> La Revue Ornata 5 et 5bis, et “Lac de Garance”

La Revue Ornata 5 et 5bis, et “Lac de Garance”

Par | 2018-06-05T14:03:34+00:00 3 juin 2018|Catégories : Revue des revues, Revue Ornata|

La gémel­li­té sous-tend la créa­tion et la réa­li­sa­tion de la revue Ornata, et du pre­mier opus des édi­tions Eurydema. “La ver­sion en ligne est l’espace de tra­vail pour la revue papier” déclare le site : Ornata bis pré­sente des textes en attente d’images et des images en attente de textes – elle pré­cède donc la fort belle revue papier – sa jumelle accom­plie – dont elle pré­sente en for­mat pdf des extraits fort allé­chants, ain­si que la liste des images et textes (prose ou poèmes) en quête de leur double. 

Ainsi pour ce numé­ro sont annon­cées les pro­po­si­tions en attente d’images d’Irène Vekris, de Pauline Bourdaneil, Patrice Maltaverne, Roselyne Cusset, et Igor Quézel-Perron, ain­si que les images (acry­liques) en attente de textes de Valérie Tournemine.

Les textes (prose et poèmes) d’Irène Vekris réap­pa­raissent dans la ver­sion papier accom­pa­gnés d’images appor­tées par Sandrine Follère et Catherine Désirée et Valérie Tournemine trouve un pen­dant avec un texte de Denis Emorine.

Reste à ima­gi­ner le des­tin des orphe­lins sans bes­son – per­dus ? Non ; en attente de pro­po­si­tions retar­da­taires pour un pro­chain numé­ro de la revue1 dont nous feuille­tons main­te­nant le numé­ro papier. Superbe papier gla­cé qui donne aux images une belle pro­fon­deur.

On y découvre les magni­fiques pho­tos en n&b de Valérie Simonnet, “pho­to­graphe de ville” au style expres­sion­niste, trans­po­sant le réel avec un alpha­bet pic­tu­ral dans lequel les contrastes et la pro­fon­deur du noir ajoutent une dimen­sion sur­réelle aux sujets pré­sen­tés. La pre­mière illustre la fin du poème “Exil” :

nous fuyons /​ der­rière la vitre /​ la main /​ qui pour­rait nous apai­ser 

les sui­vantes évoquent le vide et la dis­pa­ri­tion qui sont au coeur des deux autres textes.

Ceux de Géraldine Sébourdin sont accom­pa­gnés des pein­tures d’Audrey Chapon, pla­ti­cienne mais aus­si met­teure en scène et fon­da­trice de la com­pa­gnie Lazlo, à Lille – leur col­la­bo­ra­tion se pro­longe ailleurs, par la réa­li­sa­tion de la pièce Quatre-soeurs, en 2017.

Hans Limon et Hélène Desplechin conjuguent les images fluides et floues en noir et blanc de cette der­nière à des poèmes évo­quant les mêmes eaux mau­vaises que décri­vait Gaston Bachelard

en pieuvre abreu­vée d’onde /​ en Ophélie féconde /​ en fée des eaux vaga­bondes /​ en plaie de lie nau­séa­bonde …

Sous le titre de “Mémoire consu­mée”, Alexandre Nicolas et Olga Voscannelli conjuguent leurs ima­gi­naires : les mots de l’un, sur l’effacement, la rêve­rie induite par la fumée de la ciga­rette, et les pho­tos de l’autre, évo­quant des flammes-corps sur le point de s’évanouir entre noir et cou­leur.

Le tra­vail de Benjamin Godot et Sophie Moysan asso­cie les poèmes de l’un avec les des­sisn à la plume et encres noire de l’autre. (on ima­gine, car aucune infor­ma­tion n’est don­née sur les tech­niques uti­li­sées). Série de pay­sages, comme un car­net de voyage, sur un rivage de fin du monde.

Cette livrai­son se clôt sur un poème de Denis Emorine, inti­tu­lé “Marée Basse”, qu’accompagnent deux beaux por­traits d’artistes de la pho­to­graphe Valérie Tournemine. C’est peut-être le lien le plus ténu et l’on pour­rait le pen­ser  le moins convain­cant de l’ensemble des pro­duc­tions pro­po­sées, l’appariement étant ici contra­rié éga­le­ment par le choix de titres dif­fé­rents pour chaque illus­tra­tion – mais e l’intensité émo­tion­nelle véhi­cu­lée autant par les pho­tos que par le poème, évo­quant “le fra­cas des voix /​ lorsque ta mort /​ a fait de moi /​ un petit gar­çon déchi­ré” – en longs échos pour le lec­teur.

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notes : 

1 –  les contri­bu­tions à envoyer à l’adresse indi­quée sur le site : 
https://​www​.eury​de​maor​na​tae​di​tions​.com/​r​e​v​u​e​-​o​r​n​a​t​a​-​e​n​-​l​i​g​n​e-5

 

Cette belle petite revue (petite par la taille) s’accompagne dans l’enveloppe que j’ai ouverte d’un livret aux mêmes dimen­sions, né des expé­riences des pré­cé­dents numé­ros, inti­tu­lé “Lac de garance”, et consa­cré aux “errances”. Le thème y est déve­lop­pé par Valérie Chesnay au long de 16 illus­tra­tions en tech­niques mixtes (aqua­relle, calques et des­sin) aux cou­leurs sombres et des­sins sou­vent estom­pés, comme sor­tant d’un rêve, et par Mical Anton, au fil de textes oni­riques, dont l’univers se lie tout à fait à celui de l’artiste, si bien qu’on ne sau­rait déci­der – et c’est ain­si par­fait – de la méthode (image puis des­sin, ou le contraire) qui a pré­si­dé au recueil.

Dès la cou­ver­ture, nous inter­rogent les yeux – lacs aux eaux pro­fondes comme la mémoire – d’un por­trait aux contrastes expres­sion­nistes, la bouche bar­rée de l’ amer trait de cou­leur rouge qui sou­ligne les mots du titre. Lac/​laque d’un gla­cis dont la trans­pa­rence per­met d’apercevoir des détails enfouis, comme dans les pay­sages de Valérie Chesnay, l’image double por­tée par le titre nous entraîne dans une rêve­rie voya­geuse ou se mêlent les temps et les lieux, à par­tir de cette évo­ca­tion d’un enfant qui “à cause de Soutine, à cause du para­dis /​ à cause de l’évidence et en dépit vrai­ment /​ de tout l’enfant qui vien­dra s’il doit venir /​ s’appellera garance laque de garance.” Un beau tra­vail d’édition qu’on salue avec plai­sir, en atten­dant la suite.

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog : 
http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di,  Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille,  Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015

Poèmes per­son­nels

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence,  Jacques André  édi­teur, 2017
  •  Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • Aeonde, La porte, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017.
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

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