En chemin… A propos de Brigitte Maillard

 C’est enten­du : le soleil nous éclaire et nous réchauffe (le soleil de ce monde, le soleil fait de matière et d’atomes).
  Mais n’y a‑t-il un soleil  au delà de ce seul soleil vis­i­ble, un soleil qui nous entoure de sa ténébreuse lumière, un soleil  « sur-réel » qui serait le guide de nos âmes en ce monde imparfait ?

  Bien sûr, on con­nais­sait déjà le « soleil noir de la mélan­col­ie » dont nous avait déjà tant entretenu, dans son sen­ti­ment intime d’être un des­dicha­do, un poète comme Gérard de Ner­val – et dont l’appréhension court aus­si bien dans de nom­breuses pages des Filles du feu que dans Sylvie, pour finir en apothéose dans l’ultime inspi­ra­tion d’Aure­lia.

   N’existe-t-il pas, néan­moins – et encore plus pro­fondé­ment – un autre soleil, dont la noirceur intrin­sèque serait due à un trop-plein de lumière (une telle lumière qu’elle aveu­glerait nos yeux), un soleil dont l’absence serait la preuve la plus tan­gi­ble de son irrémessible présence à nos cœurs et à nos mains adorantes ?

   Il me sem­ble (me trompé-je ?) que c’est de ce soleil que nous entre­tient Brigitte Mail­lard dans le recueil poé­tique qu’elle vient de faire paraître,  et que, lorsqu’elle note presque tout de suite (dès la deux­ième page pré­cisé­ment) : « tu vois il a disparu/ il ne reste que l’horizon », elle se trou­ve extra­or­di­naire­ment proche de ce Père de Cap­padoce qu’était Gré­goire de Nysse quand, dans ses Homélies sur le Can­tique des can­tiques, il explique que nous allons de « com­mence­ment en com­mence­ment par des com­mence­ments sans fin », et que nous nous appro­chons ain­si d’un hori­zon qui, pour­tant, se dérobe sans fin.

   Com­ment com­pren­dre autrement telle nota­tion si proche du Grain de Sénevé de maître Eck­hart ou de la parole du « Bien­heureux » à Arju­na, dans la Bhag­vad-Gita, sur « Cela » qui, à la vérité, ne se trou­verait ni près ni loin : « Je suis un peu perdue/ ici-bas n’est pas ici et ailleurs/ ici » ?

   Bien sûr, ces vers se pour­suiv­ent par l’évocation de la mort, mais s’agit-il de la même mort à laque­lle nous sommes habitués ? Lorsque Brigitte Mail­lard  écrit par exem­ple, s’adressant à elle : « décore mon jardin/ de tes mains si douces », pour con­tin­uer peu après par : «  éternité/ tu devances ma vie ! », com­ment ne pas enten­dre que c’est avec le suprême  mys­tère qu’elle s’entretient de la sorte ?

   Et dès lors, cet Amour dont ne veut se dépren­dre l’auteur (mais plutôt, sans cesse et sans cesse, rechercher son essence jusque dans les recoins de la vie), peut révéler son vis­age sans fig­ure dis­cern­able : « je crie l’amour unique/ la flam­bée de violence/ la cour­roie qui se brise/ et la corde qui m’attache// fleur au soleil levé je crie/ la chute de l’homme dans les dimen­sions de dieu »…

   C’est le moment, en effet, où elle peut bien relever que, « Poète sans his­toire, au bord du gouf­fre, la tête ren­ver­sée je touche au ciel. »  et qu’ « il a fal­lu mourir// (plus de mille fois par jour/ à la mor­sure du loup)// pour que naisse le jour/ que la vie se  retrouve/ sans que rêve l’amour ».

    Et si le vrai soleil, dans notre vie comme elle est – et dans cette part d’éternité dont nous sommes aus­si con­sti­tués – c’était cela : un soleil d’après le soleil, une telle som­bre lumière dont nous dés­espérons de pou­voir jamais l’exprimer – et si son ado­ra­tion con­sis­tait à se taire pour d’autant mieux le révér­er dans sa source de bien­faits et son pou­voir de transmutation ?

   « naît alors/ un vrai visage/ sans sec­ond plan/ avec Amour///sur le vent de la pierre et des ombres/ sur le verbe fruit/ sur ce qui est là// (demeure le silence)

Présentation de l’auteur

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 arti­cles divers), ancien pro­duc­teur de l’émis­sion “Les Vivants et les dieux” à France Cul­ture, Michel Cazenave est un amoureux impéni­tent — dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’in­car­na­tion de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a pub­lié nom­bre de livres de poésie depuis la dis­pari­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poésie est claire­ment ce qui lui “par­le” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a pub­lié Le Bel amour, une antholo­gie de sa poésie, chez Recours au Poème éditeurs.

voir :

http://www.michelcazenave.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Frag­ments de la Sophia, Ima­go, 1981

Frag­ments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Pénin­sule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, suiv­is de Glos­es, Arbres et Fan­tasies,  Le Nou­v­el Athanor, 2005.

Dédi­cace à l’ab­sente, suivi de Paris-Néon, sous le titre général  “Michel Cazenave”, Le Nou­v­el Athanor, 2007.

Pri­mav­era, Arma Artis, 2007.

Pri­mav­era viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Nais­sance de l’au­rore, Rafael de Sur­tis, 2008.

L’Œu­vre d’or, suivi de La Ver­doy­ante, Rafael de Sur­tis, 2008.

Pri­mav­era nova, Arma Artis, 2008.

Melan­cho­lia, suivi de Parole et silence, Rafael de Sur­tis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..