> Poésie du Québec (5 ) : Bernard Pozier

Poésie du Québec (5 ) : Bernard Pozier

Par | 2018-05-05T13:58:47+00:00 5 mai 2018|Catégories : Bernard Pozier, Chroniques|

Professeur de lit­té­ra­ture, Bernard Pozier a gran­de­ment contri­bué à por­ter la parole poé­tique au Québec. Il a par­ti­ci­pé à la fon­da­tion des revues APLM, Arcades, et La poé­sie au Québec, revue cri­tique annuelle. Il est direc­teur lit­té­raire des Editions Ecrits des Forges. En 2012, il a reçu la médaille de la Reconnaissance de l’Etat d’Aguascalientes, au Mexique, pour la qua­li­té de ses tra­vaux de tra­duc­tion et de dif­fu­sion de la poé­sie mexi­caine au Québec. 

En 2013, cet enga­ge­ment est recon­nu et récom­pen­sé par le pre­mier prix de cala­ve­ri­tas du Consulat du Mexique à Montréal. Poète avant tout, Bernard Pozier enchante un réel qu’il trans­fi­gure dans des vers qui pro­posent une vision oni­rique et trans­fi­gu­rée de l’univers qui nous entoure. Il tisse des images qui en dévoilent des contours sub­tils et par­viens à extraire l’essence poé­tique de toute chose.

 

 

MYSTÉRIEUSES

 

Toutes les villes vivent tou­jours
Même quand on n’y est pas
Ceux que l’on y connaît s’agitent là
Sans nous
Comme tous les autres incon­nus
Qui vaquent et vaguent de ci de là
Et ceux qui vien­dront
Quand nous ne serons plus
Nulle part
Et que nous ne connaî­trons plus
Personne
Et vice ver­sa

 

 

ROULIS

 

Écoute la res­pi­ra­tion de l’océan
L’écho du mur­mure du monde
Le noir vacarme du silence
Le ciel oublié sur la terre
Dans une lente lamen­ta­tion
Infini sou­bre­saut du sou­ve­nir des hau­teurs
Où les nuages mangent tout le pay­sage

Sur les plages et les crêtes
Nuages de mers
Écume de ciel
Vois cou­ler la bave de l’univers
Ce si étrange escar­got cos­mique

Demande
Combien de cailloux dans un rocher
Combien d’arbres en un seul tronc
Combien de larmes au cœur d’un coquillage
Sonores encore

 

 

RIVAGE

 

Errant par­mi les mots nou­veaux
Et leurs pos­sibles équi­va­lences
Parmi les bor­dées de ber­naches
Et les envols de la neige
Dans les marées d’écureuils
Et les sur­sauts des feuilles
Sous l’explosion des sèves
Et sous le bouillon­ne­ment des fleurs
À la sueur des langues
Et à la salive des soifs
Peu à peu
Tu deviens
À ton tour
Une fille de l’île

 

 

VOIX

 

Il n’est point de jours
Sans trous noirs
Dans les constel­la­tions de nos morts

Chaque pore de notre corps
Donne bouche à l’un de nos dis­pa­rus

Sous le poids des voix
Dans la suée des sou­ve­nances
Le corps se chif­fonne
Et ne sait plus
Par où res­pi­rer

 

 

 

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