Cet entretien avec le poète bengali Shuhrid Shahidullah était programmé depuis longtemps, mais l’actualité politique récente, et les crimes et intimidations répétés contre des écrivains et des éditeurs au Bangladesh, jusque dans les allées de la grande Foire du livre d’Ekushey*, donne à ce témoignage et à cette analyse de la situation de la culture dans ce pays un écho particulier que nous souhaitions partager avec nos lecteurs. (English version follows)

 

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Mar­i­lyne Bertonci­ni : Shuhrid, mer­ci d’ac­cepter cet entre­tien pour Recours au Poème. J’avais pré­paré quelques ques­tions pour toi, et je me suis ren­du compte que tu pou­vais avoir envie de répon­dre aus­si au ques­tion­naire inti­t­ulé “Con­tre le Sim­u­lacre”, que nous avons pro­posé à des poètes français sur l’é­tat de l’e­sprit poé­tique en France – mais dont le thème me sem­ble touch­er plus large­ment le monde. Sens-toi libre de répon­dre aux ques­tions que tu préfères, comme tu l’entends.

Tu as déjà pub­lié des poèmes sur ces pages il y a quelques années, et nos lecteurs auront cer­taine­ment été sur­pris par ta poésie, très dif­férente de l’idée que l’on s’en fait habituelle­ment : pas de lyrisme, pas d’im­ages bril­lantes, mais une pro­fonde préoc­cu­pa­tion poli­tique pour le monde, ton pays et tes com­pa­tri­otes : peux-tu nous expli­quer en quelques mots la sit­u­a­tion poli­tique et his­torique de ton pays, et ses liens avec ta poésie?

Shuhrid : Je suis un poète impar­fait, dans un monde impar­fait. Mon pays, le Bangladesh, en fait par­tie. Il est con­sid­éré comme un pays du Tiers-Monde, situé en Asie du Sud. His­torique­ment, dans la société de l’Asie du Sud, l’ac­qui­si­tion du savoir et de la sagesse pré­valait forte­ment sur la pra­tique d’autres pro­fes­sions, comme le com­merce – La société était pais­i­ble et non-vio­lente. C’é­tait une économie de type agri­cole. Nous n’en­vahis­sions aucun pays, alors. Mais nous avons été envahis de nom­breuses fois, par des puis­sances étrangères, dont  les Moghols, et bien sûr,  les Européens (Hol­landais, Français, Bri­tan­niques). Les Européens sont venus ici ten­ter leur chance dans le com­merce. Plus tard, avec l’ar­gent et la vio­lence, ils se sont ingéniés  pour devenir les maîtres de cette région. Les Bri­tan­niques nous ont dirigés pen­dant deux cents ans, de 1757 à 1947. Ils sont par­venus à détru­ire notre sys­tème d’é­d­u­ca­tion et nous ont gen­ti­ment offert un sys­tème édu­catif qui forme des fonc­tion­naires au ser­vice du roy­aume de Sa Majesté.

 Le Bangladesh a gag­né son indépen­dance du Pak­istan en 1971, après une sanglante guerre de libéra­tion qui a coûté la vie à 3 mil­lions de Ben­galis. En terme de dimen­sion de mas­sacre en un temps lim­ité, il s’ag­it du deux­ième plus grand géno­cide depuis la deux­ième Guerre Mon­di­ale. Aupar­a­vant, nous avons été la pre­mière nation à don­ner notre sang pour main­tenir l’hon­neur de notre langue mater­nelle Ben­gali, que nous appelons Bangla. Le 21 févri­er a été déclaré Jour Inter­na­tion­al de notre Langue Mater­nelle par les Nations Unies.

On voit ain­si que, bien qu’é­tant une nation paci­fique, nous avons subi de nom­breux tour­ments poli­tiques. L’his­toire de mon pays est à la fois glo­rieuse et frus­trante. Après l’indépen­dance, la plu­part du temps, nous avons été dirigés par des juntes mil­i­taires soutenues par les puis­sances du monde. Depuis les années 90, nous avons ce qu’on peut appel­er un gou­verne­ment démoc­ra­tique avec une brève inter­rup­tion en 2007–2008, quand un gou­verne­ment soutenu par les mil­i­taires est arrivé au pou­voir. Mais la classe dirigeante de ce pays est le porte-dra­peau d’en­jeux étrangers. Nous disions adieu au colo­nial­ime en 1957, mais nous por­tons tou­jours cette his­toire dans notre sang. Au nom de l’aide human­i­taire et du développe­ment, le colo­nial­isme est encore très présent dans ce pays. Seuls 64% des gens savent écrire leur nom, et par­tant de là, nous déclarons que 64% de la pop­u­la­tion est éduquée. De par sa posi­tion stratégique géo-poli­tique, le Bangladesh fait par­tie des plans pri­or­i­taires des super­puis­sances. C’est pourquoi nous subis­sons si sou­vent l’im­pact des poli­tiques globales.

Du point de vue économique, il y a un fos­sé tou­jours plus grand entre ceux qui pos­sè­dent quelque chose et les autres. L’ex­ploita­tion tra­verse toute la société, empêchant mon peu­ple de dévelop­per pleine­ment des qual­ités humaines.

La beauté de cette nation est qu’elle ne se plaint même pas vrai­ment. L’in­flu­ence du soufisme et du baulisme**  rend mes com­pa­tri­otes indif­férents à la vie ter­restre. Ceci rend mon peu­ple indif­férent à la vie ter­restre. Ils ont tou­jours été plus mys­tiques que religieux.  Toute­fois, le récent essor du fon­da­men­tal­isme religieux a lui aus­si lais­sé des traces. Ces dernières années, des écrivains ont été tués ; un grand nom­bre d’en­tre eux est en dan­ger.  L’é­tat utilise la cen­sure, ban­nis­sant des livres, arrê­tant des auteurs.

Ceci a un rap­port avec ma poésie. Je veux inté­gr­er ces faits à mes poèmes, de façon poé­tique. Le trau­ma­tisme colo­nial, le con­flit poli­tique, l’ex­trémisme, l’om­niprésente exploita­tion de mon peu­ple, les enjeux globaux des struc­tures de pou­voir, tout ce qui a lieu dans le monde et aux franges de celui-ci, je veux que tout ceci fasse par­tie de mes poèmes. Je veux révéler ce qui est caché sous la sur­face. Je veux décoder les sig­ni­fi­ca­tions pour les encoder dans des sens dif­férents. Ain­si, mes poèmes ne sont pas un blog poli­tique, je suis à la fois poli­tique et apoli­tique. Je mène la vie de la petite bour­geoisie, mais je rêve qu’un jour le pro­lé­tari­at s’u­ni­ra et me chas­sera de ma zone de con­fort. Ils met­tront le feu au bureau sur lequel j’écris. Je veux voir si mes mots sur­vivront à ce feu ou devien­dront des cen­dres. Tous mes poèmes sont des prières trompeuses – la spir­i­tu­al­ité d’un non-croyant.

 

L’une de tes façons d’être engagé dans la vie poli­tique et lit­téraire de ton pays est ton activ­ité de rédac­teur en chef – peux-tu nous par­ler de ces activ­ités et de la scène lit­téraire au Bangladesh?

Depuis 16 ans, nous pub­lions un petit mag­a­zine nom­mé Shir­dan­ra (colonne vertébrale). Je suis l’un des co-fon­da­teurs de cette revue. Nous la diri­geons col­lec­tive­ment. Ahmed Nakib et Laku Rash­man sont mes coédi­teurs. L’un est un poète pro­lifique et l’autre un cinéaste. Nous avons aus­si un édi­teur qui tra­vaille dans le même esprit : Ulukhar Pub­li­ca­tions. Notre ami Sagar Nil Knan, pro­prié­taire de cette mai­son d’édi­tions, pub­lie des auteurs mar­gin­aux, qui n’écrivent que dans de petites revues et ignorent la ten­ta­tion de devenir des écrivains con­nus sur la scène lit­téraire grand pub­lic. Pour autant que je sache, Ulukhar est la seule mai­son d’édi­tion du pays qui agisse ain­si pour les auteurs mar­gin­aux, en courant le risque de pertes financières.

Franche­ment, je ne suis pas sat­is­fait de ce que nous avons fait jusqu’à présent avec ce mag­a­zine. Au Bangladesh, l’in­térêt pour la lit­téra­ture dans la société n’est pas très sig­ni­fi­catif. Je cit­erais Hanif Qureshi : “Autre­fois, il y avait de la cul­ture, main­tenant, il y a les achats.” Sans doute est-ce un juge­ment un peu exagéré pour mon pays où tant d’habi­tants vivent sous le seuil de pau­vreté. Mais l’in­flu­ence de la société con­sumériste est très présente. Nous avons échoué à pour­voir le plus grand nom­bre avec une édu­ca­tion cor­recte. Et ils n’ont rien à faire de la poésie. Les autres, les gens pré­ten­du­ment cul­tivés, ne veu­lent plus penser. Ils veu­lent des dis­trac­tions bas de gamme, qui ne requièrent pas de réflex­ion. Ils ont la télé et Face­book pour se dis­traire. Dans le même temps, les gens se tour­nent de plus en plus vers la reli­gion depuis les atten­tats du 9/11 aux USA. Il y a un mélange bizarre d’é­conomie émer­gente dans le cadre cul­turel d’un  marché ouvert envahissant.

La lit­téra­ture grand pub­lic aus­si est influ­encée par ces faits. De plus, elle est con­trôlée par les maisons d’édi­tion pop­ulistes du Bangladesh. Ain­si, la lit­téra­ture grand pub­lic sert les buts du marché. Shir­daN­ra voulait être une plate­forme alter­na­tive pour de jeunes écrivains. Nous espéri­ons qu’ils provo­queraient une arrivée de colère explo­sive avec des pen­sées neuves et de l’énergie pour la société. Pas seule­ment par le con­tenu, nous espéri­ons que les jeunes poètes sur­gi­raient aus­si avec des formes d’avant-garde. Comme notre but n’est pas de servir le marché, mais plutôt de créer une voix cri­tique capa­ble de défi­er l’establishment, nous sommes d’une cer­taine façon mar­gin­al­isés sur la scène lit­téraire. Toute­fois, nous ne sommes pas encore déçus. En tant qu’éditeur, je veux que mon mag­a­zine demeure la plate­forme alter­na­tive pour des écrivains potentiels.

 

 

Si tu devais définir la poésie en quelques mots, que dirais-tu ?

Pour moi, la poésie est l’épanchement d’une âme blessée qui saigne. L’âme est blessée parce qu’on lui a inter­dit de se dévelop­per pour elle. La poésie est un désir de beauté cos­mique. Mais le monde a dressé de nom­breux murs devant nos yeux pour nous empêch­er de le voir dans tout son éclat. Notre âme essaie de les pouss­er sans cesse – et se blesse. Sans la lumière de la beauté cos­mique, elle demeure incom­plète. Elle pleure. Ces pleurs de l’âme, nous les appelons poésie.

D’un autre côté, la poésie est aus­si pour moi un miroir mag­ique. Quand je me tiens devant, j’y vois un être préhis­torique, un tueur rusé qui se ment à lui-même. C’est le moi qui a per­du la capac­ité d’aimer, même soi. De l’autre côté du miroir, niant la chaleur du mer­cure qui brûle, la beauté attend de m’embrasser. Attein­dre ses bras est mon but ultime. Mais le miroir est si mag­ique qu’il ne me lais­sera jamais le tra­vers­er. La poésie n’est pas la beauté elle-même ; elle est promesse de la beauté jamais rencontrée.

 

Voici le questionnaire Contre le Simulacre — Enquête sur l’état de l’esprit poétique contemporain :

1)    Recours au Poème affirme l’idée d’une poésie conçue comme action poli­tique et méta-poé­tique révo­lu­tion­naire : et vous ? (vous pou­vez, naturelle­ment, ne pas être en accord avec nous, ou à être d’accord dans un sens diamé­trale­ment opposé au nôtre)

Je vous rejoins jusqu’à un cer­tain point. Tout est poli­tique. La poésie est l’essence de ce “tout”. Ain­si elle ne peut être que poli­tique. Le nier serait inhu­main. Mais l’im­por­tant est de savoir quelle poli­tique on défend. La poésie peut aus­si être un instru­ment d’ex­ploita­tion. Elle peut être util­isée con­tre l’homme et la nature, comme d’autres formes d’art, le ciné­ma par exemple.

En lien avec ceci et la méta-poé­tique révo­lu­tion­naire, j’aimerais pou­voir te lire mon dernier livre, paru en févri­er. La tra­duc­tion anglaise de ce long poème est “L’E­mer­gence du Camp de la Mort”. Le fond est très poli­tique. Il traite de l’in­hu­man­ité qui envahit le monde et mon pays. Mais en même temps, c’est un pro­jet ambitieux sur le plan de la forme égale­ment. Il défie la forme tra­di­tion­nelle de la poésie. Non, il n’est pas expéri­men­tal. Il est plus que cela.  Com­mençant  par une inter­pré­ta­tion tra­di­tion­nelle des mus­es, il se met à délir­er. Il utilise le dis­cours racoleur d’un vendeur de rues, des études de cas tirés d’un pro­jet de recherche, des dia­logues de ciné­ma, des col­lages et des mon­tages, bribes de romans, pointil­lisme pic­tur­al etc. Hélas, le poème n’est pas traduis­i­ble ; il four­mille de références locales qui perdraient leur force dans la tra­duc­tion. C’est le sort de mes nom­breux poèmes.

 

2)    « Là où croît le péril croît aus­si ce qui sauve ». Cette affir­ma­tion de Hölder­lin parait-elle d’actualité ?

C’est naturel – c’est ce qui est beau dans la nature. C’est ain­si que la nature main­tient son équili­bre. Mais de nos jours, nous ten­tons d’être plus forts qu’elle. Rien n’est garan­ti entre les mains de l’homme. Nous sommes des dan­gers en crois­sance qui blo­quent tous les moyens de guérir. La poésie est le seul remède qui reste au monde. Et elle est en grand dan­ger main­tenant, elle aus­si. Peu lisent la poésie de nos jours. Autant que je sache, Recours au Poème a dû cess­er son activ­ité d’édi­tions. Je n’en con­nais pas la rai­son pré­cise, mais je peux imag­in­er que le manque de lecteurs est l’une des prin­ci­pales raisons. Dans mon pays, réputé comme très cul­tivé et poé­tique, les livres de poésie les plus ven­dus sont tirés à 500 exem­plaires. Oui, cinq cents, dans un pays de 160 mil­lions d’habitants.

Ain­si, je doute fort que l’op­ti­misme prophé­tique d’Hölder­lin soit encore à l’or­dre du jour. Le seul remède que je vois aujour­d’hui est la destruc­tion. La com­plète destruc­tion de la pré­ten­due civil­i­sa­tion humaine et l’émer­gence d’une nou­velle civil­i­sa­tion, si nous en avons encore le désir.

 

3)    « Vous pou­vez vivre trois jours sans pain ; – sans poésie, jamais ; et ceux d’entre vous qui dis­ent le con­traire se trompent : ils ne se con­nais­sent pas ». Placez-vous la poésie à la hau­teur de cette pen­sée de Baudelaire ?

J’aimerais pou­voir le dire pour moi-même. Comme déc­la­ra­tion, c’est telle­ment puis­sant que seul un génie poé­tique comme Baude­laire peut le dire. Laisse-moi citer l’un de nos poètes ( Sukan­ta Bhat­tachariya, mort en 1947, seule­ment âgé de 21 ans). Il a dit : “O, poésie, je t’a­ban­donne main­tenant ; dans le roy­aume de la faim, le monde est prosaïque : même la pleine lune ressem­ble à un rooti gril­lé” (pain rond traditionnel).

Je peux vivre trois jours sans pain, bien sûr, si je peux avoir du riz à la place. Ah, ah, ah ! Mais je peux sur­vivre aus­si bien des jours sans poésie. En tant que forme artis­tique, je suis plus intéressé par le ciné­ma que par la poésie. Mal­heureuse­ment, je ne peux pas faire de films. Je peux seule­ment écrire de la poésie, de la poésie impar­faite, plus pré­cisé­ment, comme je te le dis­ais plus tôt. Je peux m’ar­rêter n’im­porte quand d’écrire de la poésie et me lancer dans le com­merce d’esclaves, comme Rim­baud, le pre­mier vision­naire. Au marché des esclaves, ma pre­mière affaire serait de me ven­dre moi-même. Mais si je pense à moi-même, c’est ce que je fais chaque jour. Me ven­dre sous une forme dif­férente, c’est le mot qui sig­ni­fie main­tenir une famille, avoir la paix en société, essay­er d’être un bon citoyen et un con­som­ma­teur priv­ilégié du marché mon­di­al­isé où vous avez tou­jours “deux pour le prix d’un”.

A la fin, c’est tou­jours la poésie qui me rap­pelle que je suis encore un être humain, et qu’une chose reste à ven­dre. C’est mon âme blessée qui me pousse à écrire de la poésie, ou lire au milieu de la nuit, après avoir regardé les débats télévisés de poli­tique, les débats académiques sur le géno­cide et l’im­mi­gra­tion illé­gale, sur les chaînes télévisées, et la pornogra­phie sur inter­net. Pen­dant longtemps,  la vie a été enchaînée, par­tielle et défor­mée. Je ne suis pas cer­tain que la poésie ait tant de per­ti­nence ici.

Mais je suis tout à fait d’ac­cord avec la fin de la déc­la­ra­tion, quand Baude­laire écrit “ils ne savent pas, ils ne se con­nais­sent pas. Je suis l’un d’en­tre eux.” Et j’adore Baudelaire.

 

 

4)    Dans Pré­face, texte com­muné­ment con­nu sous le titre La leçon de poésie, Léo Fer­ré chante : « La poésie con­tem­po­raine ne chante plus, elle rampe (…) A l’é­cole de la poésie, on n’ap­prend pas. ON SE BAT ! ». Ram­pez-vous, ou vous battez-vous ?

J’ai étudié la lit­téra­ture anglaise. Mais  je n’ai rien appris sur la poésie grâce à mes pro­fesseurs et à l’in­sti­tu­tion, sinon un sorte de jar­gon. Je n’y retourn­erais pas. Je préfér­erais me bat­tre plutôt que de faire des devoirs. Je veux appren­dre de la vie. Et la vie est pleine de chaos. Avoir un instinct de lut­teur peut y être utile. L’his­toire de la poésie est une his­toire de révolte. Si vous êtes un bon élève docile à l’é­cole de la poésie, alors, vous avortez la ter­ri­ble nais­sance d’un nou­veau poème ;  dans ce cas, vous ne faites que répéter vos grand-parents-poètes.

 

5)    Une ques­tion dou­ble, pour ter­min­er : Pourquoi des poètes (Hei­deg­ger) ?  En pro­longe­ment de la belle phrase (détournée) de Bernanos : la poésie, pour quoi faire ?

Les poètes ne m’in­téressent pas par­ti­c­ulière­ment. Je ne les trou­ve pas dif­férents des autres hommes. Dans ce cas, j’aimerais répéter M. Hei­deg­ger un peu dif­férem­ment : “L’homme, pour quoi faire?” Toute­fois, j’aimerais creuser la ques­tion “La poésie, pour quoi faire?” Dans le monde ordi­naire, la poésie a un rôle. Le pre­mier rôle de la poésie est le sab­o­tage. Sabot­er le code établi du monde, le lan­gage fixé qui forme et gou­verne notre con­scient et notre sub­con­scient. Le role de la poésie est donc l’a­n­ar­chie ; douter de tout ce que la civil­i­sa­tion veut nous enseign­er. Alors, un espace pour une vraie créa­tiv­ité émerg­era et la pésie sera de nou­veau capa­ble de chanter pour les mus­es. Le sens général de la vie est quelque peu stag­nant de nos jours. Nous nous répé­tons et nous imi­tons. La poésie peut révéler la vérité pro­fonde de la vie et nous informer que ce n’est pas du tout “notre” vie.  Nous vivons d’autres vies que les nôtres. Dans les dys­fonc­tion­nements de la grande philoso­phie qui inclut les reli­gions, la poésie reste seule pour nous par­ler de la vie dont nous voulions jouir, et que nous n’au­rons jamais tant que nous vivrons.

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* http://www.pierremartial.com/Bangladesh-le-pays-ou-editeurs-ecrivains-et-lecteurs-defendent-les-livres-jusqu-a-la-mort_a238.html

**(les Bauls sont  un groupe de ménestrels ben­galis mys­tiques qui cou­vre l’é­tat indi­en du Ben­gale de l’Ouest et le Bangladesh. Les Bauls sont à la fois une secte religieuse syn­cré­tique et une tra­di­tion musi­cale. C’est un groupe hétérogène, com­prenant de nom­breuses sectes,  mais ses mem­bres sont prin­ci­pale­ment des hin­dous Vaish­na­va et des soufis musulmans.)

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Shuhrid Shahidul­lah (né en 1975 en Kushtie, Bangladesh) est l’une des voix les plus orig­i­nales et les plus puis­santes de la scène poé­tique ben­gali de ce nou­veau mil­lé­naire. Il a déjà pub­lié cinq  recueils, dont le pre­mier, Auto­bi­ogra­phie du Dieu, pub­lié en Inde en 2001. Ses écrits et poèmes font par­tie de son engage­ment con­tre l’estab­lish­ment lit­téraire et cul­turel  Shir­dan­ra.….… (Epine Dor­sale), petite revue coéditée par lui, est dev­enue une plate­forme influ­ente pour les jeunes poètes d’a­vant-garde au Bangladesh. Il traduit et pub­lie régulière­ment des textes de la lit­téra­ture mon­di­ale, dont un dossier spé­cial sur les poètes roumains des années 90, ain­si que d’autres poètes européens con­tem­po­rains. Sa prin­ci­pale tra­duc­tion en Ben­gali inclut les Let­tres à un Jeune Poète de Rain­er Maria Rilke. Il tra­vaille actuelle­ment à son pre­mier roman, traduit La Mai­son en Lames de Rasoir de Lin­da Maria Baros et pré­pare, avec la poète Mar­i­lyne Bertonci­ni, une antholo­gie bilingue de ses poèmes (français-anglais) à paraître. Invité au Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie à Paris en 2014, il a présen­té ses poèmes, pub­liés dans La Tra­duc­tière.

Tit­u­laire d’une maîtrise en lit­téra­ture anglaise de l’u­ni­ver­sité de Cal­cut­ta, il tra­vaille dans les bureaux bangladais du NETZ, organ­i­sa­tion basée en Alle­magne, chargée de l’amélio­ra­tion du niveau de vie, de l’é­d­u­ca­tion et des droits civiques des plus dému­nis au Bangladesh.

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This inter­view with Ben­gali poet Shuhrid Shahidul­lah, from Bangladesh, had been sched­uled a long time ago, but the recent news – vio­lence and intim­i­da­tion against pub­lish­ers and writ­ers even  at the Book Fair in Elkushey, Bangladesh, gives this tes­ti­mo­ny and analy­sis of the cul­tur­al sit­u­a­tion in this coun­try a pecu­liar echo – we are glad to share it with our readers. 

 

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Shuhrid, thank you for accept­ing this inter­view for Recours au Poème. I wrote a few ques­tions for you, and real­ized that you could wish to answer the ques­tions we pro­posed to oth­er French poets for our inquiry inti­tled “Against Sim­u­lacrum” – here are both mine ques­tions for you, and the inquiry (broad char­ac­ters) Feel free to answer to the ques­tions you pre­fer, the way you want.

You already pub­lished a few years ago on these pages, and our read­ers will sure­ly have been sur­prised at your poet­ry, which  is very dif­fer­ent from the usu­al idea of what poet­ry should be : no lyrics, no bril­liant images, but a deep polit­i­cal con­cern for the world and your coun­try and fel­low­men : can you tell a few words about your coun­try’s sto­ry and polit­i­cal sit­u­a­tion, and their link to your poetry?

Shuhrid: I am an imper­fect poet in an imper­fect world. My coun­try, Bangladesh is a part of this world. It is labelled as one of the third world coun­tries and locat­ed in South Asia. In South Asia, his­tor­i­cal­ly we had a soci­ety where acquir­ing knowledge/wisdom was strong­ly encour­aged com­pared to trad­ing or oth­er pro­fes­sions. The soci­ety was also peace-lov­ing and sim­ple liv­ing.  It has been an agro-based econ­o­my. We did not invade any coun­try any­time. But we had been invad­ed times and again by dif­fer­ent for­eign pow­ers includ­ing, Mughals, and of course by the Euro­peans (Dutch, French, British­ers.  Eouro­peans came here to try their luck in trade. Lat­er on, they used their brain with mon­ey and bru­tal­i­ty to be the ruler of the region. British ruled us for two hun­dred years from 1757 to 1947. They had suc­cesss­ful­ly destroyed our edu­ca­tion sys­tem and kind­ly offered us an edu­ca­tion sys­tem to pro­duce clercs to serve the Queen’s kingdom. 

As a sep­a­rate coun­try, Bangladesh gained its inde­pen­dance in 1971 from Pak­istan after a bloody lib­er­a­tion war. It cost 3 mil­lion lives of Bangladeshi peo­ple. In term of largest geno­cide in a giv­en time, this has been the sec­ond largest geno­cide after the sec­ond world war. Before that we have been arguably the first nation to sacr­fice blood to uphold the hon­our of our moth­er tongue Ben­gali, we say Bangla. That very day 21st Feb­ru­ary has been giv­en the sta­tus of Inter­na­tion­al Moth­er Lan­guge Day by the Unit­ed Nations.

So you can see, although we were a peace-lov­ing nation, we had to suf­fer lot of polit­i­cal tur­moil. His­to­ry of my coun­try has been glo­ri­ous and frus­trat­ing at the same time. After inde­pen­dence, most of the time, we had been ruled by the mil­i­tary jun­tas sup­port­ed by the big pow­er hous­es of the world. Since 1990s, we have a so called demo­c­ra­t­ic gov­ern­ment with a short break in 2007–8 when a mil­i­tary backed non-elect­ed gov­ern­ment was in pow­er. But the rul­ing class in the coun­try are the flag bear­ers of the for­eign game mak­ers. We said ‚bye‘ to colo­nial­ism in 1957 but we still  bear that his­to­ry in our blood. In the name of human­i­tar­i­an and devel­op­ment aid,  colo­nial­ism has a strong pres­ence in the coun­try. Only 64% of the peo­ple can write their name and by dint of that we claimed that we have 64% lit­er­ate pop­u­la­tion. For its strate­gic geo-polit­i­cal posi­tion, Bangladesh is in mas­ter plan of the super pow­ers. So we are often impact­ed by the glob­al politics.

As an econ­o­my, there is an ever increas­ing gap between haves and have-nots. Exploita­tion is per­va­sive across the soci­ety. It denies my peo­ple to achieve the full qual­i­ty of human being.

But the beau­ty of the nation is that it does not com­plain that much. The influ­ence of sufism and Baulism ( The Baul are a group of mys­tic min­strels from Ben­gal which includes Indi­an State of West Ben­gal and the coun­try of Bangladesh. Bauls con­sti­tute both a syn­cret­ic reli­gious sect and a musi­cal tra­di­tion. Bauls are a very het­ero­ge­neous group, with many sects, but their mem­ber­ship main­ly con­sists of Vaish­na­va Hin­dus and Sufi Mus­lims.) This makes my peo­ple indif­fer­ent to the world­ly life. They have been more spir­i­tu­al than reli­gious. But the recent devel­op­ment of reli­gious fun­da­men­tal­ism has left its marks on it also. Last few years, num­bers of writ­ers were killed; scores are in threat. State has also been restric­tive; ban­ning num­ber of books, arrest­ing writers.

It is all relat­ed to my poet­ry. I want to inter­nal­ize them in my poems in poet­ic way.  The colo­nial trau­ma, polit­i­cal con­flict, extrem­i­ty, per­va­sive exploita­tion of my peo­ple, the glob­al game of pow­er struc­tures, every­thing that is tak­ing place in the world and out­er side of the world, I want their share in my poems. I want to get them from their deep­er sur­face. I want to decode their mean­ing only to encode them into dif­fer­ent mean­ing. So, my poems are not a polit­i­cal blog. I am polit­i­cal and apo­lit­i­cal at the same time. I lead the  life of a mid­dle class but I dream some­day pro­le­tari­ats will come togeth­er and kick me out from my com­fort zone. They will set fire on my writ­ing table. I want to see whether my words sur­vive in that fire or turn into ash­es. My poems are all dis­guised, self-deceiv­ing prayers; spir­i­tu­al­i­ty of a non-believer. . 

 

One of the ways in which you are con­cerned in your coun­try’s lit­ter­aty and polit­i­cal life is your impli­ca­tion as an edi­tor – can you tell us more about your activ­i­ties and the lit­ter­aty scene  in Bengladesh?

Shuhrid:  These last 16 years, we have been pub­lish­ing a lit­tle mag­a­zine called Shir­dan­ra (Back­bone). I am one of the found­ing edi­tors of the mag­a­zine. We run it as a team­work. Now Ahmed Nakib and Laku Rash­man are my co-edi­tors. Both of them are pro­lif­ic poet and film mak­er respec­tive­ly. We have also a like-mind­ed pub­lish­er here; Ulukhar Pub­li­ca­tions. Our friend Sagar Nil Khan, the own­er of the pub­lish­ing house pub­lish­es books from the off-beat writ­ers only who write only in lit­tle mag­a­zine and ignore all temp­ta­tions to be a writer in the so called main­stream lit­er­ary scene.So far I know Ulukhar is the only pub­lish­ing house in the coun­try who are doing this for the off-beat writer; tak­ing risk of finan­cial loss.

Frankly speak­ing, I am not sat­is­fied what we have done so far with the mag­a­zine. In Bangladesh, stake of lit­er­a­ture in the soci­ety is not that sig­nif­i­cant now. Let me quote Hanif Qureshi: once there was cul­ture now there is shopping.This will be a lit­tle bit exager­at­ed for my coun­try though, with huge num­ber of peo­ple under pover­ty line. But the influ­ence of a con­sumerist soci­ety is very much present there. We failed to pro­vide prop­er edu­ca­tion to the larg­er num­ber of peo­ple. So they do not both­er about poet­ry. The rest, the so called edu­cat­ed peo­ple do not want to think any more. They need cheap enter­tain­ment which does not require think­ing. They have tele­vi­sion and face­book­ing for their enter­tain­ment. Peo­ple are get­ting them­selves more into reli­gion at the same time after 9/11 phe­nom­e­non in USA. A strange com­bi­na­tion of an emerg­ing econ­o­my in the time of  per­va­sive open-mar­ket culture.

Main­stream lit­er­a­ture is also influ­enced by that. Addi­tion­al­ly, it is con­trolled by the pop­ulist media hous­es in Bangladesh. So the main­stream lit­er­a­ture is serv­ing the pur­pose of the market.

Shir­daN­ra want­ed to be an alter­na­tive plat­form for the young writer. We expect­ed them to be angry and explo­sive com­ing up with fresh thoughts and ener­gy for the soci­ety. Not only con­tent wise , our expec­ta­tion is that young poets will also come up with avante-garde form also. As our pur­pose is not to serve the mar­ket rather cre­at­ing  crit­i­cal voice who will chal­lenge the estab­lish­ment, we are some­how, mar­gin­alised on the lit­er­ary scene. How­ev­er, we are not frus­trat­ed yet. As an edi­tor, I can see my mag­a­zine will remain the alter­na­tive plat­form for the poten­tial writers. 

 

If you had to give a def­i­n­i­tion of poet­ry, in few words, what would it be?

Shuhrid: Poet­ry, to me, is the bleed­ing expres­sions of a wound­ed soul. The soul is wound­ed because it has been denied to be com­plet­ed itself. Poet­ry is a thrust for the cos­mic beau­ty. But the world has set lot of walls before our eyes to stop us to see it in full bloom. Our souls try to it push it again and again and got wound­ed. With­out the light of the cos­mic beau­ty it remains incom­plete. It cries. We name the tears of the soul as poetry.

On the oth­er hand, poet­ry to me is also a mag­ic mir­ror. When I stand before it I can see a pre-his­tor­i­cal shrewed and self-deceivng killer being. That’s me who has lost pow­er to love even him­self. Oth­er end of the mir­ror, deny­ing the heat of the burn­ing mer­cury, beau­ty waits to embrace me. To reach in her arms is my ulti­mate goal. But the mir­ror is so mag­i­cal it will nev­er allow me to  pass through it. Poet­ry is not the beau­ty her­self; she is the promise of the beau­ty nev­er met.

 

1) Recours au Poème defends the idea that poet­ry is at the same time a polit­i­cal action and a rev­o­lu­tion­nary metapo­et­ics – waht do you think of this posi­tion (and you can be in com­plete oppo­si­tion to this idea)

Shuhrid: I sup­port your posi­tion to some extent. Every­thing is polit­i­cal. Poet­ry is the essence of that ‘ever­thing‘. So it has no oth­er way but to be polit­i­cal. Deny­ing this fact is inhu­mane. But the impor­tant ques­tion is which pol­i­tics are you defend­ing. Poet­ry can be used as an exploitive tools also. It can be used against man kind and nature like oth­er form of arts i.e. exam­ple films.

In rela­tion to this and to rev­o­lu­tion­nary metapo­et­ics, I wish I could read you my lat­est book came this Feb­ru­ary. The Eng­lish trans­la­tion of the long poem is „The Emerg­ing Death­camp“. Con­tent wise it is very much polit­i­cal. It deals with the theme of the cur­rent per­va­sive inhu­man­i­ty world wide and my coun­try. But at the same time it is an ambi­tious project of the poet­ic form itself. It has chal­lenges the tra­di­tion­al form of poet­ry. No, it is not exper­i­men­tal. It is more than that. It has start­ed with an tra­di­tion­al ren­di­tion of muse but after that it went mad. It has used can­vass­ing of a street hawk­er (sell­er), case stud­ies of research project, cinema’s dia­logue and col­lage and mon­tage, parts of nov­els, pointil­ism of paintaings and so on. Unfor­tu­nate­ly, the poem is untrans­lat­able; it is full of local ref­er­ence which will lose its strength in trans­la­tion. It hap­pened to trans­la­tions of my many poems.

 

2)    “Where dan­ger grows, there also grows what heals” says Hölder­lin – Do you think it is still topical?

Shuhrid: That is nat­ur­al– beau­ty of the nature. That’s how nature keeps it bal­ance. But nowa­days we are try­ing to out­smart nature. Noth­ing is secured in the hands of man. We are increas­ing dan­gers and pre­vent­ing all the paths of heal­ing. Poet­ry is the only heal­ing sys­tem left in the world now. That is also in great  dan­ger as peo­ple say. Few read poet­ry nowa­days. So far as  I know,  Recours au Poeme had to stop its e‑book project. I am not sure of the exact rea­son but I can guess absence of read­ers is one of the major rea­sons. In my coun­try, known as very cul­tur­al and poet­ic, the best sell­ing poet­ry books is print­ed only in 500. Yes five hun­dreds in the coun­try of 160 mil­lion of people.

So I strong­ly doubt that the prophet­ic opti­mism of Hold­er­lin is still top­i­cal. The only heal­ing I can see now is destruc­tion. Com­plete destruc­tion of the so called human civil­i­sa­tion and an emer­gence of a new civil­i­sa­tion if we have still thirst for that.

 

3) Baude­laire wrote : “You can live with­out bread for three days – note with­out poet­ry ; those among you who pre­tend the con­trary are wrong : they don’t know themselves.“Do you con­sid­er poet­ry the way Baude­laire did?

Shuhrid: I wish I could say that for myself. As a state­ment it is too strong that only a poet­ic god like Baude­laire can utter it. Let me quote from one of the poets from my lan­guage (Sukan­ta Bhat­tachariya; who died in 1947 at 21 only). He said, Oh poet­ry, I am send­ing you on leave now in the realm of the hunger, the world is pro­sa­ic; even the full­moon looks like a grilled rooti (local round bread). 

I can live with­out bread for three days, of course, if I get rice istead. Ha ha ha. But I can sur­vive so many days with­out poet­ry. As an art form, I am more inter­est­ed in film than poet­ry. Unfor­tu­nate­ly, I can­not make films. I can only write poet­ry, imper­fect poet­ry, to be more spe­cif­ic. Any day I can stop writ­ing poet­ry and go for slave busi­ness like Rim­baud, the first vision­ary. In the slave mar­ket, my first busi­ness could be to sell myself. But when I look back on myself, that is what I am doing every day. Sell­ing myself in dif­fer­ent form in the name of main­tain­ing a fam­i­ly, hav­ing peace in the soci­ety, try­ing to be a good cit­i­zen and a ben­e­fit­ted con­sumer of a glob­al mar­ket where you always  ‚buy one get one free‘.

At the end of every­thing this is again poet­ry that reminds me that I am still a human being and one thing is still left to sell.That is my wound­ed soul which instructs me to write poet­ry or read it in the mid­dle of the night after watch­ing polit­i­cal talk shows, aca­d­e­m­ic debate on geno­cide and ille­gal migra­tion on tele­vi­sion chan­nel and pornog­ra­phy on the inter­net chan­nel. For many days, life has been chan­nelised, par­tial and deformed. I am not sure if poet­ry has that much rel­e­vance to it.

But I com­plete­ly agree with the last part of the state­ment when Baude­laire says: they don;t know them­selve. I am one of ‚them.‘ And I love Baudelaire.

 

4)    In one of his songs, Leo Fer­ré says ” con­tem­po­rary poet­ry does­n’t sing any more, it crawls (…) At the school of poet­ry, one does­n’t learn, BUT FIGHT”. What about you?

Shuhrid: I was a stu­dent of Eng­lish lit­er­a­ture. But thanks to my teach­ers and insti­tu­tions I learnt noth­ing about poet­ry there, oth­er than some jar­gon. I will nev­er go there again. If I would have to go back to school, I would love to fight instead of prepar­ing my assign­ments. I want to learn from life. And life is full of chaos. Hav­ing a fight­ing instinct can be help­ful there. His­to­ry of poet­ry is a his­to­ry of revolt. If you are a good and obi­di­ent stu­dent of the school of poet­ry, then you stop or abort the ter­ri­ble birth of a new poem; you mere repeat your grand—poets or par­ents in that case.

 

5) And in the end, could you answer the  ques­tion : “Poets, what for? “(Hei­deg­ger) — on the same line as this sen­tence from Bernanos “Poet­ry, what for?”

Shuhrid: I am not that much inter­est­ed about poets. I don’t see them dif­fer­ent from oth­er peo­ple. In that case, I would love to repeat Mr. Hei­deggeer in dif­fer­ent way, „man, what for?“. How­ev­er, I am very much eager to go deep­er in to the ques­tion „Poet­ry, what for?“. In the cur­rent world, poet­ry has a role. The prime role of peotry is to sab­o­tage. Sab­o­tage the  set code of the world, the set lan­guage that shape and gov­er­nor our con­scious­ness and sub­con­sci­u­os­ness. The role of poet­ry is thus anar­chic; dis­be­liv­e­ing every­thing that civil­i­sa­tion want to preach us. Then a space for real cre­ativ­i­ty will emerge and poet­ry will be able to sing for the muse gain. The com­pre­hen­sive mean­ing of life is some­how stag­nat­ed now. We are repeat­ing and imi­tat­ing our­selves. Poet­ry can reveal the real truth about life to inform us that this is not ‚our‘ life at all. We are liv­ing the life of oth­ers. In the dys­func­tion­al­i­ty of grand phi­los­o­phy includ­ing reli­gions, poet­ry is left alone to tell us about that life we want­ed to enjoy but nev­er get them in life-time. 

 

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Shuhrid Shahidul­lah (born in 1975 in Kush­tia, Bangladesh) is one of the fresh­est and most pow­er­ful voic­es in Ben­gali poet­ry scene in the new mil­len­ni­um. He has pub­lished five col­lec­tions of poems until now. His first col­lec­tion of poems (Auto­bi­og­ra­phy of the God) was pub­lished from India in 2001. His poems and oth­er writ­ings are part of his ‘move­ment’ against the lit­er­ary and cul­tur­al estab­lish­ments.  Shir­dan­ra ( Back­bone), a lit­tle mag­a­zine co-edit­ed by him has become an influ­en­tial plat­form for the young and avant-garde writ­ers in Bangladesh. He also trans­lates reg­u­lar­ly from the works of the world lit­er­a­ture. Late­ly, he trans­lat­ed and pub­lished a spe­cial dossier on ‘90s gen­er­a­tion of Roman­ian poets along with oth­er Euro­pean con­tem­po­rary poets. His major trans­la­tion in ben­gali includs Let­ters to A Young Poet by Rain­er Maria Rilke. Cur­rent­ly, he is work­ing on his first nov­el and trans­lat­ing The House Made of Razor Blades by Lin­da Maria Baros. He is also work­ing now with french poet Mar­i­lyne Bertonci­ni for his upcom­ing bilin­gual (eng­lish, french) anthol­o­gy. He was invit­ed to present his poems in Paris Inter­na­tion­al poet­ry fes­ti­val in 2014. La Tra­duc­tere, the offi­cial pub­li­ca­tion of the fes­ti­val pub­lished his poems in that occasion.

Shuhrid has a Mas­ter degree in Eng­lish Lit­ter­a­ture from Uni­ver­si­ty of Cal­cut­ta, India. Cur­rent­ly he is work­ing in Bangladesh office of NETZ, a Ger­many based devel­op­ment organ­i­sa­tion, to facil­i­tate liveli­hood, edu­ca­tion and human rights sup­port for the extreme­ly poor house­holds in Bangladesh.

 

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Marilyne Bertoncini

Biogra­phie Enseignante, poète et tra­duc­trice (français, ital­ien), codi­rec­trice de la revue numérique Recours au Poème, à laque­lle elle par­ticipe depuis 2012, mem­bre du comité de rédac­tion de la revue Phoenix, col­lab­o­ra­trice des revues Poésie/Première et la revue ital­i­enne Le Ortiche, où elle tient une rubrique, “Musarder“, con­sacrée aux femmes invis­i­bil­isées de la lit­téra­ture, elle, ani­me à Nice des ren­con­tres lit­téraires men­su­elles con­sacrées à la poésie, Les Jeud­is des mots dont elle tient le site jeudidesmots.com. Tit­u­laire d’un doc­tor­at sur l’oeu­vre de Jean Giono, autrice d’une thèse, La Ruse d’I­sis, de la Femme dans l’oeu­vre de Jean Giono, a été mem­bre du comité de rédac­tion de la revue lit­téraire RSH “Revue des Sci­ences Humaines”, Uni­ver­sité de Lille III, et pub­lié de nom­breux essais et arti­cles dans divers­es revues uni­ver­si­taires et lit­téraires français­es et inter­na­tionales : Amer­i­can Book Review, (New-York), Lit­téra­tures (Uni­ver­sité de Toulouse), Bul­letin Jean Giono, Recherch­es, Cahiers Péd­a­gogiques… mais aus­si Europe, Arpa, La Cause Lit­téraire… Un temps vice-prési­dente de l’association I Fioret­ti, chargée de la pro­mo­tion des man­i­fes­ta­tions cul­turelles de la Rési­dence d’écrivains du Monastère de Saorge, (Alpes-Mar­itimes), a mon­té des spec­ta­cles poé­tiques avec la classe de jazz du con­ser­va­toire et la mairie de Men­ton dans le cadre du Print­emps des Poètes, invité dans ses class­es de nom­breux auteurs et édi­teurs (Bar­ry Wal­len­stein, Michael Glück…), organ­isé des ate­liers de cal­ligra­phie et d’écriture (travaux pub­liés dans Poet­ry in Per­for­mance NYC Uni­ver­si­ty) , Ses poèmes (dont cer­tains ont été traduits et pub­liés dans une dizaine de langues) en recueils ou dans des antholo­gies se trou­vent aus­si en ligne et dans divers­es revues, et elle a elle-même traduit et présen­té des auteurs du monde entier. Par­al­lèle­ment à l’écri­t­ure, elle s’in­téresse à la pho­togra­phie, et col­la­bore avec des artistes, plas­ti­ciens et musi­ciens. Site : Minotaur/A, http://minotaura.unblog.fr * pub­li­ca­tions récentes : Son Corps d’om­bre, avec des col­lages de Ghis­laine Lejard, éd. Zin­zo­line, mai 2021 La Noyée d’On­a­gawa, éd. Jacques André, févri­er 2020 (1er prix Quai en poésie, 2021) Sable, pho­tos et gravures de Wan­da Mihuleac, éd. Bilingue français-alle­mand par Eva-Maria Berg, éd. Tran­signum, mars 2019 (NISIP, édi­tion bilingue français-roumain, tra­duc­tion de Sonia Elvire­anu, éd. Ars Lon­ga, 2019) Memo­ria viva delle pieghe, ed. bilingue, trad. de l’autrice, ed. PVST. Mars 2019 (pre­mio A.S.A.S 2021 — asso­ci­azione sicil­iana arte e scien­za) Mémoire vive des replis, texte et pho­tos de l’auteure, éd. Pourquoi viens-tu si tard – novem­bre 2018 L’Anneau de Chill­i­da, Ate­lier du Grand Tétras, mars 2018 (man­u­scrit lau­réat du Prix Lit­téraire Naji Naa­man 2017) Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englouti, éd. Imprévues, mars 2017 La Dernière Oeu­vre de Phidias, suivi de L’In­ven­tion de l’ab­sence, Jacques André édi­teur, mars 2017. Aeonde, éd. La Porte, mars 2017 La dernière œuvre de Phidias – 453ème Encres vives, avril 2016 Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique – Recours au Poème édi­teurs, mars 2015 Ouvrages col­lec­tifs — Antolo­gia Par­ma, Omag­gio in ver­si, Bertoni ed. 2021 — Mains, avec Chris­tine Durif-Bruck­ert, Daniel Rég­nier-Roux et les pho­tos de Pas­cal Durif, éd. du Petit Véhicule, juin 2021 — “Re-Cer­vo”, in Trans­es, ouvrage col­lec­tif sous la direc­tion de Chris­tine Durif-Bruck­ert, éd. Clas­siques Gar­nier, 2021 -Je dis désirS, textes rassem­blés par Mar­i­lyne Bertonci­ni et Franck Berthoux, éd. Pourquoi viens-tu si tard ? Mars 2021 — Voix de femmes, éd. Pli­may, 2020 — Le Courage des vivants, antholo­gie, Jacques André édi­teur, mars 2020 — Sidér­er le silence, antholo­gie sur l’exil – édi­tions Hen­ry, 5 novem­bre 2018 — L’Esprit des arbres, édi­tions « Pourquoi viens-tu si tard » — à paraître, novem­bre 2018 — L’eau entre nos doigts, Antholo­gie sur l’eau, édi­tions Hen­ry, mai 2018 — Trans-Tzara-Dada – L’Homme Approx­i­matif , 2016 — Antholo­gie du haiku en France, sous la direc­tion de Jean Antoni­ni, édi­tions Aleas, Lyon, 2003 Tra­duc­tions de recueils de poésie — Aujour­d’hui j’embrasse un arbre, de Gio­van­na Iorio, éd. Imprévues, juil­let 2021 — Soleil hési­tant, de Gili Haimovich, éd. Jacques André , avril 2021 — Un Instant d’é­ter­nité, Nel­lo Spazio d’un istante, Anne-Marie Zuc­chel­li (tra­duc­tion en ital­ien) éd ; PVST, octo­bre 2020 — Labir­in­to delle Not­ti (ined­i­to — nom­iné au Con­cor­so Nazionale Luciano Ser­ra, Ital­ie, sep­tem­bre 2019) — Tony’s blues, de Bar­ry Wal­len­stein, avec des gravures d’Hélène Baut­tista, éd. Pourquoi viens-tu si tard ?, mars 2020 — Instan­ta­nés, d‘Eva-Maria Berg, traduit avec l’auteure, édi­tions Imprévues, 2018 — Ennu­age-moi, a bilin­gual col­lec­tion , de Car­ol Jenk­ins, tra­duc­tion Mar­i­lyne Bertonci­ni, Riv­er road Poet­ry Series, 2016 — Ear­ly in the Morn­ing, Tôt le matin, de Peter Boyle, Mar­i­lyne Bertonci­ni & alii. Recours au Poème édi­tions, 2015 — Livre des sept vies, Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015 — His­toire de Famille, Ming Di, édi­tions Tran­signum, avec des illus­tra­tions de Wan­da Mihuleac, juin 2015 — Rain­bow Snake, Ser­pent Arc-en-ciel, de Mar­tin Har­ri­son Recours au Poème édi­tions, 2015 — Secan­je Svile, Mémoire de Soie, de Tan­ja Kragu­je­vic, édi­tion trilingue, Beograd 2015 — Tony’s Blues de Bar­ry Wal­len­stein, Recours au Poème édi­tions, 2014 Livres d’artistes (extraits) La Petite Rose de rien, avec les pein­tures d’Isol­de Wavrin, « Bande d’artiste », Ger­main Roesch ed. Aeonde, livre unique de Mari­no Ros­set­ti, 2018 Æncre de Chine, in col­lec­tion Livres Ardois­es de Wan­da Mihuleac, 2016 Pen­sées d’Eury­dice, avec les dessins de Pierre Rosin : http://www.cequireste.fr/marilyne-bertoncini-pierre-rosin/ Île, livre pau­vre avec un col­lage de Ghis­laine Lejard (2016) Pae­sine, poème , sur un col­lage de Ghis­laine Lejard (2016) Villes en chantier, Livre unique par Anne Poupard (2015) A Fleur d’é­tang, livre-objet avec Brigitte Marcer­ou (2015) Genèse du lan­gage, livre unique, avec Brigitte Marcer­ou (2015) Dae­mon Fail­ure deliv­ery, Livre d’artiste, avec les burins de Dominique Crog­nier, artiste graveuse d’Amiens – 2013. Col­lab­o­ra­tions artis­tiques visuelles ou sonores (extraits) — Damna­tion Memo­ri­ae, la Damna­tion de l’ou­bli, lec­ture-per­for­mance mise en musique par Damien Char­ron, présen­tée pour la pre­mière fois le 6 mars 2020 avec le sax­o­phon­iste David di Bet­ta, à l’am­bas­sade de Roumanie, à Paris. — Sable, per­for­mance, avec Wan­da Mihuleac, 2019 Galerie Racine, Paris et galerie Depar­dieu, Nice. — L’En­vers de la Riv­iera mis en musique par le com­pos­i­teur Man­soor Mani Hos­sei­ni, pour FESTRAD, fes­ti­val Fran­co-anglais de poésie juin 2016 : « The Far Side of the Riv­er » — Per­for­mance chan­tée et dan­sée Sodade au print­emps des poètes Vil­la 111 à Ivry : sur un poème de Mar­i­lyne Bertonci­ni, « L’homme approx­i­matif », décor voile peint et dess­iné, 6 x3 m par Emi­ly Wal­ck­er : L’Envers de la Riv­iera mis en image par la vidéaste Clé­mence Pogu – Festrad juin 2016 sous le titre « Proche Ban­lieue» Là où trem­blent encore des ombres d’un vert ten­dre – Toile sonore de Sophie Bras­sard : http://www.toilesonore.com/#!marilyne-bertoncini/uknyf La Rouille du temps, poèmes et tableaux tex­tiles de Bérénice Mollet(2015) – en par­tie pub­liés sur la revue Ce qui reste : http://www.cequireste.fr/marilyne-bertoncini-berenice-mollet/ Pré­faces Appel du large par Rome Deguer­gue, chez Alcy­one – 2016 Erra­tiques, d’ Angèle Casano­va, éd. Pourquoi viens-tu si tard, sep­tem­bre 2018 L’esprit des arbres, antholo­gie, éd. Pourquoi viens-tu si tard, novem­bre 2018 Chant de plein ciel, antholo­gie de poésie québé­coise, PVST et Recours au Poème, 2019 Une brèche dans l’eau, d’E­va-Maria Berg, éd. PVST, 2020 Soleil hési­tant, de Gili Haimovich, ed Jacques André, 2021 Un Souf­fle de vie, de Clau­dine Ross, ed. Pro­lé­gomènes, 2021