> Le Bel amour (26), Que de poésie !

Le Bel amour (26), Que de poésie !

Par |2018-08-16T22:24:09+00:00 19 mars 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

Je me sou­ve­nais d’avoir étu­dié Virgile en long et en large lorsque je fai­sais mes études – de la 6° à la khâgne à l’époque – et comme je me rap­pe­lais cet ennui que nous y avions tous éprou­vé, sur­tout pour les com­po­si­tions de réci­ta­tion latine !

Or, voi­ci que Virgile nous est ren­du aujourd’hui, dans de nou­velles ver­sions, ou pour le moins, dans une ver­sion revue et cor­ri­gée.

Je ne par­le­rai même pas de L’Enéide, dont je per­siste à pen­ser que ce n’est rien d’autre qu’une pâle imi­ta­tion d’Homère. Et comme le sou­ve­nir reste pré­sent de ces pre­miers vers que nous nous effor­cions d’ânonner :

« Arma virumque cano, Trojae qui pri­mus ab oris
Italiam fato pro­fu­gus Laviniaque venit
Litora… »

Mais, bien que ma mémoire en soit aus­si cui­sante (« Tityre, tu patu­lae recu­bans sub teg­mine fagi /​ Silvestrem tenui musam medi­ta­ris ave­na… »), j’ai décou­vert com­bien, dans Les Géorgiques et Les Bucoliques, Virgile pou­vait être un immense poète !

Et comme il a pu prê­ter à tant d’interprétations dif­fé­rentes ! A témoin, ce vers mys­té­rieux de la 4° Bucolique : «  Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regia ; /​ Jam nova pro­ge­nies cae­lo dimit­tit­tur alto : voi­ci que revient aus­si la Vierge, que reviennent les règnes de Saturne ; /​ Voici qu’une nou­velle lignée (nous) est envoyée du haut du ciel ». Je sais bien comme les auteurs paléo-chré­tiens en ont fait leurs délices, et sans rele­ver l’allusion aux croyances astro­lo­giques de l’époque, ni le ren­voi à l’ « âge d’or » décrit par Hésiode dans Les Travaux et les Jours, comme quelqu’un comme Lactance, dans ses Institutions divines, y a vu l’annonce de Jésus. Ce pour­quoi, il me semble, Virgile pou­vait être le pre­mier guide de Dante, dans la Divine Comédie, pour le début de son voyage dans les cercles de l’au-delà !

Pourtant, bien loin de ces « com­pré­hen­sions » ten­dan­cieuses, comme des vers se sont gra­vés dans ma mémoire, qui chantent les plai­sirs de la Mère Nature, et les débats spi­ri­tuels et pro­fonds aux­quels était livré notre écri­vain !

Comment ne pas vibrer à des dis­tiques comme celui-ci : « Candidus insue­tum  mira­tur limen Olympi /​ Sub pedi­busque videt nubes et side­ra Daphnis : Comme, plein de lumière, il regarde le seuil inha­bi­tuel de l’Olympe, /​ Et (comme) sous ses pieds il aper­çoit les nuages et les étoiles, Daphnis ! » (5° Bucolique).

Ou encore à un tel groupe d’hexamètres :

« Quid qui, ne gra­vi­dis pro­cum­bat culmus aris­tis, /​ Luxuriem sege­tum tene­ra depas­cit in her­ba, /​ Cum pri­mum sul­cos aequant sata, quique palu­dis /​ Collectum humo­rem bibu­la dedu­cit hare­na ? : Que dire (encore) de celui qui, de peur que ne se couche une tige aux lourds épis, /​  Fait paître la luxu­riance des céréales quand elle est encore de l’herbe tendre, /​ Alors que les plants égalent les sillons en hau­teur ? Et de celui qui des marais /​ Enlève l’humidité (pour la ver­ser) dans un sable qui la boit ? » (Vers 111 à 114 de la 1ère Géorgique).        

Oui, il ne faut être vic­time de ses études ! Et relire Virgile comme il a réel­le­ment écrit, pour enfin entendre le bien-fon­dé de sa répu­ta­tion, et comme, rare­ment, on a fait mieux !

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