> Voix féminines dans la poésie des Rroms : Journal des Poètes 4, 2016 et 1, 2017

Voix féminines dans la poésie des Rroms : Journal des Poètes 4, 2016 et 1, 2017

Par | 2018-05-23T17:12:41+00:00 19 avril 2017|Catégories : Revue des revues|

 

Le très bel édi­to­rial, de Jean-Marie Corbusier, dans le numé­ro de jan­vier, jus­ti­fie­rait à lui seul que l’on parle de la revue. Sous le titre “poé­sie à l’oubli”, il pose la ques­tion, chère à notre coeur, de la place du mys­tère et du chant dans la poé­sie contem­po­raine : “Elle n’est plus une inter­ro­ga­tion, c’est-à-dire une résis­tance”, lui semble-t-il, “le sens n’est plus balan­cé entre ombre et lumière, mys­tère et clar­té.” Qu’on par­tage ou non ce constat, l’invitation pres­sante qui le conclut – “médi­tons” puisque “le poème est le pré­sent sans réplique d’une trace anté­rieure à son appa­ri­tion” – est une belle porte ouverte sur cette livrai­son en deux volumes, dont les dos­siers sont consa­crés aux voix oubliées d’une poé­sie peu connue, sinon même tout à fait négli­gée.

 

Sous le titre “Combien de chants étouf­fés dans leurs gorges ? Voix fémi­nines dans la poé­sie des Rroms”, le JDP pro­pose une antho­lo­gie his­to­rique fouillée, accom­pa­gnée de nom­breux exemples, réa­li­sée par Marcel Courthiadei. Dans le pre­mier volet, l’auteur resi­tue le rro­ma­ni dans le contexte his­to­rique des langues indo-euro­péennes, et dans le contexte actuel des langues par­lées en Europe. Il en sou­ligne la fécon­di­té poé­tique, à par­tir de la dis­tinc­tion en “mot” et “terme”, et note le double fait rare que les pre­miers exemples en sont des poé­sies de femmes (la toute pre­mière tou­te­fois en russe, au début du 19ème siècle, et non dans sa langue mater­nelle), de même que les der­nières voix créa­trices leur appar­tiennent.

La deuxième par­tie du dos­sier (dans le numé­ro 1, ouvert sur la très belle repro­duc­tion du détail – un visage implo­rant – d’une pein­ture d’Yvon Vandyckeii) com­mence par l’évocation du “Samudaripen”, le géno­cide – cet “impen­sé réa­li­sé” – per­pé­tré par les nazis et les régimes qui les admi­raient et dont les consé­quences, sont encore vives pour les vic­times,. cette catas­trophe sur­vit dans la poé­sie rrom,fémninie, peu por­tée par ailleurs sur les thè­ma­tiques et pro­blèmes de la vie des femmes :  poé­sie ni reven­di­ca­tive ni mili­tante, elle est char­gée de cette omni­pré­sente ques­tion de la mort et d’une réécri­ture de la cos­mo­ge­nèse, de pas­sages sur la nature et la “vraie vie”.

L’auteur conclut son essai sur la ques­tion du sta­tut des “der­nières” voix rroms fémi­nines – traces d’un monde à l’agonie, ou regain d’une poé­sie en langue mater­nelle rrom, s’interroge-t-il.

. Larticle est sui­vi d’une biblio­gra­phie (hélas non tra­duite en fran­çais) et de trois conseils de lec­ture com­plé­men­taire, d’ouvrages tra­duits par Marcel Courthiade, chez L’Harmattan.

 

Outre cet excellent dos­sier, très nour­ri (deux fois une qua­ran­taine de pages) le lec­teur retrou­ve­ra les riches rubriques habi­tuelles, par­mi les­quelles on note­ra  les “voix nou­velles” de Marie-Clémence Gaunand et Jennifer Lavallé dans le numé­ro 4 de 2016, et celle (non cré­di­tée au som­maire) d’Aurélie Delcros dans le numé­ro 1 de 2017.

 

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notes : 

i – Marcel Courthiade est res­pon­sable de la sec­tion de langue et civi­li­sa­tion rro­ma­ni à L’INALCO – Paris-City, Sorbonne, et com­mis­saire à la langue et aux droits lin­guis­tiques de l’Union rro­ma­ni Internationale.

ii – Yvon Vandycke, peintre, poète, polé­miste, infa­ti­gable ani­ma­teur belge (1942-2000) défen­dant une cer­taine idée de l’art, qui a mar­qué l’histoire de la pein­ture de son pays, à décou­vrir sur le site qui lui est consa­cré http://​users​.bel​ga​com​.net/​g​c​0​5​3​7​9​4​/​i​n​d​e​x​.​h​tml

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, cores­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit.
Ses textes et pho­tos paraissent dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Ses tra­duc­tions de poètes anglais et aus­tra­liens et son recueil, Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème édi­teurs, comme sa tra­duc­tion des poèmes de Ming Di, Livre des 7 Vies, et Histoire de Famille, illus­trés par Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum en mars 2015.

Une pre­mière ver­sion de La Dernière Oeuvre de Phidias est parue en 2016 chez Encres Vives.

Dernières publications

  • Æncre de Chine, livre ardoise avec Wanda Mihuleac, édi­tions Transignum, 2016
  • La Dernière œuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur, 2017
  • Aeonde, La Porte, 2017,
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
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