Barry Wallenstein : Tony’s Blues (extrait)

Par |2019-07-06T19:21:45+02:00 6 juillet 2019|Catégories : Essais & Chroniques|

Tony, héros de la suite de poèmes pub­liée sous le titre de “Tony’s blues“1 est un per­son­nage urbain, los­er mar­gin­al et rêveur, auquel  la ville de New-York a fourni le cadre — dans ce que Chan­tal Dupuy-Dunier2 décrit fort juste­ment comme un “poème-BD, feuil­leton, film améri­cain avec un rythme de blues pour la bande-son3″  — nous vous pro­posons de le redé­cou­vrir ici, trois ans après sa pub­li­ca­tion en France,  à tra­vers deux extraits : 

 

Tony’s Blade

 

Blade imag­ines it has memories
(sad blade, so delusional).
Its hes­i­ta­tion, shy­ness, on the table
sig­nals noth­ing.          Or mind
has moved it that way.

Blade is with­out conscience
rid­ing beneath the table’s edge—
no glint—
more shad­ow there than flash.

It slides easily
along an anger­less morning.
It nev­er pro­pels the hand.
It knows the natures of string,
of apple, and peach,
and the stuck lock.

The neigh­bor’s tires are safe
not for slashing,
but, to tell the truth,
some days  blade needs sharpening.

 

 

 

Le couteau de Tony

 

La lame s’imag­ine qu’elle a des souvenirs
(pau­vre lame com­plète­ment délirante).
Qu’elle hésite, qu’elle soit gauche sur la table
ne veut rien dire.         Ou bien l’esprit
l’a déplacée.

La lame sans conscience
se promène sous le bord de la table —
pas de réflexion —
pas plus d’om­bre en elle que de lucidité.

Elle glisse aisément
le long d’un matin sans colère.
Jamais elle ne propulse la main.
Elle con­naît la nature des liens,
celle des pommes et des pêches,
et de la ser­rure bloquée. 

Les pneus du voisin sont intacts,
pas tailladés,
mais, soyons clairs,
la lame, par­fois,  doit s’aiguiser.

 

 

                     

*

 

 

Tony the Pothead

 

Tony reads the news
smokes a joint
bites his lip hard, spins
and goes out to see the stylist;
have his hair turned red.

—It’s about time
his inner voice sings.
—Why so dull for so long?
He does­n’t hear a thing.

Walk­ing with a new head
with­in the city’s tendrils,
he’s a bob­bing red flame,
an aspect; elec­tric boots and
a belt that shines have him flying.

In all this
Tony for­gets what he’s read:
he left hand col­umn of print
fades to blue;
the right hand column
too fades to blue.

But a mem­o­ry on page 7
holds him like a damp finger
on fresh ice.
Images of waste unconfuse—briefly:
nuclear moun­tains in the suburbs
waves of poi­son overflowing
his stash obscured, even his charm
by the images, cold and funny
as in Death.

Smoke drifts by from around the corner
lift­ing Tony, slight­ly, waft­ing him home.

 

 

Tony, fumeur d’herbe

 

Tony lit le journal
fume un joint
se mord un bon coup les lèvres, pirouette
et sort voir le coiffeur :
il veut avoir les cheveux rouges.

— il était temps
chan­tonne sa voix intérieure.
— Si terne, si longtemps, pourquoi ?
Il n’en­tend  absol­u­ment rien.

Avec sa nou­velle tête, il se promène
dans les vrilles de la ville,
flamme rouge qui s’agite,
pure apparence :  bottes élec­triques et
cein­ture bril­lante le font planer.

Avec tout ça
Tony oublie ce qu’il a lu :
la colonne imprimée de gauche
vire au bleu; 
la colonne de droite
s’efface aus­si, et devient bleue. 

Mais un sou­venir à la page 7
le colle sur place comme un doigt mouillé
sur de la glace.
Très claire­ment des images d’im­mondices– en bref: 
mon­tagnes nucléaires dans les banlieues
trop-plein de vagues tox­iques sur 
ses dos­es, éclip­sées, tout comme son charme 
par ces images, étranges et froides 
comme la Mort.

La fumée qui dérive du coin de la rue
emporte Tony, comme une plume,  jusque chez lui. 

 

 

 

 

 

 ______________________

notes

1 ‑Bar­ry Wal­len­stein,  Tony’s Blues, édi­tion numérique bilingue, traduit par Mar­i­lyne Bertonci­ni, Recours au Poème édi­teurs, 2014 (indisponible)

2 — Chan­tal Dupuy-Dunier, “L’En­vers des con­tes de fées”, in Terre à Ciel 
http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2014/12/barry-wallenstein-tonys-blues-par-chantal-dupuy-dunier.html

3 — poète et per­former, Bar­ry Wal­len­stein dit ses textes accom­pa­g­nés de jazz — le CD  Tony’s Blues, qui regroupe la plu­part des textes retenus pour l’édi­tion bilingue,  est tou­jours disponible ici : https://musicians.allaboutjazz.com/tonys-blues-barry-wallenstein

 

Présentation de l’auteur

Barry Wallenstein

Bar­ry Wal­len­stein is the author of eight col­lec­tions of poet­ry, the most recent being At the Sur­prise Hotel and Oth­er Poems [Ridge­way Press, 2016] and Dras­tic Dis­lo­ca­tions: New and Select­ed Poems [New York Quar­ter­ly Books, 2012].  His poet­ry has appeared in over 100 jour­nals, includ­ing Ploughshares, The Nation, Cen­ten­ni­al Review, and Amer­i­can Poet­ry Review. 

Among his awards are the Poet­ry Soci­ety of America’s Lyric Poet­ry Prize, (l985), and Push­cart Poet­ry Prize Nom­i­na­tions, 2010, 2011. He has had res­i­dent fel­low­ships at The Mac­dow­ell Colony, Hawthorn­den Cas­tle in Scot­land, Fun­dación Val­paraiso in Spain and Casa Zia Lina on Elba, Italy.

A spe­cial inter­est is the pre­sen­ta­tion of poet­ry read­ings in col­lab­o­ra­tion with jazz.  He has made sev­en record­ings of his poet­ry with jazz, the most recent being Lucky These Days, to be released by Cadence Jazz Records in April 2012A pre­vi­ous CD, Eupho­ria Ripens, was list­ed among the “Best New Releas­es” in the jour­nal, All About Jazz (Decem­ber 2008).

Bar­ry is an Emer­i­tus Pro­fes­sor of Lit­er­a­ture and Cre­ative Writ­ing at the City Uni­ver­si­ty of New York and an edi­tor of the jour­nal, Amer­i­can Book Review.  In his capac­i­ty as Pro­fes­sor of Eng­lish at City Col­lege he found­ed and direct­ed the Poet­ry Out­reach Cen­ter, and for 35 years coor­di­nat­ed the all-inclu­­sive city­wide Annu­al Spring Poet­ry Fes­ti­val. He remains an active advi­sor and par­tic­i­pant in the program.

Textes

Autres lec­tures

BARRY WALLENSTEIN

  Je con­nais Bar­ry Wal­len­stein et j’ai le plaisir de traduire ses poèmes depuis 2005 : j’en­seignais alors à Men­ton, et je souhaitais que mes élèves ren­con­trent le poète, alors en rési­dence à […]

Une sorte de bleu…

Bar­ry Wal­len­stein, Tony’s Blues, tra­duc­tion par Mar­i­lyne Bertonci­ni Zéno Bianu et Yves Buin, San­tana De toutes les étoiles Zéno Bianu, Petit éloge du bleu « Une sorte de bleu », « A Kind of Blue », comme une […]

Barry Wallenstein, Tony’s blues

Tout est inso­lite dans ce minus­cule recueil de 12 cm sur 16,5 cm de l’éditeur « Pourquoi viens-tu si tard ? » Seize poèmes de Bar­ry Wal­len­stein sont sélec­tion­nés par la poète-traductrice […]

mm

Marilyne Bertoncini

Mar­i­lyne Bertonci­ni, co-respon­s­able de la revue Recours au Poème, à laque­lle elle col­la­bore depuis 2013, mem­bre du comtié de rédac­tion de la revue <emPhoenix, doc­teur en Lit­téra­ture, spé­cial­iste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et traduit de l’anglais et de l’i­tal­ien. Elle est l’autrice de nom­breux arti­cles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont égale­ment pub­liés dans des antholo­gies, divers­es revues français­es et inter­na­tionales, et sur son blog :   http://minotaura.unblog.fr. Prin­ci­pales publications : Tra­duc­tions :  tra­duc­tions de l’anglais (US et Aus­tralie) : Bar­ry Wal­len­stein, Mar­tin Har­ri­son, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Car­ol Jenk­ins ( Riv­er road Poet­ry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secan­je Svile, Mémoire de Soie, Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac,  juin 2015 Instan­ta­nés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeu­vre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEn­cre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wan­da Mihuleac Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L’An­neau de Chill­i­da, L’Ate­lier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Car­ole Mes­ro­bian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novem­bre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gravures de Wan­da Mihuleac, et une post­face de Lau­rent Gri­son, Tran­signum , mars 2019. Memo­ria viva delle pieghe/mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Gian­car­lo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche biographique com­plète sur le site de la MEL : http://www.m‑e-l.fr/marilyne-bertoncini,ec,1301 )
Aller en haut