Le très bel édi­to­r­i­al, de Jean-Marie Cor­busier, dans le numéro de jan­vi­er, jus­ti­fierait à lui seul que l’on par­le de la revue. Sous le titre “poésie à l’ou­bli”, il pose la ques­tion, chère à notre coeur, de la place du mys­tère et du chant dans la poésie con­tem­po­raine : “Elle n’est plus une inter­ro­ga­tion, c’est-à-dire une résis­tance”, lui sem­ble-t-il, “le sens n’est plus bal­ancé entre ombre et lumière, mys­tère et clarté.” Qu’on partage ou non ce con­stat, l’in­vi­ta­tion pres­sante qui le con­clut – “médi­tons” puisque “le poème est le présent sans réplique d’une trace antérieure à son appari­tion” — est une belle porte ouverte sur cette livrai­son en deux vol­umes, dont les dossiers sont con­sacrés aux voix oubliées d’une poésie peu con­nue, sinon même tout à fait négligée.

 

Sous le titre “Com­bi­en de chants étouf­fés dans leurs gorges? Voix féminines dans la poésie des Rroms”, le JDP pro­pose une antholo­gie his­torique fouil­lée, accom­pa­g­née de nom­breux exem­ples, réal­isée par Mar­cel Courthi­adei. Dans le pre­mier volet, l’au­teur resitue le rro­mani dans le con­texte his­torique des langues indo-européennes, et dans le con­texte actuel des langues par­lées en Europe. Il en souligne la fécon­dité poé­tique, à par­tir de la dis­tinc­tion en “mot” et “terme”, et note le dou­ble fait rare que les pre­miers exem­ples en sont des poésies de femmes (la toute pre­mière toute­fois en russe, au début du 19ème siè­cle, et non dans sa langue mater­nelle), de même que les dernières voix créa­tri­ces leur appartiennent.

La deux­ième par­tie du dossier (dans le numéro 1, ouvert sur la très belle repro­duc­tion du détail – un vis­age implo­rant — d’une pein­ture d’Yvon Vandy­ckeii) com­mence par l’évo­ca­tion du “Samu­daripen”, le géno­cide – cet “impen­sé réal­isé” — per­pétré par les nazis et les régimes qui les admi­raient et dont les con­séquences, sont encore vives pour les vic­times,. cette cat­a­stro­phe survit dans la poésie rrom,fémninie, peu portée par ailleurs sur les thè­ma­tiques et prob­lèmes de la vie des femmes :  poésie ni reven­dica­tive ni mil­i­tante, elle est chargée de cette omniprésente ques­tion de la mort et d’une réécri­t­ure de la cos­mo­genèse, de pas­sages sur la nature et la “vraie vie”.

L’au­teur con­clut son essai sur la ques­tion du statut des “dernières” voix rroms féminines – traces d’un monde à l’ag­o­nie, ou regain d’une poésie en langue mater­nelle rrom, s’interroge-t-il.

. Lar­ti­cle est suivi d’une bib­li­ogra­phie (hélas non traduite en français) et de trois con­seils de lec­ture com­plé­men­taire, d’ou­vrages traduits par Mar­cel Courthi­ade, chez L’Harmattan.

 

Out­re cet excel­lent dossier, très nour­ri (deux fois une quar­an­taine de pages) le lecteur retrou­vera les rich­es rubriques habituelles, par­mi lesquelles on notera  les “voix nou­velles” de Marie-Clé­mence Gau­nand et Jen­nifer Laval­lé dans le numéro 4 de 2016, et celle (non créditée au som­maire) d’Au­rélie Del­cros dans le numéro 1 de 2017.

 

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notes : 

i — Mar­cel Courthi­ade est respon­s­able de la sec­tion de langue et civil­i­sa­tion rro­mani à L’INALCO – Paris-City, Sor­bonne, et com­mis­saire à la langue et aux droits lin­guis­tiques de l’U­nion rro­mani Internationale.

ii — Yvon Vandy­cke, pein­tre, poète, polémiste, infati­ga­ble ani­ma­teur belge (1942–2000) défen­dant une cer­taine idée de l’art, qui a mar­qué l’his­toire de la pein­ture de son pays, à décou­vrir sur le site qui lui est con­sacré http://users.belgacom.net/gc053794/index.html

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Marilyne Bertoncini

Mar­i­lyne Bertonci­ni, co-respon­s­able de la revue Recours au Poème, à laque­lle elle col­la­bore depuis 2013, mem­bre du comtié de rédac­tion de la revue <emPhoenix, doc­teur en Lit­téra­ture, spé­cial­iste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et traduit de l’anglais et de l’i­tal­ien. Elle est l’autrice de nom­breux arti­cles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont égale­ment pub­liés dans des antholo­gies, divers­es revues français­es et inter­na­tionales, et sur son blog :   http://minotaura.unblog.fr. Prin­ci­pales publications : Tra­duc­tions :  tra­duc­tions de l’anglais (US et Aus­tralie) : Bar­ry Wal­len­stein, Mar­tin Har­ri­son, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Car­ol Jenk­ins ( Riv­er road Poet­ry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secan­je Svile, Mémoire de Soie, Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac,  juin 2015 Instan­ta­nés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeu­vre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEn­cre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wan­da Mihuleac Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L’An­neau de Chill­i­da, L’Ate­lier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Car­ole Mes­ro­bian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novem­bre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gravures de Wan­da Mihuleac, et une post­face de Lau­rent Gri­son, Tran­signum , mars 2019. Memo­ria viva delle pieghe/mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Gian­car­lo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche biographique com­plète sur le site de la MEL : http://www.m‑e-l.fr/marilyne-bertoncini,ec,1301 )