> Chronique du veilleur (32) : Guillevic

Chronique du veilleur (32) : Guillevic

Par |2018-04-06T12:52:31+00:00 6 avril 2018|Catégories : Chroniques, Guillevic|

Avec ce nou­veau volume post­hume de Guillevic, Ouvrir, Lucie Albertini nous offre un ras­sem­ble­ment de textes parus entre 1929 et 1996 à pro­pos d’écrivains et de peintres, ain­si que de poèmes écrits pour des livres d’artistes, publiés à tirage limi­té. Beaucoup de belles sur­prises nous attendent là.

On décou­vri­ra l’allocution pro­non­cée en 1994 à l’occasion d’un col­loque sur Paul Valéry, où Guillevic dit son admi­ra­tion pour l’auteur de Charmes, qui lais­sait « son esprit célé­brer les noces avec les moindres choses. » Et l’on retien­dra sa conclu­sion : « Pour moi, le poème valé­rien est la céré­mo­nie d’un culte exal­tant, célé­brant le monde dans le pur envol de la joie que pro­cure le verbe. »

 La géné­ro­si­té du poète s’allie à l’intelligence aiguë du cri­tique. Ainsi, par­lant de son ami Eluard : « Eluard pou­vait être nuage, il pou­vait être roc tant étaient pro­fondes sa sen­si­bi­li­té, sa récep­ti­vi­té. C’était un rêveur aux aguets, tout autant qu’un trans­for­ma­teur, un mode­leur de ses rêves. »

Des suites de poèmes se suc­cèdent, par exemple « Les chan­sons d’Antonin Blond » parues dans Poésie 50 de Seghers :

 

                    C’est sûr qu’on vou­lait être

                    Au milieu du repos

                    Et voir venir.

                    Mais il n’y en a pas,

                    De centre au repos.

 

                    Ou c’est le zéro,

                    Le zéro de rien.

Ouvrir. Poèmes et proses 1929-1996, Guillevic, Gallimard

Guillevic, Ouvrir, Gallimard, 25 euros

« Les chan­sons de Clarisse » des années 1967-1968, d’après Elsa Triolet, furent chan­tées par Jeanne Moreau. Le goût du chant fut tou­jours très vivace chez Guillevic. Il apporte aux chan­sons le même soin rigou­reux qu’aux poèmes.

 

                             Je vais par des che­mins

                             Qui n’arriveront pas.

 

                              Pour me faire arri­ver,

                              Il n’y aurait que toi,

 

                              Si tu étais un autre.

 

Des poèmes inédits res­tent à publier, tels ceux « choi­sis pour André Clerc » en pré­pa­ra­tion chez le gra­veur qui les illus­tre­ra et qui datent des années 80 :

 

                            Il n’y a pas

                           Tellement de moyens

 

                           D’approcher l’instant

                           Sur le point de venir.

 

                            Il faut savoir

                            Qu’il sera unique

 

                            Et le lui dire.

 

La proxi­mi­té du poète avec les peintres nous appa­raît dans ce livre très forte, très fruc­tueuse aus­si. Une longue liste de poèmes qui leur sont dédiés fait suivre les noms de Bonnard, Brancusi, Pol Bury, Mandeville, Manessier, Pignon, Dubuffet, Bazaine, Julius Baltazar, Fernand Léger, entre autres. Quelques poèmes en prose figurent aus­si dans ce cha­pitre. Ainsi, celui de 1990 sur Baltazar :

 

 

Balthazar est tou­jours en par­tance, tou­jours sur le point de par­tir et d’arriver en même temps.

Où ? En pleine lumière, mais vers une lumière qui, par le sombre, le noir, le porte plus loin.

Evidemment, il ne sait où.

En pas­sant par­mi les choses il les fou­droie et chante avec elles le temps de l’éclat.

 

Humilité, fidé­li­té, exi­gence dans l’acte créa­teur relient Guillevic à tous ceux-là. « Ouvrir au-dehors et s’ouvrir en soi », quelle belle devise, don­née dans sa pré­face par Lucie Albertini, et qui fut mise en œuvre durant toute sa vie par ce grand poète !

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholier est né le 8 sep­tembre 1947 à Clermont-Ferrand (France). Il a fait ses études secon­daires et supé­rieures dans cette ville, y a ensuite ensei­gné la lit­té­ra­ture fran­çaise et les lettres clas­siques en classe de lettres supé­rieures.

Originaire d’une famille de vigne­rons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a pas­sé son enfance et sa jeu­nesse dans le vil­lage pater­nel de Monton, au sud de Clermont-Ferrand, que les poèmes en prose du Village et les ombresévoquent avec ses habi­tants.

La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il consacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obs­cur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Marcel Arland, direc­teur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réser­vé à un jeune poète étu­diant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est publié en 1975.  En 1976, il par­ti­cipe à la fon­da­tion de la revue de poé­sieArpa, avec d’autres poètes auver­gnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­contres éclairent sa route : celle de Jean Grosjean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui confie une chro­nique régu­lière de poé­sie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affec­tueuse du poète de Suisse romande, Anne Perrier, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996.

Son acti­vi­té de cri­tique de poé­sie ne cesse de se déve­lop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Lettresde Genève, au Nouveau Recueil, et sur­tout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuel­le­ment des poèmes à Thauma,Nunc,Le Journaldes poètes.

Certains de ses articles sont réunis dans le volume Les ombrages fabu­leux,en 2003.

A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se consacre prin­ci­pa­le­ment à l’écriture de psaumes, publiés par Ad Solem. Le pre­mier volume est pré­fa­cé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deuxième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jaccottet. Son essai Le poème exer­cice spi­ri­tuelexplique et illustre cette démarche.

Il prend la res­pon­sa­bi­li­té d’une rubrique de poé­sie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chro­nique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème.

De nom­breux prix lui ont été attri­bués : Voronca (1978), Louis Guillaume (1987), le Grand Prix de poé­sie pour la jeu­nesse en 1991, le prix Paul Verlaine  de la Maison de poé­sie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décer­né le prix François Coppée pourPsaumes de l’espérance en 2013.

Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regrou­pant des frag­ments des années 1996 à 2016.

Parmi ses publi­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles sai­sons obs­cures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Villageempor­té (2013) ; Passant (2014) ; Les Etreintes invi­sibles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un char­don de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019)

A paraître : Ainsi par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopérative).

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