> Siècle 21, Littérature & société, Écrivains contemporains de New-York (2),

Siècle 21, Littérature & société, Écrivains contemporains de New-York (2),

Par |2018-01-27T17:57:27+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Revue des revues|

Quatre volets au som­maire de ce numé­ro dont le coeur est consti­tué du dos­sier diri­gé par Marilyn Hacker, consa­cré aux auteurs new-yor­kais, “voix dis­si­dentes” dans ce pays-conti­nent que l’actualité poli­tique actuelle donne plus que jamais à inter­ro­ger, et du “hors-cadre” consa­cré à Marilyn Hacker elle-même, poète amé­ri­caine de New-York vivant à Paris, dont sont offerts ici des textes en grande par­tie inédits, ain­si que quelques études la concer­nant.

C’est sur l’article “La route du Cap” de Jean Guilloineau, spé­cia­liste de l’Afrique du Sud que s’ouvre cette livrai­son, qui nous entraîne dès l’abord sur les voi­liers du por­tu­gais Bartholomei Dias, le pre­mier en 1488 à dou­bler (sans s’en rendre compte) le cap de Bonne Espérance, et nous menant au fil de l’histoire, et des voyages aven­tu­riers et sou­vent sans retour, en quête de routes des épices – qui, si elle n’y mène pas direc­te­ment, contri­bue à la décou­verte de l’Amérique, et aux siècles de conquête, de dépla­ce­ments de popu­la­tion, de luttes fra­ti­cides et de “mel­ting-pot” qui consti­tuent l’actuel conti­nent et ses cultures.

Siècle 21, Littérature & société, seizième année, n.31, automne-hiver 2017, "Ecrivains contemporains de New-York (2), 206 p, 17 euros.

Siècle 21, Littérature & socié­té, sei­zième année, n.31, automne-hiver 2017, “Ecrivains contem­po­rains de New-York (2), 206 p, 17 euros.

http://revue-siècle21.fr (de nom­breux articles dis­po­nibles en télé­char­ge­ment libre sur le site)

C’est ain­si qu’il faut lire le dos­sier cen­tral, ouvert aux “nou­velles voix d’Amérique” – poètes contem­po­rains ori­gi­naires de toutes les variantes eth­niques et cultu­relles qui font de New-York la ville la plus cos­mo­po­lite du monde.

On y entend les voix des mino­ri­tés, por­tées haut par le talent et la plume des auteurs pré­sen­tés, par­mi les­quels Jessica Greenbaum qui témoigne de l’actualité immé­diate et de son enga­ge­ment dans deux textes inti­tu­lés “L’Avril des cent pre­miers jours” et “Les Dernières semaines de jan­vier 2017”. Yusef Komunyaka y convoque, (tout comme Barry Wallenstein dans ses poèmes de Tony’s Blues – pp 58-60), des rythmes de jazz, ou de klez­mer, pour nous par­ler d’Ota Benga, pyg­mée ame­né à New-York comme “ani­mal humain”… On peut décou­vrir “la voix unique de Tory Dent” à tra­vers deux poèmes et une fine ana­lyse de Yusef Komunyakaa, sou­li­gnant la double exclu­sion qui fait s’écrire la poète, femme et vic­time du SIDA (pp 37-48), mais encore : un extrait théâ­tral de Paul Knox, les frag­ments phi­lo­so­phiques de Samuel R. Delany, ima­gi­nant une ren­contre entre Leibniz et Spinoza, et deux poèmes de Patricia Spear Jones (poète publiée sur le Recours au Poème consa­cré à New-York, en 2017) concluant cette récolte par un très beau poème sur la tra­duc­tion, façon de rendre hom­mage à ces écri­vants de l’ombre qui per­mettent, aux œuvres de vivre et de voya­ger, comme celles ici regrou­pées :

La poète est mon­gole. La tra­duc­trice suit son cœur
Un cœur bri­sé et pour­tant, elle chante de telle sorte qu’elle fait
De son cœur bri­sé, mon cœur bri­sé.
(…) Les tem­pêtes
secouent les rues de Taipei et répandent des pétales de rose
A tra­vers les cours et les rues de Brooklyn.

Poète aus­si dis­crète qu’engagée, essayiste, tra­duc­trice elle-même, revuiste, et rédac­trice depuis 2004 de Siècle 21, Marilyn Hacker fait l’objet du second dos­sier cen­tral – et c’est juste : son œuvre et son action tisse depuis long­temps des liens entre les cultures et les dif­fé­rents pans de l’expérience humaine, dans la com­plexi­té de leurs inter­re­la­tions, abor­dées sans fard et sans com­plexe, ain­si que la décrit Alicia Ostriker dans l’étude limi­naire, où elle sou­ligne aus­si l’amour et la colère comme traits essen­tiels de l’œuvre pro­fon­dé­ment huma­niste de la “Poète qui relie entre eux le corps et le corps poli­tique, elle est aus­si une créa­ture poé­tique des plus rares, une poète qui écrit tout en res­pec­tant mètre et rime ain­si qu’un pro­gramme d’idées radi­cales.” C’est aus­si à la musi­ca­li­té de cette œuvre que s’attache l’article d’Emmanuel Moses qui la décrit comme un fleuve puis­sant enca­dré par les berges des contraintes (son­nets, pan­toums, sex­tines…) qu’elle s’impose pour dénon­cer, dans la ten­sion qui naît de ces contraires, le scan­dale ultime de la mort.

Ponctué des ouver­tures pra­ti­quées par les articles des chro­niques, ce numé­ro se clôt sur un riche dos­sier thé­ma­tique consa­cré aux “cou­leurs”, décli­nées dans toute leur diver­si­té phy­sique, raciale et sym­bo­lique. Un numé­ro auquel ce bref aper­çu ne rend pas jus­tice, mais que tout lec­teur sou­cieux d’élargir son hori­zon pour com­prendre le monde actuel se doit de lire.

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