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Notre relation au monde

Par | 2018-05-23T14:50:58+00:00 14 décembre 2014|Catégories : Chroniques|

 

J’avoue très hum­ble­ment que, jusqu’à ce que Gabriel Arnou-Laujeac, l’auteur de « Plus loin qu’ailleurs », me fasse connaître ses der­niers poèmes, je n’avais jamais enten­du par­ler d’Hélène Cardona. Mais, à vrai dire, com­ment connaître l’œuvre de tout le monde ? Tâche impos­sible, même dans un milieu res­treint comme, aujourd’hui, celui de la poé­sie…

Et je dois à la véri­té de dire que j’ai été ébloui par le recueil que je décou­vrais de la sorte : « Dreaming my Animal Selves » – ou en fran­çais (puisque le recueil édi­té est bilingue) : « Le Songe de mes Ames Animales ». Que j’aurais plu­tôt tra­duit quant à moi par : « Rêvant mes Sois ani­maux ». Car peut-on vrai­ment avan­cer que le Self (le « Soi », tiré des Upanishads, et par­ti­cu­liè­re­ment de la Chandogya) et l’Ame soient réel­le­ment la même chose ? Ou l’Ame n’est-elle pas le récep­tacle natu­rel pour la mani­fes­ta­tion de ce Soi divin et cos­mique ?

Mais ce n’est là, je le sais bien, que brou­tilles… Et quel émer­veille­ment, à tra­vers des songes qui touchent de si près au cha­ma­nisme, que de res­sen­tir en ces mots l’unité la plus pro­fonde du cos­mos, et cette expan­sion de la conscience (une conscience née, selon Jung, de l’Inconscient col­lec­tif – autre­ment dit, et il l’avoue à la toute fin de sa vie, du nom moderne que nous don­nons à l’Ame du Monde des Anciens), cette expan­sion de la conscience qui per­met d’accéder à la décou­verte vivante de cette même uni­té !

Est-ce pour rien, de ce point de vue, que l’auteure conclut son avant der­nier poème (« Diapositives de pen­sées »), par ces quelques mots :

 

« …sou­la­gée de ne plus être han­tée,
D’être sim­ple­ment la sub­stance du cos­mos »,

 

et ter­mine son recueil (« Harmonies paral­lèles »), par cette phrase indu­bi­table :

 

« Nous mûris­sons musi­ca­le­ment
         Couverts de fleurs de ceri­sier
                  varia­tion divine,
conscience en quête d’expansion » ?

 

Hélène Cardona, outre tous ses diplômes uni­ver­si­taires, et les langues vivantes qu’elle parle cou­ram­ment, est extrê­me­ment culti­vée : qui d’autre, de nos jours, ose­rait mettre en exergue à sa « pro­duc­tion », des extraits de Rumi, de Dickinson, de Gibran ou de Rilke ? Mais on voit bien là que la fine pointe de la culture n’assèche pas l’esprit et ne débouche pas for­cé­ment, comme on vou­drait trop nous le faire croire, sur un scep­ti­cisme géné­ra­li­sé – mais que c’est au contraire, par­fois, et comme c’est ici le cas, une ouver­ture à ce qui nous trans­cende et nous appelle dans l’espace de nos nuits.

Mais peut-être, dois-je ajou­ter, l’origine mul­ti­cul­tu­relle de Cardona (irlan­daise, grecque et espa­gnole), de même que son amour sans par­tage pour la musique, n’y sont pas tota­le­ment étran­gers ?

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