> Le Bel amour (20), L’Egypte, ce qu’on en sait ou qu’on en imagine

Le Bel amour (20), L’Egypte, ce qu’on en sait ou qu’on en imagine

Par |2018-08-22T07:41:16+00:00 24 août 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

         L’EGYPTE : CE QU’ON EN SAIT OU QU’ON EN IMAGINE.

 

Platon ou Hérodote nous le disaient déjà : dès les anciens grecs, on se récla­mait de la sagesse égyp­tienne, qui sem­blait à tous un modèle – et l’origine de toute pié­té.

Ce qui, para­doxa­le­ment, s’est encore accen­tué avec l’ « Egypte gré­co-romaine », c’est-à-dire l’Egypte héri­tée des Ptolémée après la vic­toire du futur Auguste sur Cléopâtre et Marc-Antoine, cette Egypte d’Alexandrie où, le père Festugière l’avait bien mon­tré, se sont mélan­gées l’alchimie nais­sante, l’astrologie, les phi­lo­so­phies pytha­go­ri­cienne et néo­pla­to­ni­cienne, la gnose, le pan­théisme antique – et par­fois le chris­tia­nisme (n’est-ce pas, Origène ?) – le tout sous l’invocation rituelle des Dieux du Haut et du Bas pays, qui fai­saient ain­si leur « retour ». Il suf­fit de lire Plutarque (et son De Iside et Osiride), ou Apulée et son Ane d’or, pour s’en rendre compte. Mais atten­tion ! Florence Quentin l’avait mis en lumière dans son bel essai : Isis l’éternelle /​ bio­gra­phie d’un mythe fémi­nin (1), cela ne s’était pro­duit qu’au prix d’une tra­hi­son où le fémi­nin, ori­gi­nel­le­ment du côté solaire, avait bas­cu­lé vers le lunaire que pou­vait seul accep­ter le « machisme » domi­nant aus­si bien à Rome que dans la vieille Grèce.

Ce qui, avouons-le, n’a pu nuire à la fas­ci­na­tion de l’Egypte que l’Occident a res­sen­tie dès la Renaissance, à la suite de Marsile Ficin dans la Florence des Médicis. C’est d’abord le texte qu’écrit le jésuite Athanase Kircher sur l’Oedipus Aegyptiacus, puis le tarot divi­na­toire rap­por­té aux divi­ni­tés des Deux terres par Court de Gébelin dans le VIII° volume de son grand essai sur Le monde pri­mi­tif, l’opéra de Mozart La Flûte enchan­tée, les « fan­tai­sies » des éso­té­ristes de toutes sortes,  et en par­ti­cu­lier, en ce temps-là, de nombre de francs-maçons – jusqu’à Kant qui prend la figure d’Isis en exemple pour faire entendre ce que, dans sa Critique de la facul­té de juger, il appelle encore le sublime…

Car l’Egypte, n’en dou­tons pas, est à l’origine de bien des poèmes ou de la poé­sie moderne, sous quelque forme qu’elle soit : il suf­fit de se rap­pe­ler à ce sujet cer­tains des son­nets des Chimères de Gérard de Nerval – sans même inter­ro­ger les Filles du feu ou le début de Sylvie – ou le cha­pitre, qui a ins­pi­ré tant de nos écri­vains, d’ Henri d’Ofterdingen sur « Les dis­ciples à Saïs ».

De la même manière que, à la suite de la cam­pagne menée par Bonaparte et du pre­mier déchif­fre­ment des hié­ro­glyphes par Champollion, l’égyptologie est deve­nue une véri­table science, et la connais­sance du pays est entrée dans le cadre de ce que l’on nomme les « sciences humaines ».

Or, c’est pré­ci­sé­ment à ces deux sources qu’il déve­loppe paral­lè­le­ment, que s’intéresse d’emblée le livre qui vient de paraître chez Bouquins/​Laffont, diri­gé, pen­sé et orches­tré par la même Florence Quentin à qui j’ai déjà fait allu­sion – un livre dont le sous-titre qui lui a été long­temps affec­té était en lui-même très par­lant : « Savoirs et ima­gi­naires ».

De la plus ancienne Egypte, et de ses com­plexes théo­lo­gies,  comme en traite Jan Assmann en inver­sant le titre qui lui avait été sou­mis, et en en fai­sant un «  Imaginaires et savoirs », jusqu’à l’Egypte la plus actuelle, com­bien nous en appre­nons en effet !

De la même façon que nous pou­vons nous ren­sei­gner sur ce « rêve égyp­tien » qui a tant fas­ci­né notre culture après la civi­li­sa­tion hél­lé­nis­tique et celle de la Rome conqué­rante du monde, de Néron jusqu’à Hadrien, et qui se trouve à la source de tant de nos ins­pi­ra­tions et de tant d’écrits que nous pou­vons encore goû­ter aujourd’hui !

Oui, comme un double che­min ain­si tra­cé, et qui nous invite d’autant plus à recou­rir à la science la plus rigou­reuse pour ali­men­ter nos ima­gi­na­tions les plus pro­fondes…

Bref, on l’aura com­pris, un livre que je recom­mande à tout le monde  pour en tirer tout le suc, et nous inter­ro­ger sur cette fas­ci­na­tion plus que mil­lé­naire que cet étrange pays exerce sur nous !

 

 (1)Florence Quentin, Isis l’éternelle /​ Biographie d’un mythe fémi­nin, Ed. Albin Michel, paru­tion en 2012, 256 pages, 19€.  

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 articles divers), ancien pro­duc­teur de l’émission “Les Vivants et les dieux” à France Culture, Michel Cazenave est un amou­reux impé­ni­tent – dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’incarnation de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a publié nombre de livres de poé­sie depuis la dis­pa­ri­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poé­sie est clai­re­ment ce qui lui “parle” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a publié Le Bel amour, une antho­lo­gie de sa poé­sie, chez Recours au Poème édi­teurs.

voir :

http://​www​.michel​ca​ze​nave​.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Fragments de la Sophia, Imago, 1981

Fragments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Péninsule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, sui­vis de Gloses, Arbres et Fantasies,  Le Nouvel Athanor, 2005.

Dédicace à l’absente, sui­vi de Paris-Néon, sous le titre géné­ral  “Michel Cazenave”, Le Nouvel Athanor, 2007.

Primavera, Arma Artis, 2007.

Primavera viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Naissance de l’aurore, Rafael de Surtis, 2008.

L’Œuvre d’or, sui­vi de La Verdoyante, Rafael de Surtis, 2008.

Primavera nova, Arma Artis, 2008.

Melancholia, sui­vi de Parole et silence, Rafael de Surtis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

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