Nous vivons une période trouble de tran­si­tion, bal­lo­tée par les flux et reflux d’une his­toire où le futur tarde à éclore, et nous laisse envi­sa­ger le plus radieux, comme le plus ter­ri­fiant.
Nous vivons dans une socié­té froide et mon­dia­li­sée où natio­na­lismes fri­leux, inté­grismes reli­gieux ou éco­no­mique, fana­tisme et popu­lisme, se nour­rissent des peurs, des frus­tra­tions et ran­coeurs, et semblent chaque jour étendre leur domaine, tan­dis que dans ce déli­te­ment des liens sociaux, des liens avec l’histoire et la culture, l’humanité semble cher­cher son âme per­due. 
Pour évi­ter le nau­frage de notre civi­li­sa­tion, la perte des valeurs qui sont les nôtres – et celles de l’humanité dans son ensemble –  il  importe de ne pas oublier ce pen­chant néga­tif de l’histoire : rendre hom­mage à ceux qui dis­pa­rurent /​disparaissent à cause de la bar­ba­rie est un acte vital, un acte de sur­vie. 
Eva-Maria Berg, poète et huma­niste – mais peut-on être l’un sans l’autre ? – contri­bue  à ce devoir mémo­riel : son poème, gra­vé sur la stèle dres­sée par sa ville,  Waldkirch,  à tra­vers  les nom­breuses vic­times du nazisme aux­quelles elle rend hom­mage, nous rap­pelle que le ventre de la bête est tou­jours fécond, et notre devoir de résis­ter.  La chaîne de tra­duc­tion sus­ci­tée par ce texte témoigne de notre force d’hommes – et de femmes – de bonne volon­té pour faire re-naître l’avenir. (M.B)

 

Texte écrit pour le Mémorial de Waldkirch

 

En quelques mois, de fin juin 1941 à fin jan­vier 1945, la popu­la­tion juive de Lituanie fut qua­si­ment exter­mi­née sous l´occupation alle­mande nazie ; des mil­liers de juifs d’´Europe cen­trale, qu´on avait dépor­tés vers ce pays, subirent leur sort.
Leurs bour­reaux avaient été des membres de la Police alle­mande et des aco­lytes litua­niens.
D´après le rap­port manus­crit du com­man­dant de la Police de Sûreté (SIPO) et du Service de ren­sei­gne­ment et de sécu­ri­té de la SS (SD) de Kovno, de février 1942, avaient été exé­cu­tés aux dites dates :
138.272 per­sonnes, essen­tiel­le­ment juives, dont 55.556 femmes ain­si que 34.464 enfants.
Le res­pon­sable de ces crimes , SS-Standartenführer (colo­nel), avait été un citoyen de Waldkirch et, de sa pro­fes­sion, fac­teur d´orchestrions.
Par ce mémo­rial, les citoyennes et les citoyens de Waldkirch rendent hom­mage aux vic­times de la bar­ba­rie nazie en Lituanie.

 

 

mm

Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, à laquelle elle col­la­bore depuis 2013, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et tra­duit de l'anglais et de l'italien. Elle est l'autrice de nom­breux articles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont éga­le­ment publiés dans des antho­lo­gies, diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog :   http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr. Principales publi­ca­tions : Traductions :  tra­duc­tions de l'anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 Histoire de Famille, Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015 Instantanés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac Le Silence tinte comme l'angélus d'un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L'Invention de l'absence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L'Anneau de Chillida, L'Atelier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l'autrice, pré­face de Carole Mesrobian, édi­tions "Pourquoi viens-tu si tard?", novembre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d' Eva-Maria Berg), avec des gra­vures de Wanda Mihuleac, et une post­face de Laurent Grison, Transignum , mars 2019. Memoria viva delle pieghe/​mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l'autrice, pré­face de Giancarlo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )