> Le Bel amour (26), Que de poésie !

Le Bel amour (26), Que de poésie !

Par |2018-08-22T07:36:12+00:00 19 mars 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

Je me sou­ve­nais d’avoir étu­dié Virgile en long et en large lorsque je fai­sais mes études – de la 6° à la khâgne à l’époque – et comme je me rap­pe­lais cet ennui que nous y avions tous éprou­vé, sur­tout pour les com­po­si­tions de réci­ta­tion latine !

Or, voi­ci que Virgile nous est ren­du aujourd’hui, dans de nou­velles ver­sions, ou pour le moins, dans une ver­sion revue et cor­ri­gée.

Je ne par­le­rai même pas de L’Enéide, dont je per­siste à pen­ser que ce n’est rien d’autre qu’une pâle imi­ta­tion d’Homère. Et comme le sou­ve­nir reste pré­sent de ces pre­miers vers que nous nous effor­cions d’ânonner :

« Arma virumque cano, Trojae qui pri­mus ab oris
Italiam fato pro­fu­gus Laviniaque venit
Litora… »

Mais, bien que ma mémoire en soit aus­si cui­sante (« Tityre, tu patu­lae recu­bans sub teg­mine fagi /​ Silvestrem tenui musam medi­ta­ris ave­na… »), j’ai décou­vert com­bien, dans Les Géorgiques et Les Bucoliques, Virgile pou­vait être un immense poète !

Et comme il a pu prê­ter à tant d’interprétations dif­fé­rentes ! A témoin, ce vers mys­té­rieux de la 4° Bucolique : «  Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regia ; /​ Jam nova pro­ge­nies cae­lo dimit­tit­tur alto : voi­ci que revient aus­si la Vierge, que reviennent les règnes de Saturne ; /​ Voici qu’une nou­velle lignée (nous) est envoyée du haut du ciel ». Je sais bien comme les auteurs paléo-chré­tiens en ont fait leurs délices, et sans rele­ver l’allusion aux croyances astro­lo­giques de l’époque, ni le ren­voi à l’ « âge d’or » décrit par Hésiode dans Les Travaux et les Jours, comme quelqu’un comme Lactance, dans ses Institutions divines, y a vu l’annonce de Jésus. Ce pour­quoi, il me semble, Virgile pou­vait être le pre­mier guide de Dante, dans la Divine Comédie, pour le début de son voyage dans les cercles de l’au-delà !

Pourtant, bien loin de ces « com­pré­hen­sions » ten­dan­cieuses, comme des vers se sont gra­vés dans ma mémoire, qui chantent les plai­sirs de la Mère Nature, et les débats spi­ri­tuels et pro­fonds aux­quels était livré notre écri­vain !

Comment ne pas vibrer à des dis­tiques comme celui-ci : « Candidus insue­tum  mira­tur limen Olympi /​ Sub pedi­busque videt nubes et side­ra Daphnis : Comme, plein de lumière, il regarde le seuil inha­bi­tuel de l’Olympe, /​ Et (comme) sous ses pieds il aper­çoit les nuages et les étoiles, Daphnis ! » (5° Bucolique).

Ou encore à un tel groupe d’hexamètres :

« Quid qui, ne gra­vi­dis pro­cum­bat culmus aris­tis, /​ Luxuriem sege­tum tene­ra depas­cit in her­ba, /​ Cum pri­mum sul­cos aequant sata, quique palu­dis /​ Collectum humo­rem bibu­la dedu­cit hare­na ? : Que dire (encore) de celui qui, de peur que ne se couche une tige aux lourds épis, /​  Fait paître la luxu­riance des céréales quand elle est encore de l’herbe tendre, /​ Alors que les plants égalent les sillons en hau­teur ? Et de celui qui des marais /​ Enlève l’humidité (pour la ver­ser) dans un sable qui la boit ? » (Vers 111 à 114 de la 1ère Géorgique).        

Oui, il ne faut être vic­time de ses études ! Et relire Virgile comme il a réel­le­ment écrit, pour enfin entendre le bien-fon­dé de sa répu­ta­tion, et comme, rare­ment, on a fait mieux !

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 articles divers), ancien pro­duc­teur de l’émission “Les Vivants et les dieux” à France Culture, Michel Cazenave est un amou­reux impé­ni­tent – dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’incarnation de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a publié nombre de livres de poé­sie depuis la dis­pa­ri­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poé­sie est clai­re­ment ce qui lui “parle” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a publié Le Bel amour, une antho­lo­gie de sa poé­sie, chez Recours au Poème édi­teurs.

voir :

http://​www​.michel​ca​ze​nave​.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Fragments de la Sophia, Imago, 1981

Fragments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Péninsule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, sui­vis de Gloses, Arbres et Fantasies,  Le Nouvel Athanor, 2005.

Dédicace à l’absente, sui­vi de Paris-Néon, sous le titre géné­ral  “Michel Cazenave”, Le Nouvel Athanor, 2007.

Primavera, Arma Artis, 2007.

Primavera viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Naissance de l’aurore, Rafael de Surtis, 2008.

L’Œuvre d’or, sui­vi de La Verdoyante, Rafael de Surtis, 2008.

Primavera nova, Arma Artis, 2008.

Melancholia, sui­vi de Parole et silence, Rafael de Surtis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

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