bu­ckle
And then the rat-tat-tat from their mouths
To make the guns seem real
For the onloo­king father’s of the Revolution
Who pick sides, shout and cheer.

*

At the far wall of the bom­bed-out mosque,
A prayer tan­noys back the Prophet’s take
On for­gi­ve­ness during times of anger.    
But the muez­zin drag­ged in the dust by his col­lar
Now cracks and cracks again
Against the tre­mo­lo in his voice. 

*

These are two of the post­cards that could not be sent.
Beetle-nib eyes under the sli­ve­ry sheet of a moon
That quakes over her sea-wrink­led face.
The pro­file of the ske­le­ton
Who visits her by night,
His mecha­ni­cal arms
Upraised, still
Pleading
Mercy.

*

At the mili­ta­ry moun­tain base,
Five men are led down its steep side
Then deep into the shal­lows of a grove.
Nobody will tell the sto­ry here. 
The moun­tain is quiet and infi­nite.
The buz­zards silent in their appe­tites,
Only the olive leaves hiss back to the sky.

 

***********

 

L’Un/L’Autre

L’un sou­pire pro­fon­dé­ment au télé­phone
L’autre verse les sables mou­vants de l’assassin

L’un quitte la gar­ni­son seul comme une balle
L’autre emplit les tubes blancs de kéro­sène

L’un est obser­vé de la vitre en fron­tière
Un autre défend de la noir­ceur des arbres

L’un trinque avec l’ennemi
Un autre ima­gine la mort sur une route migra­toire

L’un s’acharne sur celui qui est  assis au pia­no
Un autre s’abrite à l’ombre d’un figuier

L’un devine le car­nage au son des sirènes
Un autre bran­dit les menottes

L’un jongle avec la pous­sière entre ses mains
Un autre brûle le camp de base

 

Cartes Postales

Toute la nuit le Commandant,
Avec un rire baro­nial et haut per­ché,
Ecorce un par­fum de douce man­da­rine
De la taille d’une ser­veuse.

*

Ils amas­se­ront la boue sur ses yeux.

*

Les enfants-sol­dats sont entrés dans la mai­son
Et ils ont entou­ré le maraî­cher,
Ses deux fils, son fier aïeul,
Et les ont abat­tus quand ils se sont accrou­pis
Dans leurs ombres.

*

Une mère égrène son cha­pe­let.
L’enfant dans ses entrailles a les yeux qui gran­dissent.

*

Au tri­bu­nal, le secré­taire aux armées
A bla­mé Mère Nature elle-même –
Un bru­tal et grand simoun res­pon­sable
Du triste incen­die. Et per­sonne ne peut condam­ner
L’histoire amné­sique du vent,
Ou l’histoire amné­sique du feu.
Ils n’ont pas men­tion­né les portes ver­rouillées,
Ni les bidons d’essence épars comme des chi­cots de dents.
Le visage gla­cial d’un juge du gou­ver­ne­ment
A esti­mé que les veuves récentes qui témoi­gnaient
Etaient trop émo­tives. Pas fiables.

*

Le vil­lage a été réduit à une bles­sure.
Deux scor­pions bataillent dans un creu­set de sable –
Le point d’interrogation de leurs queues cingle l’air.

*

Les gar­çons ont fait un immense ter­rain de jeux
Des décombres du camp mis à sac.
Deux Généraux enfants alignent des équipes
Pour un jeu de Fusils contre Epées.
Puis c’est le fer­raille­ment des armes
Et les tac-tac de leurs bouches
Pour que les fusils aient l’air vrai
Aux yeux des pères de la Révolution, spec­ta­teurs
Qui prennent par­ti, crient, applau­dissent.

*

Au loin, sur le mur en ruine de la mos­quée bom­bar­dée,
Une prière par haut-par­leur retrans­met les paroles du Prophète
Sur le par­don dans les temps de colère.
Mais le muez­zin trai­né dans la pous­sière par son col
Se brise et craque encore
contre le tré­mo­lo de sa voix.

*

Voici une paire des cartes pos­tales qui n’ont pu être envoyées.
Yeux dévo­rés d’insectes sous la lame d’argent d’une lune
Qui fré­mit au-des­sus de son visage buri­né.
Cette sil­houette de sque­lette
Qui lui rend visite la nuit,
Ses bras méca­niques
Dressés, tou­jours
Implorant
Pitié.

*

De la base mili­taire en mon­tagne,
Cinq hommes sont menés sur la pente la plus raide
Puis loin dans les pro­fon­deurs d’un bos­quet.
Nul ne dira ce qui s’est pas­sé là.
La mon­tagne est pai­sible et infi­nie.
Les busards silen­cieux dans leur appé­tit,
Seules les feuilles d’olivier sifflent contre le ciel.

Traduction Marilyne Bertoncini

 

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog : 
http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di,  Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille,  Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015

Poèmes per­son­nels

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence,  Jacques André  édi­teur, 2017
  •  Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017.
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

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