> Le Bel amour (20), L’Egypte, ce qu’on en sait ou qu’on en imagine

Le Bel amour (20), L’Egypte, ce qu’on en sait ou qu’on en imagine

Par | 2018-02-25T18:49:38+00:00 24 août 2015|Catégories : Chroniques|

 

 

         L’EGYPTE : CE QU’ON EN SAIT OU QU’ON EN IMAGINE.

 

Platon ou Hérodote nous le disaient déjà : dès les anciens grecs, on se récla­mait de la sagesse égyp­tienne, qui sem­blait à tous un modèle – et l’origine de toute pié­té.

Ce qui, para­doxa­le­ment, s’est encore accen­tué avec l’ « Egypte gré­co-romaine », c’est-à-dire l’Egypte héri­tée des Ptolémée après la vic­toire du futur Auguste sur Cléopâtre et Marc-Antoine, cette Egypte d’Alexandrie où, le père Festugière l’avait bien mon­tré, se sont mélan­gées l’alchimie nais­sante, l’astrologie, les phi­lo­so­phies pytha­go­ri­cienne et néo­pla­to­ni­cienne, la gnose, le pan­théisme antique – et par­fois le chris­tia­nisme (n’est-ce pas, Origène ?) – le tout sous l’invocation rituelle des Dieux du Haut et du Bas pays, qui fai­saient ain­si leur « retour ». Il suf­fit de lire Plutarque (et son De Iside et Osiride), ou Apulée et son Ane d’or, pour s’en rendre compte. Mais atten­tion ! Florence Quentin l’avait mis en lumière dans son bel essai : Isis l’éternelle /​ bio­gra­phie d’un mythe fémi­nin (1), cela ne s’était pro­duit qu’au prix d’une tra­hi­son où le fémi­nin, ori­gi­nel­le­ment du côté solaire, avait bas­cu­lé vers le lunaire que pou­vait seul accep­ter le « machisme » domi­nant aus­si bien à Rome que dans la vieille Grèce.

Ce qui, avouons-le, n’a pu nuire à la fas­ci­na­tion de l’Egypte que l’Occident a res­sen­tie dès la Renaissance, à la suite de Marsile Ficin dans la Florence des Médicis. C’est d’abord le texte qu’écrit le jésuite Athanase Kircher sur l’Oedipus Aegyptiacus, puis le tarot divi­na­toire rap­por­té aux divi­ni­tés des Deux terres par Court de Gébelin dans le VIII° volume de son grand essai sur Le monde pri­mi­tif, l’opéra de Mozart La Flûte enchan­tée, les « fan­tai­sies » des éso­té­ristes de toutes sortes,  et en par­ti­cu­lier, en ce temps-là, de nombre de francs-maçons – jusqu’à Kant qui prend la figure d’Isis en exemple pour faire entendre ce que, dans sa Critique de la facul­té de juger, il appelle encore le sublime…

Car l’Egypte, n’en dou­tons pas, est à l’origine de bien des poèmes ou de la poé­sie moderne, sous quelque forme qu’elle soit : il suf­fit de se rap­pe­ler à ce sujet cer­tains des son­nets des Chimères de Gérard de Nerval – sans même inter­ro­ger les Filles du feu ou le début de Sylvie – ou le cha­pitre, qui a ins­pi­ré tant de nos écri­vains, d’ Henri d’Ofterdingen sur « Les dis­ciples à Saïs ».

De la même manière que, à la suite de la cam­pagne menée par Bonaparte et du pre­mier déchif­fre­ment des hié­ro­glyphes par Champollion, l’égyptologie est deve­nue une véri­table science, et la connais­sance du pays est entrée dans le cadre de ce que l’on nomme les « sciences humaines ».

Or, c’est pré­ci­sé­ment à ces deux sources qu’il déve­loppe paral­lè­le­ment, que s’intéresse d’emblée le livre qui vient de paraître chez Bouquins/​Laffont, diri­gé, pen­sé et orches­tré par la même Florence Quentin à qui j’ai déjà fait allu­sion – un livre dont le sous-titre qui lui a été long­temps affec­té était en lui-même très par­lant : « Savoirs et ima­gi­naires ».

De la plus ancienne Egypte, et de ses com­plexes théo­lo­gies,  comme en traite Jan Assmann en inver­sant le titre qui lui avait été sou­mis, et en en fai­sant un «  Imaginaires et savoirs », jusqu’à l’Egypte la plus actuelle, com­bien nous en appre­nons en effet !

De la même façon que nous pou­vons nous ren­sei­gner sur ce « rêve égyp­tien » qui a tant fas­ci­né notre culture après la civi­li­sa­tion hél­lé­nis­tique et celle de la Rome conqué­rante du monde, de Néron jusqu’à Hadrien, et qui se trouve à la source de tant de nos ins­pi­ra­tions et de tant d’écrits que nous pou­vons encore goû­ter aujourd’hui !

Oui, comme un double che­min ain­si tra­cé, et qui nous invite d’autant plus à recou­rir à la science la plus rigou­reuse pour ali­men­ter nos ima­gi­na­tions les plus pro­fondes…

Bref, on l’aura com­pris, un livre que je recom­mande à tout le monde  pour en tirer tout le suc, et nous inter­ro­ger sur cette fas­ci­na­tion plus que mil­lé­naire que cet étrange pays exerce sur nous !

 

 (1)Florence Quentin, Isis l’éternelle /​ Biographie d’un mythe fémi­nin, Ed. Albin Michel, paru­tion en 2012, 256 pages, 19€.