> Le Bel amour (19), Plaidoyer pour l’Ame du Monde

Le Bel amour (19), Plaidoyer pour l’Ame du Monde

Par | 2018-02-17T22:09:15+00:00 21 juin 2015|Catégories : Chroniques|

Qui, hon­nê­te­ment n’a jamais enten­du par­ler de Mohammed Taleb – ce sou­fi d’origine algé­rienne, sec­ta­teur de Carl Gustav Jung, et plus pré­ci­sé­ment de la psy­cho­lo­gie arché­ty­pale déve­lop­pée par l’américain James Hillmann à Zurich, puis aux Etats-Unis, et, tout du long, lors des ren­contres d’Ascona en Suisse ita­lienne – tout autant pas­sion­né par  l’immense phi­lo­sophe Alfred North Whitehead, et par le héraut de la contre-culture que fut quelqu’un comme Theodor Roszak ?

Or, on voit bien ce qui les relie tous les uns aux autres : la croyance, dure comme fer, à ce que  depuis Plotin, et sur­tout depuis le « Timée » de Platon, il est conve­nu d’appeler l’Ame du monde. Autrement dit, la façon dont nous par­ti­ci­pons tous d’une âme uni­ver­selle, qui nous met en contact avec l’ « Intellect divin » dont nous sommes issus, et avec l’intégralité du cos­mos. Est-ce pour rien, de ce point de vue que, voi­ci déjà quelques années, Mohammed Taleb avait fait publier les entre­tiens qu’il avait menés sur le thème « Sciences et arché­types » ? (En se rap­pe­lant quelle est l’occurrence mul­ti­forme de ce der­nier mot dans toute la pen­sée dite « néo­pla­to­ni­cienne »).

Et voi­ci qu’il réci­dive aujourd’hui en nous pré­sen­tant tous les « chefs de file » de ce cou­rant, en ne s’interdisant sur­tout pas de recher­cher comme ils ont anti­ci­pé (et influé sur) cer­tains déve­lop­pe­ments de la réflexion moderne.

D’ailleurs, la cou­ver­ture du livre ne nous en pré­vient-elle pas tout de suite, qui porte : « De Plotin à Henry-David Thoreau /​ D’Ibn Arabi à Rabindranath Tagore /​ De Hadewijch d’Anvers à Carl Gustav Jung » ?

C’est ain­si à un véri­table tour du monde que nous sommes invi­tés, à com­pa­rer les voies cos­miques de l’Orient et de l’Occident, à nous ras­sa­sier de poé­sie (car qua­si­ment tous les auteurs, qu’ils écri­vissent en prose ou en « vers », furent de grands poètes – ou de grandes poé­tesses), et à redé­cou­vrir (nous le savions déjà, mais il est tou­jours bon de le rap­pe­ler), le rôle déter­mi­nant que joua la pen­sée musul­mane dans notre acces­sion à la rai­son – for­cé­ment dif­fé­rente de ce que nous nom­mons l’ « intel­lec­tus » – et à un style de prise en compte de l’Univers que notre culture avait sans doute oublié.

Faut-il dès lors s’étonner que les évo­ca­tions se ter­minent aujourd’hui, de l’importance accor­dée au grand Romantisme alle­mand, et d’une sec­tion de ce livre entiè­re­ment vouée à l’Islam ? Non, sans doute. Et, de Jung et de ses navi­ga­tions sur le lac de Zurich, ou de sa manière de ren­con­trer les dieux lares dans le feu qu’il allu­mait dans sa tour de Bollingen, à Gilbert Durand et à la mai­son for­ti­fiée qu’il habi­tait près de la fron­tière ita­lienne, on com­prend mieux pour­quoi Taleb se réclame de ce qu’il appelle une « éco­psy­cho­lo­gie » qui res­pec­te­rait tout autant la Nature que la réa­li­té de notre âme…

Bref, un livre à lire de toute urgence – ne fût-ce que pour nous faire réflé­chir et (bien) rêver !

 

 

 

 

 

 

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