Je con­nais Bar­ry Wal­len­stein et j’ai le plaisir de traduire ses poèmes depuis 2005 : j’en­seignais alors à Men­ton, et je souhaitais que mes élèves ren­con­trent le poète, alors en rési­dence à Saorge. Durant ses séjours, Bar­ry Wal­len­stein inter­vient volon­tiers dans les class­es, où il ani­me des ate­liers d’écri­t­ure, d’au­tant plus moti­vants que les poèmes des élèves sont ensuite pub­liés dans le recueil annuel du Poet­ry Fes­ti­val de l’U­ni­ver­sité de New York, grande man­i­fes­ta­tion poé­tique dont il est le fon­da­teur. La pre­mière ren­con­tre n’ayant pu se faire, Bar­ry Wal­len­stein m’a envoyé un CD con­tenant cer­tains des poèmes de Tony, dont j’ai tout de suite pen­sé qu’ils allaient touch­er mes jeunes élèves, par ses ques­tion­nements et son côté fron­deur et mar­gin­al, proche de leur ado­les­cence. Toute­fois, il n’y avait pas de tra­duc­tion disponible pour leur présen­ter ces textes et  c’est ain­si que j’ai com­mencé par traduire la séquence de Tony, dont les prob­lé­ma­tiques les ont effec­tive­ment inter­pel­lés, au point qu’un spec­ta­cle  — Tony’s Blues — fut mon­té, dans le cadre du Print­emps des Poètes, avec la classe de jazz de Manu Car­ré, au Con­ser­va­toire de Men­ton. Bar­ry Wal­len­stein est régulière­ment revenu dans mes class­es, sus­ci­tant d’autres spec­ta­cles-lec­tures accom­pa­g­nés par Serge Pesce, musi­cien de jazz  qui tra­vaille  habituelle­ment avec lui —  – et je l’en remer­cie, ain­si que des liens d’ami­tié qui se sont tis­sés autour de ces projets.

            L’en­tre­tien qui suit a été com­mencé à l’Os­te­ria Lou Pountin, à Saorge, en avril 2015 – autour de spé­cial­ités ital­i­ennes et locales — et s’est pour­suivi par le biais des mod­ernes sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion que sont Skype et les courriels…

 

Mar­i­lyne Bertoncini

 

***

Vous revenez régulière­ment au monastère/résidence de Saorge. Qu’est-ce qui inspire votre écri­t­ure dans ce lieu?

 

BW – Cela fait 14 ans que je viens à Saorge, une des­ti­na­tion bien loin­taine pour un New-yorkais. J’ai passé du temps dans cinq autres rési­dences, et aimé cha­cune d’elles, mais le pro­gramme de Saorge, fondé par Jean-Jacques Boin au début des années 90, a tou­jours été l’idéal pour mon écri­t­ure. La plu­part des rési­dences pour écrivains offrent du silence et de l’e­space pour tra­vailler, four­nissent aus­si des repas et sont sans aucun frais pour les écrivains. A Saorge, l’héberge­ment est payant, et il faut pour­voir aux repas et aux cours­es. Je me sens plus indépen­dant à Saorge, et le paysage m’in­spire : l’e­space de tra­vail est une cel­lule indi­vidu­elle (c’é­tait encore une cel­lule monacale il y a quelques décen­nies) pourvue d’un sim­ple bureau, d’une lampe, et d’un lit pour dormir. Je com­mence générale­ment à penser en poésie (une façon vrai­ment dif­férente de penser) dès que j’ou­vre mes bagages. Je trou­ve aus­si moti­vante la présence d’autres écrivains – savoir que, tan­dis que je tra­vaille dans ma cel­lule, quelqu’un, à quelques mètres de moi, tra­vaille aus­si à ses compositions.

 

 

Vous avez par­fois dit que lorsque vous arrivez dans un endroit (comme la rési­dence de Saorge) où vous avez temps et espace pour écrire, vous com­mencez à “penser en poésie” – qu’est-ce que vous voulez dire?

BW – Je voulais dire que lorsque les con­di­tions physiques et émo­tion­nelles sont cor­rectes – pas de bruit, peu ou pas de dis­trac­tions ou d’oblig­a­tions hormis le tra­vail en cours – je peux me con­cen­tr­er sur les com­po­si­tions sur lesquelles je tra­vaille de telle sorte que les pen­sées me vien­nent avec leur métrique, dans la phraséolo­gie appro­priée au poème. Dans un tel état d’e­sprit, je suis capa­ble de trou­ver une sélec­tion de mots, un vocab­u­laire qui s’in­sér­era dans les rythmes poé­tiques que j’ai en tête. Par “penser en poésie”, je veux aus­si dire que je vais être si impliqué dans une com­po­si­tion que je la tiendrai à l’e­sprit comme la pen­sée ultime de la journée et la pre­mière chose qui me vien­dra à l’e­sprit en m’éveillant.

 

 

Vous dites que le paysage de Saorge vous inspire – pour­tant, vous n’écrivez pas vrai­ment de poésie élé­giaque avec un paysage à l’ar­rière-plan. De quelle façon inspire-t-il votre écriture?

BW – Oui, bien sûr, la beauté du paysage alen­tour et, plus que la mon­tagne, le vil­lage de Saorge, sont une source d’in­spi­ra­tion, mais il est sou­vent dif­fi­cile ou impos­si­ble de dire pré­cisé­ment com­ment la beauté naturelle – ou la grandeur de la nature – vous inspire. Par­fois, rien que de vivre dans un tel décor vous détend men­tale­ment et vous rend plus récep­tif aux influ­ences du lan­gage des rela­tions entre les choses et les gens. Dans les pre­mières années au monastère qui sur­plombe Saorge, j’ai écrit des poèmes sur le brouil­lard, les ombres et la beauté des mon­tagnes alen­tour ; mais c’est à peu près tout ce que je peux faire avec ce matéri­au. J’ai vécu une vie entière dans les villes – d’abord NYC, mais j’ai aus­si vécu quelques temps à Lon­dres et Paris. Mes poèmes par­lent surtout des gens, des his­toires, des con­flits – per­son­nels et publics ; mais quand un poème sur le paysage se laisse écrire, je suis vrai­ment content.

 

 

Quant au per­son­nage de Tony, per­son­nage urbain, habi­tant des cités, avez-vous écrit des poèmes de Tony à Saorge?

BW — Oui, de nom­breux poèmes de Tony sont nés à Saorge.

 

 

Pou­vons-nous par­ler de Tony’s Blues – et de ce per­son­nage de Tony, qui s’ex­prime ou dont on par­le dans les poème du recueil que j’ai traduit ?

BW – Tony a main­tenant une longue his­toire. Au départ, je n’avais aucune inten­tion d’écrire une série de poèmes à son pro­pos, mais le pre­mier a tout naturelle­ment mené au sec­ond, et à par­tir du troisième, j’é­tais en route. Tony est un per­son­nage urbain, dont l’ex­is­tence est plus ou moins liée à la pègre. C’est un per­son­nage de la rue, par un SDF, pas vrai­ment un délin­quant, mais mar­gin­al, qui survit en marge de la respectabil­ité. C’est aus­si un fan de jazz, et son lan­gage en est mar­qué. Dans le pre­mier poème, celui qui a lancé la séquence, il se par­le à lui-même avec ton un peu de reproche. Ce poème s’est d’abord inti­t­ulé “Tony se par­le à lui-même”, puis j’ai changé le titre en “Tony se rép­ri­mande”. Il finit sur l’or­dre de “se  réveiller!” Il veut s’éveiller à un état de con­science généreuse où il est moins avide, moins matéri­al­iste ; tous les poèmes qui suiv­ent (écrits sur une dizaine d’an­nées) vont dans cette direc­tion de con­science éten­due. Son évo­lu­tion s’est accom­plie avec “The Day of with­hold­ing” où Tony est heureux de ne plus avoir besoin d’ac­cu­muler des “choses” – il peut faire sans pos­ses­sions matérielles, et vivre heureux.

            La plu­part des poèmes de Tony sont écrits pour être dits à voix haute avec un accom­pa­g­ne­ment de jazz. Ce n’est pas exacte­ment mon alter ego, mais pas loin. Il est d’abord apparu sur mon pre­mier enreg­istrement de jazz et poésie  In Case You Missed It, (Sky­Blue Records, CD # 106, 1995). On peut enten­dre un grand nom­bre des poèmes de Tony sur Tony’s Blues (Cadence Jazz Records CJR 1124, 2001). Quelques-uns sont parus dans des revues, et ont eu leur pre­mière pub­li­ca­tion en livre  dans A Mea­sure of Con­duct, Ridge­way Press, 1999. Tous les poèmes de Tony (sauf ceux qui me vin­rent, de façon inat­ten­due, il y a quelques semaines) sont dans  Tony’s World, Birch­brook Press Jan­u­ary 2010; et un ensem­ble assez con­séquent a été repub­lié dans Dras­tic Dis­lo­ca­tions: New and Select­ed Poems; New York Quar­ter­ly Books, Feb. 2012. J’ai été très heureux que Matthieu Bau­mi­er et Gwen Gar­nier-Duguy en pub­lient une ver­sion bilingue sous le titre de Tony’s Blues. Ain­si, Tony est reparu de nom­breuses fois, et tan­dis que je pen­sais en avoir fini avec ce per­son­nage, il jail­lit par­fois dans mon esprit et renaît.

 

 

Vous présen­tez sou­vent vos textes avec un accom­pa­g­ne­ment de jazz –  c’est de cette façon que j’ai ren­con­tré votre poésie, et je con­nais 7 enreg­istrements des lec­tures que vous parlez/chantez – de vos poèmes avec un ensem­ble de jazz. Quelle est la nature de la rela­tion entre votre poésie et cette musique?

BW – Il n’est pas facile de répon­dre, car mes liens avec le jazz ren­voient très loin dans ma vie. Quand j’avais 19 ans – en 1959 – j’ai fait ma pre­mière lec­ture publique. J’é­tais l’un des trois étu­di­ants-poètes qui lisaient dans un club de Green­wich Vil­lage, alors appelé ‘The Show­place”. Nous ne le savions pas, mais le grand con­tre­bassiste Charles Min­gus devait nous accom­pa­g­n­er. A l’époque, j’é­tais un fan du jazz de Min­gus et j’ado­rais cette musique. Dix ans plus tard, je me suis enreg­istré lisant mes poèmes avec un accom­pa­g­ne­ment au piano. C’é­tait agréable – une expéri­ence qui m’a inspiré. J’aimais le son et le temps passé à faire l’en­reg­istrement. Peu de temps après, un label de jazz a créé mon pre­mier enreg­istrement en stu­dio – un disque vinyl – et depuis, je tra­vaille comme artiste de jazz.

            Mais pour moi, c’est le poème sur la page qui compte le plus, et si je suis un “poète de jazz”,  on doit enten­dre la musique sur la page imprimée. Mon oeu­vre use sou­vent des expres­sions famil­ières ou idioma­tiques, et cer­taines utilisent un phrasé infléchi par le jazz. Le fait que je tra­vaille avec des musi­ciens de jazz – d’un très haut niveau artis­tique – me per­met de présen­ter ma poésie inter­na­tionale­ment, et bien plus sou­vent que si je me con­tentais de faire des lec­tures poé­tiques. Le sim­ple fait d’avoir ces lectures/performance à pré­par­er me pousse à pro­duire de nou­velles oeu­vres, et par­fois, les poèmes nais­sent pour des occa­sions musi­cales particulières.

 

 

Par­lez-nous de vos débuts en poésie et de la façon dont l’écri­t­ure s’or­gan­ise pour vous :

BW – Enfant, j’aimais lire des poèmes, par­ti­c­ulière­ment ceux, rimés, des poètes améri­cains du 19ème siè­cle; j’ai com­mencé à écrire aux alen­tours de 12 ans. Ecrire des poèmes était une façon d’ex­primer mes sen­ti­ments d’isole­ment ou d’al­ié­na­tion au sein de ma famille – je savais que mes par­ents – s’ils décou­vraient jamais les petits poèmes – ne les com­prendraient pas. J’avais le sen­ti­ment d’écrire en code, car la poésie est un lan­gage codé – le lan­gage de l’indi­rec­tion. Ain­si, il y avait mes petits secrets, et les écrire, tout sim­ple­ment, était une sorte de con­so­la­tion ou de soulage­ment. J’ai eu pro­fesseur au lycée qui m’a encour­agé à écrire, et plus tard, à l’u­ni­ver­sité, le poète cri­tique lit­téraire M.L Rosen­thal, m’a pris sous son aile et devint mon men­tor pour la vie. Il m’a guidé lors de mon doc­tor­at en lit­téra­ture con­tem­po­raine et m’a aidé à pub­li­er mon pre­mier livre.

Ces dix dernières années, j’aimais par­ti­c­ulière­ment écrire entre seize et vingt heures – les heures du cré­pus­cule. Presque tou­jours je com­mence par ouvrir un dossier en cours d’esquiss­es, ou tout sim­ple­ment de bribes de  vers qui me sem­blent con­tenir un germe de poème, ou un son pour com­mencer un pos­si­ble poème. Dès que j’ai trou­vé le rythme juste dans un ou plusieurs vers, alors le poème se développe plus ou moins tout seul, en suiv­ant le rythme ini­tial posé dans les deux pre­miers vers. Ensuite, je fais de nom­breux brouil­lons avant de pou­voir le mon­tr­er à quiconque, et alors – quand j’ai eu un retour – je con­tin­ue de le peaufin­er. En fait je com­pose tou­jours en réc­i­tant les vers à voix haute – c’est un proces­sus vocal.

 

 

Je pense qu’il serait intéres­sant de don­ner aus­si au lecteur une idée de votre “généalo­gie” poé­tique – je veux dire, les poètes qui vous inspirent, ceux dont vous vous sen­tez proche.

BW – J’ai cer­taine­ment été poussé à écrire des poèmes après avoir lu des poèmes qui me par­laient. C’est ain­si depuis le début (quand j’avais 12 ans env­i­ron). Mais je trou­ve aus­si l’in­spi­ra­tion pour mes poèmes dans les con­ver­sa­tions enten­dues, les paroles des chan­sons, et cer­tains pas­sages dans les romans et les nou­velles. Je ne sais jamais quand un élé­ment lin­guis­tique s’of­frira comme germe ou point de départ d’un poème. Très jeune, j’é­tais poussé à écrire des poèmes en suiv­ant les maîtres de la rime :  E.A. Poe, Longfel­low, Blake, Wordsworth, et plus tard Ten­nyson. Aux alen­tours de mes vingt ans, je suis tombé sous le charme de  T. S. Eliot, Ezra Pound, puis William Car­los Williams. Un peu plus tard, j’ai décou­vert les poètes sym­bol­istes français – Mal­lar­mé, Baude­laire, Rim­baud. C’é­taient les poètes les plus lus par les étu­di­ants en lit­téra­ture anglaise.

 

Lire Bar­ry Wal­len­stein chez Recours au Poème éditeurs :

Tony’s blues

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Inter­view with Bar­ry Wal­len­stein, pre­sent­ed by Mar­i­lyne Bertoncini 

 

I’ve known Bar­ry Wal­len­stein and had the plea­sure to trans­late his poems since 2005, I was then teach­ing in Men­ton, and I want­ed my stu­dents to encounter the poet, while he was in res­i­dence at Saorge. Dur­ing his stay, Bar­ry Wal­len­stein will­ing­ly , involved in class­es, where he hosts writ­ing work­shops, which are espe­cial­ly moti­vat­ing because poems of the stu­dents are pub­lished in the annu­al vol­ume of Poet­ry by City Uni­ver­si­ty of NY  Fes­ti­val, a great poet­ic man­i­fes­ta­tion of which he is the founder. The first meet­ing could not be done, so Bar­ry Wal­len­stein sent me a CD con­tain­ing some of Tony’s poems,  and I imme­di­ate­ly thought they were going to touch my young stu­dents, by the ques­tions and  rebel­lious, mar­gin­al aspect of this charar­c­ter, close to ado­les­cence. How­ev­er, there was no trans­la­tion avail­able to present these texts and thus I began by trans­lat­ing the sequence of Tony, whose prob­lems have actu­al­ly arrest­ed the kids, to the point that a show — Tony’s Blues — was mount­ed as part of the Spring of Poets, with Manu Car­ré’s­jazz class , at the Con­ser­va­to­ry of Men­ton. Bar­ry Wal­len­stein reg­u­lar­ly came back in my class­es the fol­low­ing years, and these vis­ites prompt­ed oth­er staged read­ings accom­pa­nied by Serge Pesce, jazz musi­cian who usu­al­ly works with him — - and I thank him for that, as well as for the bonds of friend­ship forged by around of these projects.

 

The fol­low­ing inter­view was start­ed at a small  restau­rant, Oste­ria Lou Pountin in  Saorge in April 2015 — around Ital­ian and local spe­cial­ties — and con­tin­ued through mod­ern com­mu­ni­ca­tion sys­tems such as Skype and emails .. . 

 

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You come back reg­u­lar­ly to the monastery / res­i­dence Saorge. What inspires your writ­ing in this place? 

BW — It’s been 14 years I have come to Saorge, a very dis­tant des­ti­na­tion for New York­ers. I spent time in five homes, and loved all of them, but the Saorge pro­gram, found­ed by Jean-Jacques Boin in the ear­ly 90s, has always been per­fect for my writ­ing. Most homes offer writ­ers of silence and space to work, also pro­vide meals and have no cost for writ­ers. A Saorge, accom­mo­da­tion is lim­it­ed, and we must pro­vide for meals and shop­ping. I feel more inde­pen­dent in Saorge, and the scenery inspires me: the work­space is an indi­vid­ual cell (a monas­tic cell was still there a few decades) with a sim­ple desk, a lamp, and a bed to sleep. I usu­al­ly start think­ing in poet­ry (a real­ly dif­fer­ent way of think­ing) as soon as I open my lug­gage. I also find the pres­ence of oth­er writ­ers, while I work in my cell, some­one, a few meters from me, also work­ing on his compositions.

 

 

You said that some­times when you arrive in a place (such as the res­i­dence of Saorge) where you have time and space to write, you begin to “think in poet­ry” — what do you mean? 

BW — I meant that when phys­i­cal and emo­tion­al con­di­tions are cor­rect — no noise, lit­tle or no dis­trac­tions or oblig­a­tions oth­er than work in progress — I can focus on the com­po­si­tions on which I work, so that thoughts come to me with their met­rics in the appro­pri­ate phrase­ol­o­gy to the poem. In such a state of mind, I am able to find a selec­tion of words, a vocab­u­lary that will fit into the poet­ic rhythms that I have in mind. By “think­ing poet­ry”, I also mean that I’ll be so involved in a com­po­si­tion that I will keep in mind as the ulti­mate thought of the day and the first thing that comes to mind on waking . 

 

 

You say that the land­scape of Saorge inspires you — yet you do not real­ly write ele­giac poet­ry with a land­scape in the back­ground. How does it inspire your writing? 

BW — Yes, of course, the beau­ty of the sur­round­ing land­scape and over the moun­tain, the vil­lage of Saorge, are an inspi­ra­tion, but it is often dif­fi­cult or impos­si­ble to say pre­cise­ly how the nat­ur­al beau­ty — or the size of nature — inspire you. Some­times noth­ing but to live in such a set­ting men­tal­ly relax­es you and makes you more recep­tive to influ­ences of lan­guage rela­tion­ships between things and peo­ple. In the ear­ly years the monastery over­look­ing Saorge, I wrote poems about the fog, shad­ows and the beau­ti­ful sur­round­ing moun­tains; but that’s about all I can do with this mate­r­i­al. I lived an entire life in cities — first NYC, but I also spent some time in Lon­don and Paris. My poems are most­ly peo­ple, sto­ries, con­flicts — per­son­al and pub­lic; but when a poem on the land­scape lets write, I’m real­ly happy. 

 

 

As for the char­ac­ter of Tony, an urban char­ac­ter, did you write the Tony poems at Saorge? 

BW — Yes, many Tony poems were born there.

 

 

Can we talk about Tony’s Blues — and the char­ac­ter of Tony, expressed or spo­ken of in the poems I translated?

BW — Tony now has a long his­to­ry. Ini­tial­ly, I had no inten­tion of writ­ing a series of poems about it but the for­mer has nat­u­ral­ly led to the sec­ond and from the third, I was on my way. Tony is an urban char­ac­ter, whose exis­tence is more or less relat­ed to the under­world. He is a char­ac­ter of the street, a home­less, not real­ly a crim­i­nal, but “flee­ing” (?), Which sur­vives on the fringes of respectabil­i­ty. It is also a fan of jazz, and his lan­guage is marked. In the first poem, one that start­ed the sequence, he talks to him­self a lit­tle with your reproach. This poem was first titled “Tony talks to him­self,” then I changed the title to “Tony rep­ri­mand.” It ends on the order of “wake up!” He wants to wake up to a gen­er­ous state of con­scious­ness where there is less greedy, less mate­ri­al­is­tic; all sub­se­quent poems (writ­ten about ten years) in this direc­tion of expand­ed con­scious­ness. Its evo­lu­tion was accom­plished with “The Day of with­hold­ing” in which Tony is hap­py to no longer need to accu­mu­late “stuff” — it can do with­out mate­r­i­al pos­ses­sions, and live hap­pi­ly. Most Tony poems are writ­ten to be spo­ken aloud with a jazz accom­pa­ni­ment. This is not exact­ly my alter ego, but close. He first appeared on my first record­ing of jazz and poet­ry In Case You Missed It (Sky­Blue Records, CD # 106, 1995). You can hear many of the poems Tony of Tony’s Blues (Cadence Jazz Records RGC 1124, 2001). Some are pub­lished in jour­nals, and had their first pub­li­ca­tion in book A Mea­sure of Con­duct, Ridge­way Press, 1999. All the poems of Tony (except those who came to me unex­pect­ed­ly, there a few weeks) are in Tony’s World, Birch­brook Press Jan­u­ary 2010; and a quite big set was repub­lished in Dras­tic Dis­lo­ca­tions: New and Select­ed Poems; New York Quar­ter­ly Books, Feb. 2012. I was very heureuxx Matthew Bal­sam and Gwen Gar­nier-Duguy pub­lished in a bilin­gual ver­sion under the title of Tony’s Blues. So Tony reap­peared many times, and while I thought it had fin­ished with that char­ac­ter, it some­times gush­es in my mind and reborn.

 

 

You often present your texts with an accom­pa­ni­ment of jazz — that’s how I met your poet­ry, and I know 7 records read­ings in which you  speak / sing — your poems with a jazz ensem­ble. What is the nature of the rela­tion­ship between your poet­ry and the music? 

BW — It is not easy to answer, because my rela­tion­ship with jazz return far in my life. When I was 19 years — in 1959 — I made my first pub­lic read­ing. I was one of three stu­dent-poets who read in a club in Green­wich Vil­lage, then called ‘The Show­place. “We did not know it, but the great bassist Charles Min­gus was to accom­pa­ny us. At the time, I’ was a fan of jazz Min­gus and I loved the music Ten years lat­er, I reg­is­tered my poet­ry read­ing with piano accom­pa­ni­ment It was nice -… an expe­ri­ence that inspired me I liked the sound . and the time spent doing the reg­is­tra­tion Short­ly after, a jazz label cre­at­ed my first stu­dio record­ing — a vinyl record — and since I work as a jazz artist.

But for me, it is the poem on the page that mat­ters most, and if I am a “jazz poet,” one must hear the music on the print­ed page. My work often use famil­iar or idioms, and some use a phras­ing inflect­ed jazz. The fact that I work with jazz musi­cians — a very high artis­tic lev­el — allows me to present my poet­ry inter­na­tion­al­ly, and more often than if I was con­tent to do poet­ry read­ings. The mere fact that these read­ings / per­for­mance push­es me to pre­pare to pro­duce new works, and some­times the poems are born for spe­cial musi­cal occasions. 

 

 

Tell us about your debut in poet­ry and how writ­ing is orga­nized for you: 

BW — child, I loved read­ing poems, espe­cial­ly, rhymed, Amer­i­can poets of the 19th cen­tu­ry; I start­ed writ­ing around 12 years. Writ­ing poet­ry was a way to express my feel­ings of iso­la­tion or alien­ation with­in my fam­i­ly — I knew my par­ents — they nev­er dis­cov­ered the lit­tle poems — would not under­stand them. I felt to write in code, because poet­ry is a cod­ed lan­guage — the lan­guage of indi­rec­tion. So there was my lit­tle secrets, and write sim­ply, was a kind of con­so­la­tion or relief. I had a high school teacher who encour­aged me to write, and lat­er at uni­ver­si­ty, lit­er­ary crit­ic poet ML Rosen­thal, took me under his wing and became my men­tor for life. He guid­ed me dur­ing my doc­tor­ate in con­tem­po­rary lit­er­a­ture and helped me to pub­lish my first book. Over the past decade, I espe­cial­ly liked writ­ing between six­teen and twen­ty hours — the hours of dusk. I almost always begins by open­ing a file of drafts under sketch­es, or just snip­pets that seem to me to con­tain a poem germ, or sound to start a poten­tial poem. Once I found the right rhythm in one or more vers­es, the poem then devel­ops more or less alone, fol­low­ing the ini­tial rhythm laid in the first two lines. Then I make many drafts before you can show to any­one, and then — when I got back — I con­tin­ue to refine it. In fact I always con­sists in recit­ing the vers­es out loud — it’s a vocal.z process.

 

 

I think it would be inter­est­ing to also give the read­er an idea of ​​[how you came to poet­ry] your “geneal­o­gy” poet­ic – Who were the poets who inspire you, the ones you feel close to ?

BW — I was cer­tain­ly moved to write poems after read­ing poems that spoke to me. Thus from the begin­ning (when I was 12 years). But I also find inspi­ra­tion for my poet­ry in con­ver­sa­tions over­heard, song lyrics, and some pas­sages in the nov­els and short sto­ries. I nev­er know when a lin­guis­tic ele­ment to offer as a seed or start­ing point of a poem. Very young, I was moved to write poems fol­low­ing the mas­ters of rhyme: EA Poe, Longfel­low, Blake, Wordsworth, Ten­nyson and lat­er. Around my twen­ties, I fell in love with TS Eliot, Ezra Pound and William Car­los Williams. Lat­er, I dis­cov­ered the French sym­bol­ist poets — Mal­lar­mé, Baude­laire, Rim­baud. These were the most read poets in the Eng­lish students.

Lire Bar­ry Wal­len­stein chez Recours au Poème éditeurs :

Tony’s blues

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Marilyne Bertoncini

Mar­i­lyne Bertonci­ni, co-respon­s­able de la revue Recours au Poème, à laque­lle elle col­la­bore depuis 2013, mem­bre du comtié de rédac­tion de la revue <emPhoenix, doc­teur en Lit­téra­ture, spé­cial­iste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et traduit de l’anglais et de l’i­tal­ien. Elle est l’autrice de nom­breux arti­cles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont égale­ment pub­liés dans des antholo­gies, divers­es revues français­es et inter­na­tionales, et sur son blog :   http://minotaura.unblog.fr. Prin­ci­pales publications : Tra­duc­tions :  tra­duc­tions de l’anglais (US et Aus­tralie) : Bar­ry Wal­len­stein, Mar­tin Har­ri­son, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Car­ol Jenk­ins ( Riv­er road Poet­ry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secan­je Svile, Mémoire de Soie, Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac,  juin 2015 Instan­ta­nés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeu­vre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEn­cre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wan­da Mihuleac Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L’An­neau de Chill­i­da, L’Ate­lier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Car­ole Mes­ro­bian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novem­bre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gravures de Wan­da Mihuleac, et une post­face de Lau­rent Gri­son, Tran­signum , mars 2019. Memo­ria viva delle pieghe/mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Gian­car­lo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche biographique com­plète sur le site de la MEL : http://www.m‑e-l.fr/marilyne-bertoncini,ec,1301 )