> Grenier du Bel Amour (15)

Grenier du Bel Amour (15)

Par |2018-08-22T08:43:53+00:00 22 septembre 2016|Catégories : Chroniques|

On ne peut lire, à ce qu’il me parait, le der­nier ouvrage de Gérard Pfister en fai­sant l’économie des deux recueils qui l’ont pré­cé­dé, et dont le titre était déjà très par­lant : « Le grand silence » voi­ci trois ans, qui annon­çait bien des thèmes aux­quels nous sommes aujourd’hui confron­tés, ou, l’année der­nière, ce « Le temps ouvre les yeux », qui nous force à nous poser bien des ques­tions sur le monde où nous croyons vivre… Le tout regrou­pé sous le titre géné­rique « La repré­sen­ta­tion des corps et du ciel », et cha­cun de ces volumes étant sous-titré « Oratorio ».

Oratorio, en effet, tant le lan­gage y est épu­ré, ten­dant vers ce qui serait un silence essen­tiel, comme le « gon­fle­ment » musi­cal de ce silence où nous appre­nons à nous affran­chir de ce à quoi une langue trop connue nous contraint mal­gré elle. Comme le note d’ailleurs l’auteur dans un petit texte qui porte le nom de « Cet art du peu » : « C’est un com­bat inégal que le lan­gage nous impose, tel­le­ment il nous est deve­nu fami­lier et comme natu­rel, et, dans sa fausse évi­dence, nous retient pri­son­niers. Mais com­ment pour­rions-nous espé­rer recou­vrer notre liber­té sans com­battre le malé­fice par quoi elle nous a été confis­quée ? Cet  art du peu est donc aus­si le plus ris­qué et le plus néces­saire qui nous oblige à por­ter le fer là même où nous avons été défaits : là où les mots ont pris la place de notre vie. »

On a aus­si­tôt envie de dire : ten­ta­tive réus­sie !

Et serais-je empor­té par ma pas­sion per­son­nelle lorsque j’aperçois des paren­tés qui me semblent évi­dentes avec la pen­sée de maître Eckhart (par­ti­cu­liè­re­ment avec son poème « Le Grain de séne­vé) – et, plus lar­ge­ment, avec tous les thèmes de la théo­lo­gie néga­tive comme ils ont été déployés par Grégoire de Nysse dans sa « Vie de Moïse » ou par le pseu­do-Denys dans sa « Théologie mys­tique » ?

Après tout, l’ « ora­to­rio », en creu­sant notre langue, ne com­mence-t-il pas par « à présent/​ il fait nuit/​/​ et tout/​ est clair » − pour se pour­suivre bien plus loin par « pourquoi/​ avoir eu peur/​/​ de la matière/​ du vide/​/​ pour­quoi /​avoir voilé/​/​ de noir/​ cette lumière/​/​ des corps/​/​ (…)/​/​et tu es/​dans l’absence// (…)/​/​rumeurs/​ avant de s’écouler// au grand jour/​ du silence » ?

Et si c’était cela, déci­dé­ment, la poé­sie ?

Cet art de limer le lan­gage pour lui faire rendre gorge de ce silence pri­mor­dial que nous ne pour­rons jamais « dire » − comme au ras de ce silence, et de cette inef­fable trans­cen­dance dont il tente comme il peut de rendre compte ?

Le recueil s’intitule : « Présent abso­lu ». Et n’est-ce à ce Présent que nous sommes ain­si intro­duits − sans oublier, bien sûr, qu’il n’y a de pré­sent que par l’effet d’une Présence qui s’impose à nous… ?

Notre ami et col­la­bo­ra­teur Michel Cazenave vient de faire paraître : Le Bel Amour

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 articles divers), ancien pro­duc­teur de l’émission “Les Vivants et les dieux” à France Culture, Michel Cazenave est un amou­reux impé­ni­tent – dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’incarnation de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a publié nombre de livres de poé­sie depuis la dis­pa­ri­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poé­sie est clai­re­ment ce qui lui “parle” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a publié Le Bel amour, une antho­lo­gie de sa poé­sie, chez Recours au Poème édi­teurs.

voir :

http://​www​.michel​ca​ze​nave​.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Fragments de la Sophia, Imago, 1981

Fragments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Péninsule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, sui­vis de Gloses, Arbres et Fantasies,  Le Nouvel Athanor, 2005.

Dédicace à l’absente, sui­vi de Paris-Néon, sous le titre géné­ral  “Michel Cazenave”, Le Nouvel Athanor, 2007.

Primavera, Arma Artis, 2007.

Primavera viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Naissance de l’aurore, Rafael de Surtis, 2008.

L’Œuvre d’or, sui­vi de La Verdoyante, Rafael de Surtis, 2008.

Primavera nova, Arma Artis, 2008.

Melancholia, sui­vi de Parole et silence, Rafael de Surtis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

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