> Apollinaire, Le Flâneur des deux rives

Apollinaire, Le Flâneur des deux rives

Par |2018-11-05T18:42:48+00:00 5 novembre 2018|Catégories : Critiques, Guillaume Apollinaire|

Encore un tout petit volume qui tient bien dans la poche du pro­me­neur qui le consulte – encore que ce « flâ­neur des deux rives » puisse se lire comme un immo­bile voyage dans le temps.

Merci aux édi­tions de l’éclat, diri­gées par Michel Valensi et Patricia Farazzi, à qui l’on doit la superbe pré­face fort poé­tique de cette réédi­tion accom­pa­gnée d’un dos­sier pho­to fort inté­res­sant, et d’une note sur le texte où l’on ana­lyse le mon­tage « cubiste » – à la façon des œuvres des amis du poète, Braque, Picasso ou Juan Gris – de ce petit livre (dont les « papiers col­lés » repro­duits en fac-simi­lé aident à com­prendre la construc­tion) qui refond, réduit, enri­chit – retra­vaille – des articles anté­rieurs 1, sans doute à la demande de Blaise Cendras et Jean Cocteau pour les Editions de la Sirène.

Etrangement, nous dit cette note, ce livre – post­hume – n’est pas évo­qué, sinon dans deux lettres à Cocteau, comme s’il appar­te­nait « à une inti­mi­té secrète » du poète, « comme l’ombre « frap­pée en plein cœur » par un éclat d’obus de La Promenade de l’ombre, évo­luant sans corps dans les rues de « la petite ville », Le Flâneur suit le par­cours déro­bé d’un rêve éveillé (…) »

Qu’on l’ait déjà par­cou­rue, dans l’édition de La Pléiade, ou dans l’une des édi­tions ori­gi­nales, cette flâ­ne­rie apol­li­nienne – outre la pré­face que je recom­mande vive­ment – a tous les charmes mélan­co­liques d’une pro­me­nade entre lieux réels et ima­gi­naires, aux sources de la créa­tion apol­li­na­rienne qui,  ain­si que l’écrit Patricia Farazzi, est bien proche de la nôtre, géné­ra­tion d’ « enfants nés entre les brouillards et les tour­nants des siècles (qui) avons appris à mar­cher sur des pavés inégaux. Aussi inégaux que nos classes sociales et nos condi­tions de loge­ment, comme on disait encore alors. Funambules sans rire au fil de son eau sombre, char­riant embar­ca­tions et sui­ci­dés » – « jeu­nesse » si proche de Guillaume que l’on ne peut que le tutoyer, le lire les larmes aux yeux.

Apollinaire, Le Flâneur des deux rives, édi­tions de l’éclat/éclats,
avec une pho­to­gra­phie de l’auteur et quelques illus­tra­tions,
pré­face de Patricia Farazzi, 128 p , 7 euros.


Notes

  1. les pp. 124-125 retracent la com­po­si­tion des dif­fé­rents cha­pitres[]

mm

Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit de l’anglais et de l’italien. Ses textes et pho­tos sont publiés dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, dans des antho­lo­gies, et sur son blog :  http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Principales publi­ca­tions :

Traductions : 

  • tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
  • autres tra­duc­tions :
  • Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
  • Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015
  • Histoire de Famille, Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015
  • Instantanés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018

Poèmes per­son­nels : 

  • Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
  • Aeonde, La Porte, 2017
  • AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
  • La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017
  • L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
  • Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’auteure, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novembre 2018
  • Sable, sur des gra­vures de Wanda Mihuleac, Transignum (à paraître mars 2019)

(fiche bio­gra­phique com­plète sur le site de la MEL : http://​www​.​m​-​e​-​l​.fr/​m​a​r​i​l​y​n​e​-​b​e​r​t​o​n​c​i​n​i​,​e​c​,​1​301 )

X