> Entretien avec Shuhrid Shahidullah

Entretien avec Shuhrid Shahidullah

Par | 2018-02-19T10:24:46+00:00 24 février 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

Cet entretien avec le poète bengali Shuhrid Shahidullah était programmé depuis longtemps, mais l'actualité politique récente, et les crimes et intimidations répétés contre des écrivains et des éditeurs au Bangladesh, jusque dans les allées de la grande Foire du livre d'Ekushey*, donne à ce témoignage et à cette analyse de la situation de la culture dans ce pays un écho particulier que nous souhaitions partager avec nos lecteurs. (English version follows)

 

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Marilyne Bertoncini : Shuhrid, mer­ci d'accepter cet entre­tien pour Recours au Poème. J'avais pré­pa­ré quelques ques­tions pour toi, et je me suis ren­du compte que tu pou­vais avoir envie de répondre aus­si au ques­tion­naire inti­tu­lé "Contre le Simulacre", que nous avons pro­po­sé à des poètes fran­çais sur l'état de l'esprit poé­tique en France – mais dont le thème me semble tou­cher plus lar­ge­ment le monde. Sens-toi libre de répondre aux ques­tions que tu pré­fères, comme tu l'entends.

Tu as déjà publié des poèmes sur ces pages il y a quelques années, et nos lec­teurs auront cer­tai­ne­ment été sur­pris par ta poé­sie, très dif­fé­rente de l'idée que l'on s'en fait habi­tuel­le­ment : pas de lyrisme, pas d'images brillantes, mais une pro­fonde pré­oc­cu­pa­tion poli­tique pour le monde, ton pays et tes com­pa­triotes : peux-tu nous expli­quer en quelques mots la situa­tion poli­tique et his­to­rique de ton pays, et ses liens avec ta poé­sie ?

Shuhrid : Je suis un poète impar­fait, dans un monde impar­fait. Mon pays, le Bangladesh, en fait par­tie. Il est consi­dé­ré comme un pays du Tiers-Monde, situé en Asie du Sud. Historiquement, dans la socié­té de l'Asie du Sud, l'acquisition du savoir et de la sagesse pré­va­lait for­te­ment sur la pra­tique d'autres pro­fes­sions, comme le com­merce – La socié­té était pai­sible et non-vio­lente. C'était une éco­no­mie de type agri­cole. Nous n'envahissions aucun pays, alors. Mais nous avons été enva­his de nom­breuses fois, par des puis­sances étran­gères, dont  les Moghols, et bien sûr,  les Européens (Hollandais, Français, Britanniques). Les Européens sont venus ici ten­ter leur chance dans le com­merce. Plus tard, avec l'argent et la vio­lence, ils se sont ingé­niés  pour deve­nir les maîtres de cette région. Les Britanniques nous ont diri­gés pen­dant deux cents ans, de 1757 à 1947. Ils sont par­ve­nus à détruire notre sys­tème d'éducation et nous ont gen­ti­ment offert un sys­tème édu­ca­tif qui forme des fonc­tion­naires au ser­vice du royaume de Sa Majesté.

 Le Bangladesh a gagné son indé­pen­dance du Pakistan en 1971, après une san­glante guerre de libé­ra­tion qui a coû­té la vie à 3 mil­lions de Bengalis. En terme de dimen­sion de mas­sacre en un temps limi­té, il s'agit du deuxième plus grand géno­cide depuis la deuxième Guerre Mondiale. Auparavant, nous avons été la pre­mière nation à don­ner notre sang pour main­te­nir l'honneur de notre langue mater­nelle Bengali, que nous appe­lons Bangla. Le 21 février a été décla­ré Jour International de notre Langue Maternelle par les Nations Unies.

On voit ain­si que, bien qu'étant une nation paci­fique, nous avons subi de nom­breux tour­ments poli­tiques. L'histoire de mon pays est à la fois glo­rieuse et frus­trante. Après l'indépendance, la plu­part du temps, nous avons été diri­gés par des juntes mili­taires sou­te­nues par les puis­sances du monde. Depuis les années 90, nous avons ce qu'on peut appe­ler un gou­ver­ne­ment démo­cra­tique avec une brève inter­rup­tion en 2007-2008, quand un gou­ver­ne­ment sou­te­nu par les mili­taires est arri­vé au pou­voir. Mais la classe diri­geante de ce pays est le porte-dra­peau d'enjeux étran­gers. Nous disions adieu au colo­nia­lime en 1957, mais nous por­tons tou­jours cette his­toire dans notre sang. Au nom de l'aide huma­ni­taire et du déve­lop­pe­ment, le colo­nia­lisme est encore très pré­sent dans ce pays. Seuls 64% des gens savent écrire leur nom, et par­tant de là, nous décla­rons que 64% de la popu­la­tion est édu­quée. De par sa posi­tion stra­té­gique géo-poli­tique, le Bangladesh fait par­tie des plans prio­ri­taires des super­puis­sances. C'est pour­quoi nous subis­sons si sou­vent l'impact des poli­tiques glo­bales.

Du point de vue éco­no­mique, il y a un fos­sé tou­jours plus grand entre ceux qui pos­sèdent quelque chose et les autres. L'exploitation tra­verse toute la socié­té, empê­chant mon peuple de déve­lop­per plei­ne­ment des qua­li­tés humaines.

La beau­té de cette nation est qu'elle ne se plaint même pas vrai­ment. L'influence du sou­fisme et du bau­lisme**  rend mes com­pa­triotes indif­fé­rents à la vie ter­restre. Ceci rend mon peuple indif­fé­rent à la vie ter­restre. Ils ont tou­jours été plus mys­tiques que reli­gieux.  Toutefois, le récent essor du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux a lui aus­si lais­sé des traces. Ces der­nières années, des écri­vains ont été tués ; un grand nombre d'entre eux est en dan­ger.  L'état uti­lise la cen­sure, ban­nis­sant des livres, arrê­tant des auteurs.

Ceci a un rap­port avec ma poé­sie. Je veux inté­grer ces faits à mes poèmes, de façon poé­tique. Le trau­ma­tisme colo­nial, le conflit poli­tique, l'extrémisme, l'omniprésente exploi­ta­tion de mon peuple, les enjeux glo­baux des struc­tures de pou­voir, tout ce qui a lieu dans le monde et aux franges de celui-ci, je veux que tout ceci fasse par­tie de mes poèmes. Je veux révé­ler ce qui est caché sous la sur­face. Je veux déco­der les signi­fi­ca­tions pour les enco­der dans des sens dif­fé­rents. Ainsi, mes poèmes ne sont pas un blog poli­tique, je suis à la fois poli­tique et apo­li­tique. Je mène la vie de la petite bour­geoi­sie, mais je rêve qu'un jour le pro­lé­ta­riat s'unira et me chas­se­ra de ma zone de confort. Ils met­tront le feu au bureau sur lequel j'écris. Je veux voir si mes mots sur­vi­vront à ce feu ou devien­dront des cendres. Tous mes poèmes sont des prières trom­peuses – la spi­ri­tua­li­té d'un non-croyant.

 

L'une de tes façons d'être enga­gé dans la vie poli­tique et lit­té­raire de ton pays est ton acti­vi­té de rédac­teur en chef – peux-tu nous par­ler de ces acti­vi­tés et de la scène lit­té­raire au Bangladesh ?

Depuis 16 ans, nous publions un petit maga­zine nom­mé Shirdanra (colonne ver­té­brale). Je suis l'un des co-fon­da­teurs de cette revue. Nous la diri­geons col­lec­ti­ve­ment. Ahmed Nakib et Laku Rashman sont mes coédi­teurs. L'un est un poète pro­li­fique et l'autre un cinéaste. Nous avons aus­si un édi­teur qui tra­vaille dans le même esprit : Ulukhar Publications. Notre ami Sagar Nil Knan, pro­prié­taire de cette mai­son d'éditions, publie des auteurs mar­gi­naux, qui n'écrivent que dans de petites revues et ignorent la ten­ta­tion de deve­nir des écri­vains connus sur la scène lit­té­raire grand public. Pour autant que je sache, Ulukhar est la seule mai­son d'édition du pays qui agisse ain­si pour les auteurs mar­gi­naux, en cou­rant le risque de pertes finan­cières.

Franchement, je ne suis pas satis­fait de ce que nous avons fait jusqu'à pré­sent avec ce maga­zine. Au Bangladesh, l'intérêt pour la lit­té­ra­ture dans la socié­té n'est pas très signi­fi­ca­tif. Je cite­rais Hanif Qureshi : "Autrefois, il y avait de la culture, main­te­nant, il y a les achats." Sans doute est-ce un juge­ment un peu exa­gé­ré pour mon pays où tant d'habitants vivent sous le seuil de pau­vre­té. Mais l'influence de la socié­té consu­mé­riste est très pré­sente. Nous avons échoué à pour­voir le plus grand nombre avec une édu­ca­tion cor­recte. Et ils n'ont rien à faire de la poé­sie. Les autres, les gens pré­ten­du­ment culti­vés, ne veulent plus pen­ser. Ils veulent des dis­trac­tions bas de gamme, qui ne requièrent pas de réflexion. Ils ont la télé et Facebook pour se dis­traire. Dans le même temps, les gens se tournent de plus en plus vers la reli­gion depuis les atten­tats du 9/​11 aux USA. Il y a un mélange bizarre d'économie émer­gente dans le cadre cultu­rel d'un  mar­ché ouvert enva­his­sant.

La lit­té­ra­ture grand public aus­si est influen­cée par ces faits. De plus, elle est contrô­lée par les mai­sons d'édition popu­listes du Bangladesh. Ainsi, la lit­té­ra­ture grand public sert les buts du mar­ché. ShirdaNra vou­lait être une pla­te­forme alter­na­tive pour de jeunes écri­vains. Nous espé­rions qu'ils pro­vo­que­raient une arri­vée de colère explo­sive avec des pen­sées neuves et de l’énergie pour la socié­té. Pas seule­ment par le conte­nu, nous espé­rions que les jeunes poètes sur­gi­raient aus­si avec des formes d’avant-garde. Comme notre but n’est pas de ser­vir le mar­ché, mais plu­tôt de créer une voix cri­tique capable de défier l’establishment, nous sommes d’une cer­taine façon mar­gi­na­li­sés sur la scène lit­té­raire. Toutefois, nous ne sommes pas encore déçus. En tant qu’éditeur, je veux que mon maga­zine demeure la pla­te­forme alter­na­tive pour des écri­vains poten­tiels.

 

 

Si tu devais défi­nir la poé­sie en quelques mots, que dirais-tu ?

Pour moi, la poé­sie est l’épanchement d’une âme bles­sée qui saigne. L’âme est bles­sée parce qu’on lui a inter­dit de se déve­lop­per pour elle. La poé­sie est un désir de beau­té cos­mique. Mais le monde a dres­sé de nom­breux murs devant nos yeux pour nous empê­cher de le voir dans tout son éclat. Notre âme essaie de les pous­ser sans cesse – et se blesse. Sans la lumière de la beau­té cos­mique, elle demeure incom­plète. Elle pleure. Ces pleurs de l’âme, nous les appe­lons poé­sie.

D’un autre côté, la poé­sie est aus­si pour moi un miroir magique. Quand je me tiens devant, j’y vois un être pré­his­to­rique, un tueur rusé qui se ment à lui-même. C’est le moi qui a per­du la capa­ci­té d’aimer, même soi. De l’autre côté du miroir, niant la cha­leur du mer­cure qui brûle, la beau­té attend de m’embrasser. Atteindre ses bras est mon but ultime. Mais le miroir est si magique qu’il ne me lais­se­ra jamais le tra­ver­ser. La poé­sie n’est pas la beau­té elle-même ; elle est pro­messe de la beau­té jamais ren­con­trée.

 

Voici le questionnaire Contre le Simulacre – Enquête sur l’état de l’esprit poétique contemporain :

1)    Recours au Poème affirme l’idée d’une poé­sie conçue comme action poli­tique et méta-poé­tique révo­lu­tion­naire : et vous ? (vous pou­vez, natu­rel­le­ment, ne pas être en accord avec nous, ou à être d’accord dans un sens dia­mé­tra­le­ment oppo­sé au nôtre)

Je vous rejoins jusqu'à un cer­tain point. Tout est poli­tique. La poé­sie est l'essence de ce "tout". Ainsi elle ne peut être que poli­tique. Le nier serait inhu­main. Mais l'important est de savoir quelle poli­tique on défend. La poé­sie peut aus­si être un ins­tru­ment d'exploitation. Elle peut être uti­li­sée contre l'homme et la nature, comme d'autres formes d'art, le ciné­ma par exemple.

En lien avec ceci et la méta-poé­tique révo­lu­tion­naire, j'aimerais pou­voir te lire mon der­nier livre, paru en février. La tra­duc­tion anglaise de ce long poème est "L'Emergence du Camp de la Mort". Le fond est très poli­tique. Il traite de l'inhumanité qui enva­hit le monde et mon pays. Mais en même temps, c'est un pro­jet ambi­tieux sur le plan de la forme éga­le­ment. Il défie la forme tra­di­tion­nelle de la poé­sie. Non, il n'est pas expé­ri­men­tal. Il est plus que cela.  Commençant  par une inter­pré­ta­tion tra­di­tion­nelle des muses, il se met à déli­rer. Il uti­lise le dis­cours raco­leur d'un ven­deur de rues, des études de cas tirés d'un pro­jet de recherche, des dia­logues de ciné­ma, des col­lages et des mon­tages, bribes de romans, poin­tillisme pic­tu­ral etc. Hélas, le poème n'est pas tra­dui­sible ; il four­mille de réfé­rences locales qui per­draient leur force dans la tra­duc­tion. C'est le sort de mes nom­breux poèmes.

 

2)    « Là où croît le péril croît aus­si ce qui sauve ». Cette affir­ma­tion de Hölderlin parait-elle d’actualité ?

C'est natu­rel – c'est ce qui est beau dans la nature. C'est ain­si que la nature main­tient son équi­libre. Mais de nos jours, nous ten­tons d'être plus forts qu'elle. Rien n'est garan­ti entre les mains de l'homme. Nous sommes des dan­gers en crois­sance qui bloquent tous les moyens de gué­rir. La poé­sie est le seul remède qui reste au monde. Et elle est en grand dan­ger main­te­nant, elle aus­si. Peu lisent la poé­sie de nos jours. Autant que je sache, Recours au Poème a dû ces­ser son acti­vi­té d'éditions. Je n'en connais pas la rai­son pré­cise, mais je peux ima­gi­ner que le manque de lec­teurs est l'une des prin­ci­pales rai­sons. Dans mon pays, répu­té comme très culti­vé et poé­tique, les livres de poé­sie les plus ven­dus sont tirés à 500 exem­plaires. Oui, cinq cents, dans un pays de 160 mil­lions d'habitants.

Ainsi, je doute fort que l'optimisme pro­phé­tique d'Hölderlin soit encore à l'ordre du jour. Le seul remède que je vois aujourd'hui est la des­truc­tion. La com­plète des­truc­tion de la pré­ten­due civi­li­sa­tion humaine et l'émergence d'une nou­velle civi­li­sa­tion, si nous en avons encore le désir.

 

3)    « Vous pou­vez vivre trois jours sans pain ; – sans poé­sie, jamais ; et ceux d’entre vous qui disent le contraire se trompent : ils ne se connaissent pas ». Placez-vous la poé­sie à la hau­teur de cette pen­sée de Baudelaire ?

J'aimerais pou­voir le dire pour moi-même. Comme décla­ra­tion, c'est tel­le­ment puis­sant que seul un génie poé­tique comme Baudelaire peut le dire. Laisse-moi citer l'un de nos poètes ( Sukanta Bhattachariya, mort en 1947, seule­ment âgé de 21 ans). Il a dit : "O, poé­sie, je t'abandonne main­te­nant ; dans le royaume de la faim, le monde est pro­saïque : même la pleine lune res­semble à un roo­ti grillé" (pain rond tra­di­tion­nel).

Je peux vivre trois jours sans pain, bien sûr, si je peux avoir du riz à la place. Ah, ah, ah ! Mais je peux sur­vivre aus­si bien des jours sans poé­sie. En tant que forme artis­tique, je suis plus inté­res­sé par le ciné­ma que par la poé­sie. Malheureusement, je ne peux pas faire de films. Je peux seule­ment écrire de la poé­sie, de la poé­sie impar­faite, plus pré­ci­sé­ment, comme je te le disais plus tôt. Je peux m'arrêter n'importe quand d'écrire de la poé­sie et me lan­cer dans le com­merce d'esclaves, comme Rimbaud, le pre­mier vision­naire. Au mar­ché des esclaves, ma pre­mière affaire serait de me vendre moi-même. Mais si je pense à moi-même, c'est ce que je fais chaque jour. Me vendre sous une forme dif­fé­rente, c'est le mot qui signi­fie main­te­nir une famille, avoir la paix en socié­té, essayer d'être un bon citoyen et un consom­ma­teur pri­vi­lé­gié du mar­ché mon­dia­li­sé où vous avez tou­jours "deux pour le prix d'un".

A la fin, c'est tou­jours la poé­sie qui me rap­pelle que je suis encore un être humain, et qu'une chose reste à vendre. C'est mon âme bles­sée qui me pousse à écrire de la poé­sie, ou lire au milieu de la nuit, après avoir regar­dé les débats télé­vi­sés de poli­tique, les débats aca­dé­miques sur le géno­cide et l'immigration illé­gale, sur les chaînes télé­vi­sées, et la por­no­gra­phie sur inter­net. Pendant long­temps,  la vie a été enchaî­née, par­tielle et défor­mée. Je ne suis pas cer­tain que la poé­sie ait tant de per­ti­nence ici.

Mais je suis tout à fait d'accord avec la fin de la décla­ra­tion, quand Baudelaire écrit "ils ne savent pas, ils ne se connaissent pas. Je suis l'un d'entre eux." Et j'adore Baudelaire.

 

 

4)    Dans Préface, texte com­mu­né­ment connu sous le titre La leçon de poé­sie, Léo Ferré chante : « La poé­sie contem­po­raine ne chante plus, elle rampe (…) A l'école de la poé­sie, on n'apprend pas. ON SE BAT ! ». Rampez-vous, ou vous bat­tez-vous ?

J'ai étu­dié la lit­té­ra­ture anglaise. Mais  je n'ai rien appris sur la poé­sie grâce à mes pro­fes­seurs et à l'institution, sinon un sorte de jar­gon. Je n'y retour­ne­rais pas. Je pré­fé­re­rais me battre plu­tôt que de faire des devoirs. Je veux apprendre de la vie. Et la vie est pleine de chaos. Avoir un ins­tinct de lut­teur peut y être utile. L'histoire de la poé­sie est une his­toire de révolte. Si vous êtes un bon élève docile à l'école de la poé­sie, alors, vous avor­tez la ter­rible nais­sance d'un nou­veau poème ;  dans ce cas, vous ne faites que répé­ter vos grand-parents-poètes.

 

5)    Une ques­tion double, pour ter­mi­ner : Pourquoi des poètes (Heidegger) ?  En pro­lon­ge­ment de la belle phrase (détour­née) de Bernanos : la poé­sie, pour quoi faire ?

Les poètes ne m'intéressent pas par­ti­cu­liè­re­ment. Je ne les trouve pas dif­fé­rents des autres hommes. Dans ce cas, j'aimerais répé­ter M. Heidegger un peu dif­fé­rem­ment : "L'homme, pour quoi faire?" Toutefois, j'aimerais creu­ser la ques­tion "La poé­sie, pour quoi faire?" Dans le monde ordi­naire, la poé­sie a un rôle. Le pre­mier rôle de la poé­sie est le sabo­tage. Saboter le code éta­bli du monde, le lan­gage fixé qui forme et gou­verne notre conscient et notre sub­cons­cient. Le role de la poé­sie est donc l'anarchie ; dou­ter de tout ce que la civi­li­sa­tion veut nous ensei­gner. Alors, un espace pour une vraie créa­ti­vi­té émer­ge­ra et la pésie sera de nou­veau capable de chan­ter pour les muses. Le sens géné­ral de la vie est quelque peu stag­nant de nos jours. Nous nous répé­tons et nous imi­tons. La poé­sie peut révé­ler la véri­té pro­fonde de la vie et nous infor­mer que ce n'est pas du tout "notre" vie.  Nous vivons d'autres vies que les nôtres. Dans les dys­fonc­tion­ne­ments de la grande phi­lo­so­phie qui inclut les reli­gions, la poé­sie reste seule pour nous par­ler de la vie dont nous vou­lions jouir, et que nous n'aurons jamais tant que nous vivrons.

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* http://​www​.pier​re​mar​tial​.com/​B​a​n​g​l​a​d​e​s​h​-​l​e​-​p​a​y​s​-​o​u​-​e​d​i​t​e​u​r​s​-​e​c​r​i​v​a​i​n​s​-​e​t​-​l​e​c​t​e​u​r​s​-​d​e​f​e​n​d​e​n​t​-​l​e​s​-​l​i​v​r​e​s​-​j​u​s​q​u​-​a​-​l​a​-​m​o​r​t​_​a​2​3​8​.​h​tml

**(les Bauls sont  un groupe de ménes­trels ben­ga­lis mys­tiques qui couvre l'état indien du Bengale de l'Ouest et le Bangladesh. Les Bauls sont à la fois une secte reli­gieuse syn­cré­tique et une tra­di­tion musi­cale. C'est un groupe hété­ro­gène, com­pre­nant de nom­breuses sectes,  mais ses membres sont prin­ci­pa­le­ment des hin­dous Vaishnava et des sou­fis musul­mans.)

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Shuhrid Shahidullah (né en 1975 en Kushtie, Bangladesh) est l'une des voix les plus ori­gi­nales et les plus puis­santes de la scène poé­tique ben­ga­li de ce nou­veau mil­lé­naire. Il a déjà publié cinq  recueils, dont le pre­mier, Autobiographie du Dieu, publié en Inde en 2001. Ses écrits et poèmes font par­tie de son enga­ge­ment contre l'establishment lit­té­raire et cultu­rel  Shirdanra…….. (Epine Dorsale), petite revue coédi­tée par lui, est deve­nue une pla­te­forme influente pour les jeunes poètes d'avant-garde au Bangladesh. Il tra­duit et publie régu­liè­re­ment des textes de la lit­té­ra­ture mon­diale, dont un dos­sier spé­cial sur les poètes rou­mains des années 90, ain­si que d'autres poètes euro­péens contem­po­rains. Sa prin­ci­pale tra­duc­tion en Bengali inclut les Lettres à un Jeune Poète de Rainer Maria Rilke. Il tra­vaille actuel­le­ment à son pre­mier roman, tra­duit La Maison en Lames de Rasoir de Linda Maria Baros et pré­pare, avec la poète Marilyne Bertoncini, une antho­lo­gie bilingue de ses poèmes (fran­çais-anglais) à paraître. Invité au Festival International de Poésie à Paris en 2014, il a pré­sen­té ses poèmes, publiés dans La Traductière.

Titulaire d'une maî­trise en lit­té­ra­ture anglaise de l'université de Calcutta, il tra­vaille dans les bureaux ban­gla­dais du NETZ, orga­ni­sa­tion basée en Allemagne, char­gée de l'amélioration du niveau de vie, de l'éducation et des droits civiques des plus dému­nis au Bangladesh.

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This inter­view with Bengali poet Shuhrid Shahidullah, from Bangladesh, had been sche­du­led a long time ago, but the recent news – vio­lence and inti­mi­da­tion against publi­shers and wri­ters even  at the Book Fair in Elkushey, Bangladesh, gives this tes­ti­mo­ny and ana­ly­sis of the cultu­ral situa­tion in this coun­try a pecu­liar echo – we are glad to share it with our rea­ders.

 

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Shuhrid, thank you for accep­ting this inter­view for Recours au Poème. I wrote a few ques­tions for you, and rea­li­zed that you could wish to ans­wer the ques­tions we pro­po­sed to other French poets for our inqui­ry intit­led "Against Simulacrum" – here are both mine ques­tions for you, and the inqui­ry (broad cha­rac­ters) Feel free to ans­wer to the ques­tions you pre­fer, the way you want.

You alrea­dy publi­shed a few years ago on these pages, and our rea­ders will sur­ely have been sur­pri­sed at your poe­try, which  is very dif­ferent from the usual idea of what poe­try should be : no lyrics, no brilliant images, but a deep poli­ti­cal concern for the world and your coun­try and fel­low­men : can you tell a few words about your country's sto­ry and poli­ti­cal situa­tion, and their link to your poe­try ?

Shuhrid : I am an imper­fect poet in an imper­fect world. My coun­try, Bangladesh is a part of this world. It is label­led as one of the third world coun­tries and loca­ted in South Asia. In South Asia, his­to­ri­cal­ly we had a socie­ty where acqui­ring knowledge/​wisdom was stron­gly encou­ra­ged com­pa­red to tra­ding or other pro­fes­sions. The socie­ty was also peace-loving and simple living.  It has been an agro-based eco­no­my. We did not invade any coun­try any­time. But we had been inva­ded times and again by dif­ferent forei­gn powers inclu­ding, Mughals, and of course by the Europeans (Dutch, French, Britishers.  Eouropeans came here to try their luck in trade. Later on, they used their brain with money and bru­ta­li­ty to be the ruler of the region. British ruled us for two hun­dred years from 1757 to 1947. They had suc­cesss­ful­ly des­troyed our edu­ca­tion sys­tem and kind­ly offe­red us an edu­ca­tion sys­tem to pro­duce clercs to serve the Queen’s king­dom.     

As a sepa­rate coun­try, Bangladesh gai­ned its inde­pen­dance in 1971 from Pakistan after a bloo­dy libe­ra­tion war. It cost 3 mil­lion lives of Bangladeshi people. In term of lar­gest geno­cide in a given time, this has been the second lar­gest geno­cide after the second world war. Before that we have been argua­bly the first nation to sacr­fice blood to uphold the honour of our mother tongue Bengali, we say Bangla. That very day 21st February has been given the sta­tus of International Mother Languge Day by the United Nations.

So you can see, although we were a peace-loving nation, we had to suf­fer lot of poli­ti­cal tur­moil. History of my coun­try has been glo­rious and frus­tra­ting at the same time. After inde­pen­dence, most of the time, we had been ruled by the mili­ta­ry jun­tas sup­por­ted by the big power houses of the world. Since 1990s, we have a so cal­led demo­cra­tic govern­ment with a short break in 2007-8 when a mili­ta­ry backed non-elec­ted govern­ment was in power. But the ruling class in the coun­try are the flag bea­rers of the forei­gn game makers. We said ‚bye‘ to colo­nia­lism in 1957 but we still  bear that his­to­ry in our blood. In the name of huma­ni­ta­rian and deve­lop­ment aid,  colo­nia­lism has a strong pre­sence in the coun­try. Only 64% of the people can write their name and by dint of that we clai­med that we have 64% lite­rate popu­la­tion. For its stra­te­gic geo-poli­ti­cal posi­tion, Bangladesh is in mas­ter plan of the super powers. So we are often impac­ted by the glo­bal poli­tics.

As an eco­no­my, there is an ever increa­sing gap bet­ween haves and have-nots. Exploitation is per­va­sive across the socie­ty. It denies my people to achieve the full qua­li­ty of human being.

But the beau­ty of the nation is that it does not com­plain that much. The influence of sufism and Baulism ( The Baul are a group of mys­tic mins­trels from Bengal which includes Indian State of West Bengal and the coun­try of Bangladesh. Bauls consti­tute both a syn­cre­tic reli­gious sect and a musi­cal tra­di­tion. Bauls are a very hete­ro­ge­neous group, with many sects, but their mem­ber­ship main­ly consists of Vaishnava Hindus and Sufi Muslims.) This makes my people indif­ferent to the world­ly life. They have been more spi­ri­tual than reli­gious. But the recent deve­lop­ment of reli­gious fun­da­men­ta­lism has left its marks on it also. Last few years, num­bers of wri­ters were killed ; scores are in threat. State has also been res­tric­tive ; ban­ning num­ber of books, arres­ting wri­ters.

It is all rela­ted to my poe­try. I want to inter­na­lize them in my poems in poe­tic way.  The colo­nial trau­ma, poli­ti­cal conflict, extre­mi­ty, per­va­sive exploi­ta­tion of my people, the glo­bal game of power struc­tures, eve­ry­thing that is taking place in the world and outer side of the world, I want their share in my poems. I want to get them from their dee­per sur­face. I want to decode their mea­ning only to encode them into dif­ferent mea­ning. So, my poems are not a poli­ti­cal blog. I am poli­ti­cal and apo­li­ti­cal at the same time. I lead the  life of a middle class but I dream some­day pro­le­ta­riats will come toge­ther and kick me out from my com­fort zone. They will set fire on my wri­ting table. I want to see whe­ther my words sur­vive in that fire or turn into ashes. My poems are all dis­gui­sed, self-decei­ving prayers ; spi­ri­tua­li­ty of a non-belie­ver. .       

 

One of the ways in which you are concer­ned in your country's lit­te­ra­ty and poli­ti­cal life is your impli­ca­tion as an edi­tor – can you tell us more about your acti­vi­ties and the lit­te­ra­ty scene  in Bengladesh ?

Shuhrid :  These last 16 years, we have been publi­shing a lit­tle maga­zine cal­led Shirdanra (Backbone). I am one of the foun­ding edi­tors of the maga­zine. We run it as a team­work. Now Ahmed Nakib and Laku Rashman are my co-edi­tors. Both of them are pro­li­fic poet and film maker res­pec­ti­ve­ly. We have also a like-min­ded publi­sher here ; Ulukhar Publications. Our friend Sagar Nil Khan, the owner of the publi­shing house publishes books from the off-beat wri­ters only who write only in lit­tle maga­zine and ignore all temp­ta­tions to be a wri­ter in the so cal­led mains­tream lite­ra­ry scene​.So far I know Ulukhar is the only publi­shing house in the coun­try who are doing this for the off-beat wri­ter ; taking risk of finan­cial loss.

Frankly spea­king, I am not satis­fied what we have done so far with the maga­zine. In Bangladesh, stake of lite­ra­ture in the socie­ty is not that signi­fi­cant now. Let me quote Hanif Qureshi : once there was culture now there is shopping.This will be a lit­tle bit exa­ge­ra­ted for my coun­try though, with huge num­ber of people under pover­ty line. But the influence of a consu­me­rist socie­ty is very much present there. We fai­led to pro­vide pro­per edu­ca­tion to the lar­ger num­ber of people. So they do not bother about poe­try. The rest, the so cal­led edu­ca­ted people do not want to think any more. They need cheap enter­tain­ment which does not require thin­king. They have tele­vi­sion and face­boo­king for their enter­tain­ment. People are get­ting them­selves more into reli­gion at the same time after 9/​11 phe­no­me­non in USA. A strange com­bi­na­tion of an emer­ging eco­no­my in the time of  per­va­sive open-mar­ket culture.

Mainstream lite­ra­ture is also influen­ced by that. Additionally, it is control­led by the popu­list media houses in Bangladesh. So the mains­tream lite­ra­ture is ser­ving the pur­pose of the mar­ket.

ShirdaNra wan­ted to be an alter­na­tive plat­form for the young wri­ter. We expec­ted them to be angry and explo­sive coming up with fresh thoughts and ener­gy for the socie­ty. Not only content wise , our expec­ta­tion is that young poets will also come up with avante-garde form also. As our pur­pose is not to serve the mar­ket rather crea­ting  cri­ti­cal voice who will chal­lenge the esta­blish­ment, we are some­how, mar­gi­na­li­sed on the lite­ra­ry scene. However, we are not frus­tra­ted yet. As an edi­tor, I can see my maga­zine will remain the alter­na­tive plat­form for the poten­tial wri­ters. 

 

If you had to give a defi­ni­tion of poe­try, in few words, what would it be ?

Shuhrid : Poetry, to me, is the blee­ding expres­sions of a woun­ded soul. The soul is woun­ded because it has been denied to be com­ple­ted itself. Poetry is a thrust for the cos­mic beau­ty. But the world has set lot of walls before our eyes to stop us to see it in full bloom. Our souls try to it push it again and again and got woun­ded. Without the light of the cos­mic beau­ty it remains incom­plete. It cries. We name the tears of the soul as poe­try.

On the other hand, poe­try to me is also a magic mir­ror. When I stand before it I can see a pre-his­to­ri­cal shre­wed and self-deceivng killer being. That’s me who has lost power to love even him­self. Other end of the mir­ror, denying the heat of the bur­ning mer­cu­ry, beau­ty waits to embrace me. To reach in her arms is my ulti­mate goal. But the mir­ror is so magi­cal it will never allow me to  pass through it. Poetry is not the beau­ty her­self ; she is the pro­mise of the beau­ty never met.

 

1) Recours au Poème defends the idea that poe­try is at the same time a poli­ti­cal action and a revo­lu­tion­na­ry meta­poe­tics – waht do you think of this posi­tion (and you can be in com­plete oppo­si­tion to this idea)

Shuhrid : I sup­port your posi­tion to some extent. Everything is poli­ti­cal. Poetry is the essence of that `ever­thing`. So it has no other way but to be poli­ti­cal. Denying this fact is inhu­mane. But the impor­tant ques­tion is which poli­tics are you defen­ding. Poetry can be used as an exploi­tive tools also. It can be used against man kind and nature like other form of arts i.e. example films.

In rela­tion to this and to revo­lu­tion­na­ry meta­poe­tics, I wish I could read you my latest book came this February. The English trans­la­tion of the long poem is „The Emerging Deathcamp“. Content wise it is very much poli­ti­cal. It deals with the theme of the cur­rent per­va­sive inhu­ma­ni­ty world wide and my coun­try. But at the same time it is an ambi­tious pro­ject of the poe­tic form itself. It has chal­lenges the tra­di­tio­nal form of poe­try. No, it is not expe­ri­men­tal. It is more than that. It has star­ted with an tra­di­tio­nal ren­di­tion of muse but after that it went mad. It has used can­vas­sing of a street haw­ker (sel­ler), case stu­dies of research pro­ject, cinema’s dia­logue and col­lage and mon­tage, parts of novels, poin­ti­lism of pain­taings and so on. Unfortunately, the poem is untrans­la­table ; it is full of local refe­rence which will lose its strength in trans­la­tion. It hap­pe­ned to trans­la­tions of my many poems.

 

2)    "Where dan­ger grows, there also grows what heals" says Hölderlin – Do you think it is still topi­cal ?

Shuhrid : That is natu­ral– beau­ty of the nature. That’s how nature keeps it balance. But nowa­days we are trying to outs­mart nature. Nothing is secu­red in the hands of man. We are increa­sing dan­gers and pre­ven­ting all the paths of hea­ling. Poetry is the only hea­ling sys­tem left in the world now. That is also in great  dan­ger as people say. Few read poe­try nowa­days. So far as  I know,  Recours au Poeme had to stop its e-book pro­ject. I am not sure of the exact rea­son but I can guess absence of rea­ders is one of the major rea­sons. In my coun­try, known as very cultu­ral and poe­tic, the best sel­ling poe­try books is prin­ted only in 500. Yes five hun­dreds in the coun­try of 160 mil­lion of people.

So I stron­gly doubt that the pro­phe­tic opti­mism of Holderlin is still topi­cal. The only hea­ling I can see now is des­truc­tion. Complete des­truc­tion of the so cal­led human civi­li­sa­tion and an emer­gence of a new civi­li­sa­tion if we have still thirst for that.

 

3) Baudelaire wrote : "You can live without bread for three days – note without poe­try ; those among you who pre­tend the contra­ry are wrong : they don't know themselves."Do you consi­der poe­try the way Baudelaire did ?

Shuhrid : I wish I could say that for myself. As a sta­te­ment it is too strong that only a poe­tic god like Baudelaire can utter it. Let me quote from one of the poets from my lan­guage (Sukanta Bhattachariya ; who died in 1947 at 21 only). He said, Oh poe­try, I am sen­ding you on leave now in the realm of the hun­ger, the world is pro­saic ; even the full­moon looks like a grilled roo­ti (local round bread). 

I can live without bread for three days, of course, if I get rice istead. Ha ha ha. But I can sur­vive so many days without poe­try. As an art form, I am more inter­es­ted in film than poe­try. Unfortunately, I can­not make films. I can only write poe­try, imper­fect poe­try, to be more spe­ci­fic. Any day I can stop wri­ting poe­try and go for slave busi­ness like Rimbaud, the first visio­na­ry. In the slave mar­ket, my first busi­ness could be to sell myself. But when I look back on myself, that is what I am doing eve­ry day. Selling myself in dif­ferent form in the name of main­tai­ning a fami­ly, having peace in the socie­ty, trying to be a good citi­zen and a bene­fit­ted consu­mer of a glo­bal mar­ket where you always  ‚buy one get one free‘.

At the end of eve­ry­thing this is again poe­try that reminds me that I am still a human being and one thing is still left to sell.That is my woun­ded soul which ins­tructs me to write poe­try or read it in the middle of the night after wat­ching poli­ti­cal talk shows, aca­de­mic debate on geno­cide and ille­gal migra­tion on tele­vi­sion chan­nel and por­no­gra­phy on the inter­net chan­nel. For many days, life has been chan­ne­li­sed, par­tial and defor­med. I am not sure if poe­try has that much rele­vance to it.

But I com­ple­te­ly agree with the last part of the sta­te­ment when Baudelaire says : they don;t know them­selve. I am one of ‚them.‘ And I love Baudelaire.

 

4)    In one of his songs, Leo Ferré says " contem­po­ra­ry poe­try doesn't sing any more, it crawls (…) At the school of poe­try, one doesn't learn, BUT FIGHT". What about you ?

Shuhrid : I was a student of English lite­ra­ture. But thanks to my tea­chers and ins­ti­tu­tions I learnt nothing about poe­try there, other than some jar­gon. I will never go there again. If I would have to go back to school, I would love to fight ins­tead of pre­pa­ring my assi­gn­ments. I want to learn from life. And life is full of chaos. Having a figh­ting ins­tinct can be help­ful there. History of poe­try is a his­to­ry of revolt. If you are a good and obi­dient student of the school of poe­try, then you stop or abort the ter­rible birth of a new poem ; you mere repeat your grand — poets or parents in that case.

 

5) And in the end, could you ans­wer the  ques­tion : "Poets, what for ? "(Heidegger) – on the same line as this sen­tence from Bernanos "Poetry, what for?"

Shuhrid : I am not that much inter­es­ted about poets. I don’t see them dif­ferent from other people. In that case, I would love to repeat Mr. Heideggeer in dif­ferent way, „man, what for?“. However, I am very much eager to go dee­per in to the ques­tion „Poetry, what for?“. In the cur­rent world, poe­try has a role. The prime role of peo­try is to sabo­tage. Sabotage the  set code of the world, the set lan­guage that shape and gover­nor our conscious­ness and sub­cons­ciuos­ness. The role of poe­try is thus anar­chic ; dis­be­li­veing eve­ry­thing that civi­li­sa­tion want to preach us. Then a space for real crea­ti­vi­ty will emerge and poe­try will be able to sing for the muse gain. The com­pre­hen­sive mea­ning of life is some­how stag­na­ted now. We are repea­ting and imi­ta­ting our­selves. Poetry can reveal the real truth about life to inform us that this is not ‚our‘ life at all. We are living the life of others. In the dys­func­tio­na­li­ty of grand phi­lo­so­phy inclu­ding reli­gions, poe­try is left alone to tell us about that life we wan­ted to enjoy but never get them in life-time. 

 

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Shuhrid Shahidullah (born in 1975 in Kushtia, Bangladesh) is one of the fre­shest and most power­ful voices in Bengali poe­try scene in the new mil­len­nium. He has publi­shed five col­lec­tions of poems until now. His first col­lec­tion of poems (Autobiography of the God) was publi­shed from India in 2001. His poems and other wri­tings are part of his ‘move­ment’ against the lite­ra­ry and cultu­ral esta­blish­ments.  Shirdanra ( Backbone), a lit­tle maga­zine co-edi­ted by him has become an influen­tial plat­form for the young and avant-garde wri­ters in Bangladesh. He also trans­lates regu­lar­ly from the works of the world lite­ra­ture. Lately, he trans­la­ted and publi­shed a spe­cial dos­sier on ‘90s gene­ra­tion of Romanian poets along with other European contem­po­ra­ry poets. His major trans­la­tion in ben­ga­li includs Letters to A Young Poet by Rainer Maria Rilke. Currently, he is wor­king on his first novel and trans­la­ting The House Made of Razor Blades by Linda Maria Baros. He is also wor­king now with french poet Marilyne Bertoncini for his upco­ming bilin­gual (english, french) antho­lo­gy. He was invi­ted to present his poems in Paris International poe­try fes­ti­val in 2014. La Traductere, the offi­cial publi­ca­tion of the fes­ti­val publi­shed his poems in that occa­sion.

Shuhrid has a Master degree in English Litterature from University of Calcutta, India. Currently he is wor­king in Bangladesh office of NETZ, a Germany based deve­lop­ment orga­ni­sa­tion, to faci­li­tate live­li­hood, edu­ca­tion and human rights sup­port for the extre­me­ly poor hou­se­holds in Bangladesh.

 

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Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, cores­pon­sable de la revue Recours au Poème, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, col­la­bore avec des artistes, vit, écrit et tra­duit.
Ses textes et pho­tos paraissent dans diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog mino​tau​ra​.unblog​.fr.

Ses tra­duc­tions de poètes anglais et aus­tra­liens et son recueil, Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème édi­teurs, comme sa tra­duc­tion des poèmes de Ming Di, Livre des 7 Vies, et Histoire de Famille, illus­trés par Wanda Mihuleac, aux édi­tions Transignum en mars 2015.

Une pre­mière ver­sion de La Dernière Oeuvre de Phidias est parue en 2016 chez Encres Vives.

Dernières publications

  • Æncre de Chine, livre ardoise avec Wanda Mihuleac, édi­tions Transignum, 2016
  • La Dernière œuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur, 2017
  • Aeonde, La Porte, 2017,
  • Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017

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