Dans le numéro d’hiv­er du JDP, un dossier sur la poésie israeli­enne, réal­isé par Esther Orner et Mar­lena Braester,  précédé d’un hom­mage à Israël Eli­raz, dont 5 recueils ont été pub­liés par Le Tail­lis Pré entre 2000 et 2008.  La diver­sité des voix poé­tiques, soulignée par la la sélec­tion, retient l’at­ten­tion – en par­faite har­monie avec la philoso­phie d’ou­ver­ture de la revue, telle qu’elle est définie depuis l’o­rig­ine, ain­si que je le sig­nalais dans l’édi­to, con­sacré au numéro suivant(1) 11–2018, 87ème année, dossier “La poésie croate‑1” . On y croise les mots du con­tes­tataire Meir Wieselti­er, pour lequel “la fleur de l’a­n­ar­chie se bal­ance encore dans le vent”, ou ceux de Riv­ka Miri­am, dont les poèmes évo­quent la famille et la reli­gion avec une ten­dresse malicieuse :

 

Le Jour­nal des Poètes, 4–2017, 86ème année, dossier “Voix de la poésie israéli­enne”, et 10 euros le numéro ou par abon­nement – infor­ma­tions sur le site https://lejournaldespoetes.be/abonnement/

Quand les juifs se por­tent sur leurs pro­pres épaules / ils per­dent leur poids / leurs poids / leur poids passe aux livres / qui grossis­sent et grossissent.

Raquel Chal­fi explore le côté poé­tique du monde sci­en­tifique : “Je nav­igue nav­igue nav­igue / dans l’im­mense univers des atom­es de / ma vie minus­cule” tan­dis que Maya Bejer­a­no pro­pose des haïkus sur la vie quo­ti­di­enne. C’est l’ac­tu­al­ité – vio­lences, atten­tats, viol – et leur réper­cus­sion sur les liens humains qui con­stitue l’amer arrière-plan des poèmes présen­tés par Anat Zecharia : “Nous dis­ons le mal pour le bien, le bien pour le mal / idées sombres”.

Cofon­da­teur de la “Gueril­la de la cul­ture”, Roy Chicky Arad nous implique dans son poème :

Le moyen de niquer le sys­tème : le grand lac

Viens te join­dre avec moi dans le grand lac

Pourquoi suis-je seul dans le grand lac?

Rien ne vous empêche de venir au grand lac

Par exem­ple, toi, lecteur,

Ne dis pas “je ne suis que le lecteur”,

Retrousse ton pan­talon, jette le maillot,

Viens main­tenant dans le grand lac !

Décidé­ment, c’est un auteur que j’aime beau­coup : entre une shadok­i­enne “cri­tique acide de la pas­soire / Insur­rec­tion con­tre les petits trous / Rébel­lion con­tre son avid­ité stérile” et un texte appli­quant stricte­ment l’in­jonc­tion du titre : “Mono”, les poèmes “Le fas­cisme” et “Patri­ote” revis­i­tent à rebrousse-respect ces ter­mes avec lesquels on dresse les foules à l’obéis­sance, ou les unes con­tre les autres.

Des textes de Mar­lena Braester et Esther Orner, qui ont réal­isé ce dossier, com­plè­tent ce bref panora­ma, dont on aurait aimé qu’il y ait un deux­ième vol­ume, comme pour la poésie croate. Des belles images de la pre­mière, je retiendrai “les vagues-dunes traî­nent muettes / le futur d’un passé tou­jours plus présent”, et de la sec­onde, le titre , “Etrangers à l’en­droit”, de cet ensem­ble de brèves nota­tions en prose, où l’é­trangeté naît de la pré­ci­sion du détail observé.

On ne par­lera pas aujour­d’hui des autres par­ties de ce numéro, tou­jours rich­es de propo­si­tions, des “coups de coeur” à Jean-Marc Sour­dil­lon et Pierre Dhain­aut, des deux beaux ensem­bles de “Paroles en archipel” et “Voix Nou­velle”, com­plétés par les cri­tiques et présen­ta­tions d’ ”A livre ouvert” et “Poésie-panora­ma’. On se con­tentera d’in­viter le lecteur à vis­iter le site de la revue, afin de s’y abonner.

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Marilyne Bertoncini

Mar­i­lyne Bertonci­ni, co-respon­s­able de la revue Recours au Poème, à laque­lle elle col­la­bore depuis 2013, mem­bre du comtié de rédac­tion de la revue <emPhoenix, doc­teur en Lit­téra­ture, spé­cial­iste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et traduit de l’anglais et de l’i­tal­ien. Elle est l’autrice de nom­breux arti­cles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont égale­ment pub­liés dans des antholo­gies, divers­es revues français­es et inter­na­tionales, et sur son blog :   http://minotaura.unblog.fr. Prin­ci­pales publications : Tra­duc­tions :  tra­duc­tions de l’anglais (US et Aus­tralie) : Bar­ry Wal­len­stein, Mar­tin Har­ri­son, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Car­ol Jenk­ins ( Riv­er road Poet­ry Series, 2016) autres tra­duc­tions : Secan­je Svile, Mémoire de Soie, Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 Livre des sept vies , Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac,  juin 2015 Instan­ta­nés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018 Poèmes per­son­nels :  Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015 La Dernière Oeu­vre de Phidias, Encres Vives, avril 2016 Aeonde, La Porte, 2017 AEn­cre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wan­da Mihuleac Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, édi­tions Imprévues, 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur , mars 2017 L’An­neau de Chill­i­da, L’Ate­lier du Grand Tétras, 2018 Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Car­ole Mes­ro­bian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novem­bre 2018 Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gravures de Wan­da Mihuleac, et une post­face de Lau­rent Gri­son, Tran­signum , mars 2019. Memo­ria viva delle pieghe/mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Gian­car­lo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019 (fiche biographique com­plète sur le site de la MEL : http://www.m‑e-l.fr/marilyne-bertoncini,ec,1301 )

Notes[+]