Laurent Grison, L’Homme élémentaire et L’œil arpente l’infini

Par |2018-07-03T07:25:12+02:00 15 septembre 2017|Catégories : Critiques, Laurent Grison|

Ces deux recueils de Lau­rent Gri­son, l’homme élé­men­taire  et L’Œil arpente l’in­fi­ni, ont à voir avec l’im­age – et cela n’a rien d’é­ton­nant car Lau­rent Gri­son tra­vaille sou­vent avec des plasticiens.

L’Homme élémentaire

Le for­mat du pre­mier s’in­scrit dans la forme régulière d’un car­ré – comme l’un des élé­ments du pein­tre Mon­dri­an. La cou­ver­ture s’orne d’un tracé rouge et noir, évo­quant à pre­mière vue une tache abstraite comme un test de Roschach. Déployée, elle révèle — tête-bêche comme la fig­ure d’une carte à jouer — une sil­hou­ette sem­blable à celles qu’on lit sur les radi­ogra­phies – le squelette d’un buste – l’os­sa­t­ure, délivrée de sa chair, de l’homme “élé­men­taire” – réduit à ses plus sim­ples éléments?

Il sem­ble bien que le texte explore ce même évide­ment du côté des mots – ici réduit à des listes noires et des signes rouges, élé­ments don­nés d’une dé/construction, briques offertes au lecteur pour recom­pos­er son univers tex­tur­al et textuel en vis-à-vis sur les pages :

des mots aus­si / dans l’oreille /
des mots qui / tombent de l’homme / élémentaire /
puis entrent dans sa tête

Invi­ta­tion à rêver dans la marge immense de ces pages où flot­tent mots et graphismes légers, dans un mou­ve­ment cyclique amor­cé par les bonds et rebonds de la pen­sée analogique, qui mènent… au “silence” dou­ble­ment exprimé par le mot trompeur, inverse­ment per­for­matif (en ce que sa proféra­tion annule ce qu’il annonce) et son dou­ble silen­cieux sur la dernière page /… /

Des mots et des signes, donc, pour com­pos­er, au gré des feuil­letages, une his­toire peut-être ? Car les listes invi­tent à imag­in­er le rap­port de cet homme élé­men­taire à la vie et à la mort, sym­bol­isées par les couleurs typographiques, au cha­grin et à la con­so­la­tion, peut-être de l’écriture :

Lau­rent Gri­son, L’Homme élé­men­taire, edi­tions COLOR GANG, Col­lec­tion Ate­lier, 2016, 64 p., 20 euros.

L’Œil arpente l’infini

C’est Kandin­sky que con­voque en exer­gue ce sec­ond ouvrage: “La ligne géométrique“est un être invis­i­ble” – ligne matéri­al­isée par l’ul­time pho­to – indéchiffrable paysage où une large ligne d’hori­zon noire sem­ble sépar­er deux ciels, com­men­tée avec humour par Lau­rent Gri­son : /ciel-à-ciel et non terre-à-terre”.

Les superbes pho­tos en noir et blanc de Nathan R. Gri­son explorent les formes géométriques de l’u­nivers naturel, indus­triel et urbain, réduites (sub­limées !) en aligne­ments, accu­mu­la­tions, con­trastes et con­flits de formes et de direc­tions sans autre référence aux lieux géo­graphiques que la men­tion finale “les pho­togra­phies de ce livre ont été pris­es par Nathan R. Gri­son en dif­férents lieux d’Eu­rope et d’Asie centrale.”.

Les légen­des, de Lau­rent Gri­son, en con­tre­point des images, sont de nou­veau des listes – mots, verbes act­ifs… déri­vant de façon analogique, à par­tir des images, débor­dant par­fois même, imageant la page blanche qui suit, comme pour la pho­to p. 51 – la forme d’une ombre découpant un espace de lumière bicorne dirigée vers le haut, sur un mur crépi ou de ciment – décrite comme ” / har­monie ascen­dante /”, puis reprise, par “rebond”, dans les pages suiv­antes, comme “/ ange debout /” “/ailes déployées /”.

L’œil arpen­teur sautant des mots de l’un aux cadrages de l’autre, com­pose de ces formes tran­scendées un nou­veau paysage, imag­i­naire et personnel.

Laurent Grison, Nathan R. Grison, L'Oeil arpente l'infini, Jacques Flament éditions, collection images et mots, 2017, 63 p., 18 euros.

Lau­rent Gri­son, Nathan R. Gri­son, L’Œil arpente l’in­fi­ni, Jacques Fla­ment édi­tions, col­lec­tion images et mots, 2017, 63 p., 18 euros.

Présentation de l’auteur

Laurent Grison

Lau­rent GRISON est écrivain, his­to­rien de l’art et cri­tique. Ses textes, traduits en plusieurs langues, sont pub­liés en France et à l’é­tranger. Il con­sacre une grande par­tie de sa vie à la poésie et à l’art. Croisant les formes de créa­tion, il tra­vaille régulière­ment avec des artistes (pein­tres, pho­tographes, musi­ciens, comé­di­ens, danseurs, per­formeurs…). Pas­sion­né par la musique, il pra­tique aus­si les arts plas­tiques. Il est mem­bre de plusieurs asso­ci­a­tions inter­na­tionales d’écrivains et de cri­tiques, dont la Mai­son des écrivains et de la lit­téra­ture (France), The Poet­ry Soci­ety (Roy­aume-Uni), le P.E.N. Club français, l’Association Inter­na­tionale de la Cri­tique Lit­téraire et l’Association Inter­na­tionale des Cri­tiques d’Art.

Quelques livres récents (2021) de Lau­rent Grison :

Presque effacé, livre bilingue (français/albanais), avec des pho­togra­phies de l’artiste Wan­da Mihuleac, Édi­tions Tran­signum, 2021.

Rim­baud, un poète inachevé, livre d’artiste réal­isé avec Coco Téxè­dre, Édi­tions Les Cahiers du Museur, 2021.

Voltaïques, Édi­tions du Petit véhicule, col­lec­tion Galerie de l’Or du temps, 2021.

Con­tri­bu­tion au livre Voix Vives, de Méditer­ranée en Méditer­ranée. Antholo­gie Sète 2021, Édi­tions Bruno Doucey, 2021.

/p/e/c/c/a/d/i/l/l/e/, livre d’artiste réal­isé avec Ghis­laine Escan­de, Ate­lier 27, 2021.

Espérance, avec des œuvres de Chan­tal Giraud Cauchy et Fer­rante Fer­ran­ti, Édi­tions Ségust, col­lec­tion Zaïn, 2021.

Vaporet­to, livre réal­isé avec l’artiste Ilona Kiss, texte bilingue français et ital­ien, Édi­tions Ilona Kiss, Budapest (Hon­grie), 2021.

ls choss rprn­dront vi (frag­ments pour Georges Perec), Édi­tions du Petit Véhicule, col­lec­tion Chien­dents, Cahiers d’arts et de lit­téra­ture, 2021.

Osti­na­to, livre d’artiste réal­isé avec Annie Grein­er, col­lec­tion Ban­des d’artistes, Édi­tions Les Lieux Dits, Stras­bourg, 2021.

http://www.laurentgrison.com

Autres lec­tures

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Marilyne Bertoncini

Mar­i­lyne Bertonci­ni, co-respon­s­able de la revue Recours au Poème, à laque­lle elle col­la­bore depuis 2013, mem­bre du comtié de rédac­tion de la revue <emPhoenix, doc­teur en Lit­téra­ture, spé­cial­iste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et traduit de l’anglais et de l’i­tal­ien. Elle est l’autrice de nom­breux arti­cles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont égale­ment pub­liés dans des antholo­gies, divers­es revues français­es et inter­na­tionales, et sur son blog :   http://minotaura.unblog.fr. Prin­ci­pales publications : Tra­duc­tions :  tra­duc­tions de l’anglais (US et Aus­tralie) : Bar­ry Wal­len­stein, Mar­tin Har­ri­son, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Car­ol Jenk­ins ( Riv­er road Poet­ry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secan­je Svile, Mémoire de Soie, Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac,  juin 2015 Instan­ta­nés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeu­vre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEn­cre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wan­da Mihuleac Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L’An­neau de Chill­i­da, L’Ate­lier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Car­ole Mes­ro­bian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novem­bre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gravures de Wan­da Mihuleac, et une post­face de Lau­rent Gri­son, Tran­signum , mars 2019. Memo­ria viva delle pieghe/mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Gian­car­lo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche biographique com­plète sur le site de la MEL : http://www.m‑e-l.fr/marilyne-bertoncini,ec,1301 )
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