A tra­vers ce dia­logue, extrait d’un ouvrage com­mun inédit confié à Recours au Poème, c’est un double por­trait amou­reux, aux infi­nies réso­nances cos­miques, que nous offrent Alice Passy et Daniel Van de Velde – en miroir l’un de l’autre. Voici ce qu’en disait l’artiste :

Ce recueil, rebonds d’un texte à l’autre, Répons (au sens que Pierre Boulez donne à ce terme) trans­fi­gure l’amour (pour faire simple de Pétrarque à André Breton) pour lui don­ner une orien­ta­tion anthro­po­cé­nique. C’est-à-dire s’aimer mal­gré le tout d’une tota­li­té ter­restre et humaine en détresse. Apprendre et goû­ter la vie mal­gré les déla­bre­ments de nos exis­tences en mal de redé­fi­ni­tion et don­ner une teneur cos­mique à cha­cune de nos pul­sa­tions quand nous nous don­nons l’un à l’autre. 

Vaertigo , Daniel Van de Velde

 

1

 

Les cernes des arbres s’estompent

Dans une valse lente

Je cède­rai à la fas­ci­na­tion

Derrière mes vitres étanches

Je croyais résis­ter à la puis­sance de la vague

Mais tout vole en éclats

En red­di­tion devant l’indigo

Noyée dans la gra­vi­té de ta voix,

Je suc­combe à l’attraction de ta forêt pro­fonde.

 

 

Un sen­ti­ment de blan­cheur.

Brumes, écumes et volup­té.

Quelque chose en lui n’est défi­ni­ti­ve­ment plus de l’ordre de la nuit.

 

2

 

Tu es le nombre d’or du désir

La résur­gence jaillie de mon rocher

Le chêne sous lequel j’aimerais médi­ter

La voix pro­fonde de la mon­tagne

Tu es ma gra­vi­té

Mes pre­miers sou­ve­nirs

S’inscrivent dans l’argile

Je les pétris lon­gue­ment

Et modèle une his­toire à venir

J’inspire à déployer mes ailes

Aveugle au vide

Sourde aux réti­cences

Absente au visage sublime

Dans le brouillard qui m’envahit

Je fais le pari de la vie.

 

 

De retour du lac de Sainte-Croix,

La route bor­dée d’arbres plus élé­gants les uns que les autres

Je trans­borde conti­nuel­le­ment ton élé­gance, ta beau­té d’être,

En moi et hors de moi,

Comme une pro­messe de jouis­sance…

 

7

 

Tu m’apparais comme évi­dence

A évi­der les arbres

Comme si toutes les tra­jec­toires ten­daient vers toi …

 

 

J’aime les terres qui se super­posent en nous, les villes, les lieux de ren­contre. Mais aus­si des lieux sans noms véri­tables pour que nous ne soyons pas réduc­tibles aux noms que nous por­tons. Nous fai­sons alors, tous les deux, par­tie d’un tout. Tu as tant et tant de fois été face à des matières insé­cables que je les absorbe, éma­nant de toi. Je le fais en par­lant avec toi, en mar­chant avec toi. En fai­sant l’amour avec toi. En lais­sant une forme par­ti­cu­lière de silence nous tra­ver­ser. Un silence fait de plu­sieurs expé­riences, la tienne, la mienne et celle de la terre. Le ciel ici ce soir, n’est pas homo­gène, c’est un voile. L’univers est vaste, tu es vaste. Je rede­viens vaste.

 

10

 

Tu me révèles le fémi­nin sacré des arbres

Nouveauté, mon regard sur eux

J’écarquille mes yeux dans la nuit

Pour mieux les dis­cer­ner

A la lumière faible du crois­sant de lune

 

 

Inouïe ma vie depuis toi.

Elle devient inédite.

L’inconnu comme lien.

 

13

 

Je recueille les mots que tu sèmes

Ils germent en moi comme frac­tales infi­nies

Et font cir­cu­ler une sève nou­velle dans tout mon être.

Comme une fémi­ni­té retrou­vée.

 

Par la force de tous les arbres que nous avons croi­sés ensemble depuis que nous nous connais­sons, je rede­viens homme pour toi. Un souffle andro­gyne opère qui me rend ultra­sen­sible à toutes les formes de par­ti­cules qui émanent de toi. Je me suis lais­sé dis­soudre par la sim­pli­ci­té pri­mor­diale de ton exis­tence. La part fémi­nine des arbres que porte cha­cune de tes appa­ri­tions quand je me retrouve face à toi.

 

37

 

Nous avan­çons à tâtons, explo­ra­teurs de bon­heur

Je scrute ton visage et ses marques pro­fondes

J’y décèle la lumière, reflet de galaxies loin­taines

Une caresse sub­tile sous la lune éclip­sée

Bouleverse le rythme des par­ti­cules de ma peau

Tu me vois imma­nence et me rends trans­cen­dance

Quand je t’offre un élan de vita­li­té venu des étoiles

Ensemble, nous deve­nons les média­teurs du cos­mos

 

 

Ta pré­sence me révèle ce que ma vie a d’unique.

Tu m’enrichis de tout ce que j’avais oublié de vivre.

Ce que j’aime en toi, je ne l’ai jamais aimé en per­sonne d’autre.

mm

Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, à laquelle elle col­la­bore depuis 2013, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et tra­duit de l'anglais et de l'italien. Elle est l'autrice de nom­breux articles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont éga­le­ment publiés dans des antho­lo­gies, diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog :   http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr. Principales publi­ca­tions : Traductions :  tra­duc­tions de l'anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 Histoire de Famille, Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015 Instantanés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac Le Silence tinte comme l'angélus d'un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L'Invention de l'absence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L'Anneau de Chillida, L'Atelier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l'autrice, pré­face de Carole Mesrobian, édi­tions "Pourquoi viens-tu si tard?", novembre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d' Eva-Maria Berg), avec des gra­vures de Wanda Mihuleac, et une post­face de Laurent Grison, Transignum , mars 2019. Memoria viva delle pieghe/​mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l'autrice, pré­face de Giancarlo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )