Dans la con­tin­u­a­tion de notre explo­ration du con­ti­nent poé­tique aus­tralien, nous vous présen­tons Car­ol Jenk­ins, poète et éditrice d’en­reg­istrements de poètes aus­traliens. Elle vit et tra­vaille près de Sid­ney, où elle se con­sacre à l’écri­t­ure, après avoir aban­don­né une car­rière dans un organ­isme gou­verne­men­tal d’é­val­u­a­tion des risques chim­iques. Les poèmes présen­tés ici ont été lus par l’au­teure au Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie de Trois-Riv­ières en octo­bre 2016, et sont extraits de la pla­que­tte “Ennu­age-moi, a bilin­gual col­lec­tion”, pub­liée par Riv­er Road Press  en sep­tem­bre 2016 (www.riverroadpress.net). Ils suiv­ent l’en­tre­tien qu’elle a accordé à Recours au Poème.

les tra­duc­tions sont de Mar­i­lyne Bertoncini

 

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Entretien avec Carol Jenkins

 

 

Vous êtes poète et éditrice d’en­reg­istrements audio de poésie : com­ment êtes-vous venues à ces deux activ­ités – qu’est-ce qui vous a motivée ? (il y a peu d’édi­teurs audio)
En 2003, j’ai brusque­ment ressen­ti le besoin d’écrire un roman. Je tra­vail­lais pour le NICNAS, organ­isme gou­verne­men­tal d’é­val­u­a­tion de l’im­pact des pro­duits chim­iques indus­triels sur les Aus­traliens et l’en­vi­ron­nement. J’y rédi­geais toute sortes de doc­u­ments admin­is­trat­ifs ou légaux, mais pas de romans, et cer­taine­ment pas de la poésie. On m’avait tou­jours dit que mon cour­ri­er per­son­nel était amu­sant. Je suis une épis­tolière, j’aime cette forme, bien que désor­mais ce soient surtout des emails. J’ai donc écrit un roman et quelques poèmes, que j’ai classés. Pour obtenir une aide à la pub­li­ca­tion, j’en ai envoyé quelques uns, et j’ai eu la chance incroy­able de voir accepter ces trois pre­miers poèmes. Cela m’a fait com­pren­dre l’im­por­tance que cela avait pour moi. L’écri­t­ure est le tra­vail qui me convient.
Vers le moment où j’ai eu mon pre­mier iPod, vers 2006, j’ai com­mencé à écouter des pod­casts de poésie. J’aime écouter la radio, j’é­coute en jar­di­nant, cuisi­nant ou marchant. Au début, j’ai com­mencé à enreg­istr­er mes pro­pres travaux et ceux de mes amis. La lec­ture à voix haute est un grand out­il édi­to­r­i­al, et j’ai acheté du matériel d’en­reg­istrement rudi­men­taire que j’ai apporté à un ate­lier de poésie à Wol­lon­gong en 2007. A l’époque, la Fon­da­tion Aus­trali­enne de Poésie organ­i­sait un sémi­naire de dix jours en rési­dence ; il y avait chaque nuit de mer­veilleuses lec­tures faites par les tuteurs et les poètes de l’ate­lier – je me sou­viens avoir dit un soir “Je vais tous vous enreg­istr­er”. Je l’ai fait et j’ai pro­duit un CD pour accom­pa­g­n­er l’an­tholo­gie née de ces travaux. Mon ami Marc Walm­se­ly, musi­cien et ingénieur du son, m’a mon­tré les bases de l’édi­tion, et m’a aidée pour les prob­lèmes tech­niques. J’é­tais con­va­in­cue de la néces­sité d’en­reg­istr­er les poètes lisant leurs oeu­vres: à l’époque, la radio nationale d’ABC(Australian Broad­cast­ing Com­mis­sion) avait un pro­gramme heb­do­madaire de poésie, mais c’é­tait sou­vent des acteurs qui dis­aient les textes et il n’é­tait pas vrai­ment pos­si­ble d’avoir accès à leurs archives. J’ai sen­ti que la Série de Poésie de Riv­er Road tombait à point, et j’ai réal­isé un gros tra­vail d’en­reg­istrement de la poésie aus­trali­enne. La poésie est un art oral autant qu’écrit, c’é­tait vrai­ment dom­mage de ne pas enreg­istr­er nos poètes. D’autres pays le fai­saient, pas l’Australie.
Je procède de divers­es façons pour enreg­istr­er. Quand je tra­vaille à par­tir d’ate­liers de poésie, je suis démoc­ra­tique et j’en­reg­istre tous les par­tic­i­pants, avec un ou deux poèmes cha­cun. Autrement, j’ai été sys­té­ma­tique dans ma façon de sélec­tion­ner. Pour un autre pro­jet de recherche, ‚je recueille et analyse des don­nées sur la démo­gra­phie des antholo­gies de poésie aus­trali­enne1 En 2007 j’ai trié les don­nées pour dégager une sorte de con­sen­sus entre les édi­teurs sur quels poètes étaient selon eux les plus impor­tants : je m’aperçois main­tenant que ces don­nées priv­ilé­giaient les poètes mas­culins les plus âgés – ain­si que je l’ai dit à Judith Berveridge en 2009 : “nous sommes dans le lob­by du club des vieux mecs”. Les choses se sont améliorées, l’anony­mat des propo­si­tions aidant, un plus grand nom­bre de rédac­teurs choi­sis­sent le poème et non le poète. J’ai donc sélec­tion­né les poètes les plus pub­liés, avec le souci pra­tique de créer une com­mu­nauté – L’Aus­tralie est vaste. J’avais aus­si con­science de la néces­sité d’en­reg­istr­er des poètes plus âgés alors qu’ils étaient encore par­mi nous, avec une bonne voix. Une autre méth­ode a été de réalis­er une antholo­gie thè­ma­tique. J’en ai fait trois : New Felons – de nou­velles voix au lieu des habituelles, Scis­sors, Fire, Paper, Water -une sorte de recréa­tion du clas­sique chi­nois, Ciseaux, papi­er, rochers, et un sujet qui me tient à coeur, The Phi­los­o­phy of Clothes ( tou­jours disponible) . J’ai égale­ment réal­isé 106 épisodes petit for­mat d’un pro­gramme radio inti­t­ulé A Way with Words qui pas­sait chaque semaine sur une sta­tion FM de Can­ber­ra.2 Enreg­istr­er prend beau­coup de temps, et éditer et pro­duire un CD plus encore. J’ai accu­mulé du retard, et me suis con­cen­trée sur mon pro­pre tra­vail car j’é­tais sat­urée. L’an prochain, je me remets à l’édi­tion audio.
 
Quelle impor­tance ont ces pub­li­ca­tions sur la scène lit­téraire en Aus­tralie ? Quels sont les poètes que vous pub­liez, et com­ment les sélectionnez-vous ?
Je pense que la série des Riv­er Road Petry a offert un nou­veau média aux poètes que j’ai enreg­istrés, en pro­mou­vant leur oeu­vre, en par­ti­c­uli­er parce que j’ai col­laboré avec le UK poet­ry archive et le USA Poet­ry Fon­da­tion, pour présen­ter ces poètes sur les sites on line avec textes et audio. J’ai beau­coup aimé tra­vailler avec Poet­ry Archive, et j’e­spère que ces col­lab­o­ra­tions aident à faire mieux con­naître inter­na­tionale­ment la poésie aus­trali­enne et le tra­vail de ces poètes. Les enreg­istrements per­me­t­tent une archive cul­turelle : quand j’ai appelé Fay Zwicky – elle vit à Perth – j’ai enten­du un soupir de soulage­ment — elle m’a dit qu’elle avait espéré que quelqu’un enreg­istre son tra­vail, elle savait que c’é­tait impor­tant. Les gens sont très favor­ables aux ren­reg­istrements, et tra­vailler avec les poètes a été mer­veilleux, je me suis fait de grands amis, et ce qui est impor­tant, pour mon pro­pre tra­vail, j’ai com­pris com­ment leurs poèmes vont ensem­ble. Comme poète, je crois que vous devez non seule­ment lire mais aus­si enten­dre de la poésie, et j’e­spère de nou­veau que la série ait gag­né un nou­veau pub­lic d’au­di­teurs et de lecteurs.
J’ai choisi de présen­ter une série de poèmes par­lant de tis­sus, alors que vous êtes con­nue aus­si pour vos poèmes sci­en­tifiques : com­ment ces dif­férents thèmes coex­is­tent-ils dans votre tra­vail et votre inspiration ?
J’aime les vête­ments et les tis­sus, les chaus­sures et les cha­peaux : le vête­ment et ses acces­soires sont une façon d’ex­primer nos per­son­nal­ités, elle nous don­nent la pos­si­bil­ité de faire un peu de théâtre, de trib­al­isme, de sen­su­al­isme. Faire des vête­ments, tri­cot­er ou coudre, ce dont je par­le dans mon écri­t­ure, présente des points com­muns avec la fab­ri­ca­tion de poèmes, on décide de com­mu­ni­quer quelque chose, ou d’ha­biller quelque chose, et on trou­ve une sub­stance — on crée un dessin, et on con­stru­it Il ya un rythme, une flu­id­ité des tri­cots et des tis­sus, une sen­su­al­ité que j’aime met­tre en poèmes. Pour moi, les vête­ments évo­quent aus­si la mémoire : enfant, j’avais quelques beaux vête­ments, et j’avais un nom pour cha­cun, et donc, oui, cette con­nec­tion entre créa­tion et mots a com­mencé très tôt pour moi. Au col­lège, j’avais choisi un cours de travaux d’aigu­ille et j’aimais les tech­niques de pro­duc­tion des vête­ments, j’é­tais la seule intéressée par la biolo­gie du ver à soie, le mot fil­ière me sem­blait déli­cieux, et la chimie de la fab­ri­ca­tion du nylon m’in­triguait — et puis, il y avait l’his­toire du cos­tume, que j’ai dévorée. Encore une chose, à pro­pos des vête­ments : c’est la façon dont la mémoire d’un événe­ment est intrin­séque­ment liée à ce que je por­tais – une “madeleine” visuelle – et la façon dont les vête­ments peu­vent être cru­ci­aux pour un événe­ment. La pro­fonde sen­su­al­ité tac­tile des étoffes et vête­ments, la pre­mière fois que nous les ren­con­trons ou les testons de la main, c’est ce qui nous enveloppe au quo­ti­di­en, nos sec­on­des peaux, notre pro­tec­tion con­tre froid et chaleur. Et je dirais que les vête­ments sont l’équiv­a­lent visuel de la madeleine de Proust, ils ont aus­si leur pro­pre sig­na­ture olfac­tive. Nos vête­ments n’ont pas seule­ment notre odeur mais celle de ce que nous faisons en les por­tant – qu’on pense à la chemise cou­verte de farine du boulanger, au bleu de tra­vail grais­seux du mécani­cien.….. Ce mélange capi­teux est pour moi un sujet irré­sistible. Et si ceci ne suf­fit pas, les habits nous don­nent aus­si une tex­ture cul­turelle, un guide abrégé du car­ac­tère et de la classe sociale, dans les romans, et une dimen­sion absolue en poésie. Tous ces fac­teurs font par­tie de mon désir de faire le CD anthologique The Phi­los­o­phy of clothes.
Je vois les vête­ments et ce dont ils sont faits comme intrin­sèques à la façon dont le monde fonc­tionne, et la sci­ence pour moi fonc­tionne de la même manière. Vous pou­vez faire tant de choses dans un poème sur la sci­ence, il peut s’ex­pli­quer lui-même et expli­quer d’autres choses encore; comme être amoureux, ou bien la façon dont les choses devi­en­nent absur­des si on les réduit à leur fonc­tion. Quand j’é­tais à Trois Riv­ières pour le Fes­ti­val Inter­na­tion­al de la Poésie, les gens ont aimé les poèmes sur les vête­ments et les poèmes sci­en­tifiques comme “Ennu­age-moi” et “Quand les Temps éloignent les étoiles” – les fran­coph­o­nes les aiment comme du théâtre, et ils com­pren­nent le flirt.
Quelle est votre for­ma­tion et pourquoi écrivez-vous de la poésie ?
Pour moi la poésie est une forme de jeu – jeu de mots bien sûr, mais ça me per­met aus­si de faire des expéri­ences de pen­sée, c’est une façon de m’oc­cu­per des choses qui m’in­ter­ro­gent, d’analyser un événe­ment ou une idée pour en tir­er par­ti. Quand j’écris bien, je suis dans ce flux, c’est presqu’ad­dic­tif. Avoir une pra­tique poé­tique favorise mon atten­tion au monde, les détails, les développe­ments sci­en­tifiques, les pos­si­bil­ités de métaphore dans ce que dis­ent les gens et l’en­droit d’où ils par­lent, les ambi­gu­i­tés de lan­gage et d’idées sur l’évo­lu­tion, la physique, les maths et l’u­nivers. Les moteurs lin­guis­tiques dans les poèmes m’in­triguent, j’aime les poèmes dans lesquels il y a des piv­ote­ments qui réori­en­tent la lec­ture. Alors que je peux être mélan­col­ique, j’aime aus­si faire la fête et m’a­muser. Si je peux écrire quelque chose qui me fait rire, c’est une bonne chose.
Avez-vous le sen­ti­ment d’ap­partenir à un courant poé­tique par­ti­c­uli­er ? Quels sont vos mod­èles, les écrivains passés ou con­tem­po­rains qui comptent le plus pour vous ?
J’ig­nore si je suis mem­bre d’une quel­conque école, en tous cas, je n’ad­hère à aucune. Mon but est d’être lucide, je peux appréci­er l’im­por­tance d’une école comme L=A=N=G=U=A=G=E qui a mod­i­fié tout le paysage poé­tique, mais je suis trop attachée à la nar­ra­tion pour faire par­tie de leur groupe. Puis, je ne crois pas qu’un poème doive être linéaire ou rationnel : à quoi sert l’imag­i­na­tion si on ne peut imag­in­er que des choses ordi­naires ? Il y a tant de mer­veilleux poètes aus­traliens et néozé­landais ; j’ai une grande admi­ra­tion pour Judith Bev­eridge, maîtresse en paysages sonores, Joan Burnes pour son mor­dant et son usage du ver­nac­u­laire, la tech­nique bril­lante de Stephen Edgar, sa vir­tu­osité de pen­sée – tou­jours avec du coeur, Michael Sharkey pour son esprit et son agilité, David Mus­grave dont le récent livre The Anato­my of Voice est un tour de force. Kevin Ire­land et Eliz­a­bet Smither en Nou­velle-Zélande ont un esprit con­cen­tré et une pro­fondeur que j’aime beaucoup. 
Les poètes que j’ai lus et aimés au début sont Donne, Keats, Mar­vel, Coleridge, Thomas Wyatt, Heaney, Yeats, puis les pre­miers poètes aus­traliens, Ban­jo Pat­ter­son, Hen­ry Law­son, et Slessor aus­si, ils ont été essen­tiels pour moi et le sont tou­jours. Ado­les­cente, j’ai décou­vert Neru­da et Rim­baud, et j’en suis tombée amoureuse. Plus tard, j’ai eu le béguin pour Jean Bodel, Sapho et Eliz­a­beth Bish­op, et j’ai été impres­sion­née par Sharon Old, Lucille Clifton, Sylvia Plath, Wal­lace Stevens et John Berry­man. Akmath­o­va qui m’a offert l’ex­em­ple de ce pourquoi l’on doit écrire, Miroslav Hol­ub, pour sa pré­ci­sion et la façon de rompre avec les vieilles métaphores. Ici en Aus­tralie, j’ai récem­ment été mem­bre du jury du New­cas­tle Poet­ry Prize – il y avait de grands poèmes par John Wat­son, Ross Gillett and Caitlin Mail­ing, tous par­mi mes favoris main­tenant. Il y a tant à lire et relire. Toute­fois, pour moi, même si ça sem­ble un peu léger, ce qui compte, c’est le poème, pas le poète.
Nous avons par­lé de la tra­duc­tion comme un proces­sus et une com­mu­ni­ca­tion – que pour­riez-vous dire de votre expéri­ence au cours des tra­duc­tions que nous pub­lions aujourd’hui ?
Avoir son tra­vail traduit est un grand priv­ilège. J’ai récem­ment décou­vert qu’Ol­ga Aniki­na avait traduit en russe mon poème “Kare­lia” – situé en Russie, c’é­tait telle­ment par­fait pour ce poème que j’ai pleuré.Certains de mes poèmes, comme “Attente”, sem­blent si naturels en Français que je pense les préfér­er dans cette langue plutôt qu’en Anglais. Le tra­vail a été fasci­nant aus­si : le fait d’écrire des notes pour expli­quer cer­taines expres­sions, de dévelop­per cer­taines idées, m’a fait mieux com­pren­dre mon pro­pre tra­vail, et m’a fait saisir la dif­fi­culté de refaire le poème en Français. Ma con­nais­sance du Français est très lim­itée mais je le lis assez bien pour enten­dre la qual­ité de ces tra­duc­tions. Les aller-retours durant le tra­vail m’ont intéressée : pour moi, les ques­tions répétées étaient impor­tantes, je vois main­tenant que j’avais aus­si choisi de faire traduire quelques poèmes dif­fi­ciles – mais voilà !3 ils ont une autre vie en Français – ce sont des poèmes avec des séquences géné­tiques indépendantes.
 
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1You can read an essay of my find­ings in A Gan­der at Gen­der in ‘Aus­tralian Poet­ry Jour­nal Vol­ume 6, Issue 1’

2Un best-of et un essai sur ce pro­gramme m’avait été com­mandé par Kent Mac Carter et peut encore être enten­du sur https://cordite.org.au/essays/recording-archives-way-with-words/

3En Français dans le texte.

 

 

Interview with Carol Jenkins

 
You are a poet and a pub­lish­er of audio-record­ings of poet­ry : how did you come to both of these activ­i­ties (that is, as for the hen and the egg, which is first?) — what is the moti­va­tion for this spe­cial activ­i­ty (there are few sound-pub­lish­ers, if this word exist) ?
In 2003 I was seized with the need to write a nov­el. I was work­ing for the Nation­al Indus­tri­al Chem­i­cals Noti­fi­ca­tion and Assess­ment Scheme, where I wrote every­thing; ad copy, assess­ments, com­mit­tee papers, min­is­te­r­i­al brief­in­gs and draft­ing instruc­tions for leg­is­la­tion, but not nov­els and def­i­nite­ly not poet­ry. I had always writ­ten what I am told were amus­ing per­son­al let­ters. I’m a let­ter writer, I love the form, though now it is most­ly emails. So I wrote a nov­el and some poems, which I filed. To get some pub­li­ca­tion cred­its I sent out some poems, and I was incred­i­bly lucky that those first three poems I sent out were accept­ed — it made me realise how much it meant to me. Writ­ing is my per­fect job. 
Around about when I got my first iPod, 2006 maybe, I start­ed to lis­ten to poet­ry pod­casts. I like audio, I lis­ten when I’m gar­den­ing, cook­ing or walk­ing. Orig­i­nal­ly I start­ed to record my own work or my friends. Read­ing aloud is a great edi­to­r­i­al tool, and I bought some sim­ple record­ing equip­ment which I took to a poet­ry work­shop Wol­lon­gong in 2007. At that time Poet­ry Aus­tralian Foun­da­tion ran a ten day res­i­den­tial course. Every night there were won­der­ful read­ings by the tutors and the work­shop poets — I remem­bered say­ing one night , ‘I’m going to record every­one here’. I did, and pro­duced a CD to go with the anthol­o­gy that came out of the work­shop. My friend Mark Walm­se­ly, musi­can and audio engi­neer, showed me the basics of edit­ing and helped me with any tech­ni­cal prob­lems. I could see there was a need to record the Aus­tralian poets read­ing their own work, at the time ABC’s Radio Nation­al (ABC is the Aus­tralian Broad­cast­ing Com­mis­sion) had a week­ly poet­ry pro­gram but these were often actors read­ing the poems and it was not real­ly pos­si­ble to access their archive. I felt the Riv­er Road Poet­ry Series was time­ly and did an impor­tant job to record Aus­tralian poet­ry – poet­ry is a spo­ken as well as a writ­ten art, it would be a great pity not to record our poets. Oth­er coun­tries were record­ing their poets and at that time Aus­tralia wasn’t.
I have dif­fer­ent selec­tion meth­ods for record­ings. When I have I record­ed at res­i­den­tial work­shops, I am demo­c­ra­t­ic and record every­one there, so that is one or two poems from a num­ber of poets. That aside, I was sys­tem­at­ic in my selec­tion process. As part of anoth­er research project I col­lect and analyse data on the demo­graph­ics of anthol­o­gi­sa­tion of con­tem­po­rary Aus­tralian poets. You can read an essay of my find­ings in A Gan­der at Gen­der in ‘Aus­tralian Poet­ry Jour­nal Vol­ume 6, Issue 1’ In 2007 when I start­ed I sort­ed the data into the most anthol­o­gised, to get some­thing of a con­sen­sus across a num­ber of edi­tors as to who are the impor­tant poets, my top forty list! Now I see after analysing the data there was an across the board bias to old­er male poets – as I said to Judith Bev­eridge in about 2009 ‘we are stand­ing in the lob­by of the old boys’ club’ . Things have improved, anony­mous sub­mis­sions help and many more edi­tors now chose the poem not the poet. So I select­ed the most fre­quent­ly pub­lished poets, with the prac­ti­cal con­sid­er­a­tion thatn we need­ed an oppor­tu­ni­ty to get togeth­er — Aus­tralia is a big place. I was also con­scious of the need to record old­er poets while they are still here and in good voice. Anoth­er method I had was an anthol­o­gy with a theme, I’ve done three of these : New Felons – this was new voic­es instead of the usu­al sus­pects, Scis­sors, Fire, Paper, Water’ —a slight recast of the Chi­nese clas­sic, Scis­sors, Paper Rock , and then a favourite sub­ject for me, The Phi­los­o­phy of Clothes ( still available!) . 
On the audio front I also made 106 episodes of a short radio pro­gram called A Way with Words. Itplayed week­ly on a Can­ber­ra sta­tion Art­SounddFM. There is a ‘best of’ and short essay about the pro­gram that was com­mis­sioned by Kent McCarter from Cordite , so you can still hear a few gems from the vault at https://cordite.org.au/essays/recording-archives-way-with-words/
It takes a lot of time to record, and much more time to edit the record­ings and pro­duce a CD. I’ve got a back­log of edit­ing and all the work that goes with it —I’ve been very lazy for a cou­ple of years, and just focused on my own work as I was swamped. In the new year I will get back to edit­ing audio. 
What’s the impact of these pub­li­ca­tions on the lit­er­ary scene in Aus­tralia? Who are the poets you pub­lish, how do you select them?
I think the Riv­er Road Poet­ry Series has giv­en anoth­er media for the poets I’ve record­ed, and pro­mot­ed their work, espe­cial­ly because I’ve col­lab­o­rat­ed with both the UK Poet­ry Archive and the USA’s Poet­ry Foun­da­tion to fea­ture the Riv­er Road poets on both online poet­ry web­sites with text and audio. The Poet­ry Archive has been par­tic­u­lar good to work with, and I hope these col­lab­o­ra­tions do some­thing to raise the inter­na­tion­al pro­file of Aus­tralian poet­ry and the work of these poets. The record­ings pro­vide a cul­tur­al archive, when I rang Fay Zwicky – she lives in Perth – I heard this sigh of relief, she told me she had been wait­ing for some­one to record her work, she knew it was impor­tant. Peo­ple are very pos­i­tive about the record­ings and the poets have been won­der­ful to work with, I’ve made great friends and impor­tant­ly, for my own work, I see how their poems go togeth­er. As a poet I believe you need not just to read but to hear poet­ry, and again I hope that the series might have bought in a new audi­ence of lis­ten­ers and readers. 
I chose to present a selec­tion of poems about fab­rics, on Recours au Poème, while you’re known for your sci­en­tif­ic poems – how do these var­i­ous themes coex­ist in your work and inspiration ?
I love clothes and fab­ric, shoes and hats, cloth­ing and acces­sories are in a way the exter­nal­i­sa­tion of our per­son­al­i­ties, they give us oppor­tu­ni­ty for a lit­tle bit of the­atre, trib­al­ism, sen­su­al­ism. Mak­ing clothes, knit­ting or sewing, which I write about, has its par­al­lels with mak­ing poems, we decide we need to address some­thing, or dress some­thing and we find a sub­stance, cre­ate a pat­tern, and we make. There is a rhythm, a flu­id­i­ty to knits and fab­rics, a sen­su­ous­ness that I love to put into poems. For me too, clothes evoke mem­o­ry, as a child I had just a few love­ly clothes and I had names for all my dress­es, so yes, this con­nec­tion with cre­ations and words starts very ear­ly for me. In junior high school I took a sub­ject called Needle­work and I loved all the tech­ni­cal process­es of pro­duc­tion of fab­ric, I was the only one who was inter­est­ed about the biol­o­gy of the silk worm, the word ‘spin­neret’ seemed exquis­ite to me, and the chem­istry of mak­ing nylon intrigued me, and then there was the his­to­ry of cos­tume, which I just ate up . There is anoth­er thing about clothes, which is the way a mem­o­ry of an event is intrin­si­cal­ly linked to what I was wear­ing — the visu­al Made­line —and the way the clothes can be piv­otal to an event. The pro­found sen­su­al tac­til­i­ty of fab­ric and clothes, while we first meet or test it with our hands, it is what wrap our­selves in dai­ly, our sec­ond skins, our defence to cold and heat. And while I say clothes are the visu­al equiv­a­lent to Proust’s made­line, they also have their own olfac­to­ry sig­na­tures, our clothes smell not just of us but we do in them, think of the baker’s floury shirt, the mechanic’s oily over­alls. It is a heady mix­ture which I find an irre­sistible sub­ject. As if this is not enough, clothes also give us cul­tur­al tex­ture, and a short hand guide to char­ac­ter and class, in nov­els, a com­plete dimen­sion in a poem. All these fac­tors were in my moti­va­tion in mak­ing the audio anthol­o­gy CD The Phi­los­o­phy of Clothes.I see clothes and what they are made of as intrin­sic to the way the world works, and sci­ence is like this for me too. You can do so much in a poem about sci­ence, it can explain itself and some­thing else too, like being in love, or the way things can become absurd if you keep reduc­ing their func­tion­al­i­ty. When I was in Trois Riv­ieres for the Inter­na­tion­al Fes­ti­val de la Poe­sie, peo­ple loved the clothes poems and the sci­ence poems like Ennu­age-Moi and Quand Les Temps Eloignees Les Etoiles – the Fran­coph­o­nes love these as dra­ma, and they under­stand about flirting. 
What’s your for­ma­tion and why do you write poetry ?
For me poet­ry is a form of play — word-play of course but also it allows me to exper­i­ment with ideas, it’s a way to address things that have me puz­zled, to work through an event or an idea to find out some­thing. When I am writ­ing well, I am in that state of flow, it is quite addic­tive. Hav­ing a poet­ry prac­tice fos­ters my atten­tion to the world, the minu­ti­ae, devel­op­ments in sci­ence, the pos­si­bil­i­ties for metaphor in what peo­ple say and where, duplic­i­ties of lan­gauge and ideas about evo­lu­tion, physics, maths and the uni­verse. The lin­guis­tic engines in poems intrigue me, I love poems where there are piv­ot points that reori­ent the read­er. While I can be bleak, I like to cel­e­brate and to have fun. If I can write some­thing that makes myself laugh that is a good thing. 
Do you feel like belong­ing to a spe­cial poet­ry, linked to a school for ex. ? Who are your mod­els, the writ­ers who are most impor­tant for you (past and contemporary) ?
If I am a mem­ber of any school of poet­ry I don’t know it, in any case I don’t believe I sub­scribe to any. My aim is to be lucid, I can appre­ci­ate the impor­tance of schools like L=A=N=G=U=A=G=E, which has changed the whole land­scape of writ­ing, but I I am too addict­ed to nar­ra­tive to be in their school. Then I don’t believe a poem has to be lin­ear or ratio­nal, what is the point of imag­i­na­tion if you only imag­ine ordi­nary things?
There are so many won­der­ful Aus­tralian and New Zealand poets; I have great admi­ra­tion for Judith Bev­eridge who is a mas­ter of the son­ic-scape, Joanne burns – her per­fect magpie’s eye for the satir­ic aper­cu and the ver­nac­u­lar sauce, Stephen Edgar, his tech­ni­cal bril­liance, his vir­tu­os­i­ty of idea —all with heart, Michael Sharkey for his wit and deft­ness, David Mus­grave – his recent book The Anato­my of Voice is a tour de force, NZ’s Kevin Ire­land and Eliz­a­beth Smither have a con­cen­trat­ed wit and insight that I like a lot. The poets I read and loved first; Donne, Keats, Mar­vel, Coleridge, Thomas Wyatt, Heaney, Yeats, then there is the ear­ly Aus­tralians, Ban­jo Pat­ter­son, Hen­ry Law­son, and lat­er Slessor, were fun­da­men­tal to me then and still are. When I was in my teens found Neru­da and Rim­baud , and was in love with them. Lat­er I had crush­es on Jean Bodel, Sap­pho and Eliz­a­beth Bish­op, and was impressed by Sharon Old, Lucille Clifton, Sylvia Plath, Wal­lace Stevens and John­Ber­ry­man, Anna Akhma­to­va gave me this sin­gu­lar exam­ple of why things must be writ­ten, Miroslav Hol­ub for his pre­ci­sion and break­ing out from the old set of metaphors. Here in Aus­tralia I was recent­ly judge of the New­cas­tle Poet­ry Prize – there were great poems by John Wat­son, Ross Gillett and Caitlin Mail­ing, all on my read­er radar now. There is so much to read and read again. All said though for me, though it seems a bit fick­le, it is the poem not the poet.
We talked about trans­lat­ing as a process and a com­mu­ni­ca­tion: what could you say about your expe­ri­ence on these translations ?
Hav­ing work trans­lat­ed is a great priv­i­lege, I recent­ly found Olga Aniki­na trans­lat­ed my poem Kare­lia –which is set in Rus­sia —into Russ­ian, this was so per­fect for this poem that I cried. Some of my poems, for exam­ple Attente, are so nat­ur­al in French I think I like the French bet­ter than the Eng­lish. The process has been intrigu­ing too, writ­ing notes to explain cer­tain expres­sions, to expli­cate, has made me under­stand my own work bet­ter, and impress­es on the dif­fi­cul­ty to remake the poem in French. My French is very lim­it­ed but I can read enough to hear how well these trans­la­tions work. The back­wards and for­ward process is inter­est­ing, for me our dia­logue, the reit­er­a­tive ques­tions were impor­tant, I can see now I had set some hard poems to trans­late — but voila ! they have anoth­er life in French – they are poems of inde­pen­dent memes.

 

Dans la con­tin­u­a­tion de notre explo­ration du con­ti­nent poé­tique aus­tralien, nous vous présen­tons Car­ol Jenk­ins, poète et éditrice d’en­reg­istrements de poètes aus­traliens. Elle vit et tra­vaille près de Sid­ney, où elle se con­sacre à l’écri­t­ure, après avoir aban­don­né une car­rière dans un organ­isme gou­verne­men­tal d’é­val­u­a­tion des risques chim­iques. Les poèmes présen­tés ici ont été lus par l’au­teure au Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie de Trois-Riv­ières en octo­bre 2016, et sont extraits de la pla­que­tte “Ennu­age-moi, a bilin­gual col­lec­tion”, pub­liée par Riv­er Road Press  en sep­tem­bre 2016 (www.riverroadpress.net). Ils suiv­ent l’en­tre­tien qu’elle a accordé à Recours au Poème.

les tra­duc­tions sont de Mar­i­lyne Bertoncini

 

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Entretien avec Carol Jenkins

 

 

Vous êtes poète et éditrice d’en­reg­istrements audio de poésie : com­ment êtes-vous venues à ces deux activ­ités – qu’est-ce qui vous a motivée? (il y a peu d’édi­teurs audio)

 

En 2003, j’ai brusque­ment ressen­ti le besoin d’écrire un roman. Je tra­vail­lais pour le NICNAS, organ­isme gou­verne­men­tal d’é­val­u­a­tion de l’im­pact des pro­duits chim­iques indus­triels sur les Aus­traliens et l’en­vi­ron­nement. J’y rédi­geais toute sortes de doc­u­ments admin­is­trat­ifs ou légaux, mais pas de romans, et cer­taine­ment pas de la poésie. On m’avait tou­jours dit que mon cour­ri­er per­son­nel était amu­sant. Je suis une épis­tolière, j’aime cette forme, bien que désor­mais ce soient surtout des emails. J’ai donc écrit un roman et quelques poèmes, que j’ai classés. Pour obtenir une aide à la pub­li­ca­tion, j’en ai envoyé quelques uns, et j’ai eu la chance incroy­able de voir accepter ces trois pre­miers poèmes. Cela m’a fait com­pren­dre l’im­por­tance que cela avait pour moi. L’écri­t­ure est le tra­vail qui me convient.

 

Vers le moment où j’ai eu mon pre­mier iPod, vers 2006, j’ai com­mencé à écouter des pod­casts de poésie. J’aime écouter la radio, j’é­coute en jar­di­nant, cuisi­nant ou marchant. Au début, j’ai com­mencé à enreg­istr­er mes pro­pres travaux et ceux de mes amis. La lec­ture à voix haute est un grand out­il édi­to­r­i­al, et j’ai acheté du matériel d’en­reg­istrement rudi­men­taire que j’ai apporté à un ate­lier de poésie à Wol­lon­gong en 2007. A l’époque, la Fon­da­tion Aus­trali­enne de Poésie organ­i­sait un sémi­naire de dix jours en rési­dence ; il y avait chaque nuit de mer­veilleuses lec­tures faites par les tuteurs et les poètes de l’ate­lier – je me sou­viens avoir dit un soir “Je vais tous vous enreg­istr­er”. Je l’ai fait et j’ai pro­duit un CD pour accom­pa­g­n­er l’an­tholo­gie née de ces travaux. Mon ami Marc Walm­se­ly, musi­cien et ingénieur du son, m’a mon­tré les bases de l’édi­tion, et m’a aidée pour les prob­lèmes tech­niques. J’é­tais con­va­in­cue de la néces­sité d’en­reg­istr­er les poètes lisant leurs oeu­vres: à l’époque, la radio nationale d’ABC(Australian Broad­cast­ing Com­mis­sion) avait un pro­gramme heb­do­madaire de poésie, mais c’é­tait sou­vent des acteurs qui dis­aient les textes et il n’é­tait pas vrai­ment pos­si­ble d’avoir accès à leurs archives. J’ai sen­ti que la Série de Poésie de Riv­er Road tombait à point, et j’ai réal­isé un gros tra­vail d’en­reg­istrement de la poésie aus­trali­enne. La poésie est un art oral autant qu’écrit, c’é­tait vrai­ment dom­mage de ne pas enreg­istr­er nos poètes. D’autres pays le fai­saient, pas l’Australie.

 

Je procède de divers­es façons pour enreg­istr­er. Quand je tra­vaille à par­tir d’ate­liers de poésie, je suis démoc­ra­tique et j’en­reg­istre tous les par­tic­i­pants, avec un ou deux poèmes cha­cun. Autrement, j’ai été sys­té­ma­tique dans ma façon de sélec­tion­ner. Pour un autre pro­jet de recherche, ‚je recueille et analyse des don­nées sur la démo­gra­phie des antholo­gies de poésie aus­trali­enne1 En 2007 j’ai trié les don­nées pour dégager une sorte de con­sen­sus entre les édi­teurs sur quels poètes étaient selon eux les plus impor­tants : je m’aperçois main­tenant que ces don­nées priv­ilé­giaient les poètes mas­culins les plus âgés – ain­si que je l’ai dit à Judith Berveridge en 2009 : “nous sommes dans le lob­by du club des vieux mecs”. Les choses se sont améliorées, l’anony­mat des propo­si­tions aidant, un plus grand nom­bre de rédac­teurs choi­sis­sent le poème et non le poète. J’ai donc sélec­tion­né les poètes les plus pub­liés, avec le souci pra­tique de créer une com­mu­nauté – L’Aus­tralie est vaste. J’avais aus­si con­science de la néces­sité d’en­reg­istr­er des poètes plus âgés alors qu’ils étaient encore par­mi nous, avec une bonne voix. Une autre méth­ode a été de réalis­er une antholo­gie thè­ma­tique. J’en ai fait trois : New Felons – de nou­velles voix au lieu des habituelles, Scis­sors, Fire, Paper, Water -une sorte de recréa­tion du clas­sique chi­nois, Ciseaux, papi­er, rochers, et un sujet qui me tient à coeur, The Phi­los­o­phy of Clothes ( tou­jours disponible) . 

J’ai égale­ment réal­isé 106 épisodes petit for­mat d’un pro­gramme radio inti­t­ulé A Way with Words qui pas­sait chaque semaine sur une sta­tion FM de Can­ber­ra.2

Enreg­istr­er prend beau­coup de temps, et éditer et pro­duire un CD plus encore. J’ai accu­mulé du retard, et me suis con­cen­trée sur mon pro­pre tra­vail car j’é­tais sat­urée. L’an prochain, je me remets à l’édi­tion audio.

 

Quelle impor­tance ont ces pub­li­ca­tions sur la scène lit­téraire en Aus­tralie ? Quels sont les poètes que vous pub­liez, et com­ment les sélectionnez-vous?

 

Je pense que la série des Riv­er Road Petry a offert un nou­veau média aux poètes que j’ai enreg­istrés, en pro­mou­vant leur oeu­vre, en par­ti­c­uli­er parce que j’ai col­laboré avec le UK poet­ry archive et le USA Poet­ry Fon­da­tion, pour présen­ter ces poètes sur les sites on line avec textes et audio. J’ai beau­coup aimé tra­vailler avec Poet­ry Archive, et j’e­spère que ces col­lab­o­ra­tions aident à faire mieux con­naître inter­na­tionale­ment la poésie aus­trali­enne et le tra­vail de ces poètes. Les enreg­istrements per­me­t­tent une archive cul­turelle : quand j’ai appelé Fay Zwicky – elle vit à Perth – j’ai enten­du un soupir de soulage­ment — elle m’a dit qu’elle avait espéré que quelqu’un enreg­istre son tra­vail, elle savait que c’é­tait impor­tant. Les gens sont très favor­ables aux ren­reg­istrements, et tra­vailler avec les poètes a été mer­veilleux, je me suis fait de grands amis, et ce qui est impor­tant, pour mon pro­pre tra­vail, j’ai com­pris com­ment leurs poèmes vont ensem­ble. Comme poète, je crois que vous devez non seule­ment lire mais aus­si enten­dre de la poésie, et j’e­spère de nou­veau que la série ait gag­né un nou­veau pub­lic d’au­di­teurs et de lecteurs.

 

J’ai choisi de présen­ter une série de poèmes par­lant de tis­sus, alors que vous êtes con­nue aus­si pour vos poèmes sci­en­tifiques : com­ment ces dif­férents thèmes coex­is­tent-ils dans votre tra­vail et votre inspiration?

 

J’aime les vête­ments et les tis­sus, les chaus­sures et les cha­peaux : le vête­ment et ses acces­soires sont une façon d’ex­primer nos per­son­nal­ités, elle nous don­nent la pos­si­bil­ité de faire un peu de théâtre, de trib­al­isme, de sen­su­al­isme. Faire des vête­ments, tri­cot­er ou coudre, ce dont je par­le dans mon écri­t­ure, présente des points com­muns avec la fab­ri­ca­tion de poèmes, on décide de com­mu­ni­quer quelque chose, ou d’ha­biller quelque chose, et on trou­ve une sub­stance — on crée un dessin, et on con­stru­it Il ya un rythme, une flu­id­ité des tri­cots et des tis­sus, une sen­su­al­ité que j’aime met­tre en poèmes. Pour moi, les vête­ments évo­quent aus­si la mémoire : enfant, j’avais quelques beaux vête­ments, et j’avais un nom pour cha­cun, et donc, oui, cette con­nec­tion entre créa­tion et mots a com­mencé très tôt pour moi. Au col­lège, j’avais choisi un cours de travaux d’aigu­ille et j’aimais les tech­niques de pro­duc­tion des vête­ments, j’é­tais la seule intéressée par la biolo­gie du ver à soie, le mot fil­ière me sem­blait déli­cieux, et la chimie de la fab­ri­ca­tion du nylon m’in­triguait — et puis, il y avait l’his­toire du cos­tume, que j’ai dévorée. Encore une chose, à pro­pos des vête­ments : c’est la façon dont la mémoire d’un événe­ment est intrin­séque­ment liée à ce que je por­tais – une “madeleine” visuelle – et la façon dont les vête­ments peu­vent être cru­ci­aux pour un événe­ment. La pro­fonde sen­su­al­ité tac­tile des étoffes et vête­ments, la pre­mière fois que nous les ren­con­trons ou les testons de la main, c’est ce qui nous enveloppe au quo­ti­di­en, nos sec­on­des peaux, notre pro­tec­tion con­tre froid et chaleur. Et je dirais que les vête­ments sont l’équiv­a­lent visuel de la madeleine de Proust, ils ont aus­si leur pro­pre sig­na­ture olfac­tive. Nos vête­ments n’ont pas seule­ment notre odeur mais celle de ce que nous faisons en les por­tant – qu’on pense à la chemise cou­verte de farine du boulanger, au bleu de tra­vail grais­seux du mécani­cien.….. Ce mélange capi­teux est pour moi un sujet irré­sistible. Et si ceci ne suf­fit pas, les habits nous don­nent aus­si une tex­ture cul­turelle, un guide abrégé du car­ac­tère et de la classe sociale, dans les romans, et une dimen­sion absolue en poésie. Tous ces fac­teurs font par­tie de mon désir de faire le CD anthologique The Phi­los­o­phy of clothes.

Je vois les vête­ments et ce dont ils sont faits comme intrin­sèques à la façon dont le monde fonc­tionne, et la sci­ence pour moi fonc­tionne de la même manière. Vous pou­vez faire tant de choses dans un poème sur la sci­ence, il peut s’ex­pli­quer lui-même et expli­quer d’autres choses encore; comme être amoureux, ou bien la façon dont les choses devi­en­nent absur­des si on les réduit à leur fonc­tion. Quand j’é­tais à Trois Riv­ières pour le Fes­ti­val Inter­na­tion­al de la Poésie, les gens ont aimé les poèmes sur les vête­ments et les poèmes sci­en­tifiques comme “Ennu­age-moi” et “Quand les Temps éloignent les étoiles” – les fran­coph­o­nes les aiment comme du théâtre, et ils com­pren­nent le flirt.

 

Quelle est votre for­ma­tion et pourquoi écrivez-vous de la poésie?

 

Pour moi la poésie est une forme de jeu – jeu de mots bien sûr, mais ça me per­met aus­si de faire des expéri­ences de pen­sée, c’est une façon de m’oc­cu­per des choses qui m’in­ter­ro­gent, d’analyser un événe­ment ou une idée pour en tir­er par­ti. Quand j’écris bien, je suis dans ce flux, c’est presqu’ad­dic­tif. Avoir une pra­tique poé­tique favorise mon atten­tion au monde, les détails, les développe­ments sci­en­tifiques, les pos­si­bil­ités de métaphore dans ce que dis­ent les gens et l’en­droit d’où ils par­lent, les ambi­gu­i­tés de lan­gage et d’idées sur l’évo­lu­tion, la physique, les maths et l’u­nivers. Les moteurs lin­guis­tiques dans les poèmes m’in­triguent, j’aime les poèmes dans lesquels il y a des piv­ote­ments qui réori­en­tent la lec­ture. Alors que je peux être mélan­col­ique, j’aime aus­si faire la fête et m’a­muser. Si je peux écrire quelque chose qui me fait rire, c’est une bonne chose.

 

Avez-vous le sen­ti­ment d’ap­partenir à un courant poé­tique par­ti­c­uli­er ? Quels sont vos mod­èles, les écrivains passés ou con­tem­po­rains qui comptent le plus pour vous ?

 

J’ig­nore si je suis mem­bre d’une quel­conque école, en tous cas, je n’ad­hère à aucune. Mon but est d’être lucide, je peux appréci­er l’im­por­tance d’une école comme L=A=N=G=U=A=G=E qui a mod­i­fié tout le paysage poé­tique, mais je suis trop attachée à la nar­ra­tion pour faire par­tie de leur groupe. Puis, je ne crois pas qu’un poème doive être linéaire ou rationnel : à quoi sert l’imag­i­na­tion si on ne peut imag­in­er que des choses ordinaires?

Il y a tant de mer­veilleux poètes aus­traliens et néozé­landais ; j’ai une grande admi­ra­tion pour Judith Bev­eridge, maîtresse en paysages sonores, Joan Burnes pour son mor­dant et son usage du ver­nac­u­laire, la tech­nique bril­lante de Stephen Edgar, sa vir­tu­osité de pen­sée – tou­jours avec du coeur, Michael Sharkey pour son esprit et son agilité, David Mus­grave dont le récent livre The Anato­my of Voice est un tour de force. Kevin Ire­land et Eliz­a­bet Smither en Nou­velle-Zélande ont un esprit con­cen­tré et une pro­fondeur que j’aime beaucoup. 

Les poètes que j’ai lus et aimés au début sont Donne, Keats, Mar­vel, Coleridge, Thomas Wyatt, Heaney, Yeats, puis les pre­miers poètes aus­traliens, Ban­jo Pat­ter­son, Hen­ry Law­son, et Slessor aus­si, ils ont été essen­tiels pour moi et le sont tou­jours. Ado­les­cente, j’ai décou­vert Neru­da et Rim­baud, et j’en suis tombée amoureuse. Plus tard, j’ai eu le béguin pour Jean Bodel, Sapho et Eliz­a­beth Bish­op, et j’ai été impres­sion­née par Sharon Old, Lucille Clifton, Sylvia Plath, Wal­lace Stevens et John Berry­man. Akmath­o­va qui m’a offert l’ex­em­ple de ce pourquoi l’on doit écrire, Miroslav Hol­ub, pour sa pré­ci­sion et la façon de rompre avec les vieilles métaphores. Ici en Aus­tralie, j’ai récem­ment été mem­bre du jury du New­cas­tle Poet­ry Prize – il y avait de grands poèmes par John Wat­son, Ross Gillett and Caitlin Mail­ing, tous par­mi mes favoris main­tenant. Il y a tant à lire et relire. Toute­fois, pour moi, même si ça sem­ble un peu léger, ce qui compte, c’est le poème, pas le poète.

 

Nous avons par­lé de la tra­duc­tion comme un proces­sus et une com­mu­ni­ca­tion – que pour­riez-vous dire de votre expéri­ence au cours des tra­duc­tions que nous pub­lions aujourd’hui ?

 

Avoir son tra­vail traduit est un grand priv­ilège. J’ai récem­ment décou­vert qu’Ol­ga Aniki­na avait traduit en russe mon poème “Kare­lia” – situé en Russie, c’é­tait telle­ment par­fait pour ce poème que j’ai pleuré.Certains de mes poèmes, comme “Attente”, sem­blent si naturels en Français que je pense les préfér­er dans cette langue plutôt qu’en Anglais. Le tra­vail a été fasci­nant aus­si : le fait d’écrire des notes pour expli­quer cer­taines expres­sions, de dévelop­per cer­taines idées, m’a fait mieux com­pren­dre mon pro­pre tra­vail, et m’a fait saisir la dif­fi­culté de refaire le poème en Français. Ma con­nais­sance du Français est très lim­itée mais je le lis assez bien pour enten­dre la qual­ité de ces tra­duc­tions. Les aller-retours durant le tra­vail m’ont intéressée : pour moi, les ques­tions répétées étaient impor­tantes, je vois main­tenant que j’avais aus­si choisi de faire traduire quelques poèmes dif­fi­ciles – mais voilà !3 ils ont une autre vie en Français – ce sont des poèmes avec des séquences géné­tiques indépendantes.

 

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1You can read an essay of my find­ings in A Gan­der at Gen­der in ‘Aus­tralian Poet­ry Jour­nal Vol­ume 6, Issue 1’

2Un best-of et un essai sur ce pro­gramme m’avait été com­mandé par Kent Mac Carter et peut encore être enten­du sur https://cordite.org.au/essays/recording-archives-way-with-words/

3En Français dans le texte.

 

 

Interview with Carol Jenkins

 

You are a poet and a pub­lish­er of audio-record­ings of poet­ry : how did you come to both of these activ­i­ties (that is, as for the hen and the egg, which is first?) — what is the moti­va­tion for this spe­cial activ­i­ty (there are few sound-pub­lish­ers, if this word exist) ?

 

In 2003 I was seized with the need to write a nov­el. I was work­ing for the Nation­al Indus­tri­al Chem­i­cals Noti­fi­ca­tion and Assess­ment Scheme, where I wrote every­thing; ad copy, assess­ments, com­mit­tee papers, min­is­te­r­i­al brief­in­gs and draft­ing instruc­tions for leg­is­la­tion, but not nov­els and def­i­nite­ly not poet­ry. I had always writ­ten what I am told were amus­ing per­son­al let­ters. I’m a let­ter writer, I love the form, though now it is most­ly emails. So I wrote a nov­el and some poems, which I filed. To get some pub­li­ca­tion cred­its I sent out some poems, and I was incred­i­bly lucky that those first three poems I sent out were accept­ed — it made me realise how much it meant to me. Writ­ing is my per­fect job. 

 

Around about when I got my first iPod, 2006 maybe, I start­ed to lis­ten to poet­ry pod­casts. I like audio, I lis­ten when I’m gar­den­ing, cook­ing or walk­ing. Orig­i­nal­ly I start­ed to record my own work or my friends. Read­ing aloud is a great edi­to­r­i­al tool, and I bought some sim­ple record­ing equip­ment which I took to a poet­ry work­shop Wol­lon­gong in 2007. At that time Poet­ry Aus­tralian Foun­da­tion ran a ten day res­i­den­tial course. Every night there were won­der­ful read­ings by the tutors and the work­shop poets — I remem­bered say­ing one night , ‘I’m going to record every­one here’. I did, and pro­duced a CD to go with the anthol­o­gy that came out of the work­shop. My friend Mark Walm­se­ly, musi­can and audio engi­neer, showed me the basics of edit­ing and helped me with any tech­ni­cal prob­lems. I could see there was a need to record the Aus­tralian poets read­ing their own work, at the time ABC’s Radio Nation­al (ABC is the Aus­tralian Broad­cast­ing Com­mis­sion) had a week­ly poet­ry pro­gram but these were often actors read­ing the poems and it was not real­ly pos­si­ble to access their archive. I felt the Riv­er Road Poet­ry Series was time­ly and did an impor­tant job to record Aus­tralian poet­ry – poet­ry is a spo­ken as well as a writ­ten art, it would be a great pity not to record our poets. Oth­er coun­tries were record­ing their poets and at that time Aus­tralia wasn’t.

 

I have dif­fer­ent selec­tion meth­ods for record­ings. When I have I record­ed at res­i­den­tial work­shops, I am demo­c­ra­t­ic and record every­one there, so that is one or two poems from a num­ber of poets. That aside, I was sys­tem­at­ic in my selec­tion process. As part of anoth­er research project I col­lect and analyse data on the demo­graph­ics of anthol­o­gi­sa­tion of con­tem­po­rary Aus­tralian poets. You can read an essay of my find­ings in A Gan­der at Gen­der in ‘Aus­tralian Poet­ry Jour­nal Vol­ume 6, Issue 1’ In 2007 when I start­ed I sort­ed the data into the most anthol­o­gised, to get some­thing of a con­sen­sus across a num­ber of edi­tors as to who are the impor­tant poets, my top forty list! Now I see after analysing the data there was an across the board bias to old­er male poets – as I said to Judith Bev­eridge in about 2009 ‘we are stand­ing in the lob­by of the old boys’ club’ . Things have improved, anony­mous sub­mis­sions help and many more edi­tors now chose the poem not the poet. So I select­ed the most fre­quent­ly pub­lished poets, with the prac­ti­cal con­sid­er­a­tion thatn we need­ed an oppor­tu­ni­ty to get togeth­er — Aus­tralia is a big place. I was also con­scious of the need to record old­er poets while they are still here and in good voice. Anoth­er method I had was an anthol­o­gy with a theme, I’ve done three of these : New Felons – this was new voic­es instead of the usu­al sus­pects, Scis­sors, Fire, Paper, Water’ —a slight recast of the Chi­nese clas­sic, Scis­sors, Paper Rock , and then a favourite sub­ject for me, The Phi­los­o­phy of Clothes ( still available!) . 

 

On the audio front I also made 106 episodes of a short radio pro­gram called A Way with Words. Itplayed week­ly on a Can­ber­ra sta­tion Art­SounddFM. There is a ‘best of’ and short essay about the pro­gram that was com­mis­sioned by Kent McCarter from Cordite , so you can still hear a few gems from the vault at https://cordite.org.au/essays/recording-archives-way-with-words/

 

It takes a lot of time to record, and much more time to edit the record­ings and pro­duce a CD. I’ve got a back­log of edit­ing and all the work that goes with it —I’ve been very lazy for a cou­ple of years, and just focused on my own work as I was swamped. In the new year I will get back to edit­ing audio. 

 

What’s the impact of these pub­li­ca­tions on the lit­er­ary scene in Aus­tralia? Who are the poets you pub­lish, how do you select them?

 

I think the Riv­er Road Poet­ry Series has giv­en anoth­er media for the poets I’ve record­ed, and pro­mot­ed their work, espe­cial­ly because I’ve col­lab­o­rat­ed with both the UK Poet­ry Archive and the USA’s Poet­ry Foun­da­tion to fea­ture the Riv­er Road poets on both online poet­ry web­sites with text and audio. The Poet­ry Archive has been par­tic­u­lar good to work with, and I hope these col­lab­o­ra­tions do some­thing to raise the inter­na­tion­al pro­file of Aus­tralian poet­ry and the work of these poets. The record­ings pro­vide a cul­tur­al archive, when I rang Fay Zwicky – she lives in Perth – I heard this sigh of relief, she told me she had been wait­ing for some­one to record her work, she knew it was impor­tant. Peo­ple are very pos­i­tive about the record­ings and the poets have been won­der­ful to work with, I’ve made great friends and impor­tant­ly, for my own work, I see how their poems go togeth­er. As a poet I believe you need not just to read but to hear poet­ry, and again I hope that the series might have bought in a new audi­ence of lis­ten­ers and readers. 

I chose to present a selec­tion of poems about fab­rics, on Recours au Poème, while you’re known for your sci­en­tif­ic poems – how do these var­i­ous themes coex­ist in your work and inspiration?

 

I love clothes and fab­ric, shoes and hats, cloth­ing and acces­sories are in a way the exter­nal­i­sa­tion of our per­son­al­i­ties, they give us oppor­tu­ni­ty for a lit­tle bit of the­atre, trib­al­ism, sen­su­al­ism. Mak­ing clothes, knit­ting or sewing, which I write about, has its par­al­lels with mak­ing poems, we decide we need to address some­thing, or dress some­thing and we find a sub­stance, cre­ate a pat­tern, and we make. There is a rhythm, a flu­id­i­ty to knits and fab­rics, a sen­su­ous­ness that I love to put into poems. For me too, clothes evoke mem­o­ry, as a child I had just a few love­ly clothes and I had names for all my dress­es, so yes, this con­nec­tion with cre­ations and words starts very ear­ly for me. In junior high school I took a sub­ject called Needle­work and I loved all the tech­ni­cal process­es of pro­duc­tion of fab­ric, I was the only one who was inter­est­ed about the biol­o­gy of the silk worm, the word ‘spin­neret’ seemed exquis­ite to me, and the chem­istry of mak­ing nylon intrigued me, and then there was the his­to­ry of cos­tume, which I just ate up . There is anoth­er thing about clothes, which is the way a mem­o­ry of an event is intrin­si­cal­ly linked to what I was wear­ing — the visu­al Made­line —and the way the clothes can be piv­otal to an event. The pro­found sen­su­al tac­til­i­ty of fab­ric and clothes, while we first meet or test it with our hands, it is what wrap our­selves in dai­ly, our sec­ond skins, our defence to cold and heat. And while I say clothes are the visu­al equiv­a­lent to Proust’s made­line, they also have their own olfac­to­ry sig­na­tures, our clothes smell not just of us but we do in them, think of the baker’s floury shirt, the mechanic’s oily over­alls. It is a heady mix­ture which I find an irre­sistible sub­ject. As if this is not enough, clothes also give us cul­tur­al tex­ture, and a short hand guide to char­ac­ter and class, in nov­els, a com­plete dimen­sion in a poem. All these fac­tors were in my moti­va­tion in mak­ing the audio anthol­o­gy CD The Phi­los­o­phy of Clothes.

 

I see clothes and what they are made of as intrin­sic to the way the world works, and sci­ence is like this for me too. You can do so much in a poem about sci­ence, it can explain itself and some­thing else too, like being in love, or the way things can become absurd if you keep reduc­ing their func­tion­al­i­ty. When I was in Trois Riv­ieres for the Inter­na­tion­al Fes­ti­val de la Poe­sie, peo­ple loved the clothes poems and the sci­ence poems like Ennu­age-Moi and Quand Les Temps Eloignees Les Etoiles – the Fran­coph­o­nes love these as dra­ma, and they under­stand about flirting. 

 

What’s your for­ma­tion and why do you write poetry?

 

For me poet­ry is a form of play — word-play of course but also it allows me to exper­i­ment with ideas, it’s a way to address things that have me puz­zled, to work through an event or an idea to find out some­thing. When I am writ­ing well, I am in that state of flow, it is quite addic­tive. Hav­ing a poet­ry prac­tice fos­ters my atten­tion to the world, the minu­ti­ae, devel­op­ments in sci­ence, the pos­si­bil­i­ties for metaphor in what peo­ple say and where, duplic­i­ties of lan­gauge and ideas about evo­lu­tion, physics, maths and the uni­verse. The lin­guis­tic engines in poems intrigue me, I love poems where there are piv­ot points that reori­ent the read­er. While I can be bleak, I like to cel­e­brate and to have fun. If I can write some­thing that makes myself laugh that is a good thing. 

Do you feel like belong­ing to a spe­cial poet­ry, linked to a school for ex. ? Who are your mod­els, the writ­ers who are most impor­tant for you (past and contemporary)?

 

If I am a mem­ber of any school of poet­ry I don’t know it, in any case I don’t believe I sub­scribe to any. My aim is to be lucid, I can appre­ci­ate the impor­tance of schools like L=A=N=G=U=A=G=E, which has changed the whole land­scape of writ­ing, but I I am too addict­ed to nar­ra­tive to be in their school. Then I don’t believe a poem has to be lin­ear or ratio­nal, what is the point of imag­i­na­tion if you only imag­ine ordi­nary things?

 

There are so many won­der­ful Aus­tralian and New Zealand poets; I have great admi­ra­tion for Judith Bev­eridge who is a mas­ter of the son­ic-scape, Joanne burns – her per­fect magpie’s eye for the satir­ic aper­cu and the ver­nac­u­lar sauce, Stephen Edgar, his tech­ni­cal bril­liance, his vir­tu­os­i­ty of idea —all with heart, Michael Sharkey for his wit and deft­ness, David Mus­grave – his recent book The Anato­my of Voice is a tour de force, NZ’s Kevin Ire­land and Eliz­a­beth Smither have a con­cen­trat­ed wit and insight that I like a lot. The poets I read and loved first; Donne, Keats, Mar­vel, Coleridge, Thomas Wyatt, Heaney, Yeats, then there is the ear­ly Aus­tralians, Ban­jo Pat­ter­son, Hen­ry Law­son, and lat­er Slessor, were fun­da­men­tal to me then and still are. When I was in my teens found Neru­da and Rim­baud , and was in love with them. Lat­er I had crush­es on Jean Bodel, Sap­pho and Eliz­a­beth Bish­op, and was impressed by Sharon Old, Lucille Clifton, Sylvia Plath, Wal­lace Stevens and John­Ber­ry­man, Anna Akhma­to­va gave me this sin­gu­lar exam­ple of why things must be writ­ten, Miroslav Hol­ub for his pre­ci­sion and break­ing out from the old set of metaphors. Here in Aus­tralia I was recent­ly judge of the New­cas­tle Poet­ry Prize – there were great poems by John Wat­son, Ross Gillett and Caitlin Mail­ing, all on my read­er radar now. There is so much to read and read again. All said though for me, though it seems a bit fick­le, it is the poem not the poet.

 

We talked about trans­lat­ing as a process and a com­mu­ni­ca­tion: what could you say about your expe­ri­ence on these translations?

 

Hav­ing work trans­lat­ed is a great priv­i­lege, I recent­ly found Olga Aniki­na trans­lat­ed my poem Kare­lia –which is set in Rus­sia —into Russ­ian, this was so per­fect for this poem that I cried. Some of my poems, for exam­ple Attente, are so nat­ur­al in French I think I like the French bet­ter than the Eng­lish. The process has been intrigu­ing too, writ­ing notes to explain cer­tain expres­sions, to expli­cate, has made me under­stand my own work bet­ter, and impress­es on the dif­fi­cul­ty to remake the poem in French. My French is very lim­it­ed but I can read enough to hear how well these trans­la­tions work. The back­wards and for­ward process is inter­est­ing, for me our dia­logue, the reit­er­a­tive ques­tions were impor­tant, I can see now I had set some hard poems to trans­late — but voila ! they have anoth­er life in French – they are poems of inde­pen­dent memes.

 

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Marilyne Bertoncini

Mar­i­lyne Bertonci­ni, co-respon­s­able de la revue Recours au Poème, à laque­lle elle col­la­bore depuis 2013, mem­bre du comtié de rédac­tion de la revue <emPhoenix, doc­teur en Lit­téra­ture, spé­cial­iste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et traduit de l’anglais et de l’i­tal­ien. Elle est l’autrice de nom­breux arti­cles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont égale­ment pub­liés dans des antholo­gies, divers­es revues français­es et inter­na­tionales, et sur son blog :   http://minotaura.unblog.fr. Prin­ci­pales publications : Tra­duc­tions :  tra­duc­tions de l’anglais (US et Aus­tralie) : Bar­ry Wal­len­stein, Mar­tin Har­ri­son, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Car­ol Jenk­ins ( Riv­er road Poet­ry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secan­je Svile, Mémoire de Soie, Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac,  juin 2015 Instan­ta­nés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeu­vre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEn­cre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wan­da Mihuleac Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L’An­neau de Chill­i­da, L’Ate­lier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Car­ole Mes­ro­bian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novem­bre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gravures de Wan­da Mihuleac, et une post­face de Lau­rent Gri­son, Tran­signum , mars 2019. Memo­ria viva delle pieghe/mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Gian­car­lo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche biographique com­plète sur le site de la MEL : http://www.m‑e-l.fr/marilyne-bertoncini,ec,1301 )