> “En remontant l’histoire” du Journal des Poètes

“En remontant l’histoire” du Journal des Poètes

Par | 2018-05-07T15:45:47+00:00 5 mai 2018|Catégories : Focus, Journal des Poètes|

Avec constance, dans chaque livrai­son, le Journal des Poètes offre à ses lec­teurs un consis­tant dos­sier consa­cré aux poé­sies du monde : après deux volets sur la poé­sie fémi­nine des Roms, puis sur la Moldavie, la Grèce, et un numé­ro consa­cré aux voix contem­po­raines israé­liennes, dans un dos­sier dont nous par­lons dans la revue des revues, c’est la poé­sie croate qui fait l’objet d’un double dos­sier dont la pre­mière par­tie inau­gure l’année.

Ce pre­mier numé­ro 2018 du JDP – déno­mi­na­tion par sigle équi­va­lant pour moi aux dimi­nu­tifs affec­tueux et autres appe­la­tions hypo­co­ris­tiques qui témoignent de la fami­lia­ri­té avec un vieil ami tou­jours retrou­vé avec plai­sir – inau­gure une nou­velle rubrique consa­crée à son his­toire. C’est vrai : on ignore bien sou­vent, quand on lit une publi­ca­tion, le che­mi­ne­ment de sa crois­sance – et le secret, ici, de sa lon­gé­vi­té. En effet, la revue, belge, aujourd’hui ani­mée par Yves Namur, Philippe Mathy et Jean-Marie Corbusier, est née le 4 avril 1931 – “entre deux guerres”, sous un for­mat “jour­nal” de quatre pages à déplier (bien loin de la publi­ca­tion élé­gante sous son actuelle cou­ver­ture crème au logo noir et rouge, ornée d’une oeuvre en fron­tis­pice. Le pre­mier numé­ro affi­chait comme ambi­tieux slo­gan “Notre pro­gramme ? Poésie” et le désir ain­si for­mu­lé de créer

un lieu de débat, sans autre consen­sua­li­té de prin­cipe que ce ser­vice du fait poé­tique” et donc “d’accueillir toute la poé­sie sans exclu­sives, explo­rer, ne pas refu­ser le débat, mais tour­ner la page des avant-gardes et des guerres esthé­tiques.”

Combien de mots il fau­drait sou­li­gner tant ils nous “parlent” ! Combien ce pro­jet – tou­jours vivant, presqu’un siècle plus tard, alors que, chan­gé le mil­lé­sime, l’Histoire se retourne, dans d’inquiétants sou­bre­sauts – nous rap­pelle à la vigi­lance la plus vive : la luci­di­té poé­tique. On n’acccepte pas de s’occuper d’une revue bran­dis­sant fiè­re­ment comme un éten­dard le titre de Recours au Poème sans être sen­sible à cette fra­ter­ni­té de pen­sée ! C’est ce même pro­jet de résis­tance qui ins­pi­ra, en mai 2013, la créa­tion de notre revue par Gwen Garnier-Duguy, dans une ver­sion exclu­si­ve­ment numé­rique – à laquelle nous tenons – choi­sie pour atteindre à moindre coût un maxi­mum de lec­teurs, et dif­fu­ser la poé­sie vivante de notre époque comme ultime recours contre la médio­cri­té, la dis­so­lu­tion des valeurs, la mer­chan­di­sa­tion glo­bale et de l’humain aus­si. La poé­sie, “les poé­sies, sans exclu­sives”, dans l’union de la lutte contre la per­di­tion de notre huma­ni­té : voi­là le pro­jet, la voie que nous sui­vons.

Oui, le véné­rable Journal des Poètes est notre frère en poé­sie – et ce dès le pre­mier numé­ro, dont nous sont pro­po­sés trois textes, selon un dis­po­si­tif qui sera celui de cette rubrique d’anamnèse de la revue ;

Le pre­mier est un écrit cri­tique de Pierre Bourgeois, inti­tu­lé “Plaidoyer pour la poé­sie impure”. Philippique enflam­mée aux for­mules qui claquent, où je relève deux phrase à médi­ter. D’abord :

L’homme étant une com­bi­nai­son plus ou moins variable de luci­di­té et d’inconscience, que la poé­sie accepte de s’affirmer simul­ta­né­ment sur le double plan de l’obscur ravis­se­ment et de la clar­té mys­té­rieuse

puis cette conclu­sion :

Ainsi la poé­sie est le sys­tème D appli­qué à la paci­fi­ca­tion pro­vi­soire des choses éter­nelles.

un poète belge – ici Maurice Carême, et un poète étran­ger, Witold Wandurski pour ce pre­mier numé­ro, com­plétent le dis­po­si­tif. Le Belge autant que le Polonais pré­sen­taient dans ces pages des poèmes “enga­gés”- assez sur­pre­nant pour le pre­mier dont les éco­liers apprennent des vers où l’on ne ren­contre pas ce “Dieu (qui) regarde cou­ler /​ Le limon noir /​ des ouvriers.”

Le second, “Poète-pro­lé­taire”, décrit une jour­née de mee­tings et de luttes, qui se clôt par ces deux vers magni­fiques de réa­lisme ET de spi­ri­tua­li­té :

L’orteil gelé brûle en ses sou­liers béants.
Mais l’espoir, ce fila­ment chauf­fé à blanc, couve sous la cendre.

En ce mois de fleurs et de luttes, il me sem­blait évident de mettre en exergue de ce numé­ro de Recours au Poème le numé­ro mémo­riel du  Journal des Poètes, en for­mant le voeu que l’union de toute notre volon­té poé­tique main­tienne vive la flamme de l’humain en nous, aiguise le regard sur les vio­lences et les injus­tices, offre un hori­zon aux âmes déses­pé­rées.

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, cores­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit.
Ses textes et pho­tos paraissent dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Ses tra­duc­tions de poètes anglais et aus­tra­liens et son recueil, Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème édi­teurs, comme sa tra­duc­tion des poèmes de Ming Di, Livre des 7 Vies, et Histoire de Famille, illus­trés par Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum en mars 2015.

Une pre­mière ver­sion de La Dernière Oeuvre de Phidias est parue en 2016 chez Encres Vives.

Dernières publications

  • Æncre de Chine, livre ardoise avec Wanda Mihuleac, édi­tions Transignum, 2016
  • La Dernière œuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur, 2017
  • Aeonde, La Porte, 2017,
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
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