> Les Revues “pauvres” (1) : “Nouveaux Délits” et “Comme en poésie”

Les Revues “pauvres” (1) : “Nouveaux Délits” et “Comme en poésie”

Par |2018-09-02T12:26:18+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Comme en poésie, Nouveaux Délits, Revue des revues|

Ce n’est cer­tai­ne­ment pas à l’excellent qua­li­té des conte­nus et des pro­jets  que ren­voie le terme « pauvre » – mais comme pour ce qu’on nomme « l’art pauvre », je vou­drais par ce titre sou­li­gner l’inventivité, les maigres res­sources (les abon­ne­ments et l’investissement béné­vole des revuistes), et ce génie de l’utilisation des bouts de ficelle qui per­met de concoc­ter des revues ne le cédant en rien aux plus connues, mais qui vivent à la marge, en rai­son de la confi­den­tia­li­té de leur dif­fu­sion.

« Nouveaux Délits, revue de poé­sie vive » en est un excellent exemple : de petit for­mat (une feuille A4 pliée en 2), agra­fée sous une cou­ver­ture rousse, il offre 54 pages d’excellente poé­sie accom­pa­gnée d’illustrations en n&b – un illus­tra­teur dif­fé­rent invi­té pour chaque numé­ro – impri­mée sur papier recy­clé : « Du fait mai­son avec les moyens et la tech­ni­cienne du bord, pour le plai­sir et le par­tage. » ain­si que le déclare la maî­tresse d’œuvre, la poète Cathy Garcia, qui mène contre vents et marées cette entre­prise depuis 15 ans, et à laquelle je cède la parole en reco­piant l’édito du numé­ro 60, dans lequel on lit l’enthousiasme et les dif­fi­cul­tés de l’entreprise : 

Eh bien, voi­là un numé­ro qui n’a pas été simple à réa­li­ser, il a fal­lu que je m’adapte aux cir­cons­tances assez pénibles et aux don­nées qui m’étaient acces­sibles. Aussi Je pro­fite de cet édi­to pour remer­cier infi­ni­ment celles et ceux d’entre vous qui ont pu répondre présent(e)s à mon appel à sou­tien pour le rachat d’un nou­vel ordi­na­teur, indis­pen­sable, le mien ayant pris défi­ni­ti­ve­ment congé après une dizaine d’années de pas trop mau­vais ser­vices. Merci donc, d’ici quelque temps, une nou­velle machine devrait per­mettre de pour­suivre l’aventure dans de bonnes, voire de meilleures condi­tions et aus­si de sto­cker à l’abri, entre autres, 15 années de Nouveaux Délits !

Nouveaux Délits, numé­ro 60, avril 2018 , non pagi­né (54 p. envi­ron), 6 euros (plus port, 1,50),
ou par abon­ne­ment via le « bul­le­tin de com­pli­ci­té » (chèque de 28 euros pour 4 numé­ros) –
infos et adresse sur le site web 

 

Ce n’est pas quelque chose sur quoi j’aime m’étaler mais il faut savoir peut-être que si cette revue existe, c’est par une sorte de pas­sion entê­tée de ma part, car elle est réa­li­sée (volon­tai­re­ment) sans sub­ven­tion et béné­vo­le­ment, dans un contexte de pré­ca­ri­té per­ma­nente, qui a d’ailleurs ten­dance à s’accroître d’année en année et ce numé­ro 60 a eu un accou­che­ment par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile. Cependant, je crois bien qu’au final, c’est un beau bébé ! Un peu étrange, dou­lou­reux même, mais riche de toute sa com­plexi­té humaine et de cette éner­gie qui passe dans les mots, qui les tra­verse et par­fois nous trans­perce, cet appel d’air, ce désir indé­fi­nis­sable de sai­sir, en nous et hors de nous par les filets de la parole, ce qui le plus sou­vent demeure insai­sis­sable.”

 

Feuilletons ensemble ce numé­ro fati­dique : après l’édito que nous venons de citer in exten­so, le som­maire : 7 poètes pour cette livrai­son, dans une par­tie inti­tu­lée « Délit de poé­sie » puis deux livres pré­sen­tés dans la rubrique « Résonnance ». Suit la men­tion intri­guante « Délits d’’in)citations percent la brume des coins de page » : en effet, la revue est ponc­tuée de cita­tions plus ou moins longues, dans l’angle des pages non numé­ro­tées : on trouve dans ce numé­ro un pro­verbe russe, Victor Hugo, Daniel Biga, un haï­ku de Sôseki… ou encore – en écho au poème de Valère Kaletka, « Le lieu », cette phrase de l’humoriste Pierre Doris : « C’est très beau un arbre qui pousse dans un cime­tière. On dirait un cer­cueil qui pousse ». Car l’entreprise de Cathy Garcia, on le com­prend vite, n’est pas dépour­vue de cette dis­tance sou­riante, qui lui a fait choi­sir le titre pro­vo­cant de cette publi­ca­tion, liée à l’association et aux édi­tions Nouveaux délits, à Saint-Cirq Lapopie – rien de moins : revue pauvre, peut-être, mais au moins sous le regard tuté­laire d’André Breton, qui y a séjour­né après y avoir ache­té une mai­son en 1950. D’ailleurs, si elle invite le lec­teur à s’abonner, elle le fait en der­nière page avec un « bul­le­tin de com­pli­ci­té » qui vous pro­pose de « blan­chir (votre) argent en envoyant (votre) chèque à l’association – et com­ment résis­ter à cet appel à sou­tien, lorsqu’on a pu consta­ter la varié­té des textes publiés ? Dans cette livrai­son, outre Valère Kaletka, Pierre Rosin, dont on suit le par­cours de peintre-poète dans Recours au Poème éga­le­ment, et dont je relève le post-scrip­tum à l’un de ses textes : « PS : nous pour­rons gar­der les poètes et les peintres à condi­tion qu’ils sachent jar­di­ner ». Puis Daniel Birnbaum, Joseph Pommier, Florent Chamard, dont on peut écou­ter deux textes lus par Cathy Garcia sur la chaîne you­tube « don­ner de la voix » 

Puis Vincent Duhamel avec quelques proses poé­tiques, et Antonella Eye Porcelluzzi, dont la bio­gra­phie suc­cinte nous amène sur google à regar­der les films ou écou­ter à tra­vers la voix de Cathy sur la chaîne asso­ciée à la revue

Vous ne connais­sez pas la plu­part de ces noms ? C’est qu’ils ont sur­tout publié en revue, et que les édi­teurs ne les ont pas encore ren­con­trés, mais par­cou­rez donc, sur le site, la liste des poètes publiés par la cou­ra­geuse revue Nouveaux Délits – et : bonne décou­vertes !

L’indescriptible désordre de mes rayons ne me per­met pas de vous pré­sen­ter le der­nier numé­ro de Comme en Poésie, revue arri­vée à l’âge res­pec­table de 74 numé­ros (soit 18 ans) – glis­sé sous une pile, d’où il sau­te­ra comme un diable quand je n’en aurai plus besoin, prê­té et non reve­nu… qui sait le des­tin des livres, revues et bro­chures qu’on ne sait pas ran­ger comme dans les biblio­thèques dont on rêve et qu’on voit der­rière les écri­vains qu’on admire…  Vous aurez donc la pos­si­bi­li­té de décou­vrir le numé­ro de mars 2018 en atten­dant que l’autre pointe le bout de sa cou­ver­ture pour me nar­guer – mais chut !

Jean-Pierre Lesieur, seul maître à bord, enjoint ses lec­teurs et poten­tiels abon­nés à avoir de l’humour car « ça ne coûte rien » . Voici com­ment il pré­sente sa revue en troi­sième de cou­ver­ture (car aucun espace n’est lais­sé vierge dans cette publi­ca­tion abon­dante, nour­ris­sante – enfin, pour le lec­teur, pas pour le poète ni pour le revuiste) :

 

 

Comme en poé­sie, n. 73, tri­mes­triel, 80 p.
(revue seule, 4 euros, abon­ne­ment 1 an, 4 numé­ros, 15 euros –
730 ave­nue Brémontier, 40150 Hossegor –
infor­ma­tions sur le site de la revue « sur papier et par inter­net »

« La revue est entiè­re­ment pen­sée, fabri­quée, envoyée, par Jean-Pierre Lesieur. Vous ne la trou­ve­rez nulle part ailleurs que par abon­ne­ment. Ne la cher­chez pas dans les librai­ries ni dans les grandes sur­faces. Si vous y voyez Lesieur ce n’est pas la revue, c’est une bou­teille d’huile. »

 

Introuvable, c’est vrai : je l’ai décou­verte jadis, sur le mar­ché de la poé­sie Saint-Sulpice, à l’époque encore bénie où son édi­teur, pauvre,  était invi­té à par­ta­ger un coin de stand dans l’angle des revues… Ce n’est plus le cas, et c’est bien dom­mage, car cette publi­ca­tion mérite d’être lue, non seule­ment parce qu’elle per­met à des poètes de faire leurs pre­mières armes, mais aus­si parce qu’elle offre de beaux textes, de belles illus­tra­tions, et de belles signa­tures. Car Jean-Pierre Lesieur l’annonce : «( on ne fera) pas d’exclusive poé­tique, mais recher­che­ra une qua­li­té d’écriture et d’originalité en fai­sant la chasse aux cli­chés, redites, traces infor­melles, dou­blons, minau­de­ries, copies, pira­tage..“

Mais feuille­tons ensemble ce numé­ro auquel ont par­ti­ci­pé pas moins de 30 poètes, par­mi les­quels Gérard Mottet, Claude Albarède, Werner Lambersy… Feuilletons, avec quelque pré­cau­tion : reliés sous sa cou­ver­ture car­ton­née ther­mo­col­lée, on craint que les pages ne s’envolent avec les poèmes – mais non : l’artisan a bien tout sou­dé, et dans l’ensemble, ça résiste à plu­sieurs mani­pu­la­tions.  Comme la est aus­si ouverte à dif­fé­rentes formes d’écritures, de des­sins, de pho­tos, de chan­son, de per­for­mances, de mail art, de petites annonces humo­ris­tiques, de contes, de nou­velles, etc., Outre les poèmes, j’y découvre des illus­tra­tions, en noir et blanc et en cou­leur (4 pleines pages, dont deux consa­crées aux pho­tos d’Eliane Morin, illus­trant le poème d’Evelyne Morin sur le « Chemin des Dames, 1917-2017) – et une cou­ver­ture tou­jours magni­fi­que­ment illus­trée d’un col­lage, d’une pho­to…), et une carte illus­trée dont on com­prend l’usage dans la rubrique du même nom : les lec­teurs sont invi­tés à légen­der les say­nettes pro­po­sées. Dans le numé­ro 73, au centre, une dame en sous-vête­ment 1900 parle à un mon­sieur en cos­tume de  tweed qui semble bien furieux, tan­dis qu’un élé­gant à monocle ren­file sa veste sur sa droite. Les deux pages nous pro­posent les légendes envoyées à pro­pos de l’illustration du numé­ro pré­cé­dent : une dame assise sur un sofa, dont on ne voit que l’énorme chi­gnon démo­dé s’adresse à un homme aux che­veux longs assis à ses pieds … un peu George Sand et Musset… Parmi les légendes, je relève celle de Claude Albarède : « Poète ami des mots, des vers, des haï­kus /​ reprends ta plume en mai, reste pas sur le cul /​ et quand tu seras las d’avoir poé­ti­sé /​ laisse tom­ber ton luth, et viens donc me bai­ser ! »

Aux poèmes s’ajoute une rubrique « pot-au-feu » dont le titre indique à tout cui­si­nier digne de ce nom qu’elle se com­pose d’un peu de tout, dans un esprit popote et bon enfant. Ici, des réflexions sur la poé­sie, les aléas des réabon­ne­ments, des apho­rismes : « Il est mort des suites d’une longue mala­die qui l’emporta tout de suite ».

Le tout ne serait pas com­plet sans les lec­tures Jean Chatard, et la « cité cri­tique J.P.L » petit par­cours per­son­nel qui pré­sente des livres et ici  éga­le­ment une série de petites revues dont on se dit qu’il serait temps de les lire aus­si : Le Pot à mots, Friches, Spered Gouez…

 

 

Et pour­quoi ne pas com­men­cer par vous abon­ner à Comme en poé­sie ?  Vous faites une très bonne affaire, et une bonne action – et à défaut du numé­ro 74, dont  j’attends le retour, pour vous don­ner une idée de ce qui vous attend, voi­ci son som­maire : 

 

Page 1 : UN NOUVEL ÂGE par jpl
Page 2/​7 : Antoine JANOT
Page 8/​17 : Faustin SULLIVAN
Page 18/​19 : Silvaine ARABO
Page 20 : Gérard LE GOUIC
Page 21 : Ferruccio BRUGNARO
Page 22/​26 : Jacques LALLIÈ
Page 27 : Guy CHATY
Page 28/​30 : Claude ALBARÉDE
Page 31/​33 : Colette DAVILE-ESTINÉS
Page 34 : Pierre BORGHERO
Page 35 : Ludovic CHAPTAL
Page 36/​37 : Sylvain FREZZATO
Page 38 : Basile ROUCHIN
Page 39 : Èvelyne CHARASSE
Page 40/​41 : Georges CATHALO
Page 42/​43 : Jean CHATARD
Page 44/​45 : Patrick PICORNOT
Page 46/​47 : Aumane PLACIDE
Page 48/​49 : Werner LAMBERSY
Page 50/​53 : Cartes lègen­dées
Page 54/​55 : Bastien MARIN
Page 56 : Françoise GEIER
Page 57 : Èmilie NOTARD
Page 58/​59 : ALAIN JEAN MACÈ
Page 60/​61 : Bernard PICAVET
Page 62/​63 : Mireille PODCHLEBNIK
Page 64/​65 : Vincent CADET
Page 66/​67 : Dominique MARBEAU
Page 68/​71 : Jean CHATARD 
Page 72 : Claude ALBARÉDE
Page 73 : POT AU FEU
Page 74/​76 : LA CITÉ CRITIQUE
Page 77 dénis par­main
Page 78 : Jacques BONNEFON
Page 79 : Luc ALDRIC
Page 80 : ADRESSES REVUES

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog : 
http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di,  Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille,  Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015

Poèmes per­son­nels

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence,  Jacques André  édi­teur, 2017
  •  Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017.
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

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