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Résonance Générale

Par |2018-09-02T12:26:36+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Résonance générale, Revue des revues|

La der­nière livrai­son de la revue, diri­gée par Serge Martin, Laurent Mourey et Philippe Païni, s’accompagne d’un billet de l’éditeur annon­çant la fin de cette aven­ture édi­to­riale – ce dont tout lec­teur se déso­le­ra, autant en rai­son de la qua­li­té des conte­nus que de l’élégance de cette publi­ca­tion en cahiers cou­sus, façon­nés de façon tra­di­tion­nelle, et impri­mée sur un beau papier ivoire.

Ce qui carac­té­ri­sait (il me pèse de l’écrire au pas­sé) l’esprit de Résonance géné­rale, c’était son « refus de la sépa­ra­tion lire-écrire-pen­ser-vivre » – refus éga­le­ment de la sépa­ra­tion entre poème et théo­rie, d’où le sous-titre cahiers pour la poé­tique

S’ouvrant sur un édi­to com­mun des « rédac­teurs de la revue » inti­tu­lé « Manifeste conti­nué », chaque livrai­son regroupe les textes en dip­tyque 1 dont les titres sont repris sur la cou­ver­ture.

« Insaisissables danses, tes miracles » annonce le numé­ro 8, qui pré­sente des textes de Charles Pennequin, Matthieu Gosztola, Alfred Jarry, Thierry Romagné, Frédérique Cosnier, Guy Perrocheau et Serge Riman, ain­si qu’un cahier de pho­tos noir & blanc d’Adèle Godefroy.

Le poé­tique « mani­feste » – rien d’explicatif, dans ces textes limi­naires que le lec­teur reçoit comme un poème-essai en prose d’ouverture – est ins­crit sous l’égide des dan­seurs de L’Iliade (livre XVIII) et cite, outre Georges Did-Huberman Patrick Boucheron et Alice Godfroy. Je retiens ces lignes du pre­mier : « N’est pas n’est que pas dan­sé-mou­vant et c’est ce qui fait corps et phrase /​En lon­gueurs inégales pas en res­sac non plus dans les rythmes la fibre (…) » et  ce pas­sage dont la réso­nance me met en condi­tion d’accueil des textes et poèmes qui suivent :

 tout ce qui fait conso­nance est la meilleure voie vers la nuit

la soli­tude et le silence sans aucune ser­vi­tude dog­ma­tique

pour déployer l’espace inté­rieur d’une danse même dis­so­nante

où s’entend tou­jours la plu­ra­li­té des corps vifs ou morts 

Résonance géné­rale : cahiers pour la poé­tique,
revue semes­trielle, numé­ros 8 et 9
L’Atelier du grand tétras, 128 p, 12 euros.

 

*

C’est par l’intermédiaire de Théodore de Banville que « La Ronde des nuits debout » dans le numé­ro neuf, se place elle, sous le dra­peau de l’insurrection ; patro­nage dont la sur­prise se dis­sipe dès l’abord : il s’agit du poète des « heures heu­reuses » sous l’égide duquel se place l’édito jubi­la­toire et cri­tique. On y sou­ligne ce qui fait l’originalité de la revue : son côté col­lec­tif, sans reven­di­ca­tion d’ego – un col­lec­tif dans lequel le poète, parce qu’il incarne la marge, a sa place pour « mettre le doigt là où ça para­bole » – faire sens avec les évé­ne­ments, entraî­nés dans « la rOnde » (sic) qui clôt aus­si la livrai­son de façon tout à fait exem­plaire. Françoise Delorme, Rolf Doppenberg, Nathalie Garbelli et Isabelle Sbrissa se sont enga­gés dans un échange cir­cu­laire de poèmes – « une écri­ture sin­gu­lière et col­lec­tive, une ronde poé­tique qui se construit au fil des textes et que nous envoyons dans des enve­loppes tim­brées » entre le 23 mars 2015 et le 21 sep­tembre 2016, nous don­nant à lire seize textes libre­ment ins­pi­rés les uns des autres, par un jeu de dépla­ce­ments, d’échos et de réso­nances, qui sus­cite des par­cours ludiques de lec­ture – jeu dont on aurait aimé qu’il se pro­longe, comme ce flux sou­ter­rain évo­qué dans le der­nier cour­rier :

 

et la rivière sou­ter­raine

comme une Durance d’en bas,

une durance sous-sol 

toute une Provence phréa­tique s’abouche à la mer

durance de fond

ses eaux douces viennent se mêler à l’eau de mer

même son embou­chure est sous les eaux 

 

Entre les deux – le mani­feste aux cou­leurs de révolte, et la confluence ima­gi­naire de cette durance poé­tique – on décou­vri­ra une série de réflexions sous forme de poèmes d’Arnaud Le Vac.  « Une vie humaine » inter­roge les idéo­lo­gies de notre siècle, les désastres du pré­cé­dent, et sous le titre « Soleil, cou cou­pé » (où l’on recon­naît le der­nier vers de Zone, d’Apollinaire ), inter­roge la fonc­tion de l’artiste ou du poète :

 

« Pas d’erreur sur l’heure,

c’est de ce siècle

que l’on voit et parle aujourd’hui.

D’un sujet autre­ment

sou­ve­rain.

Et de ce qu’il aura fal­lu vivre :

l’esprit en fuite,

le rire en tête,

la vie dans tous ses états,

pour recon­naître et célé­brer

ce qui importe. »

 

Guy Perrocheau, Angèle Casanova (avec dix poèmes autour de « pan­dore eve épouse de Barbe bleue » et de la ten­ta­tion sco­pique), Chantal Danjou, dont on relève la magni­fique image « l’Horizon est le chien rouge qui s’approche de la nuit », Marie Desmée et le texte d’Alexis Hubert sur les lavis de Philippe Agostini com­posent la pre­mière par­tie « des nuits debout ». Serge Ritman ouvre la seconde, consa­crée à « la rOnde » déjà évo­quée.

Une par­tie « on conti­nue » pro­pose, p. 112, des notes de lec­ture, et p. 118, Serge Martin offre aux lec­teurs un texte pro­ve­nant d’une jour­née d’études à La Sorbonne Nouvelle en juin 2017, qu’il inti­tule « Pasolini et le pathos ou le poème au plus près », dans lequel la phi­lo­so­phie qui a gui­dé les années « Résonances Générale » et son « énon­cia­tion échoïque » (p. 123) se trouvent magni­fiées et expli­ci­tées. Je ne peux qu’inciter le lec­teur de cette note à se pré­ci­pi­ter sur le site de l’éditeur pour se pro­cu­rer ce numé­ro et le sui­vant, le dix et der­nier, hélas.

 

 

 


Notes

  1. on en trouve la liste sur le site de l’éditeur, avec la pos­si­bi­li­té d’acheter les numé­ros res­tant, ain­si que le numé­ro 10, qui clôt la série, au prix excep­tion­nel de 10 euros  []

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit de l’anglais et de l’italien. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, dans des antho­lo­gies, et sur son blog :  http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions :

Traductions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • autres tra­duc­tions :
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille, Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015
  • Instantanés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018

Poèmes per­son­nels : 

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’auteure, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novembre 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître mars 2019)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

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