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La revue Cairns

Par |2018-03-01T17:07:21+00:00 1 mars 2018|Catégories : Cairns, Revue des revues|

De for­mat A5, maniable, impri­mée en larges carac­tères cali­bri et joli­ment pré­sen­tée sous sa cou­ver­ture crème (azur pour le numé­ro 21) illus­trée d’une pho­to ori­gi­nale de cairns du Mercantour, par Patrick Joquel, la petite revue (50 à 60 pages) s’adresse en prio­ri­té aux classes et à leurs ensei­gnants.

Une lettre de dif­fu­sion les tient infor­més à la fois des paru­tions, des notes de lec­ture “pour une biblio­thèque idéale” de Patrick Joquel (qui dépassent lar­ge­ment le champ poé­tique et se retrouvent en fin de revue) ain­si que des appels à textes.

Qu’on n’imagine pas que le public visé implique une revue pué­rile, ou de la poé­sie au rabais : on y lit des poèmes d’Alain Freixe, Eric Jacquelin, Sophie Braganti, Eve de Laudec ou Jacqueline Held… mais l’intention péda­go­gique se lit au fait que la plu­part des textes sont intel­li­gem­ment accom­pa­gnés de pro­po­si­tions d’activité trans­dis­ci­pli­naires très variées à réa­li­ser avec des enfants. Le rythme bi-annuel (ren­trée de sep­tembre, début d’année, cor­res­pon­dant au Printemps des poètes) en fait un pré­cieux outil de trans­mis­sion de la poé­sie contem­po­raine tout à fait adap­té aux classes du pri­maire et au pre­mier cycle du col­lège .

Le numé­ro sur l’Afrique per­met de décou­vrir de jeunes plumes comme Ismaël Savadogo, (qui fut invi­té en rési­dence entre mars et avril 2017 à la Cité inter­na­tio­nale des arts par le Printemps des Poètes, en par­te­na­riat avec la Maire de Paris) et de lire de très beaux textes de poètes qu’on aime­rait connaître davan­tage (une liste des sites est four­nie en fin de recueil, mais ne concerne que ceux qui uti­lisent ce média) . J’ai beau­coup aimé le Chant sacré d’Amadou Elimane Kane, par exemple :

Revue Cairns, numéro 20, janvier 2017 (Printemps des poètes 2017, Afrique(s)), 21, septembre 2017, (L’Etranger), 22, Printemps des Poètes 2018 (L’ardeur)

Revue Cairns
– N° 20, jan­vier 2017 (Printemps des poètes 2017, Afrique(s))
N° 21, sep­tembre 2017, (L’Etranger)
22, Printemps des Poètes 2018 (L’ardeur),

Abonnement (2 numé­ros, 15 euros, au numé­ro 9 euros)
www​.patrick​-joquel​.com

 

Avec le limon du Nil
Je vou­drais de nou­veau
Déplier le temps
Comme une mélo­die ryth­mée
Par mon his­toire l’histoire
Que je ne suis point (…)

Le numé­ro consa­cré au thème de l’étranger s’ouvre, avec l’humour qui carac­té­rise Patrick Joquel, par une cita­tion d’Agecanonix, dans la bande des­si­née Le Cadeau de César : “– Moi, tu me connais, je n’ai rien contre les étran­gers. Quelques-uns de mes meilleurs amis sont des étran­gers. Mais ces étran­gers-là ne sont pas de chez nous.” Le thème, suf­fi­sam­ment ouvert, per­met aux poètes de s’y expri­mer libre­ment. J’y relève le début de ce poème de Gilbert Casula :

L’autre, celui qui n’est pas invi­té au ban­quet,
celui que l’on ne salue pas quand on le croise,
celui qu’on ne remarque pas, un trans­pa­rent,
insi­gni­fiante ombre qui passe, per­çue à peine
jamais ima­gi­né, jamais même nom­mé (…)

ou encore les vers bilingues (espagnol/​français) d’Isabel Voisin, tirés d’Estaciones de los muer­tos /​ sai­son des morts, ou la fin de ce poème de Lydia Padellec ins­pi­ré d’un tableau de Matisse :

Et c’est le pre­mier geste
La main ten­due
L’offrande du pain
Le pre­mier geste
Avant la caresse.

Le numé­ro consa­cré à l’ardeur pré­sente une quin­zaine d’auteurs, et j’y retiens la très belle série de textes de Patrick Joquel, extraits de Ephémères du pas­sant, aux édi­tions de l’Atlantique : “Je t’écris d’un bivouac de for­tune au pied d’une large for­te­resse de froid. Mon feu tremble” dit l’incipit. On y voyage de nuit, invi­té à “Allumer des mémoires… Des bra­siers. (…) Des feux qui veillent leurs rêveurs”. Invité à “cares­ser de la main les grains de toutes les peaux du monde. Absolument toutes. Y com­pris celles des pierres. Des nuages. Des homards et des héris­sons (…)” On y voyage avec un poète “réfrac­taire à tout pas caden­cé“, on y élève avec lui des “res­tanques de joie” contre la mélan­co­lie, on y tente, en sui­vant le fil de son écri­ture, d’allumer le jour, à l’Est – mais “com­ment est-ce pos­sible quand on écrit d’Ouest en Est?” – et la rêve­rie le suit, dans les méandres de l’écriture, pour “Simplement /​ s’envoler”.

La biblio­thèque idéale, quant à elle, pré­sente entre autres un album de Chantal Coliou, Le Temps en miette, chez Soc et Foc, les Maximes de nulle part pour per­sonne, col­la­bo­ra­tion de Perrin Langda avec l’illutrateur Eric Demelis, chez Voix d’encre, D’Ici de Jacqueline Held, chez Gros Textes, accom­pa­gné d’un large extrait, puis Le Vertige des fuman­bules aux édi­tions Calicot, ou encore un recueil de haï­kus, De fleurs et d’écailles, aux édi­tions du Jasmin : une belle série de pro­po­si­tions argu­men­tées pour les docu­men­ta­listes ou les biblio­thèques de classe.

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog : 
http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di,  Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille,  Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015

Poèmes per­son­nels

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence,  Jacques André  édi­teur, 2017
  •  Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017.
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

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