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Grenier du Bel Amour (17)

Par | 2018-02-20T04:59:53+00:00 11 novembre 2014|Catégories : Chroniques|

De la liberté à la joie

 

Il y a sans doute plu­sieurs manières de faire de la phi­lo­so­phie. Simplement, rap­pe­lons-nous ce que, ori­gi­nel­le­ment, veut dire ce mot : l’amour de la sagesse – si ce n’est, comme j’aurais per­son­nel­le­ment ten­dance à le pen­ser, de la Sagesse comme mani­fes­ta­tion du Divin (de l’au-delà de tout mot) qui nous fonde.

Alors, comme le res­sen­taient les Antiques, la phi­lo­so­phie est de l’ordre de ce que nous appel­le­rions un « exer­cice spi­ri­tuel » : com­ment conduire sa vie sans avoir à en rou­gir au moment que nous devrons nous « éva­nouir » à ce monde ? Quelqu’un comme Pierre Hadot, à tra­vers ses tra­vaux et ses mul­tiples réflexions, avait pas­sé son temps à nous en faire sou­ve­nir – et il me semble qu’Yann-Hervé Martin, l’auteur de ce livre, et par ailleurs pro­fes­seur en Classes Préparatoires (mais ceci n’explique-t-il pas cela, au moins pour par­tie ?), en a bien rete­nu les leçons et la (longue) démons­tra­tion.

Dans un monde où règne le « moi » (du moins le croyons-nous, sans tou­jours nous rendre compte de ce que les dési­rs de ce « moi » ne sont le plus sou­vent que les reflets de ce que nous force à croire la publi­ci­té, ou une socié­té d’autant plus oppres­sante dans ses « choix » qu’elle nous laisse croire qu’elle n’y est pour rien…), il fal­lait une bonne dose d’ « incons­cience » (si ce n’est une forme de suprême conscience), pour nous assé­ner que le Bon n’est pas for­cé­ment assi­mi­lable au Bien – mais toute la tra­di­tion de la morale méta­phy­sique n’a eu de cesse de nous le seri­ner – et que, pour atteindre à ce Bien, il fal­lait dis­po­ser de toute sa liber­té inté­rieure…

Je recon­nais là, sou­vent, des accents de ce qu’il faut se résoudre à dénom­mer les « néo­pla­to­ni­ciens » chré­tiens – mais après tout, pour­quoi pas ? Comme le déplo­rait au sujet de Plotin, le fon­da­teur de la pen­sée néo­pla­to­ni­cienne, quelqu’un comme saint Augustin : « Si cogno­visses Christum !… : si tu avais connu le Christ ! ».

J’avoue que, pour ma part, je ne me sens pas spé­cia­le­ment chré­tien – mais je suis bien obli­gé de dire en même temps que, nolens volens, je suis l’héritier de deux mil­lé­naires de pen­sée et de culture chré­tiennes, et encore plus avant, de tous ceux qui ont si pro­fon­dé­ment réflé­chi à Rome, et sur­tout, dans la Grèce ancienne. Et que, sans eux, il n’y aurait tout bête­ment pas de ce que nous appe­lons un recueille­ment phi­lo­so­phique.

Alors, sachons gré à Yann-Hervé Martin, et à son pré­fa­cier Rémi Brague, de nous faire sou­ve­nir de tant de choses que notre monde actuel vou­drait oublier – et d’abord, contrai­re­ment à l’opinion reçue, de ce qu’il existe un échange fécond entre la puis­sance de la rai­son (ou faut-il dire comme Jacobi il y a quelque deux-cents ans, de l’entendement ?), et le res­sen­ti d’une trans­cen­dance qui nous dépasse de par­tout !

Notre col­la­bo­ra­teur Michel Cazenave  vient de faire paraître Le Bel amour

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