> Notre relation au monde

Notre relation au monde

Par |2018-08-22T06:58:10+00:00 14 décembre 2016|Catégories : Chroniques, Gabriel Arnou-Laijeac|

 

J’avoue très hum­ble­ment que, jusqu’à ce que Gabriel Arnou-Laujeac, l’auteur de « Plus loin qu’ailleurs », me fasse connaître ses der­niers poèmes, je n’avais jamais enten­du par­ler d’Hélène Cardona. Mais, à vrai dire, com­ment connaître l’œuvre de tout le monde ? Tâche impos­sible, même dans un milieu res­treint comme, aujourd’hui, celui de la poé­sie…

Et je dois à la véri­té de dire que j’ai été ébloui par le recueil que je décou­vrais de la sorte : « Dreaming my Animal Selves » – ou en fran­çais (puisque le recueil édi­té est bilingue) : « Le Songe de mes Ames Animales ». Que j’aurais plu­tôt tra­duit quant à moi par : « Rêvant mes Sois ani­maux ». Car peut-on vrai­ment avan­cer que le Self (le « Soi », tiré des Upanishads, et par­ti­cu­liè­re­ment de la Chandogya) et l’Ame soient réel­le­ment la même chose ? Ou l’Ame n’est-elle pas le récep­tacle natu­rel pour la mani­fes­ta­tion de ce Soi divin et cos­mique ?

Mais ce n’est là, je le sais bien, que brou­tilles… Et quel émer­veille­ment, à tra­vers des songes qui touchent de si près au cha­ma­nisme, que de res­sen­tir en ces mots l’unité la plus pro­fonde du cos­mos, et cette expan­sion de la conscience (une conscience née, selon Jung, de l’Inconscient col­lec­tif – autre­ment dit, et il l’avoue à la toute fin de sa vie, du nom moderne que nous don­nons à l’Ame du Monde des Anciens), cette expan­sion de la conscience qui per­met d’accéder à la décou­verte vivante de cette même uni­té !

Est-ce pour rien, de ce point de vue, que l’auteure conclut son avant der­nier poème (« Diapositives de pen­sées »), par ces quelques mots :

 

« …sou­la­gée de ne plus être han­tée,
D’être sim­ple­ment la sub­stance du cos­mos »,

 

et ter­mine son recueil (« Harmonies paral­lèles »), par cette phrase indu­bi­table :

 

« Nous mûris­sons musi­ca­le­ment
         Couverts de fleurs de ceri­sier
                  varia­tion divine,
conscience en quête d’expansion » ?

 

Hélène Cardona, outre tous ses diplômes uni­ver­si­taires, et les langues vivantes qu’elle parle cou­ram­ment, est extrê­me­ment culti­vée : qui d’autre, de nos jours, ose­rait mettre en exergue à sa « pro­duc­tion », des extraits de Rumi, de Dickinson, de Gibran ou de Rilke ? Mais on voit bien là que la fine pointe de la culture n’assèche pas l’esprit et ne débouche pas for­cé­ment, comme on vou­drait trop nous le faire croire, sur un scep­ti­cisme géné­ra­li­sé – mais que c’est au contraire, par­fois, et comme c’est ici le cas, une ouver­ture à ce qui nous trans­cende et nous appelle dans l’espace de nos nuits.

Mais peut-être, dois-je ajou­ter, l’origine mul­ti­cul­tu­relle de Cardona (irlan­daise, grecque et espa­gnole), de même que son amour sans par­tage pour la musique, n’y sont pas tota­le­ment étran­gers ?

mm

Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 articles divers), ancien pro­duc­teur de l’émission “Les Vivants et les dieux” à France Culture, Michel Cazenave est un amou­reux impé­ni­tent – dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’incarnation de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a publié nombre de livres de poé­sie depuis la dis­pa­ri­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poé­sie est clai­re­ment ce qui lui “parle” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a publié Le Bel amour, une antho­lo­gie de sa poé­sie, chez Recours au Poème édi­teurs.

voir :

http://​www​.michel​ca​ze​nave​.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Fragments de la Sophia, Imago, 1981

Fragments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Péninsule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, sui­vis de Gloses, Arbres et Fantasies,  Le Nouvel Athanor, 2005.

Dédicace à l’absente, sui­vi de Paris-Néon, sous le titre géné­ral  “Michel Cazenave”, Le Nouvel Athanor, 2007.

Primavera, Arma Artis, 2007.

Primavera viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Naissance de l’aurore, Rafael de Surtis, 2008.

L’Œuvre d’or, sui­vi de La Verdoyante, Rafael de Surtis, 2008.

Primavera nova, Arma Artis, 2008.

Melancholia, sui­vi de Parole et silence, Rafael de Surtis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

X