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Grenier du Bel Amour (7)

Par |2018-08-18T14:18:27+00:00 21 mars 2014|Catégories : Blog|

 

En chemin… A propos de Brigitte Maillard

 

 C’est enten­du : le soleil nous éclaire et nous réchauffe (le soleil de ce monde, le soleil fait de matière et d’atomes).
  Mais n’y a-t-il un soleil  au delà de ce seul soleil visible, un soleil qui nous entoure de sa téné­breuse lumière, un soleil  « sur-réel » qui serait le guide de nos âmes en ce monde impar­fait ?

  Bien sûr, on connais­sait déjà le « soleil noir de la mélan­co­lie » dont nous avait déjà tant entre­te­nu, dans son sen­ti­ment intime d’être un des­di­cha­do, un poète comme Gérard de Nerval – et dont l’appréhension court aus­si bien dans de nom­breuses pages des Filles du feu que dans Sylvie, pour finir en apo­théose dans l’ultime ins­pi­ra­tion d’Aurelia.

   N’existe-t-il pas, néan­moins – et encore plus pro­fon­dé­ment – un autre soleil, dont la noir­ceur intrin­sèque serait due à un trop-plein de lumière (une telle lumière qu’elle aveu­gle­rait nos yeux), un soleil dont l’absence serait la preuve la plus tan­gible de son irré­mes­sible pré­sence à nos cœurs et à nos mains ado­rantes ?

   Il me semble (me trom­pé-je ?) que c’est de ce soleil que nous entre­tient Brigitte Maillard dans le recueil poé­tique qu’elle vient de faire paraître,  et que, lorsqu’elle note presque tout de suite (dès la deuxième page pré­ci­sé­ment) : « tu vois il a disparu/​ il ne reste que l’horizon », elle se trouve extra­or­di­nai­re­ment proche de ce Père de Cappadoce qu’était Grégoire de Nysse quand, dans ses Homélies sur le Cantique des can­tiques, il explique que nous allons de « com­men­ce­ment en com­men­ce­ment par des com­men­ce­ments sans fin », et que nous nous appro­chons ain­si d’un hori­zon qui, pour­tant, se dérobe sans fin.

   Comment com­prendre autre­ment telle nota­tion si proche du Grain de Sénevé de maître Eckhart ou de la parole du « Bienheureux » à Arjuna, dans la Bhagvad-Gita, sur « Cela » qui, à la véri­té, ne se trou­ve­rait ni près ni loin : « Je suis un peu perdue/​ ici-bas n’est pas ici et ailleurs/​ ici » ?

   Bien sûr, ces vers se pour­suivent par l’évocation de la mort, mais s’agit-il de la même mort à laquelle nous sommes habi­tués ? Lorsque Brigitte Maillard  écrit par exemple, s’adressant à elle : « décore mon jardin/​ de tes mains si douces », pour conti­nuer peu après par : «  éternité/​ tu devances ma vie ! », com­ment ne pas entendre que c’est avec le suprême  mys­tère qu’elle s’entretient de la sorte ?

   Et dès lors, cet Amour dont ne veut se déprendre l’auteur (mais plu­tôt, sans cesse et sans cesse, recher­cher son essence jusque dans les recoins de la vie), peut révé­ler son visage sans figure dis­cer­nable : « je crie l’amour unique/​ la flam­bée de violence/​ la cour­roie qui se brise/​ et la corde qui m’attache// fleur au soleil levé je crie/​ la chute de l’homme dans les dimen­sions de dieu »…

   C’est le moment, en effet, où elle peut bien rele­ver que, « Poète sans his­toire, au bord du gouffre, la tête ren­ver­sée je touche au ciel. »  et qu’ « il a fal­lu mourir/​/​ (plus de mille fois par jour/​ à la mor­sure du loup)// pour que naisse le jour/​ que la vie se  retrouve/​ sans que rêve l’amour ».

    Et si le vrai soleil, dans notre vie comme elle est – et dans cette part d’éternité dont nous sommes aus­si consti­tués – c’était cela : un soleil d’après le soleil, une telle sombre lumière dont nous déses­pé­rons de pou­voir jamais l’exprimer – et si son ado­ra­tion consis­tait à se taire pour d’autant mieux le révé­rer dans sa source de bien­faits et son pou­voir de trans­mu­ta­tion ?

   « naît alors/​ un vrai visage/​ sans second plan/​ avec Amour/​/​/​sur le vent de la pierre et des ombres/​ sur le verbe fruit/​ sur ce qui est là/​/​ (demeure le silence)

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