> choix de poèmes de Carole JENKINS traduits par Marilyne Bertoncini

choix de poèmes de Carole JENKINS traduits par Marilyne Bertoncini

Par | 2018-02-25T12:35:57+00:00 31 janvier 2017|Catégories : Blog|

Pour la route

 

 

D’abord comme un défi, puis pour la chaude lan­gueur
du gou­dron, à minuit, ren­trant à pied à la mai­son,
nous avons éten­du nos corps au mileu
de Moana Road, et nous sommes embras­sés, ces longs bai­sers
rêveurs où l’on s’abandonne l’un à l’autre, à la route,
aux pins noirs qui d’en haut nous regardent, à la lumière cade­nas­sée
des mai­sons aux volets fer­més ser­rées sur un quart d’acre
de pâtés de mai­son, l’arche de ver­ti­gi­neux amas brillant d’étoiles
au-des­sus de nous, et nous nous sommes rele­vés, comme des anges
reve­nant dans un monde étrange, pour des­cendre
la rue en mar­chant, mains et bras enla­cés,
riant, comme si nous avions ava­lé un uni­vers
qui explo­se­rait à l’extrémité de nos doigts.

 

 

For the Road

 

 

First as a dare and then for the warm lan­guor
of the tar, at mid­night wal­king to my house,
we lay down our bodies on the middle
of Moana Road and kis­sed, those long drea­my
kisses of aban­don­ment, to each other, to the road,
to the dark pines loo­king on, to the locked light
of houses with blinds drawn tight on quar­ter acre
blocks, the stars’ bright and diz­zy mass
arcing over us, and we’d get to our feet, like angels
coming to in a strange world, to walk
down the road, arms and hands tan­gling,
lau­ghing, like we’d swal­lo­wed a uni­verse
and it was explo­ding out of our fin­ger­tips.

 

 

 

*

 

 

Pendant l’hiver

 

 

J’ai jadis por­té
de fins gants d’agneau et je vois encore
la façon dont la peau retient
le vide que la main
a quit­té, j’entends le sou­pir
du gant, sa résis­tance tan­dis que len­te­ment
il exhale la mémoire de la main
qu’il a tenue.

 

 

Over Winter

 

 

I once wore
fine kid gloves and still see
he way the lea­ther holds
the emp­ti­ness the hand
has left, hear the glove’s
sigh, its endu­rance as it slow­ly
exhales the memo­ry of the hand
it held and goes to win­ter
wai­ting under straw.

 

 

 

*

 

 

Les bien­faits de Saint Vincent-de-Paul

 

 

Saint Vincent, saint patron du ves­tiaire
étu­diant, m’a légué depuis les pro­fon­deurs

et détours de ses tables de tri, une par­faite
cami­sole vic­to­rienne, chaque point de la taille

d’un sei­zième de pouce, épin­glée
d’un linon et d’un pâle ruban de soie qui se fau­fi­lait

au coeur de trois pouces de den­telle pour jouer,
en tra­vers de la poi­trine et des épaules,

un jeu de tenu-tom­bé
et dans cette antique pra­tique

il me don­na, alors que jupe et che­mi­sier
tom­baient à terre, quelque chose du sen­ti­ment

d’être à la fois moi-même et l’involontaire
gémis­se­ment du jeune homme, obser­vant,

torse nu, prés du lit.

 

 

The Blessings of Saint Vincent

 

 

Saint Vincent, patron saint of student
clo­thing, bequea­thed to me from the depths

and twists of his sor­ting tables, a per­fect
Victorian cami­sole, eve­ry stitch sca­led

in six­teenths of an inch, pin-tucked
lawn and pale silk rib­bon that threa­ded

the three deep inches of lace to play,
across the breasts and shoul­der,

a game of han­ging on and fal­ling
off and in this antique prac­tice

he gave to me, as skirt and shirt
fell upon floor, some­thing of the fee­ling

of being both myself and the invo­lun­ta­ry
groan of the young man, wat­ching,

waist naked, stan­ding by the bed.

 

 

 

*

 

 

Préparatifs au froid

 

 

Pour dou­bler mon écharpe, je déniche du satin de soie, une crème
qui sai­sit ombres et lumière, cou­pé à la bonne taille,
les mor­ceaux assem­blés à points glis­sés qui passent comme le temps
Tôt, jai appris à épin­gler, pas à fau­fi­ler
mais c’est la ten­sion du tri­cot à tis­ser, du fil à enfi­ler,
le glis­se­ment de l’ourlet retour­né, la tor­sion de ce qui peut
s’étirer à ce qui ne peut pas, c’est ça le secret.
Le tri­cot est sus­cep­tible, mais, O, la cha­leur et la cou­leur sub­tile,
leurs qua­li­tés, et comme le satin éclaire bien
la rudesse qu’il emprunte, comme mon joli visage
et ma peau contre la barbe du soir de ta joue.

 

 

Getting rea­dy for the cold

 

 

To line my scarf, I hunt out silk satin, that cream
bor­ro­wer of shades and light, cut to size,
pieces sea­med with stitches that slip past like time
I ear­ly learnt to pin, no point tacking
but it’s the ten­sion of knit to weave, thread to needle,
the slip­ping-under-edge, the tor­sion of what can
stretch to what will not that is the trick.
The knit is pri­ck­ly but Oh, the warmth and subtle colour,
the merit in them, and how fine the satin
lights up its bor­ro­wed rough­ness, like my fine face
and skin against the after­noon stubble of your cheek.

 

 

 

*

 

 

Le Veston de Ted Hughes jeune

à par­tir de Poetry in the Making, ch.1 – Capturing ani­mals

 

 

Au moment du bat­tage, son ves­ton grouillait,
la dou­blure dou­blée de soixante sou­ris,
qu’il fai­sait naître des meu­lons et des
gerbes. Leurs fines griffes de sou­ris
éraillaient le taf­fe­tas, leur fines dents taillaient
l’entoilage. Bouillonnant sous le tis­su gon­flé,
elles nichaient dans l’intérieur ten­du
de l’ourlet.
Et le ves­ton une fois posé – ou libre –
se sau­vait avec des fris­sons sur des pieds cachés,
pul­lu­lant avec son odeur de ren­fer­mé,
d’ammoniac et de grains de millet.

 

 

Young Ted Hughes’ Jacket

                   From his Poetry in the Making, ch. 1, Capturing Animals

 

At thre­shing time his jacket see­thed,
the lining lined with six­ty mice,
that he conju­red from stooks
and sheafs. Their thin mouse claws
ran the taf­fe­ta, their fine teeth inci­sed out
the inter­fa­cing. Rising like boils,
they nes­ted in the frayed inside
of the hem.
And when he set the jacket down – or free –
it shi­ve­red off on hid­den feet,
pul­lu­la­ting with its smell of must,
ammo­nia and millet seed.

 

 

 

*

 

 

En quit­tant la ville

 

 

Etait-ce l’indigence du néon
semi-obs­cur dans une gare rou­tière du côté le plus miteux de la ville,
les pas­sa­gers d’avant-crépuscule –

la mère seule avec deux enfants de moins de cinq ans,
les yeux las ser­rant des oreillers, la dame plus âgée
avec des pan­ta­short bleus et un haut assor­ti,

les filles en jeans ser­rés et thongs
souf­flant des bouf­fées d’air blanc qui se dres­saient,
comme de froids fan­tômes devant nous,

ou peut-être était-ce le moteur du bus qui tour­nait,
la porte qui glis­sait et cla­quait
en s’ouvrant avec des râles de fumeur, vous biai­sez pru­dem­ment

vers un siège, où votre jumeau vous regarde
dans la glace, l’aube se pro­pa­geant par-des­sus les toits
et le quai humide, la ville embar­quée de force par les voies rapides

votre visage brouillé de larmes inat­ten­dues,
un dou­lou­reux élan de soli­tude car vous quit­tez
une ville que vous n’aviez jamais pen­sé autant aimer,

ou était-ce juste le fait d’aller, gagner de la vitesse, la vue plon­geante*
sur des poteaux télé­gra­phiques, les mai­sons cédant la place à des fermes récréa­tives,
puis de vraies fermes, à l’infini.

 

 

Leaving Town

 

 

Was it the down-and-out­ness of the fluo­res­cent
half-dark in a bus sta­tion on the see­dier side of town,
the pre-dawn pas­sen­gers—

the single mother with two kids under five,
blea­ry-eyed hug­ging pillows, the older lady
with mid-blue lei­sure pants and mat­ching top,

the girls in tight jeans and thongs
blo­wing puffs of white air that hung them­selves,
cold ghosts before us all,

or maybe the bus engine tur­ning over,
the slide and slap of the door
whee­zing open like a smo­ker, edging aisle-wise

into a seat, where your glass win­dow twin gazes
back at you, dawn sprea­ding over the roofs
and wet tar­mac, the city get­ting drag­ged off by the high­way

your face blur­red by unex­pec­ted tears,
an ache of lone­li­ness for lea­ving
a town you never thought you liked that much,

or was it just going, gai­ning speed, a high view
of tele­graph poles, houses giving way to hob­by farms,
then real farms, stret­ching out fore­ver.

 

 

 

*

 

 

Le Dessin

 

 

Ebauche de bour­don de bus, tiré du tri­cot
dans le bour­bier d’un voyage, ruban
ruban, bras­sière pour bébé, la manche
et le dos. Le rythme du tri­cot.
encore et encore, ces mou­ve­ments
inter­mit­tents quand le petit doigt
sou­lève une boucle – de la pelote – du fil
qui si léger, si soyeux,
dit pro­grès, dit pro­jet,
et tout le temps le des­sin attend ;
encore un bon bout de fil à venir.

 

 

The Pattern

 

 

Bus drone drawn, knit­ting in
in a slough of tra­vel, gar­ter
gar­ter, baby car­di, sleeve
and back. The rhythm of sto­cking.
on and on, and those inter­mit­tent
move­ments where the lit­tle fin­ger
lifts a loop –off skein– of thread
that lies as light, lies as silk,
says pro­gress, says pros­pect,
and all the time the pat­tern waits ;
a finite length of yarn ahead.

 

 

 

*

 

 

La Sotte

 

 

Cette grande sotte de nou­veau jour arrive
gauche dans son pyja­ma bleu
ignare de ce qui va
se pass­ser, même de ce que ce soir
ses habits cou­verts de rouille,
de traces de sang, pâle et meur­trie
elle par­ti­ra en clau­di­cant, par-delà l’horizon
oubliant presque l’éclat
de son azur, l’or inter­mi­nable
de son après-midi

 

 

Dunce

 

 

That great dunce the new day arrives
awk­ward in her blue pyja­mas
kno­wing nothing of what will
hap­pen, not even that by eve­ning
her clothes will be smea­red with rust,
streaks of blood, that brui­sed and pale
she will limp off, over the hori­zon
near­ly for­get­ting the brilliance
of her azure, the long gold
of her after­noon