> Ping-Pong : Visages de l’Australie, Carole JENKINS, poèmes et entretien

Ping-Pong : Visages de l’Australie, Carole JENKINS, poèmes et entretien

Par |2018-08-16T14:16:30+00:00 15 décembre 2016|Catégories : Essais & Chroniques|

Dans la conti­nua­tion de notre explo­ra­tion du conti­nent poé­tique aus­tra­lien, nous vous pré­sen­tons Carol Jenkins, poète et édi­trice d'enregistrements de poètes aus­tra­liens. Elle vit et tra­vaille près de Sidney, où elle se consacre à l'écriture, après avoir aban­don­né une car­rière dans un orga­nisme gou­ver­ne­men­tal d'évaluation des risques chi­miques.
 

Les poèmes pré­sen­tés ici ont été lus par l'auteure au Festival International de Poésie de Trois-Rivières en octobre 2016, et sont extraits de la pla­quette "Ennuage-moi, a bilin­gual col­lec­tion", publiée par River Road Press  en sep­tembre 2016 (www​.river​road​press​.net).

Ils suivent l'entretien qu'elle a accor­dé à Recours au Poème.

les tra­duc­tions sont de Marilyne Bertoncini

 

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Entretien avec Carol Jenkins

 

 

Vous êtes poète et édi­trice d'enregistrements audio de poé­sie : com­ment êtes-vous venues à ces deux acti­vi­tés – qu'est-ce qui vous a moti­vée ? (il y a peu d'éditeurs audio)

 

En 2003, j'ai brus­que­ment res­sen­ti le besoin d'écrire un roman. Je tra­vaillais pour le NICNAS, orga­nisme gou­ver­ne­men­tal d'évaluation de l'impact des pro­duits chi­miques indus­triels sur les Australiens et l'environnement. J'y rédi­geais toute sortes de docu­ments admi­nis­tra­tifs ou légaux, mais pas de romans, et cer­tai­ne­ment pas de la poé­sie. On m'avait tou­jours dit que mon cour­rier per­son­nel était amu­sant. Je suis une épis­to­lière, j'aime cette forme, bien que désor­mais ce soient sur­tout des emails. J'ai donc écrit un roman et quelques poèmes, que j'ai clas­sés. Pour obte­nir une aide à la publi­ca­tion, j'en ai envoyé quelques uns, et j'ai eu la chance incroyable de voir accep­ter ces trois pre­miers poèmes. Cela m'a fait com­prendre l'importance que cela avait pour moi. L'écriture est le tra­vail qui me convient.

 

Vers le moment où j'ai eu mon pre­mier iPod, vers 2006, j'ai com­men­cé à écou­ter des pod­casts de poé­sie. J'aime écou­ter la radio, j'écoute en jar­di­nant, cui­si­nant ou mar­chant. Au début, j'ai com­men­cé à enre­gis­trer mes propres tra­vaux et ceux de mes amis. La lec­ture à voix haute est un grand outil édi­to­rial, et j'ai ache­té du maté­riel d'enregistrement rudi­men­taire que j'ai appor­té à un ate­lier de poé­sie à Wollongong en 2007. A l'époque, la Fondation Australienne de Poésie orga­ni­sait un sémi­naire de dix jours en rési­dence ; il y avait chaque nuit de mer­veilleuses lec­tures faites par les tuteurs et les poètes de l'atelier – je me sou­viens avoir dit un soir "Je vais tous vous enre­gis­trer". Je l'ai fait et j'ai pro­duit un CD pour accom­pa­gner l'anthologie née de ces tra­vaux. Mon ami Marc Walmsely, musi­cien et ingé­nieur du son, m'a mon­tré les bases de l'édition, et m'a aidée pour les pro­blèmes tech­niques. J'étais convain­cue de la néces­si­té d'enregistrer les poètes lisant leurs oeuvres : à l'époque, la radio natio­nale d'ABC(Australian Broadcasting Commission) avait un pro­gramme heb­do­ma­daire de poé­sie, mais c'était sou­vent des acteurs qui disaient les textes et il n'était pas vrai­ment pos­sible d'avoir accès à leurs archives. J'ai sen­ti que la Série de Poésie de River Road tom­bait à point, et j'ai réa­li­sé un gros tra­vail d'enregistrement de la poé­sie aus­tra­lienne. La poé­sie est un art oral autant qu'écrit, c'était vrai­ment dom­mage de ne pas enre­gis­trer nos poètes. D'autres pays le fai­saient, pas l'Australie.

 

Je pro­cède de diverses façons pour enre­gis­trer. Quand je tra­vaille à par­tir d'ateliers de poé­sie, je suis démo­cra­tique et j'enregistre tous les par­ti­ci­pants, avec un ou deux poèmes cha­cun. Autrement, j'ai été sys­té­ma­tique dans ma façon de sélec­tion­ner. Pour un autre pro­jet de recherche, ,je recueille et ana­lyse des don­nées sur la démo­gra­phie des antho­lo­gies de poé­sie aus­tra­lienne1 En 2007 j'ai trié les don­nées pour déga­ger une sorte de consen­sus entre les édi­teurs sur quels poètes étaient selon eux les plus impor­tants : je m'aperçois main­te­nant que ces don­nées pri­vi­lé­giaient les poètes mas­cu­lins les plus âgés – ain­si que je l'ai dit à Judith Berveridge en 2009 : "nous sommes dans le lob­by du club des vieux mecs". Les choses se sont amé­lio­rées, l'anonymat des pro­po­si­tions aidant, un plus grand nombre de rédac­teurs choi­sissent le poème et non le poète. J'ai donc sélec­tion­né les poètes les plus publiés, avec le sou­ci pra­tique de créer une com­mu­nau­té – L'Australie est vaste. J'avais aus­si conscience de la néces­si­té d'enregistrer des poètes plus âgés alors qu'ils étaient encore par­mi nous, avec une bonne voix. Une autre méthode a été de réa­li­ser une antho­lo­gie thè­ma­tique. J'en ai fait trois : New Felons – de nou­velles voix au lieu des habi­tuelles, Scissors, Fire, Paper, Water –une sorte de recréa­tion du clas­sique chi­nois, Ciseaux, papier, rochers, et un sujet qui me tient à coeur, The Philosophy of Clothes ( tou­jours dis­po­nible) .

J'ai éga­le­ment réa­li­sé 106 épi­sodes petit for­mat d'un pro­gramme radio inti­tu­lé A Way with Words qui pas­sait chaque semaine sur une sta­tion FM de Canberra.2

Enregistrer prend beau­coup de temps, et édi­ter et pro­duire un CD plus encore. J'ai accu­mu­lé du retard, et me suis concen­trée sur mon propre tra­vail car j'étais satu­rée. L'an pro­chain, je me remets à l'édition audio.

 

Quelle impor­tance ont ces publi­ca­tions sur la scène lit­té­raire en Australie ? Quels sont les poètes que vous publiez, et com­ment les sélec­tion­nez-vous ?

 

Je pense que la série des River Road Petry a offert un nou­veau média aux poètes que j'ai enre­gis­trés, en pro­mou­vant leur oeuvre, en par­ti­cu­lier parce que j'ai col­la­bo­ré avec le UK poe­try archive et le USA Poetry Fondation, pour pré­sen­ter ces poètes sur les sites on line avec textes et audio. J'ai beau­coup aimé tra­vailler avec Poetry Archive, et j'espère que ces col­la­bo­ra­tions aident à faire mieux connaître inter­na­tio­na­le­ment la poé­sie aus­tra­lienne et le tra­vail de ces poètes. Les enre­gis­tre­ments per­mettent une archive cultu­relle : quand j'ai appe­lé Fay Zwicky – elle vit à Perth – j'ai enten­du un sou­pir de sou­la­ge­ment – elle m'a dit qu'elle avait espé­ré que quelqu'un enre­gistre son tra­vail, elle savait que c'était impor­tant. Les gens sont très favo­rables aux ren­re­gis­tre­ments, et tra­vailler avec les poètes a été mer­veilleux, je me suis fait de grands amis, et ce qui est impor­tant, pour mon propre tra­vail, j'ai com­pris com­ment leurs poèmes vont ensemble. Comme poète, je crois que vous devez non seule­ment lire mais aus­si entendre de la poé­sie, et j'espère de nou­veau que la série ait gagné un nou­veau public d'auditeurs et de lec­teurs.

 

J'ai choi­si de pré­sen­ter une série de poèmes par­lant de tis­sus, alors que vous êtes connue aus­si pour vos poèmes scien­ti­fiques : com­ment ces dif­fé­rents thèmes coexistent-ils dans votre tra­vail et votre ins­pi­ra­tion ?

 

J'aime les vête­ments et les tis­sus, les chaus­sures et les cha­peaux : le vête­ment et ses acces­soires sont une façon d'exprimer nos per­son­na­li­tés, elle nous donnent la pos­si­bi­li­té de faire un peu de théâtre, de tri­ba­lisme, de sen­sua­lisme. Faire des vête­ments, tri­co­ter ou coudre, ce dont je parle dans mon écri­ture, pré­sente des points com­muns avec la fabri­ca­tion de poèmes, on décide de com­mu­ni­quer quelque chose, ou d'habiller quelque chose, et on trouve une sub­stance – on crée un des­sin, et on construit Il ya un rythme, une flui­di­té des tri­cots et des tis­sus, une sen­sua­li­té que j'aime mettre en poèmes. Pour moi, les vête­ments évoquent aus­si la mémoire : enfant, j'avais quelques beaux vête­ments, et j'avais un nom pour cha­cun, et donc, oui, cette connec­tion entre créa­tion et mots a com­men­cé très tôt pour moi. Au col­lège, j'avais choi­si un cours de tra­vaux d'aiguille et j'aimais les tech­niques de pro­duc­tion des vête­ments, j'étais la seule inté­res­sée par la bio­lo­gie du ver à soie, le mot filière me sem­blait déli­cieux, et la chi­mie de la fabri­ca­tion du nylon m'intriguait – et puis, il y avait l'histoire du cos­tume, que j'ai dévo­rée. Encore une chose, à pro­pos des vête­ments : c'est la façon dont la mémoire d'un évé­ne­ment est intrin­sé­que­ment liée à ce que je por­tais – une "made­leine" visuelle – et la façon dont les vête­ments peuvent être cru­ciaux pour un évé­ne­ment. La pro­fonde sen­sua­li­té tac­tile des étoffes et vête­ments, la pre­mière fois que nous les ren­con­trons ou les tes­tons de la main, c'est ce qui nous enve­loppe au quo­ti­dien, nos secondes peaux, notre pro­tec­tion contre froid et cha­leur. Et je dirais que les vête­ments sont l'équivalent visuel de la made­leine de Proust, ils ont aus­si leur propre signa­ture olfac­tive. Nos vête­ments n'ont pas seule­ment notre odeur mais celle de ce que nous fai­sons en les por­tant – qu'on pense à la che­mise cou­verte de farine du bou­lan­ger, au bleu de tra­vail grais­seux du méca­ni­cien…… Ce mélange capi­teux est pour moi un sujet irré­sis­tible. Et si ceci ne suf­fit pas, les habits nous donnent aus­si une tex­ture cultu­relle, un guide abré­gé du carac­tère et de la classe sociale, dans les romans, et une dimen­sion abso­lue en poé­sie. Tous ces fac­teurs font par­tie de mon désir de faire le CD antho­lo­gique The Philosophy of clothes.

Je vois les vête­ments et ce dont ils sont faits comme intrin­sèques à la façon dont le monde fonc­tionne, et la science pour moi fonc­tionne de la même manière. Vous pou­vez faire tant de choses dans un poème sur la science, il peut s'expliquer lui-même et expli­quer d'autres choses encore ; comme être amou­reux, ou bien la façon dont les choses deviennent absurdes si on les réduit à leur fonc­tion. Quand j'étais à Trois Rivières pour le Festival International de la Poésie, les gens ont aimé les poèmes sur les vête­ments et les poèmes scien­ti­fiques comme "Ennuage-moi" et "Quand les Temps éloignent les étoiles" – les fran­co­phones les aiment comme du théâtre, et ils com­prennent le flirt.

 

Quelle est votre for­ma­tion et pour­quoi écri­vez-vous de la poé­sie ?

 

Pour moi la poé­sie est une forme de jeu – jeu de mots bien sûr, mais ça me per­met aus­si de faire des expé­riences de pen­sée, c'est une façon de m'occuper des choses qui m'interrogent, d'analyser un évé­ne­ment ou une idée pour en tirer par­ti. Quand j'écris bien, je suis dans ce flux, c'est presqu'addictif. Avoir une pra­tique poé­tique favo­rise mon atten­tion au monde, les détails, les déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques, les pos­si­bi­li­tés de méta­phore dans ce que disent les gens et l'endroit d'où ils parlent, les ambi­gui­tés de lan­gage et d'idées sur l'évolution, la phy­sique, les maths et l'univers. Les moteurs lin­guis­tiques dans les poèmes m'intriguent, j'aime les poèmes dans les­quels il y a des pivo­te­ments qui réorientent la lec­ture. Alors que je peux être mélan­co­lique, j'aime aus­si faire la fête et m'amuser. Si je peux écrire quelque chose qui me fait rire, c'est une bonne chose.

 

Avez-vous le sen­ti­ment d'appartenir à un cou­rant poé­tique par­ti­cu­lier ? Quels sont vos modèles, les écri­vains pas­sés ou contem­po­rains qui comptent le plus pour vous ?

 

J'ignore si je suis membre d'une quel­conque école, en tous cas, je n'adhère à aucune. Mon but est d'être lucide, je peux appré­cier l'importance d'une école comme L=A=N=G=U=A=G=E qui a modi­fié tout le pay­sage poé­tique, mais je suis trop atta­chée à la nar­ra­tion pour faire par­tie de leur groupe. Puis, je ne crois pas qu'un poème doive être linéaire ou ration­nel : à quoi sert l'imagination si on ne peut ima­gi­ner que des choses ordi­naires ?

Il y a tant de mer­veilleux poètes aus­tra­liens et néo­zé­lan­dais ; j'ai une grande admi­ra­tion pour Judith Beveridge, maî­tresse en pay­sages sonores, Joan Burnes pour son mor­dant et son usage du ver­na­cu­laire, la tech­nique brillante de Stephen Edgar, sa vir­tuo­si­té de pen­sée – tou­jours avec du coeur, Michael Sharkey pour son esprit et son agi­li­té, David Musgrave dont le récent livre The Anatomy of Voice est un tour de force. Kevin Ireland et Elizabet Smither en Nouvelle-Zélande ont un esprit concen­tré et une pro­fon­deur que j'aime beau­coup.

Les poètes que j'ai lus et aimés au début sont Donne, Keats, Marvel, Coleridge, Thomas Wyatt, Heaney, Yeats, puis les pre­miers poètes aus­tra­liens, Banjo Patterson, Henry Lawson, et Slessor aus­si, ils ont été essen­tiels pour moi et le sont tou­jours. Adolescente, j'ai décou­vert Neruda et Rimbaud, et j'en suis tom­bée amou­reuse. Plus tard, j'ai eu le béguin pour Jean Bodel, Sapho et Elizabeth Bishop, et j'ai été impres­sion­née par Sharon Old, Lucille Clifton, Sylvia Plath, Wallace Stevens et John Berryman. Akmathova qui m'a offert l'exemple de ce pour­quoi l'on doit écrire, Miroslav Holub, pour sa pré­ci­sion et la façon de rompre avec les vieilles méta­phores. Ici en Australie, j'ai récem­ment été membre du jury du Newcastle Poetry Prize – il y avait de grands poèmes par John Watson, Ross Gillett and Caitlin Mailing, tous par­mi mes favo­ris main­te­nant. Il y a tant à lire et relire. Toutefois, pour moi, même si ça semble un peu léger, ce qui compte, c'est le poème, pas le poète.

 

Nous avons par­lé de la tra­duc­tion comme un pro­ces­sus et une com­mu­ni­ca­tion – que pour­riez-vous dire de votre expé­rience au cours des tra­duc­tions que nous publions aujourd'hui ?

 

Avoir son tra­vail tra­duit est un grand pri­vi­lège. J'ai récem­ment décou­vert qu'Olga Anikina avait tra­duit en russe mon poème "Karelia" – situé en Russie, c'était tel­le­ment par­fait pour ce poème que j'ai pleuré.Certains de mes poèmes, comme "Attente", semblent si natu­rels en Français que je pense les pré­fé­rer dans cette langue plu­tôt qu'en Anglais. Le tra­vail a été fas­ci­nant aus­si : le fait d'écrire des notes pour expli­quer cer­taines expres­sions, de déve­lop­per cer­taines idées, m'a fait mieux com­prendre mon propre tra­vail, et m'a fait sai­sir la dif­fi­cul­té de refaire le poème en Français. Ma connais­sance du Français est très limi­tée mais je le lis assez bien pour entendre la qua­li­té de ces tra­duc­tions. Les aller-retours durant le tra­vail m'ont inté­res­sée : pour moi, les ques­tions répé­tées étaient impor­tantes, je vois main­te­nant que j'avais aus­si choi­si de faire tra­duire quelques poèmes dif­fi­ciles – mais voi­là !3 ils ont une autre vie en Français – ce sont des poèmes avec des séquences géné­tiques indé­pen­dantes.

 

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1You can read an essay of my fin­dings in A Gander at Gender in ‘Australian Poetry Journal Volume 6, Issue 1’

3En Français dans le texte.

 

 

Interview with Carol Jenkins

 

You are a poet and a publi­sher of audio-recor­dings of poe­try : how did you come to both of these acti­vi­ties (that is, as for the hen and the egg, which is first?) – what is the moti­va­tion for this spe­cial acti­vi­ty (there are few sound-publi­shers, if this word exist) ?

 

In 2003 I was sei­zed with the need to write a novel. I was wor­king for the National Industrial Chemicals Notification and Assessment Scheme, where I wrote eve­ry­thing ; ad copy, assess­ments, com­mit­tee papers, minis­te­rial brie­fings and draf­ting ins­truc­tions for legis­la­tion, but not novels and defi­ni­te­ly not poe­try. I had always writ­ten what I am told were amu­sing per­so­nal let­ters. I’m a let­ter wri­ter, I love the form, though now it is most­ly emails. So I wrote a novel and some poems, which I filed. To get some publi­ca­tion cre­dits I sent out some poems, and I was incre­di­bly lucky that those first three poems I sent out were accep­ted — it made me rea­lise how much it meant to me. Writing is my per­fect job.

 

Around about when I got my first iPod, 2006 maybe, I star­ted to lis­ten to poe­try pod­casts. I like audio, I lis­ten when I’m gar­de­ning, cooking or wal­king. Originally I star­ted to record my own work or my friends. Reading aloud is a great edi­to­rial tool, and I bought some simple recor­ding equip­ment which I took to a poe­try work­shop Wollongong in 2007. At that time Poetry Australian Foundation ran a ten day resi­den­tial course. Every night there were won­der­ful rea­dings by the tutors and the work­shop poets — I remem­be­red saying one night , ‘I’m going to record eve­ryone here’. I did, and pro­du­ced a CD to go with the antho­lo­gy that came out of the work­shop. My friend Mark Walmsely, musi­can and audio engi­neer, sho­wed me the basics of edi­ting and hel­ped me with any tech­ni­cal pro­blems. I could see there was a need to record the Australian poets rea­ding their own work, at the time ABC’s Radio National (ABC is the Australian Broadcasting Commission) had a week­ly poe­try pro­gram but these were often actors rea­ding the poems and it was not real­ly pos­sible to access their archive. I felt the River Road Poetry Series was time­ly and did an impor­tant job to record Australian poe­try – poe­try is a spo­ken as well as a writ­ten art, it would be a great pity not to record our poets. Other coun­tries were recor­ding their poets and at that time Australia wasn’t.

 

I have dif­ferent selec­tion methods for recor­dings. When I have I recor­ded at resi­den­tial work­shops, I am demo­cra­tic and record eve­ryone there, so that is one or two poems from a num­ber of poets. That aside, I was sys­te­ma­tic in my selec­tion pro­cess. As part of ano­ther research pro­ject I col­lect and ana­lyse data on the demo­gra­phics of antho­lo­gi­sa­tion of contem­po­ra­ry Australian poets. You can read an essay of my fin­dings in A Gander at Gender in ‘Australian Poetry Journal Volume 6, Issue 1’ In 2007 when I star­ted I sor­ted the data into the most antho­lo­gi­sed, to get some­thing of a consen­sus across a num­ber of edi­tors as to who are the impor­tant poets, my top for­ty list ! Now I see after ana­ly­sing the data there was an across the board bias to older male poets – as I said to Judith Beveridge in about 2009 ‘we are stan­ding in the lob­by of the old boys’ club’ . Things have impro­ved, ano­ny­mous sub­mis­sions help and many more edi­tors now chose the poem not the poet. So I selec­ted the most fre­quent­ly publi­shed poets, with the prac­ti­cal consi­de­ra­tion thatn we nee­ded an oppor­tu­ni­ty to get toge­ther — Australia is a big place. I was also conscious of the need to record older poets while they are still here and in good voice. Another method I had was an antho­lo­gy with a theme, I’ve done three of these : New Felons – this was new voices ins­tead of the usual sus­pects, Scissors, Fire, Paper, Water’ —a slight recast of the Chinese clas­sic, Scissors, Paper Rock , and then a favou­rite sub­ject for me, The Philosophy of Clothes ( still avai­lable!) .

 

On the audio front I also made 106 epi­sodes of a short radio pro­gram cal­led A Way with Words. Itplayed week­ly on a Canberra sta­tion ArtSounddFM. There is a ‘best of’ and short essay about the pro­gram that was com­mis­sio­ned by Kent McCarter from Cordite , so you can still hear a few gems from the vault at https://​cor​dite​.org​.au/​e​s​s​a​y​s​/​r​e​c​o​r​d​i​n​g​-​a​r​c​h​i​v​e​s​-​w​a​y​-​w​i​t​h​-​w​o​r​ds/

 

It takes a lot of time to record, and much more time to edit the recor­dings and pro­duce a CD. I’ve got a back­log of edi­ting and all the work that goes with it —I’ve been very lazy for a couple of years, and just focu­sed on my own work as I was swam­ped. In the new year I will get back to edi­ting audio.

 

What's the impact of these publi­ca­tions on the lite­ra­ry scene in Australia ? Who are the poets you publish, how do you select them ?

 

I think the River Road Poetry Series has given ano­ther media for the poets I’ve recor­ded, and pro­mo­ted their work, espe­cial­ly because I’ve col­la­bo­ra­ted with both the UK Poetry Archive and the USA’s Poetry Foundation to fea­ture the River Road poets on both online poe­try web­sites with text and audio. The Poetry Archive has been par­ti­cu­lar good to work with, and I hope these col­la­bo­ra­tions do some­thing to raise the inter­na­tio­nal pro­file of Australian poe­try and the work of these poets. The recor­dings pro­vide a cultu­ral archive, when I rang Fay Zwicky – she lives in Perth – I heard this sigh of relief, she told me she had been wai­ting for someone to record her work, she knew it was impor­tant. People are very posi­tive about the recor­dings and the poets have been won­der­ful to work with, I’ve made great friends and impor­tant­ly, for my own work, I see how their poems go toge­ther. As a poet I believe you need not just to read but to hear poe­try, and again I hope that the series might have bought in a new audience of lis­te­ners and rea­ders.

I chose to present a selec­tion of poems about fabrics, on Recours au Poème, while you're known for your scien­ti­fic poems – how do these various themes coexist in your work and ins­pi­ra­tion ?

 

I love clothes and fabric, shoes and hats, clo­thing and acces­so­ries are in a way the exter­na­li­sa­tion of our per­so­na­li­ties, they give us oppor­tu­ni­ty for a lit­tle bit of theatre, tri­ba­lism, sen­sua­lism. Making clothes, knit­ting or sewing, which I write about, has its paral­lels with making poems, we decide we need to address some­thing, or dress some­thing and we find a sub­stance, create a pat­tern, and we make. There is a rhythm, a flui­di­ty to knits and fabrics, a sen­suous­ness that I love to put into poems. For me too, clothes evoke memo­ry, as a child I had just a few love­ly clothes and I had names for all my dresses, so yes, this connec­tion with crea­tions and words starts very ear­ly for me. In junior high school I took a sub­ject cal­led Needlework and I loved all the tech­ni­cal pro­cesses of pro­duc­tion of fabric, I was the only one who was inter­es­ted about the bio­lo­gy of the silk worm, the word ‘spin­ne­ret’ see­med exqui­site to me, and the che­mis­try of making nylon intri­gued me, and then there was the his­to­ry of cos­tume, which I just ate up . There is ano­ther thing about clothes, which is the way a memo­ry of an event is intrin­si­cal­ly lin­ked to what I was wea­ring — the visual Madeline —and the way the clothes can be pivo­tal to an event. The pro­found sen­sual tac­ti­li­ty of fabric and clothes, while we first meet or test it with our hands, it is what wrap our­selves in dai­ly, our second skins, our defence to cold and heat. And while I say clothes are the visual equi­va­lent to Proust’s made­line, they also have their own olfac­to­ry signa­tures, our clothes smell not just of us but we do in them, think of the baker’s flou­ry shirt, the mechanic’s oily ove­ralls. It is a hea­dy mix­ture which I find an irre­sis­tible sub­ject. As if this is not enough, clothes also give us cultu­ral tex­ture, and a short hand guide to cha­rac­ter and class, in novels, a com­plete dimen­sion in a poem. All these fac­tors were in my moti­va­tion in making the audio antho­lo­gy CD The Philosophy of Clothes.

 

I see clothes and what they are made of as intrin­sic to the way the world works, and science is like this for me too. You can do so much in a poem about science, it can explain itself and some­thing else too, like being in love, or the way things can become absurd if you keep redu­cing their func­tio­na­li­ty. When I was in Trois Rivieres for the International Festival de la Poesie, people loved the clothes poems and the science poems like Ennuage-Moi and Quand Les Temps Eloignees Les Etoiles – the Francophones love these as dra­ma, and they unders­tand about flir­ting.

 

What's your for­ma­tion and why do you write poe­try ?

 

For me poe­try is a form of play – word-play of course but also it allows me to expe­riment with ideas, it’s a way to address things that have me puzz­led, to work through an event or an idea to find out some­thing. When I am wri­ting well, I am in that state of flow, it is quite addic­tive. Having a poe­try prac­tice fos­ters my atten­tion to the world, the minu­tiae, deve­lop­ments in science, the pos­si­bi­li­ties for meta­phor in what people say and where, dupli­ci­ties of lan­gauge and ideas about evo­lu­tion, phy­sics, maths and the uni­verse. The lin­guis­tic engines in poems intrigue me, I love poems where there are pivot points that reo­rient the rea­der. While I can be bleak, I like to cele­brate and to have fun. If I can write some­thing that makes myself laugh that is a good thing.

Do you feel like belon­ging to a spe­cial poe­try, lin­ked to a school for ex. ? Who are your models, the wri­ters who are most impor­tant for you (past and contem­po­ra­ry)?

 

If I am a mem­ber of any school of poe­try I don’t know it, in any case I don’t believe I sub­scribe to any. My aim is to be lucid, I can appre­ciate the impor­tance of schools like L=A=N=G=U=A=G=E, which has chan­ged the whole land­scape of wri­ting, but I I am too addic­ted to nar­ra­tive to be in their school. Then I don’t believe a poem has to be linear or ratio­nal, what is the point of ima­gi­na­tion if you only ima­gine ordi­na­ry things ?

 

There are so many won­der­ful Australian and New Zealand poets ; I have great admi­ra­tion for Judith Beveridge who is a mas­ter of the sonic-scape, Joanne burns – her per­fect magpie’s eye for the sati­ric aper­cu and the ver­na­cu­lar sauce, Stephen Edgar, his tech­ni­cal brilliance, his vir­tuo­si­ty of idea —all with heart, Michael Sharkey for his wit and deft­ness, David Musgrave – his recent book The Anatomy of Voice is a tour de force, NZ’s Kevin Ireland and Elizabeth Smither have a concen­tra­ted wit and insight that I like a lot. The poets I read and loved first ; Donne, Keats, Marvel, Coleridge, Thomas Wyatt, Heaney, Yeats, then there is the ear­ly Australians, Banjo Patterson, Henry Lawson, and later Slessor, were fun­da­men­tal to me then and still are. When I was in my teens found Neruda and Rimbaud , and was in love with them. Later I had crushes on Jean Bodel, Sappho and Elizabeth Bishop, and was impres­sed by Sharon Old, Lucille Clifton, Sylvia Plath, Wallace Stevens and JohnBerryman, Anna Akhmatova gave me this sin­gu­lar example of why things must be writ­ten, Miroslav Holub for his pre­ci­sion and brea­king out from the old set of meta­phors. Here in Australia I was recent­ly judge of the Newcastle Poetry Prize – there were great poems by John Watson, Ross Gillett and Caitlin Mailing, all on my rea­der radar now. There is so much to read and read again. All said though for me, though it seems a bit fickle, it is the poem not the poet.

 

We tal­ked about trans­la­ting as a pro­cess and a com­mu­ni­ca­tion : what could you say about your expe­rience on these trans­la­tions ?

 

Having work trans­la­ted is a great pri­vi­lege, I recent­ly found Olga Anikina trans­la­ted my poem Karelia –which is set in Russia —into Russian, this was so per­fect for this poem that I cried. Some of my poems, for example Attente, are so natu­ral in French I think I like the French bet­ter than the English. The pro­cess has been intri­guing too, wri­ting notes to explain cer­tain expres­sions, to expli­cate, has made me unders­tand my own work bet­ter, and impresses on the dif­fi­cul­ty to remake the poem in French. My French is very limi­ted but I can read enough to hear how well these trans­la­tions work. The back­wards and for­ward pro­cess is inter­es­ting, for me our dia­logue, the rei­te­ra­tive ques­tions were impor­tant, I can see now I had set some hard poems to trans­late — but voi­la ! they have ano­ther life in French – they are poems of inde­pendent memes.

 

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog : 
http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di,  Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille,  Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015

Poèmes per­son­nels

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence,  Jacques André  édi­teur, 2017
  •  Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017.
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

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